Blogue de Lyne Robichaud

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23 mai 2009

Mes deux coups de cœur de la semaine: Sandman et Nabarro

Peter M. Sandman

David Nabarro

J’ai deux coups de cœurs à partager avec vous.

Mais tout d’abord, faisons un petit tour d’horizon des derniers développements (et des non-développements).

Ce matin, je me disais que la situation n'avait guère progressé, d'un point de vue POLITIQUE, depuis le 4 mai dernier, date où j'ai rédigé le billet «OMS, ONU, accordez vos violons».

Nous sommes toujours en phase 5.

Aucune décision n'a encore été prise dans les plus hautes sphères de la gestion de pandémie, et personne n'ose encore appeler les choses par leur nom. Alors que le virus de la grippe A (H1N1) se propage dans le monde entier, il ne fait guère de doute que nous sommes déjà dans les premiers stades d'une pandémie généralisée. Néanmoins, nous assistons à un concert de résistance considérable à appeler ce qui se passe une «pandémie».

«Les arguments sur l'état de la pandémie de grippe porcine sont une distraction de la lutte contre l'épidémie», a averti Declan Butler le 21 mai dernier dans Nature.

Comme l'a répété si souvent Henry Niman, le virus de la grippe porcine ne lit pas les communiqués de presse de l'OMS, et ce virus poursuit inexorablement sa conquête de l'espèce humaine, voyageant d'une contrée à une autre. Combien y a-t-il de cas réels? Je suppose que cela doit tendre désormais vers le million de personnes infectées. Le magazine New Scientist a indiqué que des calculs basés sur les débuts du virus ont prédit qu'il y aura un milliard de gens infectés d'ici le mois de juillet 2009. «Les experts de la santé ont expliqué à New Scientist, que sur la base du taux d'augmentation exponentielle calculé peu de temps après que l'OMS ait commencé à compter les cas, le H1N1 pouvait infecter plus d'un milliard de personnes d'ici juillet 2009.»

Cette semaine, le numéro 2 de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Keiji Fukuda, a déclaré que les données ne signifiaient plus grand chose: «Les chiffres eux-mêmes sont devenus de moins en moins pertinents (...) Ils vont de moins en moins refléter ce qui se passe réellement.»

Pendant que l'OMS et l'ONU hésitent avant d’augmenter l’alerte pandémique au dernier cran, nous avons l’impression que les nations se traînent les pieds pour déclarer le moins de cas possibles.

Consulter la liste des cas confirmés par pays (bulletin no.37 de l'OMS) fait sourciller. Au 23 mai 2009, 28 pays (sur 42) ont confirmé moins de 10 cas de grippe porcine chacun.

Le directeur du CIDRAP, Michael Osterholm, a mentionné cette semaine que quelque chose clochait avec les chiffres européens. Il a dit que les chiffres officiels de la Grande-Bretagne ne faisaient pas sens, et que «si les autorités ne cachent pas de cas, elles ne font pas tellement d’efforts pour trouver le virus. Les chiffres de la Grande-Bretagne ne racontent pas vraiment toute l’histoire. S’il n’y a vraiment que quelques cas en Europe, nous devrions tous y envoyer des équipes pour savoir ce qui s’y passe», a-t-il dit.

Donc, les États-Unis d'Amérique semblent être le seul endroit sur la planète où il survient de très nombreux cas de grippe A (H1N1): 6552 selon le dernier décompte. Et dans le pays d'à coté - le Canada - il n'y en a que 719 (ce nombre n'a pas été mis à jour, le dernier total affiché par l'Agence canadienne de la santé publique étant de 805 cas au 22 mai 2009).

Même que le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada, nous a affirmé dernièrement que le pire du foyer d'infection était derrière nous. «Il semble à ce point que nous ayons franchi le pire au Canada pour cette saison», a-t-il déclaré.

Ce qui est en contradiction directe avec une déclaration de la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan: «Nous nous attendons à ce que le virus continue de se propager à de nouveaux pays, de même que dans les pays déjà touchés.»

Le Canada est le troisième pays le plus touché au monde par la grippe porcine, et donc si nous nous fions aux dires de Margaret Chan, les cas vont continuer d’augmenter, et non pas aller en décroissant, comme voudrait que nous le croyions le Dr David Butler-Jones.

