Blogue de Lyne Robichaud

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29 novembre 2010

Approches de communications gov2.0 adaptées aux contextes sociaux

Nathalie Beauvois, iStock Vectors, Getty Images, libre de droits

Dans un contexte international et diplomatique, afin d’instaurer une relation de confiance entre les populations et les autorités, des approches de communication adaptées aux contextes sociaux et culturels sont de mise.

J’en parlais dès octobre 2008 dans L’Ère du temps (voir mon billet «Le nouveau rapport de l’ONU recommande une planification multisectorielle») «Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population» (indiquait David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe).

Nous avons entendu ce même discours onusien de la part d’une porte-parole de la e-diplomacie de Washingon. Le 28 novembre dernier, Gov20Radio recevait Lovisa Williams. Elle travaille au U.S. Department of State's Public Diplomacy and Public Affairs Bureau, à Washington.

Ce ministère effectue de la sensibilisation auprès du public américain à propos de la diplomatie, ce qui comprend des communications avec des auditoires internationaux, de la programmation culturelle, des subventions universitaires, des échanges éducatifs, des programmes de visiteurs internationaux, ainsi que des efforts déployés afin de confronter l’idéologie du terrorisme. Ce ministère participe notamment à l’élaboration de la politique étrangère des États-Unis.

Lovisa Williams

À la question «Quelles sont les règles suscitant la participation citoyenne?», Lovisa Williams a parlé de l’importance d’avoir des contenus «bien emballés» (en anglais, 'packaging correctly'). «Nous collaborons avec une grande variété de différents types de communautés. Malheureusement, de nombreuses personnes ne se sentent pas impliquées. Peut-être est-ce dû au fait que le contenu ne leur est pas présenté correctement. Nous nous demandons constamment quels sont les éléments de contenu les plus intéressants à présenter, et nous recherchons la meilleure manière de transformer nos contenus en opportunités qui susciteraient la participation citoyenne», a-t-elle dit.

Il ne suffit pas pour un gouvernement 2.0 d’utiliser de manière efficace et avisée les outils de médias sociaux. Il faut en plus être en mesure de bien maîtriser les communications, démontrer de la souplesse et de l’adaptation aux divers contextes sociaux et culturels. Comme l’indiquait Lovisa Williams, ceci signifie concrètement qu’il ne faut pas se contenter de simplement mettre en ligne, par exemple, un rapport. Une panoplie de contenus doit être développée en lien avec un document, un projet, une stratégie, une politique gouvernementale. Ces contenus se déploient en plusieurs langues, ils se fractionnent, ils se modifient, ils s’adaptent aux cultures et aux communautés. Le U.S. Department of State produit et coordonne des produits et services audio-visuels aux États-Unis et à l’étranger. «De nombreuses communautés internationales apprécient les vidéos, alors que d’autres sont davantage réceptives lorsque les contenus sont développés en d’autres langues. Nous devons constamment composer avec un mélange de plusieurs langues», a précisé Lovisa Williams.

Comment faire pour sélectionner les choses qui fonctionnent vraiment? «Nous ne savons pas nécessairement encore ce que sera le résultat de nos expérimentations avec les médias sociaux. Le gouvernement américain doit continuer à explorer tous ces outils. Nous sommes cependant conscients que la structure générale (de notre travail) s’avère quelque chose que nous ne cernons pas encore véritablement pour le moment. Ce qui n’est pas évident!»

Ce n’est pas une tâche simple pour une administration gouvernementale d’implanter une gouvernance 2.0 et d’utiliser de manière efficace et avisée les médias sociaux.

Ce n’est pas non plus évident, une fois qu’un dialogue et qu’une collaboration citoyenne s’établissent, que l’augmentation du niveau de conscience collective se transposera en action efficace.

C’est le défi titanesque du projet de Global Citizenship dont a brièvement abordé Lovisa Williams dans la dernière partie de son interview à Gov20Radio. Je reviendrai là-dessus plus tard cette semaine.

Ces propos de Lovisa Williams m’ont rappelé les réflexions du Synopsis du Quatrième Rapport intérimaire mondial, un document qui date de deux ans, mais dont les idées demeurent encore d’actualité et pertinentes:
«Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18)

25 septembre 2009

Peut-être que les entreprises ne se préparent pas parce qu’on n’a pas vraiment pris le temps de les préparer

Je réponds ici à un billet de Xavier Aucompte intitulé «Pandémie H1N1: Les obligations des dirigeants et DRH d'entreprises. Pourquoi autant d’entreprises ne se préparent pas?» dans le Blog des managers 2.0 (B-r-ent.com).

Je ne suis pas du tout étonnée que 80% des Français (et cela pourrait probablement s’appliquer à la majorité des autres nationalités) ne s’inquiètent pas au sujet de la grippe A/H1N1. Si 20% des gens se soucient actuellement de la menace pandémique, c’est environ 10% de plus qu’en 2007-2008 (L’intérêt pour la pandémie est peu élevé, révèle un sondage canadien).

Xavier Aucompte pose dans ce billet une question vraiment existentielle, concernant l’indifférence et l’apathie des populations aux grandes problématiques mondiales, dont les pandémies font partie. Cela fait des années que je me pose la même question, et je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante. Je crois que ce n’est pas nécessairement lié directement à la pandémie, mais qu’entre en jeu un certain nombre de facteurs associés à notre mode de vie moderne. On pourrait parler du déni pendant longtemps, et couvrir des pages entières, sans arriver à des solutions répondant au déni actuel. Il s’agit d’un sujet fascinant que de tenter de cerner les mécanismes de réaction des gens face au danger.

De tous les «experts» mondiaux, la personne qui, à mon avis, se penche sérieusement sur cette problématique, est le communicateur de risques Peter M. Sandman. Après avoir observé les comportements, il a classé les réactions des gens dans un certain nombre de catégories. (Il s’agit des Inattentifs; Navigateurs; Railleurs; Dupes; Attentifs; Fanatiques; Dénieurs - Vendre l’état de préparation à une pandémie, à la famille et aux amis). J’ai noté qu’il y avait certaines catégories pour lesquelles c’était foutu, en quelque sorte, qu’il n’y a absolument rien à faire pour tenter de les convaincre de la menace pandémique. Il est dommage que ce genre d’information ne soit pas largement partagé et diffusé, car ces données pourraient grandement aider les gestionnaires d’entreprises à mieux communiquer avec leurs employés.

Peut-être que les messages initiaux concernant la pandémie ont été trop rassurants? L’attention des gens ne dure que quelques jours – la plupart sont incapables d’exercer une vision à long terme. Le moment crucial d’attention mondial est survenu vers le 25 avril dernier, entre deux changements de phases (de la phase 4 à la phase 5). Sur Twitter, par exemple, «swine flu» s’est classé numéro 1 parmi les sujets les plus populaires pendant quelques journées consécutives. Mais on a dit à ce moment-là aux gens que le virus de la grippe porcine était semblable à la grippe saisonnière. On a leur a dit aussi qu’il mourait chaque année X personnes de la grippe saisonnière. Puisque le ciel ne leur est pas tombé sur la tête dans les quelques jours qui suivirent le déclenchement de la pandémie, les gens sont passés à autre chose.

Un autre élément à considérer est le fait que la pandémie est arrivée avant que les préparatifs pandémiques mondiaux aient eu le temps d’être complétés. En novembre 2008, David Nabarro, le chef d’orchestre mondial des préparatifs, coordonnateur de la grippe humaine et aviaire à l’ONU, a estimé que l’état de préparation mondial avait atteint seulement 40% (David Nabarro évalue l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global). Il a dit également qu’il fallait qu’ait lieu davantage de préparatifs pandémiques «sociaux, économiques et politiques» (Le nouveau rapport de l’ONU recommande une planification multisectorielle). La pandémie est arrivée entre-temps, en avril 2009, et les plans de Nabarro ont été bousculés par la réalité. S’il n’y avait pas eu le déclenchement de la pandémie dans l'intervalle, de nombreux plans d’action auraient peut-être pu être déployés auprès des entreprises du monde entier…

Par ailleurs tout le travail en amont qui était (probablement) planifié auprès des entreprises n’a pas vraiment eu le temps d’être orchestré (comme cela a été pratiqué par l’ONU auprès des gouvernements des nations du monde, par exemple).

La population mondiale n’a jamais été intégrée non plus dans les préparatifs pandémiques.

Il était question à cette époque (automne 2008) à l’ONU, de développer la communication. L’ONU a indiqué dans un rapport sur les préparatifs pandémiques mondiaux que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance constitue un réel défi. «Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. La communication en vue des modifications comportementales est un composant complémentaire essentiel de chaque aspect des activités dans le domaine de la grippe aviaire et humaine. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes. Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Responses to Avian Influenza and State of Pandemic Readiness: Fourth Global Progress Report]. Synopsis en français, paragraphe 18)

Concernant les communications en entreprise, un sondage plutôt consternant vient tout juste d’être publié aux États-Unis. La plupart des travailleurs n'ont pas eu de directives de leurs employeurs à propos de la saison de grippe à venir, selon une enquête nationale dévoilée le 21 septembre 2009 par Mansfield Communications Inc. 69% des répondants déclarent n’avoir reçu aucune communication concernant les politiques en milieu de travail se rapportant au H1N1, pas même des informations relatives au lavage des mains ou aux congés de maladie. «Le fossé entre les connaissances diffusées et la pratique est alarmante. Près de la moitié des répondants ont déclaré qu'ils continueraient à s'engager dans des activités publiques avec pleine connaissance de leur infection. De toute évidence, il y a beaucoup à faire pour sensibiliser les travailleurs de l’Amérique, et aider les gens à agir de façon appropriée afin de contenir la propagation du H1N1.» (No communication to workers from employers about policies in the workplace pertaining to H1N1: study)

Tout cela nous démontre qu’il reste une tâche titanesque à abattre côté communications et sensibilisation. L’information conduit à l’empowerment.

