Blogue de Lyne Robichaud

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20 novembre 2008

Nabarro: Les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu’ils valent la peine d’être cités en exemple


David Nabarro. Source Getty Images, Daylife

Le mois de novembre s’achèvera dans quelques jours, et en décembre, la ville de Genève sera de nouveau le théâtre du Sommet mondial sur partage des souches du virus de l’influenza aviaire.

L’an dernier, à pareille époque, les nations ne sont pas parvenues à un accord à ce sujet. Reuters a rapporté:
«Les autorités de la santé n’ont pas réussi à conclure un accord de nouveau système pour assurer les pays en voie de développement de partager les virus de grippe aviaire employés pour développer des vaccins, a déclaré vendredi l’Organisation mondiale de la santé. «Personne n’est à blâme de ne pas avoir essayé... Nous étions si près, mais pourtant si loin», a déclaré la directrice générale de l’OMS Margaret Chan, lors de la session finale de quatre jours.»
L’Indonésie a demandé que les découvertes bénéficiant à l'ensemble des êtres humains ne puissent être brevetées. «L'Indonésie considère que, si les bénéfices tirés des échantillons [de virus] ne sont pas mis en commun, le dispositif actuel de partage des virus de la grippe n'est pas juste vis-à-vis des pays en voie de développement».

Les États-Unis ont demandé à tous les pays de partager leurs échantillons de virus de grippe aviaire «sans condition préalable».

Quant à la flamboyante ministre indonésienne de la Santé, Siti Fadilah Supari, elle ne s'est pas gênée pour faire la pluie et le beau temps au cours de la dernière année. [Vous pouvez consulter son dossier à cette adresse.]

Le monde entier retient son souffle, alors que les États membres se préparent à participer au sommet de Genève. Les nations réussiront-elles à s’entendre cette fois-ci? Combien d’échecs devront-nous essuyer avant qu’un accord acceptable pour toutes les parties soit rédigé et entériné?

Le 13 novembre dernier, le premier leader des préparatifs pandémiques a été invité à prendre la parole au Centre for Strategic and International Studies. À propos de l’impasse diplomatique concernant le partage des souches, il a tout d’abord annoncé qu’il y avait eu du «progrès» dans ce dossier, mais il a laissé le soin à l’ambassadeur John Lange de fournir des détails à ce sujet.

Mais John Lange n’a rien déclaré de bien substantiel, à part répéter la position des États-Unis, et faire une brève allusion à une résolution, qui stipulerait de «poursuivre le partage des souches, tout en offrant un éventail de bénéfices.» L’ambassadeur a indiqué que les résultats de cette proposition sont attendus en décembre. Toutefois, il n’a pu s’empêcher d'ajouter: «C’est frustrant. La souveraineté virale n’est pas appropriée pour le partage des virus. Nous sommes confiants que nous serons en mesure de faire adopter une résolution en décembre prochain

À la toute fin de la conférence, alors que le temps tirait à sa fin, et qu’il était prié par son hôte du CSIS de conclure, David Nabarro a déclaré, de manière posée, en pesant bien chaque mot:
«Nous ne disposons pas [aux Nations unies] d’instruments simples pour indiquer aux États comment révéler de l’information. Nous nous appuyons sur des positions volontaires. Les pouvoirs disponibles à l’OMS sont toutefois remarquablement puissants. Nous avons besoin de persuader grâce au dialogue. Mais cela est davantage le mandat de la Dre Margaret Chan, et je ne m’étendrai pas davantage à ce sujet.

Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»
La recette de ce succès de coopération mondiale pourrait-elle être appliquée à d'autres problématiques internationales?

Répondant à une question portant sur les communications, David Nabarro a indiqué:
«Aucun travail de préparatifs pandémiques ne peut avoir du succès sans la pleine implication des communautés. Si les gens ne deviennent pas des partenaires, les États vont échouer. S'il y a absence de collaboration, s'installera alors la méfiance. Celui qui reçoit l'information officiel [le citoyen] ne vaut pas moins que son expéditeur [l’État].»
Ces sages paroles de Nabarro m'ont impressionnée. Peut-être est-ce très courant dans le langage diplomatique de parler ainsi... Toutefois, je ne peux m'empêcher de remarquer une notable progression dans les déclarations du premier leader en matière de préparatifs pandémiques. Depuis octobre dernier, il s'est fait plus présent dans l'actualité. À peine deux semaines après la tenue de la 6e Conférence ministérielle qui s'est tenue en Égypte, il a présenté son plan d'action au CSIS.

Celles et ceux qui sont préoccupés par l'avènement d'une pandémie d'influenza n'ont guère d'espoirs auxquels s'accrocher. Il faudra attendre avec patience le déroulement des événements pour observer l'impact qu'aura le discours de David Nabarro sur le développement des préparatifs pandémiques mondiaux.