Voici mes deux coups de cœur.

Le premier consiste en un article publié dans Nature par le communicateur de risque Peter M. Sandman, intitulé «Pandémie: une bonne hygiène ne suffit pas». Le plus grand défaut du CDC [et de tous les gouvernements] est de ne pas en faire suffisamment pour aider le public à visualiser ce à quoi une pandémie grave pourrait ressembler, a dit Peter M. Sandman. Lisez l’article au complet, il est très instructif et révélateur.

Mon second coup de cœur est arrivé par surprise, hier en fin d’après-midi, quand j’ai ouvert mon compte de Facebook, et que j’ai vu que David Nabarro, coordonnateur senior de l’action des Nations Unies contre la grippe aviaire et humaine, avait posé un défi: «Défi: Pouvons-nous demeurer vigilants, tout en nous assurant que la solidarité mondiale et les partenariats se maintiendront au sommet des défis de la préparation à une pandémie au cours des trois prochains mois?»

David Nabarro s’est soudainement mis à interagir avec des membres de la sphère du Flublogia ces dernières semaines, alors qu’il était demeuré assez réservé au cours des derniers mois. Il a noué de nouvelles amitiés, et a même écrit sur des babillards. Par exemple, j’ai vu passer des échanges entre lui et Greg Dworking (bloguant sous le pseudonyme de DemFromCT). Il est également devenu ami avec Craig Vanderwagen, du HHS américain.

Solidarité mondiale? Comment est-il possible de faire encore totalement confiance aux autorités?

L’expression «solidarité mondiale» s’applique-t-elle aux citoyens? Où sont donc passés les préparatifs sociaux mentionnés dans le 4e Rapport intérimaire de l’ONU sur la gestion de la grippe aviaire? J’imagine que dans les circonstances, ils devraient également s’appliquer à la grippe A (H1N1). J’en ai peut-être manqué des bouts, mais j’ai l’impression que dans l’opéra qu’on nous joue, l’acte qui devait porter sur les préparatifs sociaux a été complètement supprimé du spectacle, à part les recommandations sur le lavage des mains.

«Fondamentalement, les fonctionnaires doivent se demander s’ils voient la population en tant que victimes potentielles à être protégées et rassurées, tout comme de jeunes enfants, ou des combattants d'une pandémie – des adultes - qui peuvent jouer un rôle actif dans la crise qui pourrait être à venir. La différence de tonalité pourrait sauver des vies.», a indiqué Peter M. Sandman.

05 mai 2009

ONU et OMS, accordez vos violons!


Quel(s) pays exerce(nt) des pressions sur Margaret Chan et l'OMS?

Ce matin, la directrice générale de l'OMS a déclaré qu'elle passerait en phase 6 (voir La directrice de l'OMS indique que la pleine pandémie sera déclarée).

Margaret Chan

Quelques heures plus tard, le directeur général de l'ONU, Ban Ki-moon, affirmait le contraire... L'OMS "n'a pas le projet pour l'instant d'augmenter le niveau d'alerte à 6", degré le plus élevé de l'échelle d'alerte, a assuré lundi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Il était accompagné en conférence de presse par David Nabarro, le coordonnateur senior du Système de grippe humaine et aviaire des Nations Unis. Voir ici et ici.

Il faudrait peut-être que les hautes instances de l'ONU et de l'OMS s'efforcent d'accorder un peu mieux leurs violons, s'ils veulent conserver leur crédibilité, en ce début de crise sanitaire mondiale majeure.

Ban Ki-moon

Le Secrétaire-général de l'ONU a annoncé qu'aura lieu dans deux semaines à Genève "une réunion des États, pays donateurs et secteur privé, qui s’inscrit dans les efforts visant une œuvre efficace de la stratégie de préparation."

Attendra-t-on jusque à cette rencontre pour déclencher la phase 6 d'alerte pandémique?

Les coffres de l'ONU ont un urgent besoin d'être renfloués pour passer à travers de la pandémie. Nous pouvons deviner que la crise économique mondiale a probablement dû toucher les budgets de préparatifs de pandémie des nations. Des coupures budgétaires ont fait en sorte que les pays donateurs ont dû diminuer leurs contributions à l'ONU pour la lutte contre la grippe aviaire. À la fin du mois de février 2009, Bernard Vallat, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), a indiqué:
"Les informations recueillies sont convergentes. On observe un peu partout à travers le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d'élevage ou sauvages. Beaucoup des 172 pays membres de l'OIE envoient des signaux témoignant d'une baisse de la garde vis-à-vis des menaces sanitaires vétérinaires. Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est manifeste, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés."