Je vous invite à vous abonner à la newsletter d’information que j’édite (il s’agit d’une revue de presse quotidienne sur la pandémie, avec analyse des situations les plus percutantes). On peut s’abonner directement sur le site de RéseauPandémie.com. Par ailleurs, ne manquez pas de consulter le forum Zonegrippeaviaire.com. C’est une véritable mine d’or d’information sur la pandémie et la marche des virus d’influenza à travers le monde.

31 mai 2009

Été de mécontentement...

Maryn McKenna

Voici un excellent article signé par Maryn McKenna dans CIDRAP News. Elle y aborde les problématiques de la surveillance des nouveaux virus de la grippe A (H1N1).

Il y a un mois (lorsque l'OMS est passé en phase 5 d'alerte pandémique), David Nabarro a averti sur Facebook que les prochains mois seraient difficiles, lorsque le virus sortirait des écrans radar de la surveillance.

Maryn a brossé un aperçu de ce tableau estival, tout en pointant les différences avec la grippe saisonnière.

Cinamon et Gaby ont fait de l'excellent boulot avec la traduction en français: merci beaucoup!

Le nouveau virus de la grippe peut occasionner un été de mécontentement
Traduction en français (par Cinamon et Gaby) de
"New flu virus may bring summer of discontent"
29 mai 2009 | Par Maryn McKenna | CIDRAP News

23 mai 2009

Mes deux coups de cœur de la semaine: Sandman et Nabarro

Peter M. Sandman

David Nabarro

J’ai deux coups de cœurs à partager avec vous.

Mais tout d’abord, faisons un petit tour d’horizon des derniers développements (et des non-développements).

Ce matin, je me disais que la situation n'avait guère progressé, d'un point de vue POLITIQUE, depuis le 4 mai dernier, date où j'ai rédigé le billet «OMS, ONU, accordez vos violons».

Nous sommes toujours en phase 5.

Aucune décision n'a encore été prise dans les plus hautes sphères de la gestion de pandémie, et personne n'ose encore appeler les choses par leur nom. Alors que le virus de la grippe A (H1N1) se propage dans le monde entier, il ne fait guère de doute que nous sommes déjà dans les premiers stades d'une pandémie généralisée. Néanmoins, nous assistons à un concert de résistance considérable à appeler ce qui se passe une «pandémie».

«Les arguments sur l'état de la pandémie de grippe porcine sont une distraction de la lutte contre l'épidémie», a averti Declan Butler le 21 mai dernier dans Nature.

Comme l'a répété si souvent Henry Niman, le virus de la grippe porcine ne lit pas les communiqués de presse de l'OMS, et ce virus poursuit inexorablement sa conquête de l'espèce humaine, voyageant d'une contrée à une autre. Combien y a-t-il de cas réels? Je suppose que cela doit tendre désormais vers le million de personnes infectées. Le magazine New Scientist a indiqué que des calculs basés sur les débuts du virus ont prédit qu'il y aura un milliard de gens infectés d'ici le mois de juillet 2009. «Les experts de la santé ont expliqué à New Scientist, que sur la base du taux d'augmentation exponentielle calculé peu de temps après que l'OMS ait commencé à compter les cas, le H1N1 pouvait infecter plus d'un milliard de personnes d'ici juillet 2009.»

Cette semaine, le numéro 2 de l'Organisation mondiale de la santé, le Dr Keiji Fukuda, a déclaré que les données ne signifiaient plus grand chose: «Les chiffres eux-mêmes sont devenus de moins en moins pertinents (...) Ils vont de moins en moins refléter ce qui se passe réellement.»

Pendant que l'OMS et l'ONU hésitent avant d’augmenter l’alerte pandémique au dernier cran, nous avons l’impression que les nations se traînent les pieds pour déclarer le moins de cas possibles.

Consulter la liste des cas confirmés par pays (bulletin no.37 de l'OMS) fait sourciller. Au 23 mai 2009, 28 pays (sur 42) ont confirmé moins de 10 cas de grippe porcine chacun.

Le directeur du CIDRAP, Michael Osterholm, a mentionné cette semaine que quelque chose clochait avec les chiffres européens. Il a dit que les chiffres officiels de la Grande-Bretagne ne faisaient pas sens, et que «si les autorités ne cachent pas de cas, elles ne font pas tellement d’efforts pour trouver le virus. Les chiffres de la Grande-Bretagne ne racontent pas vraiment toute l’histoire. S’il n’y a vraiment que quelques cas en Europe, nous devrions tous y envoyer des équipes pour savoir ce qui s’y passe», a-t-il dit.

Donc, les États-Unis d'Amérique semblent être le seul endroit sur la planète où il survient de très nombreux cas de grippe A (H1N1): 6552 selon le dernier décompte. Et dans le pays d'à coté - le Canada - il n'y en a que 719 (ce nombre n'a pas été mis à jour, le dernier total affiché par l'Agence canadienne de la santé publique étant de 805 cas au 22 mai 2009).

Même que le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada, nous a affirmé dernièrement que le pire du foyer d'infection était derrière nous. «Il semble à ce point que nous ayons franchi le pire au Canada pour cette saison», a-t-il déclaré.

Ce qui est en contradiction directe avec une déclaration de la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan: «Nous nous attendons à ce que le virus continue de se propager à de nouveaux pays, de même que dans les pays déjà touchés.»

Le Canada est le troisième pays le plus touché au monde par la grippe porcine, et donc si nous nous fions aux dires de Margaret Chan, les cas vont continuer d’augmenter, et non pas aller en décroissant, comme voudrait que nous le croyions le Dr David Butler-Jones.

Voici mes deux coups de cœur.

Le premier consiste en un article publié dans Nature par le communicateur de risque Peter M. Sandman, intitulé «Pandémie: une bonne hygiène ne suffit pas». Le plus grand défaut du CDC [et de tous les gouvernements] est de ne pas en faire suffisamment pour aider le public à visualiser ce à quoi une pandémie grave pourrait ressembler, a dit Peter M. Sandman. Lisez l’article au complet, il est très instructif et révélateur.

Mon second coup de cœur est arrivé par surprise, hier en fin d’après-midi, quand j’ai ouvert mon compte de Facebook, et que j’ai vu que David Nabarro, coordonnateur senior de l’action des Nations Unies contre la grippe aviaire et humaine, avait posé un défi: «Défi: Pouvons-nous demeurer vigilants, tout en nous assurant que la solidarité mondiale et les partenariats se maintiendront au sommet des défis de la préparation à une pandémie au cours des trois prochains mois?»

David Nabarro s’est soudainement mis à interagir avec des membres de la sphère du Flublogia ces dernières semaines, alors qu’il était demeuré assez réservé au cours des derniers mois. Il a noué de nouvelles amitiés, et a même écrit sur des babillards. Par exemple, j’ai vu passer des échanges entre lui et Greg Dworking (bloguant sous le pseudonyme de DemFromCT). Il est également devenu ami avec Craig Vanderwagen, du HHS américain.

Solidarité mondiale? Comment est-il possible de faire encore totalement confiance aux autorités?

L’expression «solidarité mondiale» s’applique-t-elle aux citoyens? Où sont donc passés les préparatifs sociaux mentionnés dans le 4e Rapport intérimaire de l’ONU sur la gestion de la grippe aviaire? J’imagine que dans les circonstances, ils devraient également s’appliquer à la grippe A (H1N1). J’en ai peut-être manqué des bouts, mais j’ai l’impression que dans l’opéra qu’on nous joue, l’acte qui devait porter sur les préparatifs sociaux a été complètement supprimé du spectacle, à part les recommandations sur le lavage des mains.

«Fondamentalement, les fonctionnaires doivent se demander s’ils voient la population en tant que victimes potentielles à être protégées et rassurées, tout comme de jeunes enfants, ou des combattants d'une pandémie – des adultes - qui peuvent jouer un rôle actif dans la crise qui pourrait être à venir. La différence de tonalité pourrait sauver des vies.», a indiqué Peter M. Sandman.

26 mars 2009

Il est impératif que l'État québécois développe une meilleure vision à long terme


Je reponds à un billet du député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, critique de l'opposition officielle, en matière de santé, intitulé "Un budget sans vision et courage".

Monsieur Dranville, vous soulignez que “toutes les décisions difficiles sont remises à plus tard”. Je suis contente que vous ayiez mentionné cela.

Vous parlez aussi de pots cassé­s. Assurément, si la présente administration n’arrive pas à démontrer une meilleure capacité de vision à LONG TERME, la société québécoise se retrouvera avec de très graves problématiques sur les bras dans un avenir pas si lointain que cela.

