Blogue de Lyne Robichaud

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25 septembre 2009

Peut-être que les entreprises ne se préparent pas parce qu’on n’a pas vraiment pris le temps de les préparer

Je réponds ici à un billet de Xavier Aucompte intitulé «Pandémie H1N1: Les obligations des dirigeants et DRH d'entreprises. Pourquoi autant d’entreprises ne se préparent pas?» dans le Blog des managers 2.0 (B-r-ent.com).

Je ne suis pas du tout étonnée que 80% des Français (et cela pourrait probablement s’appliquer à la majorité des autres nationalités) ne s’inquiètent pas au sujet de la grippe A/H1N1. Si 20% des gens se soucient actuellement de la menace pandémique, c’est environ 10% de plus qu’en 2007-2008 (L’intérêt pour la pandémie est peu élevé, révèle un sondage canadien).

Xavier Aucompte pose dans ce billet une question vraiment existentielle, concernant l’indifférence et l’apathie des populations aux grandes problématiques mondiales, dont les pandémies font partie. Cela fait des années que je me pose la même question, et je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante. Je crois que ce n’est pas nécessairement lié directement à la pandémie, mais qu’entre en jeu un certain nombre de facteurs associés à notre mode de vie moderne. On pourrait parler du déni pendant longtemps, et couvrir des pages entières, sans arriver à des solutions répondant au déni actuel. Il s’agit d’un sujet fascinant que de tenter de cerner les mécanismes de réaction des gens face au danger.

De tous les «experts» mondiaux, la personne qui, à mon avis, se penche sérieusement sur cette problématique, est le communicateur de risques Peter M. Sandman. Après avoir observé les comportements, il a classé les réactions des gens dans un certain nombre de catégories. (Il s’agit des Inattentifs; Navigateurs; Railleurs; Dupes; Attentifs; Fanatiques; Dénieurs - Vendre l’état de préparation à une pandémie, à la famille et aux amis). J’ai noté qu’il y avait certaines catégories pour lesquelles c’était foutu, en quelque sorte, qu’il n’y a absolument rien à faire pour tenter de les convaincre de la menace pandémique. Il est dommage que ce genre d’information ne soit pas largement partagé et diffusé, car ces données pourraient grandement aider les gestionnaires d’entreprises à mieux communiquer avec leurs employés.

Peut-être que les messages initiaux concernant la pandémie ont été trop rassurants? L’attention des gens ne dure que quelques jours – la plupart sont incapables d’exercer une vision à long terme. Le moment crucial d’attention mondial est survenu vers le 25 avril dernier, entre deux changements de phases (de la phase 4 à la phase 5). Sur Twitter, par exemple, «swine flu» s’est classé numéro 1 parmi les sujets les plus populaires pendant quelques journées consécutives. Mais on a dit à ce moment-là aux gens que le virus de la grippe porcine était semblable à la grippe saisonnière. On a leur a dit aussi qu’il mourait chaque année X personnes de la grippe saisonnière. Puisque le ciel ne leur est pas tombé sur la tête dans les quelques jours qui suivirent le déclenchement de la pandémie, les gens sont passés à autre chose.

Un autre élément à considérer est le fait que la pandémie est arrivée avant que les préparatifs pandémiques mondiaux aient eu le temps d’être complétés. En novembre 2008, David Nabarro, le chef d’orchestre mondial des préparatifs, coordonnateur de la grippe humaine et aviaire à l’ONU, a estimé que l’état de préparation mondial avait atteint seulement 40% (David Nabarro évalue l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global). Il a dit également qu’il fallait qu’ait lieu davantage de préparatifs pandémiques «sociaux, économiques et politiques» (Le nouveau rapport de l’ONU recommande une planification multisectorielle). La pandémie est arrivée entre-temps, en avril 2009, et les plans de Nabarro ont été bousculés par la réalité. S’il n’y avait pas eu le déclenchement de la pandémie dans l'intervalle, de nombreux plans d’action auraient peut-être pu être déployés auprès des entreprises du monde entier…

Par ailleurs tout le travail en amont qui était (probablement) planifié auprès des entreprises n’a pas vraiment eu le temps d’être orchestré (comme cela a été pratiqué par l’ONU auprès des gouvernements des nations du monde, par exemple).

La population mondiale n’a jamais été intégrée non plus dans les préparatifs pandémiques.

Il était question à cette époque (automne 2008) à l’ONU, de développer la communication. L’ONU a indiqué dans un rapport sur les préparatifs pandémiques mondiaux que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance constitue un réel défi. «Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. La communication en vue des modifications comportementales est un composant complémentaire essentiel de chaque aspect des activités dans le domaine de la grippe aviaire et humaine. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes. Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Responses to Avian Influenza and State of Pandemic Readiness: Fourth Global Progress Report]. Synopsis en français, paragraphe 18)

Concernant les communications en entreprise, un sondage plutôt consternant vient tout juste d’être publié aux États-Unis. La plupart des travailleurs n'ont pas eu de directives de leurs employeurs à propos de la saison de grippe à venir, selon une enquête nationale dévoilée le 21 septembre 2009 par Mansfield Communications Inc. 69% des répondants déclarent n’avoir reçu aucune communication concernant les politiques en milieu de travail se rapportant au H1N1, pas même des informations relatives au lavage des mains ou aux congés de maladie. «Le fossé entre les connaissances diffusées et la pratique est alarmante. Près de la moitié des répondants ont déclaré qu'ils continueraient à s'engager dans des activités publiques avec pleine connaissance de leur infection. De toute évidence, il y a beaucoup à faire pour sensibiliser les travailleurs de l’Amérique, et aider les gens à agir de façon appropriée afin de contenir la propagation du H1N1.» (No communication to workers from employers about policies in the workplace pertaining to H1N1: study)

Tout cela nous démontre qu’il reste une tâche titanesque à abattre côté communications et sensibilisation. L’information conduit à l’empowerment.