J'ose espérer qu'en 2009, avec la nouvelle ronde de préparatifs multisectoriels que l'ONU et la Banque mondiale souhaiteraient voir se déployer, les choses iront mieux pour nous, les «gens du Flublogia», ainsi que pour les communautés et membres de la société civile qui s’intéressent aux préparatifs pandémiques, et qui souhaiteraient y mettre la main à la pâte.

J'ose également espérer que la
«pleine implication des communautés» dont parle David Nabarro se réalisera, y compris au Canada et au Québec.

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> David Nabarro évalue l'état de préparation mondial de pandémie à 40% de l'objectif global

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18 novembre 2008

David Nabarro évalue l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global

Paru le dimanche, 16 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


David Nabarro. Photo source

Le 13 novembre dernier, le Centre for Stategies and International Studies a invité David Nabarro (coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe) et l'ambassadeur John E. Lange (responsable de l’engagement des États-Unis avec les gouvernements étrangers et organisations internationales, pour aider à se préparer à la menace de pandémie) à parler de l’avancement et des défis des préparatifs de pandémie (visionnez la vidéo de cette conférence) .

Lors de cette conférence, d’une durée de 90 minutes, le premier leader en matière de préparatifs pandémiques fait le point sur la situation, quelques semaines après l’avènement de la 6ième Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique, qui s’est tenue à Sharm El-Sheikh, en Égypte, et à quelque temps d'une prochaine rencontre importante prévue en décembre à Genève, qui portera sur le partage des souches du virus de l'influenza aviaire.

Non seulement David Nabarro a-t-il remarquablement fait le tour de la situation mondiale – dans un contexte de crise économique -, mais il s’est avancé pour chiffrer (en pourcentage) l’avancement des efforts mondiaux des préparatifs pandémiques, une estimation qui à ma connaissance n’a encore jamais été publiée.


J. Stephen Morrison. Photo source

Répondant aux interrogations de J. Stephen Morrison, directeur, politiques de santé mondiale, au Centre for Stategies and International Studies, il a déclaré qu’il évalue à 40% de l'objectif global l’état de préparation mondiale en vue d’une pandémie. Il a précisé qu’il est en mesure de défendre cette estimation, qui s’appuie sur les travaux réalisés dans le cadre du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, en particulier sur les quelque 35% des pays préparés avec plans de pandémie ayant été testés.

Par ailleurs, David Nabarro a indiqué que les agences internationales avaient préparé un certain nombre de plans, qui seront mis en oeuvre en 2009, et qui devraient provoquer davantage de préparation. Il entrevoit que l’état mondial de préparation pourrait alors grimper à 60%, voire 70%, de l’objectif global.

Toutefois, il a souligné que l’état mondial de préparation demeure «très inégal». Il a mentionné l’Australie et Singapour comme ayant développé à un degré avancé leurs préparatifs. Il a indiqué que certains secteurs, tels que le secteur financier et le tourisme, ont tendance à être mieux préparés, étant donné qu’ils ont eu quelque mauvaise expérience avec le SRAS. Les militaires investissent davantage que d’autres dans les préparatifs de pandémie, de même que les pays ayant été touchés par l’influenza aviaire.

Les préparatifs en vue d’une pandémie ont d’énormes capacités de renforcement des systèmes de santé publique. La préparation à une pandémie demeure, aux yeux de David Nabarro, malgré un contexte de crise économique, un élément vital de sécurité nationale. Il insistera donc au cours des prochains mois pour que le financement des nations des activités de préparation à une pandémie soit maintenu. Mais il sait pertinemment qu’il pourrait avoir à se battre pour éviter des coupures budgétaires.

David Nabarro a également parlé des trois éléments entérinés par les 120 pays ayant participé à la Conférence de Sharm El-Sheikh:
> Poursuivre les efforts, avec une préparation multisectorielle, sociale, économique et politique. Au sein des pays, entre les pays, et avec les agences internationales. Nabarro a insisté sur ce point: cela nécessitera une action mondiale de même qu’un engagement considérable de groupes non gouvernementaux.

> Soutenir les efforts pour contenir le virus de la grippe aviaire, et ultimement, en venir à l’extermination du H5N1.

> Entreprendre des actions à long terme afin d'intervenir dans le cadre d'autres maladies émergentes.
Pourquoi devrions-nous être préoccupés par une pandémie? David Nabarro est conscient qu’il existera toujours des pressions pour financer des projets concurrents. Néanmoins, il a déclaré que le monde ne peut se permettre de délaisser les préparatifs de pandémie, puisque l’impact d’une pandémie s’avère tout simplement trop important. «Même en ces périodes tumultueuses, nous ne pouvons courir ce risque », a-t-il déclaré.

David Nabarro a également souligné le remarquable leadership des États-Unis: «Lorsque l’histoire sera écrite, il s’avèrera évident qu’une des influences majeures concernant les efforts sera provenue des États-Unis.»


John Lange. Photo source

John Lange, quant à lui, a déclaré: «Aucune nation, incluant les États-Unis, n’est vraiment prête pour une pandémie».

«Comment pouvons-nous ne pas nous préparer pour quelque chose de cette ampleur?», s'est-il interrogé.
 
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