Je rappelle de nouveau que le spectre de la pandémie pend toujours comme une épée de Damoclès au-dessus de l’humanité, et que le Québec n’y échappera pas, même si cela ne fait pas l’affaire des dirigeants de l’État. La pandémie d’influenza se produira à un moment ou un autre, et chaque jour qui passe nous rapproche de cette crise sanitaire mondiale. Une pandémie n’attendra pas que le Québec ait eu le temps d’y penser. Les virus ne consultent pas les journaux et ne lisent pas les communiqués de presse. Et ce n’est pas parce qu’elle ne s’est pas encore produite qu’une pandémie n’arrivera jamais.

L’ONU a averti: “Préparez-vous au grand choc écomomique.”

“La plupart de pays se sont concentrés sur la pandémie comme cause potentielle de catastrophe et ont effectué quelque planification. Mais la qualité de leurs plans est inégale et trop peu d’entre eux ont porté attention aux CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES”, a déclaré David Nabarro à BBC radio.

“Les conséquences économiques pourraient s’élever à 2 trillions de dollars américains - jusqu’à 5 pour cent du produit intérieur brut”, a-t-il dit, réitérant des évaluations antérieures de la Banque mondiale et de l’ONU. Je considère que cette évaluation est très conservatrice. Les conséquences d’une pandémie sur notre monde moderne et interconnecté sont quasiment inimaginables.

Avec une dette alourdie, un affaiblissement à moyen terme des infrastructures de santé et d’éducation, des plans de pandémie totalement désuets et planifiant pour le scénario le plus insignifiant, et une population délibérément maintenue dans l’ignorance des enjeux réels, je redoute le pire pour l’avenir du Québec. Il serait grand temps que l’État prenne ses responsabilités.

14 mars 2009

Se rendre là où personne n’est encore allé: pousser l’expérience gouv2.0

Steve Ressler

Ces derniers mois, les membres de la sphère du Flublogia ont consolidé leurs liens en expérimentant avec de nouveaux outils de réseautage social, tels que Facebook et Twitter.

En se regroupant, ils ont formé une communauté.

En échangeant des informations, discutant et partageant leurs expériences, ils se sont transformés en communauté de pratique flublogienne. Wikipédia définit une communauté de pratique comme étant le processus d'apprentissage social émergeant lorsque des personnes ayant un centre intérêt commun collaborent mutuellement. Cette collaboration, qui doit se dérouler sur une période de temps notable consiste à partager des idées, trouver des solutions, construire des objets nouveaux.

La communauté de pratique flublogienne a noué des amitiés avec une poignée de hauts gestionnaires gouvernementaux de plusieurs nations.

Très récemment, quelques hauts gestionnaires gouvernementaux se sont mis à bloguer sur Facebook à propos des défis des préparatifs pandémiques. Craig Vanderwagen (des États-Unis) et Thierry Saussez (de la République française) ont ouvert une fenêtre de discussion avec la communauté de pratique flublogienne.

D’autres hauts gestionnaires et leaders gouvernementaux sont invités à suivre les traces de ces deux pionniers, et à participer à l’expérience 2.0. Plus il y aura d’individus impliqués dans la discussion, plus grandes seront les chances que ces échanges conduisent à de l’innovation dans le domaine des préparatifs pandémiques sociaux.

Steve Ressler, un employé de la Sécurité intérieure (Homeland Security) du gouvernement américain, a compris cela il y a plusieurs mois, en lançant (en juin 2008) un site de réseautage social – www.GovLoop.com - conçu et construit exclusivement pour les employés du secteur public (et ouvert au monde entier). Steve Ressler espère positionner ce site comme plaque tournante du secteur public: un endroit où les décideurs et les fonctionnaires échangeront des idées et exploreront de nouvelles opportunités. Ressler est également co-fondateur d’une organisation professionnelle connue sous le nom de Young Government Leaders (Jeunes dirigeants), dont le but est d’aider le gouvernement à évoluer dans l'ère du Web 2.0.

Ce réseau comporte actuellement plus de 7000 membres de plusieurs niveaux de gouvernement: fédéral, des États (ou provincial) et local. Les utilisateurs de GovLoop sont variés: on y compte des CIO (Chief Information Officers), de brillants administrateurs, de même qu’à peu près tous les types de personnel, en provenance des États-Unis, ainsi que du monde entier.

En peu de temps, les utilisateurs ont rédigé des centaines de billets, lancé des centaines de discussions via des groupes, ont affiché des événements, et ont partagé plus de mille photographies et vidéos. Les utilisateurs de GovLoop se réunissent et collaborent de façon à améliorer le gouvernement de l’intérieur. De récentes discussions et blogues ont porté sur des sujets tels que le Gouvernement 2.0, la budgétisation participative, la formation de nouveaux dirigeants, et il existe même un groupe se penchant sur une pandémie.

Meghan Harvey, une utilisatrice de GovLoop, a écrit dans un message intitulé ‘How GovLoop Helps Restore Faith’: «Si les gens situés au cœur d’un gouvernement sont dévoués, passionnés, et intelligents, alors comment le public ne pourrait-il pas avoir la foi dans les directives et mesures d’un pays?»

David Nabarro et son équipe, dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, recommandait: «L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes.» (Synopsis, paragraphe 18)

Je suis fière des développements observés ces six derniers mois concernant des tentatives d’apprivoisement entre la société civile et des membres du secteur public, en lien avec les préparatifs pandémiques.

Réjouissons-nous de ces acquis.

Mais poussons également pour que ce bourgeonnement d’échanges se développe en un phénomène mondial, qui pourraient conduire à l’implantation de réels préparatifs pandémiques sociaux.

Mon hypothèse, en présentant l’outil de réseautage GovLoop.com aux gestionnaires de pandémie, est qu’en introduisant des outils de partage d’information favorisant une plus grande expérience 2.0, cela pourrait conduire à un essor 2.0 mondial dans le domaine des préparatifs pandémiques.

J’ai lancé aujourd’hui des invitations à mes amis gestionnaires et décideurs à s’inscrire à GovLoop.com, et à participer à cette expérience de réseautage. J’espère qu’ils répondront à cet appel et que fleurira la pratique 2.0 dans notre milieu. Après tout, nous sommes sur le point de célébrer l'arrivée du printemps. Un peu de nouveauté ferait le plus grand bien.

11 mars 2009

Il est temps de modifier les directives adressées au grand public

[George Bernard, bijoutier à Laval, ne manque pas de travail lors du changement d'heure. Photo Luc Laforce]

Ce dimanche 8 mars, toute l'Amérique du Nord a changé d’heure. Nous sommes passés à l’heure avancée, ou heure d'été.

Il serait temps pour les nations du monde de passer à des recommandations avancées. En quelque sorte, d'ajuster nos pendules à l'heure de la pandémie.

Voici comment j’entrevois la situation actuelle.

En novembre dernier, David Nabarro a annoncé qu’il évaluait que l’état de préparation mondial était d’environ 40%. Il a expliqué qu’il basait cette évaluation sur le 35% des nations ayant commencé à tester leurs plans de lutte à une pandémie.

Le mot d’ordre était donné pour encourager les nations à mettre à l’épreuve leurs stratégies de pandémie. Le Quatrième Rapport intérimaire mondial sur la grippe aviaire, publié à la mi-octobre 2008 par l'équipe de David Nabarro, indique à ce sujet: «Il importe maintenant de consolider les réalisations en matière de préparation à la pandémie et de veiller au caractère opérationnel des plans en en faisant la promotion, en les approuvant, en les mettant à l'épreuve et en les examinant systématiquement à l'aide des leçons apprises ainsi qu'en les incorporant aux structures de gestion des catastrophes.» (Synopsis, paragraphe 20)

Ces derniers mois, la crise économique mondiale a accaparé beaucoup d’attention médiatique.

Mais malgré un contexte économique menaçant, quelques nations continuent de peaufiner leurs préparatifs en vue d’une pandémie.

Dernièrement, nous avons entendu parler de simulations de pandémie effectuées au Japon, en lien avec les transports en commun (voir Japan: Social Distancing Test On Commuter Trains). Les Japonais ont tiré des plans pour tenter de trouver des méthodes qui permettraient d’appliquer une règle de 2 mètres de distanciation sociale. Cela a conduit à des révisions de stratégies pour les grands centres urbains, tel que Tokyo, où il a été établi que si seulement 40% de la population se déplaçait et sortait de leur résidence, alors il serait peut-être possible de contrôler le niveau d’infection occasionné par une pandémie. Les Japonais ont évalué que tout pourcentage de population au-dessus de 40% se déplaçant dans des endroits publics occasionnerait un échec de gestion de la part des autorités de ce pays.

Ces conclusions sont intéressantes, et influenceront probablement d’autres nations ayant sur leur territoire des centres urbains à forte densité humaine.

Comme Paris, par exemple, la ville-lumière de la France.

Les mesures pharmaceutiques, en raison du présent contexte économique difficile, et d’autres facteurs exceptionnels (tels que la résistance aux antiviraux et le nombre d'années qu'il faudra pour fabriquer un vaccin de souche pandémique), se dirigent vers une sorte de cul-de-sac. De nombreux plans de lutte ont beaucoup misé sur les mesures pharmaceutiques.

Époque oblige, un changement de stratégie s’impose.