Je vous invite à vous abonner à la newsletter d’information que j’édite (il s’agit d’une revue de presse quotidienne sur la pandémie, avec analyse des situations les plus percutantes). On peut s’abonner directement sur le site de RéseauPandémie.com. Par ailleurs, ne manquez pas de consulter le forum Zonegrippeaviaire.com. C’est une véritable mine d’or d’information sur la pandémie et la marche des virus d’influenza à travers le monde.

27 janvier 2009

David Nabarro s’affairera à améliorer le système alimentaire. Mais les préparatifs pandémiques, dans tout cela? (mise à jour)


David Nabarro. Photo de Junji Kurokawa, AP. Source

Il a été annoncé le 26 janvier 2009 par BBC que David Nabarro est nommé à la coordination de l’action alimentaire.
«Depuis le sommet d'urgence à Rome, en juin, l'ONU a mis en place une équipe d’intervention chargée de coordonner l'action sur l'alimentation, maintenant dirigée par le Dr. David Nabarro, qui s’est établi une réputation de dépannage quand il a conduit les Nations Unies face à la menace de la grippe aviaire.

Au cours d’une réunion de deux jours à Madrid visant à donner un nouvel élan à la question des prix des denrées alimentaires, le Dr Nabarro a déclaré: "La crise économique dans le monde n'a pas mis un terme à la crise alimentaire, à la place elle complique et aggrave la situation.»

Savez-vous combien de personnes ont faim dans le monde? Environ un milliard de personnes. Les gouvernements et les agences d’aide internationale devront se montrer à la hauteur, face à ce défi. La hausse des prix alimentaires a focalisé l'attention sur une crise alimentaire mondiale bien réelle. Oxfam indique en date du 26 janvier 2009:
«Toute solution durable doit passer par des investissements adéquats dans l'agriculture, des règles commerciales plus équitables, une redistribution des ressources et un fort engagement face au changement climatique. Mais les personnes qui souffrent de la faim ne peuvent pas se nourrir du seul espoir de solutions à long terme. Les gouvernements, avec le soutien des agences d'aide et des bailleurs de fonds, doivent agir dès maintenant pour apporter une aide d'urgence systématique et un soutien à long terme à ceux qui sont dans le besoin. Des mesures doivent également être prises pour mieux protéger les personnes en situation de pauvreté chronique contre les sécheresses, les inondations et la volatilité des marchés.»

Je ne doute pas de la capacité de gestion de David Nabarro. Il a réussi à coordonner un effort mondial de préparatifs pandémiques. C’est à coup de centaines de millions de dollars que des nations ont versé des dons pour que des préparatifs pandémiques puissent avoir lieu dans des régions en voie de développement. Face aux dangers des effets de la crise économique sur l’alimentation, voilà que David Nabarro vogue vers de nouveaux horizons.

Ce qui fait que le milieu des préparatifs pandémiques se retrouve sans leadership fort. Cela fait des mois que David Nabarro tambourine qu’il est nécessaire que les budgets de pandémie soient maintenus, malgré la crise économique mondiale. Les yeux étaient rivés vers l’ONU et la Banque mondiale en ce début d’année, notamment suite au changement de présidence aux États-Unis. La nouvelle ronde de préparatifs pandémiques sociaux, économiques et politiques, recommandée dans le 4e Rapport intérimaire sur la gestion de pandémie (dirigé par David Nabarro), pourra-t-elle se concrétiser, sachant que le capitaine a été déplacé vers d’autres occupations? Qu’adviendra-t-il des budgets des agences onusiennes consacrés aux préparatifs pandémiques?

Dans le contexte actuel, où des cas humains d’infection de H5N1 se multiplient en Chine et ailleurs en Asie, ce départ de David Nabarro a de quoi soulever des préoccupations.

En novembre dernier, David Nabarro parlait de ses inquiétudes à propos de l’impact de la situation économique internationale sur l’alimentation. J’ai écouté deux fois sa conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies. J’aurais dû allumer, lorsqu’il a dit que les préparatifs pandémiques étaient «si admirables qu’ils méritaient d’être cités en exemple.»
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort,» a déclaré David Nabarro devant le CSIS. Voir aussi mon billet à ce sujet.

Personne n’a eu l'air de comprendre ce que signifiait ce langage diplomatique... Le coordonnateur nous avertissait peut-être qu’il changerait prochainement de fonctions? Je croyais naïvement que d’autres agences ou programmes imiteraient le «style Nabarro», mais pas qu’il serait déplacé ailleurs!

David Nabarro nous a laissé un autre indice, lors de sa conférence prononcée en novembre dernier. Il a dit que «le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire». Encore là, je croyais que cela serait intégré quelque part aux Nations Unies, sans toutefois penser que ce serait David Nabarro en personne qui serait appelé à développer cette approche.

Nous nous voilà devenus orphelins, ne sachant pas trop ce qu’il adviendra de la coordination de l’influenza aux Nations Unies, ni de quelle sorte de chef d’équipe prendra (ou non) la relève de ces tâches.

Pendant que David Nabarro s’attaquera à un défi encore plus gigantesque que celui des préparatifs pandémiques – la faim dans le monde, et les éternelles inégalités entre les pauvres et les riches - ce qu’il réussira à accomplir pourrait contribuer à réduire la menace pandémique. Souhaitons-lui bonne chance, il en aura bien besoin.

Entre temps, les mordus de préparatifs pandémiques restent sur le carreau, et ce départ profitera certainement aux pessimistes et aussi aux maîtres en procrastination, qui sauteront certainement sur cette occasion pour justifier une réduction de leur budget consacré aux préparatifs pandémiques.

J’essaie de demeurer optimiste, mais a priori, l’annonce du départ de David Nabarro ne me semble pas de bon augure pour le maintien de l’état de préparation mondial en vue d’une pandémie. Nous courons le risque de les voir s’éteindre en un rien de temps, si un autre costaud et courageux leadership n’est pas désigné dans les meilleurs délais, pour reprendre le flambeau laissé derrière par David Nabarro.