Il doit y avoir des tensions politiques. Cela doit jaser fort dans les couloirs du pouvoir...

Un autre élément a attiré mon attention. Le président mexicain Felipe Calderon a déclaré avoir regretté d'avoir fait preuve d'honnêteté et de transparance: "Je trouve injuste que, parce que nous avons été honnêtes et transparents avec le monde, certains pays prennent des mesures répressives et discriminatoires, fruits de l'ignorance et de la désinformation", a-t-il regretté.

Ajoutez à cette étrange déclaration le fait que le Mexique ne cesse de claironner depuis vendredi dernier que l'épidémie de grippe A (H1N1) recule, et que le pic est passé (alors que cela n'a pas encore été scientifiquement démontré). Des milliers d'articles de presse ont répété cela ce week-end, ce qui a fait en sorte que le public était sous l'impression que l'épidémie régressait, alors qu'en fait elle a progressé, a-t-on pu lire dans d'autres reportages.

Que se passe-t-il donc entre l'OMS et l'ONU? Et entre ces agences et les nations du monde? Des tiraillements majeurs, j'en ai l'impression. La pression doit être très forte pour ne pas basculer dans une pleine pandémie.

Déjà que la crédibilité de l'OMS en prend un coup ces derniers jours parmi la population, ce genre de volte-face pourrait coûter cher en crédibilité. Et ce n'est pas le temps, surtout pas le temps de perdre la face. Peter Santilli (@PeterSantilli) sur Twitter - notez qu'il a le nombre non négligeable de 34,783 followers - a écrit lundi soir (4 mai): "W.H.O. now stands for What Hasn't Occurred."

21 décembre 2008

Si Margaret Chan est la «rock star» de la lutte contre des virus, David Nabarro m'apparaît comme chorégraphe du «Lac des cygnes»


Fabrice Coffrini / AFP-Getty Images


L’année 2008 se termine en beauté, en confirmant au panthéon du pouvoir international un des membres les plus proéminents du milieu de la santé publique. Le magazine Newsweek a dressé sa liste de l’élite mondiale, dans laquelle la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, est classée à la 44ième position (d’une liste de 50).

Je me réjouis que la directrice de l’OMS se retrouve dans cette liste très sélective de Newsweek. Cela confirme à quel point les questions de pandémie et d’épidémie de SRAS sont importantes en tant qu’événements marquants de notre planète. Toute personne (représentant un ensemble de personnes chapeautées par une organisation) arrivant à triompher dans une féroce bataille contre ces virus mortels contagieux devient nécessairement un personnage légendaire.

Voici ce que Newsweek a indiqué à propos de Margaret Chan:
[Traduction] «Avec la propagation mondiale des maladies devenant plus que jamais menaçante, Chan représente la première ligne de défense de notre monde. La leader bien branchée de l’Organisation mondiale de la santé est reconnue pour son intérêt pour les problématiques concernant les femmes et la santé africaine, alors qu’elle a de l’expérience dans le domaine des maladies émergentes. Lorsqu’elle était directrice de la santé de Hong Kong, elle a composé avec la grippe aviaire et avec le SRAS, arrivant ultimement à stopper le SRAS par l’abattage de la population d’un million et demi de volailles de la ville. Un de ses admirateurs la surnomme la «James Brown» de la santé publique mondiale en raison de son éthique de travail. Dans ses cercles, elle est certainement l’équivalent d’une rock star.»

Les luttes que livrent Margaret Chan sont admirables, et nous pouvons tous la remercier d’avoir évité de justesse – probablement à de nombreuses occasions - une pandémie dévastatrice.

Si Margaret Chan se classe en 44ième position de Newsweek, je suis d’avis que David Nabarro, le coordonnateur senior pour l’influenza aviaire et humain aux Nations Unies, mériterait lui aussi classement et honneur semblables.

S’il n’a pas livré de combat mémorable contre de dangereux virus, David Nabarro est néanmoins celui qui prépare les nations à livrer un futur combat contre une pandémie.