Une autre solution aurait été de renforcer l’infrastructure du système de santé publique. Mais cela s’avère une tâche titanesque, qui exigerait nécessairement des sommes astronomiques, en plus d’un leadership considérable. Le contexte économique actuel n’est pas favorable à cette avenue. Nous assistons plutôt à des annonces de déficits et à des coupures, qui auront pour effet de fragiliser l’infrastructure du système de santé. Revere (d'Effect Measure) a écrit à propos de maintenir l'accent sur la santé publique:
"Nous l'avons dit souvent, mais cela ne peut pas être déclaré trop souvent: si vous voulez vous préparer à une pandémie d'influenza -- ou à n'importe quel choc aigu à un système quelconque -- la meilleure chose à faire est de renforcer le système de santé publique et les services d'infrastructure sociale. Acheter et stocker des vaccins et des antiviraux pourrait -- ou ne pourrait pas -- fonctionner pour l'influenza. Mais un système de santé publique robuste et un système de service social, par contre, cela marcherait pour tout le monde, incluant en période de récession prononcée."

Restent alors les mesures non pharmaceutiques telles que la distanciation sociale et des réserves personnelles en approvisionnement, et l'orchestration d'une participation active de la population. En d’autres mots, l’implantation de réels préparatifs pandémiques sociaux. L’époque où des États se contentaient de créer l’illusion d’un pandémisme de façade est révolue. Les nations qui veulent s’en sortir devront changer leur fusil d’épaule.

Plusieurs éléments jouent en la faveur du développement de mesures non pharmaceutiques:

> leur coût moins élevé (comparativement à des achats coûteux de produits pharmaceutiques);

> le fait que les médias sociaux ont atteint un point de basculement;

> le risque de pandémie, qui augmente en raison d’un relâchement de la surveillance des maladies, occasionné par des coupures aux budgets de pandémies des nations du monde.


C’est dans ce contexte qu’a eu lieu cette semaine une simulation de pandémie dans un supermarché de la région de Lyon, en France.
"Le scénario est simple: 8h30, le magasin n'est pas encore ouvert, que déjà, dehors, près 200 personnes attendent. Les portes coulissent et immédiatement, c'est la ruée. Remplir son chariot devient alors un exercice de haute voltige. Eau, pâtes, riz, farine, huile... les produits de première nécessité sont les plus recherchés. Au bout de quelques minutes à peine certaines denrées sont déjà en rupture de stock.

Très vite, l'exercice montre que, dans un tel contexte, les comportements individualistes prennent le dessus. Les réactions du personnel sont alors fondamentales, d'autant, qu'en raison de la pandémie, l'équipe est sensiblement réduite." (M6Info.fr)


"Le camion vient à peine de se garer à l'arrière du supermarché qu'il est pris d'assaut par une horde de clients portant des masques blancs. Hier, à l'Intermarché de Grigny, le réapprovisionnement du magasin en denrées de première nécessité a failli tourner au cauchemar. «Quand j'ai vu les gens se ruer dessus, j'ai préféré tout mettre en réserve plutôt que déclencher une émeute. Le jour où il y aura une vraie crise, on devra fermer le point de vente pendant la livraison», raconte, épuisé, Christophe Dejob, le PDG de l'Intermarché. Durant 48 heures, son magasin a été le théâtre d'une simulation de pandémie de grippe aviaire organisée par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact).

«Il s'agissait de voir comment une entreprise peut maintenir son activité alors qu'une partie du personnel est malade, que les fournisseurs peinent à approvisionner et que les clients veulent faire le plein de pâtes, d'eau ou de lait pour enfants», explique Jack Bernon, responsable du département santé et travail à l'Anact. Une centaine de figurants, masques sanitaires sur le visage, ont ainsi joué dimanche et hier les clients furieux et angoissés, face à un personnel en sous-effectif pour tester le «plan de continuité d'activité» du magasin. «Il a fallu dès le matin former en 30 minutes des hôtesses de caisse», explique Christophe Dejob, confronté au casse-tête des consignes sanitaires en cas de pandémie. Il est recommandé de se tenir à au moins 2 m de toutes personnes. C'est difficile au moment de payer ses achats. Autant fermer le magasin.» L'intégralité de l'exercice a été filmée et fera l'objet d'une diffusion en DVD auprès des entreprises de la distribution." (20Minutes.fr)

Allumez vos lampions, car cet événement est d’une importance capitale dans l’avancement des préparatifs pandémiques sociaux. Les espérances que cet événement débouche sur de l’innovation sont élevées.

Je considère qu’il s’agit d’un point de basculement mondial, qui pourrait entraîner de nouvelles stratégies.

Les nations avec suffisamment de bon sens pour intégrer l’apprentissage issu de tests et de simulations de pandémie, sont celles ayant les plus grandes chances de voir progresser leurs mesures d’urgences et, par conséquent, de probablement mieux s’en tirer que d’autres, lors de l’avènement d’une pandémie.

Il y a quelque temps, la République française a aligné ses recommandations de stockage individuel de vivres et de biens essentiels sur celles des États-Unis, en incitant ses citoyens à prévoir pour deux semaines d’approvisionnement.

L’exercice de simulation de cette semaine ayant eu lieu en sol Français était unique en son genre. À ma connaissance, il s’agissait d’une première.

Nous avons entendu quelques avertissements à propos des dommages collatéraux, surtout de la part du Dr Michael Osterholm, le directeur du CIDRAP (des États-Unis).
"Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie." ('Little evidence for New York City quarantine in 1918 pandemic', CIDRAP News, 27 novembre 2007)

Il y a par ailleurs eu une excellente étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Sydney intitulé 'A food "lifeboat': food and nutrition considerations in the event of a pandemic or other catastrophe’ (Bouée de sauvetage de vivres), où il a été expliqué pourquoi les vivres viendraient à manquer dès les premières semaines d’une pandémie. Cette étude avertissait également que si les citoyens attendaient à la dernière minute pour se constituer une réserve d’approvisionnement, il n’y aurait pas suffisamment de denrées disponibles en Océanie pour suffire aux besoins de la population.

Il y a eu également d’excellents textes publiés dans le site GetPandemicReady, soutenu par le comté de Nez Perce en Idaho, aux États-Unis. Le collectif de citoyens ayant créé GetPandemicReady a argumenté en faveur de trois mois de réserve personnelle en approvisionnement.

Bien que de plus en plus de gens aient pris conscience ces derniers mois de la nécessité et de l’utilité d’une réserve individuelle considérable, il ne s’est pas encore manifesté de volonté politique de la part d’aucune nation, conduisant à des modifications de recommandations officielles de la part des nations les plus avancées dans ce domaine.

Mais l’exercice de simulation de pandémie dans un supermarché lyonnais qui a eu lieu cette semaine pourrait s’avérer le catalyseur d’une nouvelle approche de la part des stratèges de la République française.

Oseront-ils se positionner comme la toute première nation à recommander aux citoyens d’avoir pour de nombreuses semaines d’approvisionnement dans son garde-manger?

Tôt ou tard, quelqu’un va devoir se décider à avertir la population du réel danger, et des conséquences très probables qu’une pandémie aura sur l’existence des citoyens.

Non seulement les autorités gouvernementales sont-elles en très mauvaise posture pour assurer que des soins de santé aient lieu en temps de pandémie, il est évident qu’aucun gouvernement ne sera en mesure de nourrir une population entière, advenant des ruptures prolongées au système juste-à-temps d’approvisionnement.

Je considère que les autorités gouvernementales sont au pied du mur: elles doivent trouver au plus vite des moyens pour atteindre un état avancé de préparation pandémique sociale. Le défi est colossal, et l’atteinte de l’objectif ne se fera pas du jour au lendemain. Des efforts considérables devront être déployés. C’est dès maintenant que les gouvernements devraient s’atteler au défi de développer et d’implanter des préparatifs pandémiques sociaux.

Les nations qui échoueront dans cette tâche risqueront de disparaître, anéanties sous le fardeau du chaos social, de la famine, d’un nombre élevé de victimes, et de la faillite économique.

Des choses relativement simples, comme dire la vérité, expliquer clairement les enjeux, et répéter, tel un perroquet ou un gramophone, des directives réalistes aux populations, pourraient faire une différence, dans la gueule d’une pandémie mortelle.

05 mars 2009

Le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook franchit le cap des 100 premières personnes

Il n'est pas facile de rallier des gens derrière ces deux mots «grippe aviaire».

Combinez cela à l'idée qu'il faudrait déployer davantage de préparatifs pandémiques, et vous aurez un aperçu des difficultés de mobilisation pour un groupe comportant ces deux éléments dans Facebook.

Après six mois de présence sur Facebook, le groupe [Zonegrippeaviaire] en faveur de plus de préparatifs en vue d’une pandémie, créé (curieusement) un 11 septembre (2008), a enfin atteint le 5 mars 2009 le cap des 100 premières personnes à avoir rejoint ce groupe.

Ce nombre de personnes est plutôt restreint, pour Facebook, où nous sommes habitués à voir des groupes constitués de milliers de personnes, voir même de centaines de milliers de personnes.

Zonegrippeaviaire a atteint presque le double de personnes, à comparé au groupe (créé par des Américains) intitulé Public Health Early Warning and Preparedness, qui a attiré à ce jour 57 personnes sur Facebook.

Ces résultats démontrent à quel point le phénomène mondial connu sous le nom de la «flu fatigue» a fait son œuvre, détruisant tout intérêt pour les questions de pandémie. Pour en savoir plus sur la «flu fatigue», consultez ce billet du blogueur canadien Crawford Kilian: Branswell, «Cinq ans de lassitude à propos de l’influenza», et celui du journaliste du Monde, Jean-Yves Nau, «Michel Setbon, Le public croit de moins en moins en une pandémie».