MISE À JOUR 27 janvier 2008 14h20


Merci à Nathalie sur Facebook de m'avoir signalé que David Nabarro conservera ses anciennes fonctions (d'après un communiqué des Nations unies publié le 16 décembre 2008, qui est complètement passé inaperçu):
"Le Secrétaire général a par ailleurs annoncé qu'il nommerait David Nabarro au poste de Coordonnateur du Groupe de travail à partir du 1er janvier 2009, qui sera basé au Fonds international de développement agricole (FIDA), à Rome.

Jusqu'à présent ce poste était occupé par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, John Holmes. David Nabarro gardera ses fonctions de Coordonnateur du Système des Nations Unies sur la grippe aviaire."

Hier, Crawford Kilian s'interrogeait sur la succession de David Nabarro dans son billet.

Tant mieux s'il cumulera les deux fonctions. 24 heures de frousse... j'ai carrément vu le ciel basculer sous nos pieds. Cela aurait certainement été la catastrophe. Je suis bien contente que notre leader demeure bien assis là où il est présentement: nous avons besoin de ses talents.

MEA CULPA si je me suis égarée dans mon analyse. Mais cela aura démontré à quel point la présence de David Nabarro à l'ONU est cruciale dans les préparatifs pandémiques. Il ajoute une corde à son arc, tout en maintenant le cap. Ouf!

04 janvier 2009

Les préparatifs pandémiques comparés à la tâche de Sisyphe

Sisyphe, par Franz von Stuck, 1920. Source

Dans la mythologie grecque, Sisyphe, fils d’Éole et fondateur de Corinthe, a dénoncé Zeus qui avait enlevé une jeune vierge, la fille d’Asope. Pour le punir, Zeus l’a condamné à rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir: à peine Sisyphe arrive-t-il près de son but que le rocher roule vers le bas, et tout est à recommencer...

Dans un article publié le 1er janvier 2009, Helen Branswell rapporte les propos de Keiji Fukuda, à la tête du programme global d’influenza de l’Organisation mondiale de la santé:

«Et si nous commençons à baisser la garde et déplaçons notre attention sur quelque chose d’autre qui soit complètement différent, alors nous risquons vraiment de perdre beaucoup de travail, qui a été construit au cours des quatre dernières années.»

«Faire ceci [les préparatifs pandémiques] encore et encore est véritablement… c’est comme si nous étions Sisyphe,» a-t-il comparé, en faisant référence au mythe grecque d’un personnage condamné à une tâche que ne peut jamais être complétée.


Photo: AP, par Jacques Brinon. Source

Ces propos contrastent avec ceux de David Nabarro, coordonnateur senior de l’influenza pour les Nations Unies, prononcés le 13 novembre dernier lors d’une conférence au Centre for Stategies and International Studies. David Nabarro a indiqué avoir évalué que l’état de préparation mondial de pandémie s’élève à environ 40% de l’objectif global (d’après le nombre de nations ayant testé leurs plans de lutte).

De quelle manière devons-nous interpréter la métaphore de Keiji Fukuda? Nous traversons une crise économique, et dans ce contexte, le premier gestionnaire de l’ONU ne cachait pas son inquiétude à propos du maintient des budgets des nations dédiés aux préparatifs en vue d’une pandémie.

Si les gestionnaires des agences onusiennes ne réussissent pas à faire renouveler les enveloppes budgétaires, et à convaincre les nations à continuer d'investir dans des activités locales de préparatifs pandémiques, le travail des quatre dernières années sera-t-il à recommencer?

Le mois dernier, je me suis entretenue au téléphone avec une responsable des maladies infectieuses au gouvernement du Québec. Quand je lui ai parlé des recommandations de préparatifs multisectoriels (sociaux) publiées dans le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, elle m’a dit ne pas être au courant de ce document. Mais elle a affirmé, toutefois «Le Québec n’a pas besoin de faire d’autres préparatifs dans le domaine social. Nous avons fait tout cela déjà, l’an dernier.» J’étais stupéfiée d’entendre que le Québec aurait devancé de plusieurs années les directives des agences onusiennes. Ben voyons donc!

Tout de même, cette réaction du gouvernement du Québec donne un bon aperçu du genre de réponse que recevront les gestionnaires de pandémie des agences onusiennes.

Si les plus hauts gestionnaires comparent désormais les préparatifs pandémiques à la tâche jamais complétée de Sisyphe, ce rapprochement du Panthéon de l’Olympe ne me plait guère. Beaucoup moins, en fait, que la nouvelle de l’ascension à la 44ième position de la liste de l’élite globale de Newsweek. On sait que Margaret Chan, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, avait réussi à se hisser dans cette liste sélective des 50 personnes les plus puissantes au monde.

Que penser de cette tâche de Sisyphe? David Nabarro planifiait de faire augmenter les préparatifs pandémiques à 60%, voire 70%, de l’objectif global d’ici à la tenue de la prochaine réunion ministérielle sur la gestion de pandémie. Le pourcentage de l’état global des préparatifs chutera-t-il en 2009?

Il va falloir faire preuve d'un leadership extrêmement fort, et maintenu dans le temps, pour réussir ce tour de force.

21 novembre 2008

Le succès des stratégies de mouvements sociaux de Marshall Ganz de la campagne de Barack Obama


Marshall Ganz. Photo source

Marshall Ganz, est conférencier sur les politiques publiques à la Harvard Kennedy School. Il écrit à propos du leadership, de l’organisation et des stratégies de mouvements sociaux, d’associations civiles et politiques. Dernièrement, il a conçu les systèmes de formation d’organisateurs et de bénévoles sur le terrain, qui ont eu pour effet de transformer les bénévoles impliqués dans la campagne électorale de Barack Obama en véritables leaders organisationnels.

Voici un extrait d’une interview de Marshal Ganz à On the Media, où il mentionne qu’il faut laisser les gens dire leur propre récit, leur permettre de dire pourquoi elles aiment (tel politicien, telle cause), au lieu de les obliger à chanter la même chanson officielle imposée par un parti, un gouvernement, ou une corporation:
«Ce que nous les avons aidés à comprendre est que la première chose qu'elles doivent apprendre est comment articuler leur propre histoire, en d'autres termes, ce qui les a motivées à se déplacer pour s’impliquer et s’engager, parce que c’est grâce à leur propre histoire qu'elles vont pouvoir engager le plus effectivement d'autres personnes. Alors lorsque les personnes s’en vont [sur le terrain], elles sont outillées pour le faire. Cela est en quelque sorte la pièce maîtresse [de la stratégie].