Il a dirigé dernièrement les travaux du Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, réalisé par une équipe conjointe des Nations Unies et de la Banque mondiale.

Personnellement, je trouve que David Nabarro ressemble davantage à un gentleman qu’à une «rock star». Je ne sais pas s’il se met à chanter comme il a été rapporté que Margaret Chan le fait, lorsqu’elle sent que la tension monte lors des réunions! Il paraîtrait qu'elle aime aussi beaucoup le karaoké...

Lorsqu’il prend la parole en public, David Nabarro s’exprime lentement avec un charmant accent anglais, calmement, dans un langage souvent diplomatique. Mais néanmoins, il n’a pas peur de parler de ses préoccupations et de pointer les problématiques et les défis à relever.


David Nabarro. AFP/Getty Images. Photo source


Une des meilleures photographies de David Nabarro que j’ai vues a été prise par AFP/Getty Images: on y aperçoit le premier gestionnaire de pandémie en train de parler, le regard en biais, un peu inquiet. Nabarro est photographié directement sous un tableau de majestueux cygnes blancs. Le bleu cyan du logo des Nations Unies fait écho aux eaux turquoises du tableau. David Nabarro penche légèrement la tête, dans la même direction que les trois cygnes du tableau. Il arrive souvent que des cygnes soient infectés par l’influenza aviaire, et ce tableau m'apparaît en quelque sorte comme une métaphore du «Lac des cygnes». Toute la tragédie aviaire et humaine entourant les virus pandémiques pourrait être mise en scène, tel le ballet «Lac des cygnes» en quatre actes créé en 1877 pour le Bolchoï par Tchaïkovski, et connu pour sa fameuse danse solo de la mort du cygne. Cette photographie de ce personnage me plait beaucoup, et c’est celle que je conserve de lui dans mon esprit. Je l’imagine, tel un chorégraphe, préparant l’ensemble des nations à participer à une représentation magistrale d'un ballet.


Si vous vous en rappelez, le blogueur américain Scott McPherson a utilisé une métaphore semblable le 8 avril dernier, dans un billet intitulé «L’Orchestre symphonique de l’OMS joue-t-il l’Ouverture de la Phase Quatre?», où on entendait presque s’accorder les violons dans ce texte, comme cela se passe quelques minutes avant une représentation d'un des grands orchestres symphoniques ou opéras du monde.

La plupart du temps, David Nabarro n’a pas des nouvelles réjouissantes à annoncer et cela finit toujours plus ou moins par se résumer par «nous ne sommes pas suffisamment préparés», «il faut déployer davantage d’efforts», «préparez-vous à un grand choc économique», «il faut continuer à verser de l’argent pour maintenir les budgets de préparation à une pandémie.»

Ce sont des discours moins triomphants et enivrants que les victoires passées remportées par Margaret Chan contre des virus menaçants. Il est plus facile pour le public de visualiser la mise à mort de 1.5 millions de poulets, que de dépendre dans son esprit en quoi consistent exactement les préparatifs devant être concrétisés dans un futur rapproché pour nous permettre de traverser une pandémie.

Toutefois, comme David Nabarro l’a lui-même fait remarquer lors d’une conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies le 13 novembre dernier, le fait d’avoir réussi à convaincre un grand nombre de nations à se lancer dans des préparatifs pandémiques est en soi tout un exploit.
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu'ils valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»

David Nabarro semble donc penser que la recette de ce succès de coopération mondiale pourrait s’appliquer à d'autres problématiques internationales.

Il reste encore beaucoup de pain sur la planche avant d’arriver à dire que le monde est préparé à faire face à une pandémie. La septième Conférence ministérielle de gestion de pandémie est prévue en 2010. S’ils veulent avoir quelque chose à se raconter et sur quoi faire un bilan, les gestionnaires de planification de pandémie devront, en 2009, déployer des efforts pour mettre en œuvre des préparatifs multisectoriels sociaux, économiques et politiques. De quelle manière cela se concrétisera-t-il? Ah! That is the question!

Pour avoir réussi à faire passer de la théorie à la pratique le branle-bas de combat mondial en vue d’une pandémie, êtes-vous d’accord avec moi que David Nabarro mériterait d’être considéré comme faisant partie de l’élite mondiale?
 
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