Bien entendu, le fait que les autorités québécoises aient refusé de collaborer avec des membres de la sphère du Flublogia et de reconnaître le site Zonegrippeaviaire.com, pour ne pas avoir à reconnaître le reste des médias sociaux, ne joue pas en la faveur de la popularité de ce groupe.

En décembre 2008, David Nabarro, coordonnateur senior de l’influenza humain et aviaire aux Nations Unies, a rejoint ce groupe. Voir mon billet à ce sujet.

Deux mois plus tard, Craig Vanderwagen, secrétaire adjoint à la préparation et à l'intervention dans le cadre de la requalification de l'Office de la santé publique d'urgence des États-Unis, est devenu le premier haut gestionnaire de pandémie d’une nation à rejoindre ce groupe. Voir mon billet à ce sujet.

Ces derniers jours, nous pouvons noter que les personnes suivantes se sont jointes aux rang du groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook:

Bernard Motulsky

BERNARD MOTULSKY, professeur au Département de communication sociale et publique, est le nouveau titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Fondée en 2002 par Danielle Maisonneuve, la Chaire de relations publiques et communication marketing contribue au développement de la profession de communicateur à travers ses recherches, ses publications et ses activités de rayonnement.

Bernard Motulsky possède une expérience de plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication et des relations publiques. Il a débuté sa carrière comme rédacteur et journaliste avant de devenir professeur de communication à l'Université Laval. Il a occupé par la suite plusieurs postes, en particulier au sein du Groupe Cossette, au gouvernement du Québec, à la Bourse de Montréal et à l'Université de Montréal où il a été directeur général des communications jusqu’en 2006. Détenteur d’une maîtrise et d'un doctorat (Ph.D.) en philosophie, il agit également comme consultant.

ANDREW P. WILSON fait partie de l’équipe des médias sociaux du ministère américain de la Santé et des Services sociaux (HHS). Le HHS vient tout juste de dévoiler son nouveau site des médias sociaux, le tout premier site de cette nature au monde, un petit bijou qui a de quoi rendre jaloux les citoyens non-Américains, qui, j'en suis persuadée, meurent d'envie d'avoir des AndrewPWilsons dans les rangs de leurs autorités gouvernementales respectives. Vous pouvez consulter le billet du blogueur Michael P. Coston à ce sujet: HHS Unveils New Media Website.

Pete Blackshaw, de Advertizing Age, l’a interviewé Andrew P. Wilson le 5 février 2009, et à dit à propos de lui: «Il s’avère qu’Andrew, officiellement responsable de l’Internet au HHS, est le vrai ‘deal’. Alors que je l’ai suivi pendant plusieurs jours (et vice versa), j’ai senti qu’une nouvelle approche était en train d’émerger dans la manière dont le gouvernement utilise les outils Web 2.0 pour se rapprocher des consommateurs et des principales parties prenantes. Il placote, tisse des liens et intervient. Il aide les gens avec des questions et préoccupations au sujet de la salmonelle.»

Andrew P. Wilson a déclaré dans cette entrevue: «Mon impression est que le président Obama comprend la valeur des médias sociaux. Non pas comme un outil, mais comme un moyen de dialoguer avec le public. De mon expérience personnelle, je vois des gens qui travaillent très, très fort pour faire une différence. Nous espérons que ces nouveaux outils pourront aider à élargir la portée.» Vous êtes invités à le suivre sur Twitter (vous verrez à quel point il est formidable): @AndrewPWilson

GUY THERRIEN est conseiller aux communications à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est propriétaire de Guy Therrien Communication. Auparavant, il a été responsable des communications à l’Association québécoise de prévention du suicide. Son blogue s’intitule Nomade sur mon divan.

Pour avoir échangé plusieurs fois avec Guy Therrien, j’ai remarqué qu’il est très au fait des stratégies gouvernementales de préparation de pandémie du gouvernement du Québec. Guy Therrien est sur Twitter lui aussi. Vous pouvez le suivre à @Gtherrien.

Je vous en prie, faites comme ces gens, et joignez-vous au groupe [Zonegrippeaviaire] en faveur de plus de préparatifs en vue d’une pandémie.

01 mars 2009

Thierry Saussez se positionne comme premier haut gestionnaire francophone à initier un dialogue 2.0 à propos de la grippe aviaire

Thierry Saussez

Les idées pour bloguer ne me manquent pas cette semaine, toutefois, c’est le temps qui me fait défaut. J’ai effectué deux ballades en ambulance ces derniers jours (j’accompagnais deux différents membres de ma famille à l’urgence). La seconde personne est dans un état grave, et les prochaines semaines seront certainement occupées et éprouvantes pour toute ma famille.

Je prends toutefois quelques minutes pour vous informer d’une bonne nouvelle.

Il y a quelques jours, je vous ai avisés que Craig Vanderwagen était devenu le tout premier haut gestionnaire de pandémie d’une nation à ouvrir sur Facebook une fenêtre de dialogue avec la communauté de pratique flublogienne. Voir mon billet à ce sujet.

Craig Vanderwagen s’est également distingué cette semaine en rejoignant le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook. Il a suivi les pas de David Nabarro, coordonnateur senior pour l’influenza humain et aviaire aux Nations Unies, qui s’était joint à ce groupe au début de décembre 2008. Voir mon billet à ce sujet.

Le 28 février 2009, soit deux semaines – jour pour jour – après que Craig Vanderwagen ait innové en commençant à partager des éléments de réflexion et d’information sur Facebook, c’est maintenant au tour de Thierry Saussez de se lancer dans une exploration expérimentale en passant par une plate-forme sociale. Il a publié une note intitulée «À propos de la grippe aviaire», dans laquelle il explique que le Service qu’il chapeaute comporte un «département dédié aux situations d’urgence.»

Thierry Saussez a été nommé, le 16 avril 2008, par le Conseil des ministres, aux postes de Délégué Interministériel à la Communication et Directeur du Service d’information du Gouvernement (République française). Il est chargé de veiller à la coordination des actions d’information et de communication de ce gouvernement.

Le Service d’information du Gouvernement (SIG) est chargé d’analyser l’évolution de l’opinion publique et le contenu des médias; de diffuser aux élus, à la presse et au public des informations sur l’action gouvernementale; de coordonner la politique de communication, en particulier en matière de campagnes d’information et d’études d’opinion.

Le Figaro indiquait en avril 2008 à propos de Thierry Saussez qu’un «communicant» avait été nommé pour éviter les «couacs», et soulignait que Thierry Saussez «est souvent cité parmi les membres du «premier cercle» des proches de Nicolas Sarkozy, dont il fut l'un des mentors. À son actif, la stratégie de forte présence médiatique déployée par l'actuel chef de l'État lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, entre 2002 et 2007.»

Récapitulons.

Nous observons que deux hauts gestionnaires, de deux nations (États-Unis et République française), de deux continents (Amérique et Europe), s’exprimant avec deux langues différentes (l’anglais et le français), et ayant à leur actif une grande expérience dans deux domaines respectifs (la planification de mesures d’urgences et les communications gouvernementales), ont déployé des efforts de rapprochement avec les communautés virtuelles actives sur Facebook.

Ces deux leaders ont débuté leur expérience 2.0 à deux semaines d’intervalle.

Il s’agit d’une bonne chose pour le rayonnement de l’information dans la francophonie en général, que le virtuose des communications de la République française ait initié un balbutiement d’échanges à propos de la grippe aviaire sur une plate-forme de réseautage social.

Bien entendu, vous devinerez que j’aurais souhaité que des hauts gestionnaires du gouvernement du Québec soient parmi les premiers à marcher sur de nouveaux sentiers 2.0 en lien avec les préparatifs pandémiques. Je me réjouis des premiers pas de la République française, mais cela ne se fait pas sans un pincement au cœur, en raison de l’absence d’intérêt ces douze derniers mois de la part des instances québécoises pour le projet Zonegrippeaviaire.com, pourtant basé au Québec. Zonegrippeaviaire est le seul forum en lien avec les préparatifs pandémiques à avoir initié à ce jour une présence sur Facebook, et à avoir contribué à consolider des liens sociaux entre des individus de plusieurs pays et de différents milieux sur cette plate-forme sociale.

Les hauts gestionnaires d’autres nations sont invités à la table de discussion, à joindre leur voix dans le flux des conversations, qui créeront au fil du temps un maillage complexe d'actions entre des acteurs issus de nombreux milieux.

Je pense que Craig Vanderwagen et Thierry Saussez devaient devenir des amis sur Facebook. Ils pourraient ainsi mettre en commun leurs informations et mieux surveiller le fil des conversations.

Je suis très emballée par ce qui se passe et j’ai hâte de voir de quelle manière évoluera l’expérience participative de ces deux spécialistes de la gestion gouvernementale. Observons bien ce qu’ils feront et décideront au cours des prochains mois. Car ces deux leaders sont en train de poser les premières pierres de préparatifs pandémiques sociaux, avec comme catalyseur les médias sociaux. Se prêteront-ils au jeu? Effectueront-ils une sorte de danse, en se répondant l’un l’autre, en partageant leurs préoccupations et leurs défis respectifs? Miseront-ils sur la vitalité des communautés? Parviendront-ils à mettre à profit les forces de la solidarité?

Ces leaders ne seront pas à court de défis.

Si ces deux hommes deviennent amis prochainement (et partagent ensuite plusieurs amitiés), il pourrait se créer un heureux mariage entre la planification de pandémie et les communications gouvernementales. Cela pourrait donner lieu à de nombreux échanges d’idées et de connaissances, et éventuellement, même porter fruit.