Et dans la série initiale que nous avons fait en Californie, nous avons formé 200 équipes dans un intervalle de deux week-ends, avec le soutien de quatre employés. Nous avons érigé une opération massive, au point où il pourrait s’effectuer jusqu’à 100,000 appels téléphoniques par jour. Cela ressemble à un investissement dans des capitaux «civils» et dans des communautés locales, qu’aucune campagne politique n’a déployé depuis des années.

La droite a tiré bénéfice de l’enracinement dans les mouvements sociaux. C’est ce que les mouvements sociaux font. Ils traduisent les valeurs en actions; ils poussent les gens à travailler ensemble.

Tout le monde s’est mis à faire du marketing de leur cause, de leurs candidats, comme s’il s’agissait d’une autre marque de barre de savon, transformant les gens, de citoyens en consommateurs.

Ce que nous avons fait est que nous avons ramené la citoyenneté et que nous avons redonné du pouvoir aux gens, en plaçant les outils dans leurs mains.»
Empowerment. C’est le mot qui me vient à l’esprit.

Si on applique ces stratégies gagnantes à des préparatifs pandémiques multisectoriels (sociaux, économiques et politiques), il faudrait d'abord que les gouvernements fassent davantage confiance aux gens, et qu’ils cessent de tout vouloir contrôler.

Contrôler l’information, contrôler la manière dont doit être diffusé le message, contrôler la manière dont doit s’articuler les politiques de mesures d’urgence, contrôler des projets. Il faudrait que les autorités cessent de tout vouloir contrôler, si nous voulons avoir une chance de traverser une pandémie en limitant les dégâts. Un jour où l’autre, les États vont devoir accepter de collaborer avec la population, et de confier des responsabilités et des projets à des communautés.

On dirait qu'on est rendus là dans les préparatifs pandémiques mondiaux. David Nabarro de l'ONU, et la Banque mondiale, avec le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, recommandent maintenant d'ajouter plusieurs nouveaux éléments, dont un volet SOCIAL à la préparation en vue d'une pandémie. Nous ne savons pas trop exactement ce que SOCIAL signifie aux yeux des agences onusiennes. Il est probable qu'en 2009, les recommandations seront mieux définies et que des outils seront proposés aux États membres.

L’exemple du succès des stratégies déployées par Marshall Ganz pourrait être retenu. Ces systèmes gagnants pourraient sans doute s’appliquer aux préparatifs pandémiques multisectoriels.

20 novembre 2008

Nabarro: Les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu’ils valent la peine d’être cités en exemple


David Nabarro. Source Getty Images, Daylife

Le mois de novembre s’achèvera dans quelques jours, et en décembre, la ville de Genève sera de nouveau le théâtre du Sommet mondial sur partage des souches du virus de l’influenza aviaire.

L’an dernier, à pareille époque, les nations ne sont pas parvenues à un accord à ce sujet. Reuters a rapporté:
«Les autorités de la santé n’ont pas réussi à conclure un accord de nouveau système pour assurer les pays en voie de développement de partager les virus de grippe aviaire employés pour développer des vaccins, a déclaré vendredi l’Organisation mondiale de la santé. «Personne n’est à blâme de ne pas avoir essayé... Nous étions si près, mais pourtant si loin», a déclaré la directrice générale de l’OMS Margaret Chan, lors de la session finale de quatre jours.»
L’Indonésie a demandé que les découvertes bénéficiant à l'ensemble des êtres humains ne puissent être brevetées. «L'Indonésie considère que, si les bénéfices tirés des échantillons [de virus] ne sont pas mis en commun, le dispositif actuel de partage des virus de la grippe n'est pas juste vis-à-vis des pays en voie de développement».

Les États-Unis ont demandé à tous les pays de partager leurs échantillons de virus de grippe aviaire «sans condition préalable».

Quant à la flamboyante ministre indonésienne de la Santé, Siti Fadilah Supari, elle ne s'est pas gênée pour faire la pluie et le beau temps au cours de la dernière année. [Vous pouvez consulter son dossier à cette adresse.]

Le monde entier retient son souffle, alors que les États membres se préparent à participer au sommet de Genève. Les nations réussiront-elles à s’entendre cette fois-ci? Combien d’échecs devront-nous essuyer avant qu’un accord acceptable pour toutes les parties soit rédigé et entériné?

Le 13 novembre dernier, le premier leader des préparatifs pandémiques a été invité à prendre la parole au Centre for Strategic and International Studies. À propos de l’impasse diplomatique concernant le partage des souches, il a tout d’abord annoncé qu’il y avait eu du «progrès» dans ce dossier, mais il a laissé le soin à l’ambassadeur John Lange de fournir des détails à ce sujet.

Mais John Lange n’a rien déclaré de bien substantiel, à part répéter la position des États-Unis, et faire une brève allusion à une résolution, qui stipulerait de «poursuivre le partage des souches, tout en offrant un éventail de bénéfices.» L’ambassadeur a indiqué que les résultats de cette proposition sont attendus en décembre. Toutefois, il n’a pu s’empêcher d'ajouter: «C’est frustrant. La souveraineté virale n’est pas appropriée pour le partage des virus. Nous sommes confiants que nous serons en mesure de faire adopter une résolution en décembre prochain

À la toute fin de la conférence, alors que le temps tirait à sa fin, et qu’il était prié par son hôte du CSIS de conclure, David Nabarro a déclaré, de manière posée, en pesant bien chaque mot:
«Nous ne disposons pas [aux Nations unies] d’instruments simples pour indiquer aux États comment révéler de l’information. Nous nous appuyons sur des positions volontaires. Les pouvoirs disponibles à l’OMS sont toutefois remarquablement puissants. Nous avons besoin de persuader grâce au dialogue. Mais cela est davantage le mandat de la Dre Margaret Chan, et je ne m’étendrai pas davantage à ce sujet.

Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»
La recette de ce succès de coopération mondiale pourrait-elle être appliquée à d'autres problématiques internationales?

Répondant à une question portant sur les communications, David Nabarro a indiqué:
«Aucun travail de préparatifs pandémiques ne peut avoir du succès sans la pleine implication des communautés. Si les gens ne deviennent pas des partenaires, les États vont échouer. S'il y a absence de collaboration, s'installera alors la méfiance. Celui qui reçoit l'information officiel [le citoyen] ne vaut pas moins que son expéditeur [l’État].»
Ces sages paroles de Nabarro m'ont impressionnée. Peut-être est-ce très courant dans le langage diplomatique de parler ainsi... Toutefois, je ne peux m'empêcher de remarquer une notable progression dans les déclarations du premier leader en matière de préparatifs pandémiques. Depuis octobre dernier, il s'est fait plus présent dans l'actualité. À peine deux semaines après la tenue de la 6e Conférence ministérielle qui s'est tenue en Égypte, il a présenté son plan d'action au CSIS.

Celles et ceux qui sont préoccupés par l'avènement d'une pandémie d'influenza n'ont guère d'espoirs auxquels s'accrocher. Il faudra attendre avec patience le déroulement des événements pour observer l'impact qu'aura le discours de David Nabarro sur le développement des préparatifs pandémiques mondiaux.

J'ose espérer qu'en 2009, avec la nouvelle ronde de préparatifs multisectoriels que l'ONU et la Banque mondiale souhaiteraient voir se déployer, les choses iront mieux pour nous, les «gens du Flublogia», ainsi que pour les communautés et membres de la société civile qui s’intéressent aux préparatifs pandémiques, et qui souhaiteraient y mettre la main à la pâte.

J'ose également espérer que la
«pleine implication des communautés» dont parle David Nabarro se réalisera, y compris au Canada et au Québec.

VOIR AUSSI MES AUTRES BILLETS
> David Nabarro évalue l'état de préparation mondial de pandémie à 40% de l'objectif global

> Nabarro: Le contrôle du H5N1 endémique nécessite d'adopter une approche élargie du système alimentaire

18 novembre 2008

Le Québec se réfugie dans les ratons laveurs et ne souffle mot sur les Nations unies



Le site gouvernemental officiel Pandémie Québec du gouvernement du Québec, qui fournit des nouvelles d’actualités sur l'influenza aviaire au compte-goutte (il y a eu 7 nouvelles affichées sur la page d’accueil entre mars et novembre 2008, soit 7 nouvelles en 10 mois), a publié une nouvelle portant sur les ratons laveurs le 10 novembre dernier.

Les ratons laveurs pourraient jouer un rôle dans la transformation du virus aviaire
10 novembre 2008 | Pandémie Québec

D'après une étude parue dans le numéro de décembre de la publication «Emerging Infectious Diseases», les ratons laveurs peuvent contracter et répandre tant la souche humaine que la souche aviaire de la grippe.
Notez la rapidité de réaction de l’équipe de Pandémie Québec à mettre en ligne cette nouvelle, qui est sortie dans les fils de presse anglophones le 4 novembre. Seulement 6 jours plus tard, la nouvelle était reprise par l'équipe de Pandémie Québec. Comme quoi les fonctionnaires qui gèrent ce site sont capables de relayer dans un délai de temps relativement acceptable des nouvelles d’actualité portant sur l'influenza aviaire.

Notez également qu’il n’y a pas eu de nouvelle publiée dans Pandémie Québec à propos de la publication à la mi-octobre 2008 du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (Synopsis en français), un travail réalisé conjointement par les Nations unies et la Banque mondiale, et piloté par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe.

Il n’y a pas eu non plus de nouvelle publiée dans Pandémie Québec à propos de l’avènement de la 6e Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique, qui s’est déroulée les 25 et 26 octobre dernier à Sharm El-Sheikh, en Égypte.

Le site de Pandémie Québec ne souffle donc pas mot à propos des nouvelles directives des Nations unies et de la Banque mondiale, qui recommandent une préparation multisectorielle sociale, économique et politique, en plus du secteur traditionnel des préparatifs dans le milieu de la santé.

Les ratons laveurs ne se posent pas de question à propos du H5N1, et sont par conséquents peu enclins à demander que davantage de préparatifs pandémiques aient lieu au Québec.

Mieux vaut s’en tenir à ne parler que des ratons laveurs, si vous souhaitez qu’une population entière ne soit pas informée de ce qui s’impose mondialement comme étant la nouvelle norme en gestion de l'influenza aviaire et tendances de préparatifs pandémiques.

David Nabarro évalue l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global

Paru le dimanche, 16 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


David Nabarro. Photo source

Le 13 novembre dernier, le Centre for Stategies and International Studies a invité David Nabarro (coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe) et l'ambassadeur John E. Lange (responsable de l’engagement des États-Unis avec les gouvernements étrangers et organisations internationales, pour aider à se préparer à la menace de pandémie) à parler de l’avancement et des défis des préparatifs de pandémie (visionnez la vidéo de cette conférence) .

Lors de cette conférence, d’une durée de 90 minutes, le premier leader en matière de préparatifs pandémiques fait le point sur la situation, quelques semaines après l’avènement de la 6ième Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique, qui s’est tenue à Sharm El-Sheikh, en Égypte, et à quelque temps d'une prochaine rencontre importante prévue en décembre à Genève, qui portera sur le partage des souches du virus de l'influenza aviaire.

Non seulement David Nabarro a-t-il remarquablement fait le tour de la situation mondiale – dans un contexte de crise économique -, mais il s’est avancé pour chiffrer (en pourcentage) l’avancement des efforts mondiaux des préparatifs pandémiques, une estimation qui à ma connaissance n’a encore jamais été publiée.


J. Stephen Morrison. Photo source

Répondant aux interrogations de J. Stephen Morrison, directeur, politiques de santé mondiale, au Centre for Stategies and International Studies, il a déclaré qu’il évalue à 40% de l'objectif global l’état de préparation mondiale en vue d’une pandémie. Il a précisé qu’il est en mesure de défendre cette estimation, qui s’appuie sur les travaux réalisés dans le cadre du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, en particulier sur les quelque 35% des pays préparés avec plans de pandémie ayant été testés.