27 février 2009

Craig Vanderwagen rejoint Zonegrippeaviaire sur Facebook

Craig Vanderwagen

Craig Vanderwagen a rejoint le groupe "[Zonegrippeaviaire] En faveur de plus de préparatifs en vue d'une pandémie" sur Facebook.

Premier et actuel secrétaire adjoint à la préparation et à l'intervention dans le cadre de la requalification de l'Office de la santé publique d'urgence (en vertu de la Loi sur la protection civile en vue d'une pandémie et de tous les dangers 2006 | Pandemic & All Hazards Preparedness Act), Craig Vanderwagen a été le second secrétaire adjoint de la santé publique d'urgence au ministère américain de la Santé et des Services sociaux (HHS).

Il s'agit du tout premier haut fonctionnaire gestionnaire de pandémie d'une nation (les États-Unis) à avoir rejoint ce groupe sur Facebook.

Craig Vanderwagen est également le premier haut gestionnaire de pandémie d'une nation à avoir ouvert une fenêtre de dialogue avec la communauté de pratique flublogienne sur Facebook. Voir mon billet à ce sujet.

En décembre 2008, David Nabarro, coordonnateur senior de l'influenza humain et aviaire aux Nations Unies, avait rejoint Zonegrippeaviaire sur Facebook, invitant ainsi les planificateurs de pandémie et les décideurs des pays du monde à faire de même.

Ross Upshur

Au Canada, Ross Upshur, un grand nom de la recherche canadienne en santé publique, pilotant présentement l'équipe CanPrep.ca, également directeur du Joint Centre for Bioethics de l'Université de Toronto, a rejoint le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook.

Aucun décideur ou planificateur de pandémie canadien ou québécois n'a toutefois encore accordé d'appui à ce groupe.

94 personnes ont rejoint le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook à ce jour, comparativement à 54 personnes pour le groupe "Public Health Early Warning and Preparedness", ce qui constitue un nombre acceptable, étant donné le peu d'information circulant dans les médias à propos de la réelle menace de pandémie et du phénomène mondial appelé "flu fatigue" qui s'est malheureusement emparé des populations de la planète.

Plusieurs gens de la sphère du Flublogia ont rejoint ce groupe sur Facebook. Les blogueurs américains Michael P. Coston / Fla_Medic, Greg Dworkin / DemFromCT, Debi Brandon / SophiaZoe, Maryn McKenna, Catherine Mitchell, ainsi que le blogueur canadien Crawford Kilian / Crof (de la province de Colombie-Britannique), et le blogueur belge Michel S.f. Vermeulen se sont joints au groupe. Le groupe compte aussi plusieurs leaders d'opinion de la sphère francophone et anglophone du Flublogia. Il y a aussi des gens impliqués dans des organisation "grass-root", tels que Justin Kamen de Student Prep America.

Emma Fitri, une journaliste du Jakarta Post (en Indonésie) qui rapporte souvent à propos de la grippe aviaire, de même que Maggie Fox, éditrice, sciences et santé, chez Thompson Reuters, font partie du groupe. Du côté des médias électroniques, Rodolphe Isvelin, chef de centre chez France 3 (à Rouen en France), a rejoint le groupe.

Plusieurs Québécois connus et bien implantés dans leurs milieux respectifs ont rejoint le groupe: Vallier Lapierre, un journaliste spécialisé en technologies de l’information appliquées au monde des affaires, et éditeur du blogue Tous complices; Pierre Bouchard, consultant (agence Indico) et conférencier en gestion de la réputation, communication d’entreprise et relations publiques; de même que Marc Snyder, consultant en communications spécialisé en communications corporatives, en relations publiques et relations de presse, en gestion de crise et en politique à Montréal; Sébastien Paquet, chercheur canadien, professeur (à l'Université du Québec à Montréal) et blogeur connu pour ses travaux portant sur l'infrastructure des réseaux Internet avec Phillip Pearson.

Des consultants en gestion de pandémie du milieu des affaires ont rejoint le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook. Mats Espander est directeur de Espander - Life Science Partners AB, en Suède. Il offre des services de consultation dédiés aux entreprises concernant les préparatifs pandémiques. Harlan Dolgin, de Dolgin Consulting, offre des services de consultation en continuité des affaires, gestion de situations d'urgence et planification de pandémie au Missouri, États-Unis. Erik Yvan Fivaz est cadre dirigeant au sein d'une compagnie britannique (internationale) de gestion de risques, basée en Suisse, qui offre notamment des services de planification de pandémie.

Le cap des 100 premiers individus devrait être franchi prochainement.

Tout le monde est invité à rejoindre ce groupe.

25 février 2009

Le spectre d’une pandémie

En novembre 2008, David Nabarro, le coordonnateur senior de l’influenza humaine et aviaire aux Nations Unies, a déclaré lors d’une conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies, qu’il évaluait que l’état de préparation mondiale avait atteint 40% de l’objectif visé.

Il avait alors indiqué qu’il souhaitait voir augmenter l’état de préparation à 60% - voire 70% - avant la tenue de la prochaine conférence ministérielle, qui est prévue avoir lieu en 2010 au Viêt nam.

Ceci n’arrivera pas.

En raison du contexte économique, qui fait tout dérailler.

Nous assisterons à un grave démantèlement de l’état de préparation mondiale. Cette tendance est déjà observée, comme cela a été confirmé cette semaine par Bernard Vallat, directeur de l’OIE.
"On observe un peu partout à travers le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d'élevage ou sauvages. Beaucoup des 172 pays membres de l'OIE envoient des signaux témoignant d'une baisse de la garde vis-à-vis des menaces sanitaires vétérinaires. Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est manifeste, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés."

L’état de préparation mondiale se réduira-t-il jusqu’à à peau de chagrin?

Au cours des trois prochaines années, nombreuses seront les nations du monde qui mettront certainement leurs budgets de pandémie sur la glace.

Les entreprises, qui sont prises à la gorge par la dépression, vont faire de même.

Juxtaposez à cela le fait qu’il ne resterait guère d’armes pharmaceutiques à jeter contre une pandémie. Une production mondiale de vaccins pandémiques sera retardée de plusieurs mois (probablement plus d’une année). Selon une récente étude du groupe pharmaceutique IFPMA, si une pandémie de H5N1 se propageait aujourd'hui, les fabricants auraient probablement besoin de quatre ans pour faire face à la demande mondiale de vaccins. Par conséquent, nous pouvons être assurés qu’il n’y aura pas de vaccin disponible pour combattre les premières vagues d’une pandémie. Le Tamiflu est encore actif contre le H5N1 (si ce candidat pandémique arrive à développer la capacité à se transmettre plus facilement entre humains). Toutefois, il n'est pas exclu qu'une résistance au Tamiflu se développe rapidement au moment de l’utilisation massive de cet antiviral. Le Relenza aussi est encore actif contre le H5N1. Mais il ne représente qu’environ 20% des réserves d’antiviraux. Ces antiviraux ne sont pas éternels, comme tout médicament, et à un moment donné, ils doivent être renouvelés.

Que reste-t-il comme possibilités?

Peut-être des préparatifs pandémiques sociaux. Cela pourrait être une avenue, de renforcer l’empowerment des citoyens. Étant donné qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les systèmes de santé publique performent comme des champions en temps de pandémie, et que les entreprises déjà affaiblies par une récession pourraient tomber comme des mouches, la seule chose qu’il reste comme possibilité de développement, ce sont les gens.

Si le leadership nécessaire au lancement de préparatifs pandémiques sociaux ne se matérialise pas de la part des plus hautes instances de gestion de pandémie, n’espérons pas que des préparatifs pandémiques sociaux se créeront tout seuls par enchantement.

Jusqu’à présent, des efforts ont été déployés de par le monde pour sensibiliser le grand public à une pandémie.

Mais pas suffisamment.

A-t-on donné l’heure juste aux populations?

Je ne le crois pas.

Les communications sont beaucoup moins coûteuses que la plupart des mesures de préparation qui ont été mises de l’avant jusqu’à présent.

Vu le présent contexte mondial, l’avenue du développement de préparatifs pandémiques sociaux serait une planche de salut.

24 février 2009

Communauté, communauté de pratique et équipe collaborative

Une COMMUNAUTÉ est un groupe d’individus partageant un certain niveau de liens personnels avec d’autres personnes, pour une raison quelconque, allant de l’amitié, aux affaires, à la famille, à la résidence, à la culture, à la religion, à la politique, etc.

Les communautés sont généralement formées au sein de réseaux. Ainsi, une utilisation professionnelle des réseaux peut accélérer la naissance ou la croissance de communautés.

Les contributions des membres sont encouragées et forment la substance même de la communauté. Sans activité, il n'existe pas de communauté. Toutefois, il n’est pas nécessaire que tous les membres participent à chaque activité et à chaque fois qu'il survient quelque chose. Une communauté permet à ses membres d'être aussi actifs qu’ils le souhaitent à propos de ce qu’ils choisissent. La politique de l'activité fait donc partie d'une communauté (c'est-à-dire que certains membres sont plus visibles que d'autres, alors que certains apparaissent comme des leaders, d'autres comme des adeptes, et d'autres comme des auditeurs neutres).