Par ailleurs, David Nabarro a indiqué que les agences internationales avaient préparé un certain nombre de plans, qui seront mis en oeuvre en 2009, et qui devraient provoquer davantage de préparation. Il entrevoit que l’état mondial de préparation pourrait alors grimper à 60%, voire 70%, de l’objectif global.

Toutefois, il a souligné que l’état mondial de préparation demeure «très inégal». Il a mentionné l’Australie et Singapour comme ayant développé à un degré avancé leurs préparatifs. Il a indiqué que certains secteurs, tels que le secteur financier et le tourisme, ont tendance à être mieux préparés, étant donné qu’ils ont eu quelque mauvaise expérience avec le SRAS. Les militaires investissent davantage que d’autres dans les préparatifs de pandémie, de même que les pays ayant été touchés par l’influenza aviaire.

Les préparatifs en vue d’une pandémie ont d’énormes capacités de renforcement des systèmes de santé publique. La préparation à une pandémie demeure, aux yeux de David Nabarro, malgré un contexte de crise économique, un élément vital de sécurité nationale. Il insistera donc au cours des prochains mois pour que le financement des nations des activités de préparation à une pandémie soit maintenu. Mais il sait pertinemment qu’il pourrait avoir à se battre pour éviter des coupures budgétaires.

David Nabarro a également parlé des trois éléments entérinés par les 120 pays ayant participé à la Conférence de Sharm El-Sheikh:
> Poursuivre les efforts, avec une préparation multisectorielle, sociale, économique et politique. Au sein des pays, entre les pays, et avec les agences internationales. Nabarro a insisté sur ce point: cela nécessitera une action mondiale de même qu’un engagement considérable de groupes non gouvernementaux.

> Soutenir les efforts pour contenir le virus de la grippe aviaire, et ultimement, en venir à l’extermination du H5N1.

> Entreprendre des actions à long terme afin d'intervenir dans le cadre d'autres maladies émergentes.
Pourquoi devrions-nous être préoccupés par une pandémie? David Nabarro est conscient qu’il existera toujours des pressions pour financer des projets concurrents. Néanmoins, il a déclaré que le monde ne peut se permettre de délaisser les préparatifs de pandémie, puisque l’impact d’une pandémie s’avère tout simplement trop important. «Même en ces périodes tumultueuses, nous ne pouvons courir ce risque », a-t-il déclaré.

David Nabarro a également souligné le remarquable leadership des États-Unis: «Lorsque l’histoire sera écrite, il s’avèrera évident qu’une des influences majeures concernant les efforts sera provenue des États-Unis.»


John Lange. Photo source

John Lange, quant à lui, a déclaré: «Aucune nation, incluant les États-Unis, n’est vraiment prête pour une pandémie».

«Comment pouvons-nous ne pas nous préparer pour quelque chose de cette ampleur?», s'est-il interrogé.

Du concret vers l’intangible: les préparatifs pandémiques multisectoriels devront faire face aux réalités sociales

Paru le dimanche, 26 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Rubberball Productions, libre de droits, 72471149

Un autre billet de Jay Deragon a attiré mon attention aujourd’hui. [Je trouve ce gars carrément génial! Que voulez-vous, je consulte chaque jour son blogue avec ferveur et respect.] Le blogueur fait allusion à un autre billet controversé, mais cela est une autre histoire… Dans ‘Are You Tired of Web 2.0 Yet?’, les commentaires de Deragon m’intéressent davantage que les propos cités de Dennis Howlett.

Deragon explique la différence entre le ‘soft’ et le ‘hard’: «Historiquement, tout ce qui avait rapport avec les gens, la culture, les communications et la satisfaction a été catalogué comme étant ‘soft’. Alors que la gestion des résultats financiers, peu importe leurs actions ou leur méthodes, a toujours été considéré comme étant ‘hard’».

En français, ces éléments sont plutôt difficiles à traduire. On ne peut certainement pas parler du ‘mou’ et du ‘dur’ (oh non, cela pourrait pousser certains à divaguer vers des pensées impures). Je pense que Jay Deragon parle plutôt de choses ‘intangibles’ vs ‘concrètes’.

Là où je trouve que Deragon devient vraiment intéressant, c’est lorsqu’il se met à parler de la difficulté qu’éprouvent les «hommes» à composer avec l’intangible. «Il est difficile pour les leaders, principalement les leaders de sexe masculin, à la fois d’admettre et de composer avec efficacité avec les choses ‘intangibles’, parce que les éléments fondamentaux des solutions appropriées sont essentiellement orientés socialement

La suite du raisonnement de Deragon est encore plus intéressante: «Le top dix des défis et solutions ‘sociales’ exigent la coopération, la collaboration, le consensus et la gestion des «processus des gens». La plupart des entreprises souffrent aujourd’hui de division sociale, interne et externe, entre les gens, les besoins et les progrès.»

N’est-ce pas incroyable? Ce que Deragon raconte ici, c’est qu’il s’offre à nous une chance de solutionner de nombreux malaises au sein d’entreprises (et pourquoi pas de gouvernements et de sociétés) et maux sociaux, à condition que les leaders (j'insiste sur le fait que le blogueur précise «de sexe masculin») réussissent à maîtriser des choses intangibles, comme les rapports entre les gens, la culture, et les communications.

Et le Web 2.0 pourrait s’avérer un outil, même une solution!

Deragon cite en conclusion de son billet Devin Stewart, directeur des politiques d'innovations globales, au Carnegie Council: «D'un point de vue éthique, le Web 2.0 offre le potentiel de dissoudre les fausses divisions existant entre les gens - qu'il s'agisse de nations et de communautés, de producteurs et de consommateurs, ou encore de travail et de capital.»

Dans un contexte de préparatifs pandémiques, si je transpose les propos de Deragon, je retiens que les leaders (parlons des deux sexes, pour être plus poli et politically correct), seront appelés à jongler avec de nouvelles données intangibles, maintenant que le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (voir le Synopsis en français) recommande une préparation multisectorielle (sociale, économique et politique). Jusqu’à présent, la planification de pandémie a essentiellement porté sur le domaine de la santé. Bien entendu, toute planification de pandémie comporte une très grande part d’intangible! Mais le fait que la dimension sociale soit maintenant incluse dans les directives des agences onusiennes ouvre la porte à une panoplie de nouveaux éléments de planification. Dorénavant, les planificateurs de pandémie seront appelés à faire preuve de plus de créativité dans leur planification et gestion de pandémie.

La phrase suivante, provenant du Synopsis du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, résume avec remarquablement peu de mots toute l'ampleur de l'art de l'intangible, dont devront réussir à maîtriser avec brio les planificateurs de pandémie: «Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18). Plus intangible que cela comme défi, ce serait difficile à imaginer...

Je voudrais par ailleurs porter à votre attention que les leaders chargés de la planification de pandémie au Canada et au Québec sont majoritairement de sexe masculin. Entre autres:
> M. Tony Clement, ministre fédéral de la Santé

> M. Yves Bolduc, ministre provincial de la Santé et des Services sociaux (Québec). L'ex-ministre de la Santé était aussi un homme: Philippe Couillard.

> Dr David Butler-Jones, premier administrateur en chef de la santé publique du Canada, dirige l'Agence de la santé publique du Canada

> Dr Alain Poirier, directeur national de santé publique (Québec)

> Dr Horacio Arruda, directeur de la protection de la santé publique (Québec)

> M. Michel C. Doré, coordonnateur gouvernemental de sécurité civile, sous-ministre associé à la Direction générale de la sécurité civile et de la sécurité incendie du ministère de la Sécurité publique

> M. Yves Pépin, directeur de la coordination de l'information des mesures d'urgences, Services Québec

> M. Martin Simard, coordonnateur, comité interministériel de pandémie, ministère de la Sécurité publique

> M. John Parisella, ex-directeur général du Parti libéral du Québec, président de la firme de communications BCP, recevant jusqu'à 725,000$ par année pour produire des plans de communication, des documents d'information et effectuer une vigie médiatique en cas de pandémie. Il gère notamment le «portail veille pandémie», accessible à uniquement 20 employés du ministère de la Santé du Québec. D'ailleurs, son contrat, qui a été renouvellé ces trois dernières années, se termine le 10 novembre prochain. D'après vous, sera-t-il encore renouvelé cette année?
Autre fait intéressant, plusieurs leaders d'opinion à la tête de médias sociaux de la sphère du Flublogia sont des femmes:
> Mme Sharon Sanders, éditrice de FluTrackers, situé en Floride, aux États-Unis

> Mme Anne, un des piliers de InfluenzaH5N1, situé en France

> et moi-même, Lyne Robichaud, éditeur de Zonegrippeaviaire, situé à Trois-Rivières, au Québec, Canada.
Il paraîtrait que le style de blogue n’est pas le même pour les hommes et les femmes. C'est ce qu'a indiqué Jennifer Keelan, lors d'une réunion de chercheurs canadiens travaillant sur le projet CanPrep. Qu’en est-il du style de gestion de pandémie? En tout cas, pour les questions sociales intangibles, les messieurs leaders chargés de la planification multisectorielle de pandémie, auraient peut-être intérêt à convier quelques dames à leur table de travail, et même à leur confier des responsabilités clé.

Nul besoin d'aller creuser très loin pour constater que les femmes ont en tête des préoccupations et des responsabilité familiales différentes de celles des hommes. Ce sont la plupart du temps les femmes qui s'occupent de l'approvisionnement en nourriture et autres biens de consommation. [Des hommes font l'épicerie, mais dressent-ils chaque semaine la liste d'épicerie?] Combien d'hommes sont capables d'indiquer - de mémoire - le nombre exact de rouleaux de papier de toilette ou de boîte de haricots en conserve qu'il reste dans le placard ou le garde-manger? Combien reste-t-il exactement d'argent dans la jarre à biscuits à la maison? On s'en fiche pas mal, pourriez-vous me rétorquer! Mais attendez! Ce genre de détail est important en planification individuelle. Avez-vous fait l'exercice de stocker pour au moins trois mois de vivres et de biens essentiels en vue d'une pandémie? Essayez, pour voir! Vous verrez que cela requiert des compétences organisationnelles avancées... comme bien souvent les femmes arrivent à le faire avec brio et ingéniosité dans leur vie familiale quotidienne.

Ce sont les femmes qui gèrent également, en majorité, les rendez-vous et suivis médicaux des membres de la famille. Ce sont majoritairement les femmes qui tiennent le rôle d'aidantes naturelles et qui apportent du soutien à des proches. Ce sont aussi les femmes qui gèrent la plupart des éléments logistiques qui concernent la résidence. Les femmes ont un don inné pour les multitâches et la gestion familiale. Les femmes pensent à des tas de détails en même temps qu'elles accomplissent plusieurs tâches. Elles femmes sont capables de jongler avec une multitude d'éléments à planifier, sans jamais échapper le moindre morceau du casse-tête, et souvent avec des budgets mensuels serrés et des ressources réduites.

Ce ne sont là que quelques exemples très terre-à-terre de dimensions sociales qui devront être intégrées par les planificateurs de pandémie. C'est une chose d'en parler, mais c'est autre chose que de pousser des millions de personnes à passer à l'action. Pour une participation citoyenne aussi élémentaire que le vote, la dernière élection fédérale n'a généré qu'un taux de participation de 58% des électeurs canadiens. D'après moi, les campagnes de sensibilisation, pour inciter les individus et les ménages à se préparer massivement à une pandémie, devront tenir compte de cette réalité, lorsque viendra le temps de formuler les stratégies et les messages.


La solution garantissant le succès de la prochaine ronde de planification pandémique m'apparaît comme étant d'une simplicité quasi déconcertante: intégrez plus de femmes dans vos équipes de travail, et vous arriverez peut-être à inclure davantage de 'soft' ou d'intangibles éléments sociaux dans votre planification multisectorielle de pandémie. Au fond, ce n'est peut-être pas si bête que cela! Et si ça marchait? Cela vaudrait le coup d'essayer, n'est-ce pas?