Ces trois derniers mois, ce qui est désigné comme étant la «sphère du Flublogia» est devenue une COMMUNAUTÉ sur deux plates-formes de réseautage (Facebook et Twitter).

En octobre 2008, j’ai encouragé plusieurs membres de cette blogosphère à s’inscrire à Facebook, afin de rester en contact avec des collègues, d'apprendre des autres et de lutter contre l'isolement social. Dix personnes ont répondu à l’appel. Ensuite, ces personnes se sont liées entre elles, et avec d’autres membres de cette blogosphère déjà inscrites sur Facebook. Graduellement, la toile de liens d'amitié s'est consolidée. En peu de temps, une COMMUNAUTÉ est née. Un noyau dur, composé environ d'une centaine d'individus, partagent présentement une moyenne de dix amis en commun (et ce nombre s’élève à autant que 98 amis communs).

Une COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE est une communauté de professionnels dont le but est de créer et de partager des connaissances à propos d'une pratique commune à tous les membres. Son objectif est de favoriser l'innovation incrémentale.

Les gens du Flublogia actifs sur Facebook et Twitter ne l’ont peut-être pas encore réalisé, mais après avoir formé une COMMUNAUTÉ, ils sont devenus aussi une COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE, lorsque des individus de plusieurs pays différents ont franchi la barrière des langues et ont commencé à partager leurs idées, informations, connaissances et expériences.

Une ÉQUIPE COLLABORATIVE a pour but de produire un produit final. Il s'agit d'un groupe de personnes définies par un résultat final commun.

Les gens du Flublogia ne sont pas encore devenus une équipe collaborative, par le biais d’une utilisation des médias sociaux et de divers outils et plates-formes de réseautage social. Mais cela m'apparaît comme la prochaine étape logique.

Une poignée de hauts fonctionnaires (gestionnaires de pandémie) se sont ouverts aux members du Flublogia sur Facebook, en nouant des amitiés. J’ai observé que David Nabarro, le coordonnateur senior pour l’influenza humain et aviaire des Nations Unies, est devenu ami avec six membres de cette blogosphère, au cours des deux derniers mois. Marc Van Ranst, commissaire interministériel du gouvernement fédéral de la Belgique pour les préparatifs pandémiques, est devenu ami avec cinq membres du Flublogia.

Mais jusqu’à présent, je n’ai pu observer que ces planificateurs de pandémie de haut niveau aient réellement engagé des conversations ouvertes à propos des préparatifs pandémiques. Il y a eu des échanges privés toutefois, mais le flux des conversations n’a pas eu lieu publiquement.

Jusqu’au 14 février 2009 (le Jour de la Saint-Valentin, par ailleurs!).

Ce jour-là, Craig Vanderwagen (la première personne à avoir été nommée Secrétaire adjoint pour les préparatifs de situation d’urgence du ministère américain de la Santé et des Services sociaux) a fait ce que je considère être l’équivalent de marcher sur la lune. Ce haut fonctionnaire, après avoir noué des amitiés avec une dizaine de membres de la sphère du Flublogia (le nombre le plus élevé d’amitiés observé à ce jour), le 14 février, a commencé à bloguer sur Facebook, par le biais de notes. Il a partagé son avis à propos d’un aperçu de défis et de projets à venir. En faisant cela, il a permis qu’ait lieu une discussion à propos de ces éléments.

Par conséquent, Craig Vanderwagen est à mon avis le premier haut gestionnaire de préparatifs pandémiques à avoir ouvert une fenêtre de dialogue avec la COMMUNAUTÉ DE PRATIQUE flublogienne.

Au cours des prochaines semaines, il sera intéressant d’observer comment les hauts gestionnaires de pandémie développeront leur collaboration avec cette communauté de pratique.

Éventuellement, il sera peut-être question qu’une ÉQUIPE COLLABORATIVE émerge naturellement. Ceci pourrait notamment contribuer à favoriser l’innovation.

Un exemple concret d’équipe collaborative expérimentale consiste à mon avis en Government 2.0 Camp (sur Twitter @Gov20Camp):
«Governement 2.0 Camp est une non-conférence sur l’utilisation des médias sociaux et des outils technologiques Web 2.0, afin de créer un gouvernement américain plus efficace et une meilleure collaboration à tous les niveaux (local, étatique et fédéral).»

Je vais observer attentivement les travaux de cette équipe au cours des prochaines semaines. Vous pouvez consulter cette vidéo qui explique en quoi consistera ce Camp. Consultez cette page Internet pour en savoir plus à propos de Government 2.0 Camp. L’ami Andrew P. Wilson (un membre de l’équipe Internet du HHS) m’a confirmé hier qu’il participera à cet événement, qui se déroulera le 27 mars 2009. Vous pouvez suivre Andrew sur Twitter: @AndrewPWilson.

Le 23 février 2009, la Maison Blanche a annoncé la nomination d’une équipe Internet:
«Lundi après-midi, la Maison Blanche a annoncé une nouvelle série de personnel de haut niveau, y compris une liste de positions high-tech du président, et une équipe de nouveaux médias Internet.

Plusieurs membres clé du personnel de la Maison Blanche, d’après un communiqué de presse de Robert Gibbs, géreront les grands portefeuilles Internet et la sensibilisation à la «participation de citoyens» en ligne.

La liste des nominations comprend plusieurs anciens collaborateurs de la campagne présidentielle de Barack Obama, dont naturellement, l’ancienne conseillère Web du président, Nancy Pelosi, ainsi qu’un ancien employé de Google qui a travaillé à titre de modérateur de plate-forme pour cette entreprise.

Le bureau de presse de la Maison Blanche avait déjà fait des vagues, il y a un mois, du moins selon les standards de Washington, lorsque le président Obama a invité le Huffington Post à sa première conférence de presse. Lors d’une invitation lancée aux blogeurs pour assister à une récente conférence de presse de la Maison Blanche, un agent des nouveaux médias a déclaré que demander à des blogeurs d’assister à des conférences de presse présidentielles pourrait devenir une «nouvelle tradition».

Un mois après l’entrée en poste du président Barack Obama, les États-Unis poursuivent inexorablement leur virage 2.0. Cela aura une incidence sur le développement de préparatifs pandémiques sociaux.

Voici un rappel du Quatrième Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire de David Nabarro:
«Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes.» (Synopsis, paragraphe 18).

Je me réjouis à propos des récents développements observés, ainsi que du contexte actuel en général. J’ai l’impression que les recommandations de l’ONU pourraient finalement être transposées dans un modèle pratique.

Du progrès a été effectué ce dernier mois par les agences américaines, dans la manipulation et l'expérimentation avec différents outils de médias sociaux. Le fait que Craig Vanderwagen ait ouvert une fenêtre de dialogue avec des leaders d’opinion du Flublogia sur Facebook est encourageant. Il ouvre la voie à quelque chose de nouveau. L’administration Obama est en train d’établir de nombreuses nouvelles normes. Tous ces éléments convergent et pourraient contribuer à produire de réels préparatifs pandémiques sociaux.

Un nom sur cette planète a le pouvoir d'obtenir l'attention des dirigeants d'entreprises. Ce nom-là est McKinsey, qui publie la fameuse McKinsey Quaterly. Dernièrement, ils ont publié un article intitulé ‘Six ways to make Web 2.0 work' (dont j'ai parlé dans mon billet "Six éléments de gestion Web 2.0 qui ont du succès, d'après McKinsley". Ces recommandations peuvent très bien s'appliquer aux gouvernements également. Plusieurs considèrent ces recommandations comme étant un point de basculement, qui propulsera les entreprises dans un virage 2.0 massif.

La raison pour laquelle j'évoque McKinsey dans ce billet, c'est que sa règle Numéro 1 est: Le passage à une culture «bottom-up» a besoin d’être soutenu par le haut.

Par conséquent, si nous appliquons la formule gagnante McKinsey, la mise en oeuvre de préparatifs «bottom-up» pandémique sociaux a besoin d'être soutenue par le haut.

J'espère que le soutien par le haut en question - c'est-à-dire émanant de très hauts gestionnaires de pandémie, tels que Craig Vanderwagen et David Nabarro - dont nous avons tant besoin pour mettre sur les rails des préparatifs sociaux, ne tardera pas à se matérialiser.

10 février 2009

L’effet ciseau observé aux États-Unis se transformera-t-il en effet domino?

Barack Obama hausse le ton

870 millions de dollars, cela s’approche du milliard de dollars. C’est beaucoup d’argent.

C’est la somme qui était prévue dans le plan de relance économique des États-Unis, concocté par l’équipe de Barack Obama, pour des projets en lien avec les préparatifs pandémiques.

La sénatrice Susan Collins a déclaré que des idées comme 870 millions de dollars pour combattre la grippe aviaire devraient être éliminées [dumped]. À ceci, le blogeur Crawford Kilian a rétorqué dans un billet «Essayez donc de retourner l'économie en pleine pandémie, Sénatrice Collins!»

DemFromCT nous a appris dans son billet daté du 8 février (intitulé L’influenza et vous – Partie V) que «les 870 millions ont été retirés du plan de relance économique, POUR LE MOMENT (900 millions de dollars demeurent toutefois dans le projet de loi.»

Il semble exister un certain flou existentialiste à propos de ces 870 millions de dollars. Ils ont été coupés cette semaine du plan de relance économique, mais peut-on être assuré qu’ils seront relocalisés ailleurs ultérieurement?