Think big! Des «relations unies» susciteront de nouveaux horizons de préparatifs multisectoriels

Paru le samedi, 25 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire



«Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici».

C’est ce que je me suis fait dire par les planificateurs de pandémie du gouvernement du Québec: «Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici». Ils ont même ajouté: «Même si une idée est excellente, cela ne veut pas dire que nous la retiendrons. Cela peut nous prendre des années avant qu’un projet soit intégré.»

Les souvenirs pénibles du mois de mai dernier me remontent dans la gorge, en lisant le billet ‘Does experience help?’, signé par Jay Deragon, de A Relationship Economy. Ce à quoi il répond: «L'expérience n'aide pas, si nous faisons les mauvaises choses.»

«Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici». Deragon indique qu’il est convaincu que vous avez entendu cette phrase de nombreuses fois dans votre carrière professionnelle, et que vous vous êtes éloigné en pensant, «Bon sang! Qu’ils sont bornés, mais ne fait surtout pas de vagues».


Pourquoi faudrait-il baisser les bras? Chaque semaine, de nouvelles évidences viennent confirmer que la gestion de pandémie a besoin d’un souffle de renouveau et de changement. Nous sommes arrivés à une période névralgique où les actions du passé sont résumées. Le portrait brossé aide à définir ce qu’il reste encore à mettre en œuvre. Le passé n’est plus garant du futur.

Je veux encore croire qu’il est possible de changer l’ordre des choses. Avec la conférence internationale organisée par les agences onusiennes qui se tient à Sharm el-Sheikh en Égypte ce week-end, j’espère que les États du monde entier vont entendre le message véhiculé, notamment, dans le 4ième Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, et qu’ils adopteront une approche multisectorielle, sociale, économique et politique, en plus du secteur traditionnel de la santé, à leurs préparatifs pandémiques.

J’espère même que les planificateurs du gouvernement du Québec finiront pas se dérider et qu’ils suivront les directives venant des experts de l’ONU et de la Banque mondiale, qui ont dirigé les travaux du 4ième Rapport.

Jay Deragon indique dans son billet: «Pour changer l’objectif, ou le résultat final, nous devons changer le système. Et modifier le système nécessite le leadership d’une poignée de gens, l’organisation de plusieurs, suivie par la coopération et les relations unies, dont la voix collective influence plusieurs marchés avec une nouvelle pensée qui fait en sorte que nous en bénéficions tous. C’est à nous de communiquer avec efficacité, avec la force du nombre, et de faire connaître nos désirs pour un futur amélioré, là où chacun qui peut changer sa pensée gagne. Il suffit de créer un lien vers des relations unies et par conséquent, vers de nouvelles expériences.»

Ce que raconte Jay Deragon pourrait constituer une solution d’amélioration des préparatifs pandémiques. Personne n’a encore planifié une situation d’urgence de santé publique en y incorporant des volets sociaux, économiques et politiques. Il va bien falloir innover pour arriver à planifier une pandémie du XXIe siècle! Et ce n’est certainement pas en se répétant «Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici», que nous arriverons à trouver des solutions collectives novatrices et efficaces.

Plus que jamais, je crois en la force des médias sociaux. Plus que jamais, je pense que le réseautage social, ou les «relations unies», dont parle Jay Deragon, peuvent faire une différence considérable dans le processus de préparation en vue d’une pandémie.

Maintenant plus que jamais, nous devrions nous lier avec le maximum de personnes qui travaillent sur la planification et la gestion de pandémie. Alors, mes amis, osez! À vos profils Facebook (ou autre plate-forme sociale de votre choix)! L’heure est venue d’unir nos forces afin de créer un environnement propice à l’implantation des nouvelles directives de gestion de pandémie, axées sur une approche multisectorielle, sociale, économique, et politique.

Le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire

Le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire souligne l'importance de l'implication de la société civile dans la planification multisectorielle durable

Paru le jeudi, 16 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire


David Nabarro. Photo Getty images, source

Je vous invite à prendre connaissance du Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (http://un-influenza.org/files/080930-Synopsis2008FR.pdf), dirigé par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe.


Ce rapport comporte plusieurs paragraphes en faveur de la sphère du Flublogia et des médias sociaux, dont:
(Paragraphe 22) L’implication de la société civile et du secteur privé reste relativement limitée, en dépit de son importance dans la perspective d’une planification multisectorielle durable.

(Paragraphe 26) Il est essentiel que les efforts de préparation nationale à une pandémie soient entrepris conjointement par toutes les parties prenantes – y compris les organisations du secteur des médias.
(Recommandation No.3) Au cours de l’année 2009, [les pays] veilleront à mettre au point des protocoles, des cadres d’action et des indicateurs en vue d’une préparation multisectorielle [social, économique et politique] à une pandémie, et l’on proposera des mécanismes en vue de son financement approprié.
S'il était possible d'avoir David Nabarro et son équipe devant moi, je leur ferais certainement à tous une grande bise en guise de remerciements...

Reste à savoir maintenant si les autorités québécoises et canadiennes vont premièrement LIRE ce rapport, deuxièmement ACCEPTER ces recommandations, et troisièmement, les APPLIQUER.

J'espère aussi que ça ne prendra pas cent ans avant cela arrive...

Ah! Je songe à le faire encadrer, ce rapport!

Et cette photographie de Getty Images de David Nabarro, n'est-elle pas tous simplement époustoufflante et magnifique? Elle est digne d'être appelée "oeuvre d'art", je crois bien. Je trouve qu'il s'agit d'une des plus belles photographies des personnalités de la grippe aviaire que j'aie vue depuis des années. M. Nabarro devait être content de voir cela... Tiens, cela me donne l'idée: on devrait faire une exposition des plus belles photographies, avec des citations de ces personnalités. Ce serait une super façon de sensibiliser les gens à la menace d'une pandémie. Il faudrait que je contacte le Musée des beaux-arts de Montréal illico! Quelqu'un se propose-t-il comme conservateur de ce projet?
 
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