Nous sommes en pleine crise économique mondiale, et ce que les États-Unis font avec leur budget de préparatifs pandémiques donnera le ton au reste du monde. Si ces millions de dollars s’évanouissent, cela pourrait donner lieu à des coupures dans les budgets de nombreuses nations.

L’importance (ou l’absence d’importance) accordée au financement des préparatifs pandémiques par les États-Unis influencera également le porte-feuille d’agences internationales. J’imagine que des gestionnaires tels que David Nabarro, le coordonnateur senior de l’influenza humain et aviaire aux Nations Unis, qui a notamment pour mandat de faire rentrer des millions de dollars en dons dans les coffres de l’agence, pourrait éprouver des difficultés majeures à renflouer les caisses des Nations Unies, si jamais les préparatifs pandémiques étaient sous-financés aux États-Unis. Ce qui pourrait être catastrophique à moyen terme, car cet argent sert à soutenir les pays démunis dans leur lutte contre le virus mortel H5N1. S’il n’y a pas suffisamment d’argent donné en aide internationale pour lutter contre une pandémie, alors les risques de pandémie risqueraient-ils d’augmenter?

Le journaliste Nicolas Bérubé explique dans La Presse que «Le programme original de 800 milliards n'était pas assez gros pour changer la donne et relancer l'économie, écrit Krugman. Or, les centristes ont fait de leur mieux pour s'assurer que le programme devienne plus faible et moins efficace.» «Pourquoi c'est arrivé? C'est la faute du président Obama, qui cherche à présenter un programme post-partisan qui fait plaisir à tout le monde. C'était sa meilleure chance d'obtenir une action réellement efficace et il l'a ratée», conclut le chroniqueur Paul Krugman du New York Times.

L’Agence France-Presse indique aujourd’hui que le président américain Barack Obama a prédit lundi une «catastrophe», advenant un échec d’adoption du plan de relance économique.

D'autres disent que le président américain semble avoir mis hier tout son poids dans la balance pour influencer un Sénat très divisé sur le plan de relance.

Il est dommage que les sommes prévues pour des préparatifs pandémiques aient dû être abandonnées dans le processus de relance économique aux États-Unis.

Cela ne me semble pas tellement de bon augure pour la santé des budgets mondiaux alloués à la menace pandémique. Si apparemment tout le poids du nouveau président américain n’a pas été suffisant pour convaincre de l’utilité et de la nécessité d’investir dans une préparation de pandémie, QUI, me direz-vous, QUEL POIDS ou influence politique réussira à maintenir les budgets dans ce domaine? Les enjeux sont très élevés, mais même le Sénat américain n'a pas l'air de le réaliser.

27 janvier 2009

David Nabarro s’affairera à améliorer le système alimentaire. Mais les préparatifs pandémiques, dans tout cela? (mise à jour)


David Nabarro. Photo de Junji Kurokawa, AP. Source

Il a été annoncé le 26 janvier 2009 par BBC que David Nabarro est nommé à la coordination de l’action alimentaire.
«Depuis le sommet d'urgence à Rome, en juin, l'ONU a mis en place une équipe d’intervention chargée de coordonner l'action sur l'alimentation, maintenant dirigée par le Dr. David Nabarro, qui s’est établi une réputation de dépannage quand il a conduit les Nations Unies face à la menace de la grippe aviaire.

Au cours d’une réunion de deux jours à Madrid visant à donner un nouvel élan à la question des prix des denrées alimentaires, le Dr Nabarro a déclaré: "La crise économique dans le monde n'a pas mis un terme à la crise alimentaire, à la place elle complique et aggrave la situation.»

Savez-vous combien de personnes ont faim dans le monde? Environ un milliard de personnes. Les gouvernements et les agences d’aide internationale devront se montrer à la hauteur, face à ce défi. La hausse des prix alimentaires a focalisé l'attention sur une crise alimentaire mondiale bien réelle. Oxfam indique en date du 26 janvier 2009:
«Toute solution durable doit passer par des investissements adéquats dans l'agriculture, des règles commerciales plus équitables, une redistribution des ressources et un fort engagement face au changement climatique. Mais les personnes qui souffrent de la faim ne peuvent pas se nourrir du seul espoir de solutions à long terme. Les gouvernements, avec le soutien des agences d'aide et des bailleurs de fonds, doivent agir dès maintenant pour apporter une aide d'urgence systématique et un soutien à long terme à ceux qui sont dans le besoin. Des mesures doivent également être prises pour mieux protéger les personnes en situation de pauvreté chronique contre les sécheresses, les inondations et la volatilité des marchés.»

Je ne doute pas de la capacité de gestion de David Nabarro. Il a réussi à coordonner un effort mondial de préparatifs pandémiques. C’est à coup de centaines de millions de dollars que des nations ont versé des dons pour que des préparatifs pandémiques puissent avoir lieu dans des régions en voie de développement. Face aux dangers des effets de la crise économique sur l’alimentation, voilà que David Nabarro vogue vers de nouveaux horizons.

Ce qui fait que le milieu des préparatifs pandémiques se retrouve sans leadership fort. Cela fait des mois que David Nabarro tambourine qu’il est nécessaire que les budgets de pandémie soient maintenus, malgré la crise économique mondiale. Les yeux étaient rivés vers l’ONU et la Banque mondiale en ce début d’année, notamment suite au changement de présidence aux États-Unis. La nouvelle ronde de préparatifs pandémiques sociaux, économiques et politiques, recommandée dans le 4e Rapport intérimaire sur la gestion de pandémie (dirigé par David Nabarro), pourra-t-elle se concrétiser, sachant que le capitaine a été déplacé vers d’autres occupations? Qu’adviendra-t-il des budgets des agences onusiennes consacrés aux préparatifs pandémiques?

Dans le contexte actuel, où des cas humains d’infection de H5N1 se multiplient en Chine et ailleurs en Asie, ce départ de David Nabarro a de quoi soulever des préoccupations.

En novembre dernier, David Nabarro parlait de ses inquiétudes à propos de l’impact de la situation économique internationale sur l’alimentation. J’ai écouté deux fois sa conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies. J’aurais dû allumer, lorsqu’il a dit que les préparatifs pandémiques étaient «si admirables qu’ils méritaient d’être cités en exemple.»
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort,» a déclaré David Nabarro devant le CSIS. Voir aussi mon billet à ce sujet.

Personne n’a eu l'air de comprendre ce que signifiait ce langage diplomatique... Le coordonnateur nous avertissait peut-être qu’il changerait prochainement de fonctions? Je croyais naïvement que d’autres agences ou programmes imiteraient le «style Nabarro», mais pas qu’il serait déplacé ailleurs!

David Nabarro nous a laissé un autre indice, lors de sa conférence prononcée en novembre dernier. Il a dit que «le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire». Encore là, je croyais que cela serait intégré quelque part aux Nations Unies, sans toutefois penser que ce serait David Nabarro en personne qui serait appelé à développer cette approche.

Nous nous voilà devenus orphelins, ne sachant pas trop ce qu’il adviendra de la coordination de l’influenza aux Nations Unies, ni de quelle sorte de chef d’équipe prendra (ou non) la relève de ces tâches.

Pendant que David Nabarro s’attaquera à un défi encore plus gigantesque que celui des préparatifs pandémiques – la faim dans le monde, et les éternelles inégalités entre les pauvres et les riches - ce qu’il réussira à accomplir pourrait contribuer à réduire la menace pandémique. Souhaitons-lui bonne chance, il en aura bien besoin.

Entre temps, les mordus de préparatifs pandémiques restent sur le carreau, et ce départ profitera certainement aux pessimistes et aussi aux maîtres en procrastination, qui sauteront certainement sur cette occasion pour justifier une réduction de leur budget consacré aux préparatifs pandémiques.

J’essaie de demeurer optimiste, mais a priori, l’annonce du départ de David Nabarro ne me semble pas de bon augure pour le maintien de l’état de préparation mondial en vue d’une pandémie. Nous courons le risque de les voir s’éteindre en un rien de temps, si un autre costaud et courageux leadership n’est pas désigné dans les meilleurs délais, pour reprendre le flambeau laissé derrière par David Nabarro.


MISE À JOUR 27 janvier 2008 14h20


Merci à Nathalie sur Facebook de m'avoir signalé que David Nabarro conservera ses anciennes fonctions (d'après un communiqué des Nations unies publié le 16 décembre 2008, qui est complètement passé inaperçu):
"Le Secrétaire général a par ailleurs annoncé qu'il nommerait David Nabarro au poste de Coordonnateur du Groupe de travail à partir du 1er janvier 2009, qui sera basé au Fonds international de développement agricole (FIDA), à Rome.

Jusqu'à présent ce poste était occupé par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, John Holmes. David Nabarro gardera ses fonctions de Coordonnateur du Système des Nations Unies sur la grippe aviaire."

Hier, Crawford Kilian s'interrogeait sur la succession de David Nabarro dans son billet.

Tant mieux s'il cumulera les deux fonctions. 24 heures de frousse... j'ai carrément vu le ciel basculer sous nos pieds. Cela aurait certainement été la catastrophe. Je suis bien contente que notre leader demeure bien assis là où il est présentement: nous avons besoin de ses talents.

MEA CULPA si je me suis égarée dans mon analyse. Mais cela aura démontré à quel point la présence de David Nabarro à l'ONU est cruciale dans les préparatifs pandémiques. Il ajoute une corde à son arc, tout en maintenant le cap. Ouf!
 
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