Blogue de Lyne Robichaud

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28 juillet 2011

Le projet Gouvernement ouvert et Francophonie en péril en raison de la peur et du manque d’engagement

Il y a quelques semaines, le président des États-Unis a lancé une invitation à plus de 50 pays de l’Organisation des Nations Unies en leur demandant de s’engager dans le Open Government Partnership. (voir: Obama transparency efforts seeks national commitments, 6 juillet 2011)

Depuis sa toute première journée dans ses fonctions de président, et la signature du Memorandum on Transparency and Open Government, Barack Obama a positionné sa nation en leader de gouvernement ouvert. Cela a donné lieu au lancement d’un mouvement, qui s’est répandu dans plusieurs pays à travers le monde. (voir: Memorandum for the Heads of Executive Departments and Agencies, Transparency and Open Government, 21 janvier 2009.)

En septembre 2010, le président Obama a donné un élan au mouvement international de gouvernement ouvert quand il a invité chaque nation à «rendre le gouvernement plus ouvert et plus responsable.» Le président a exhorté d'autres pays à revenir au sein de l'Organisation des Nations Unies, et à «parvenir à des engagements spécifiques visant à promouvoir la transparence; à lutter contre la corruption; à dynamiser l'engagement civique; et à exploiter les nouvelles technologies afin que nous renforcions les fondements de la liberté dans nos propres pays, tout en vivant à la hauteur des idéaux qui peuvent éclairer le monde». (voir Remarks by the President to the General Assembly, New York, NY, 23 septembre 2010.)

La philosophie de gouvernement ouvert n’a pas encore été adoptée par les pays ayant le français en partage. Bien que la République française se soit dotée de la mission Étalab, et qu’un portail de données ouvertes ait été mis en place, il n’est pas encore question de gouvernement ouvert en France, à l’exception d’une localité qui se démarque et innove en raison de facteurs exceptionnels qui jouent en sa faveur: le député-maire de Nantes procède par une approche de proximité et que de louanges a reçu l’excellent travail de sensibilisation de Claire Gallon, à la tête de l’organisme LiberTIC.

Le Canada a annoncé un gouvernement ouvert le 18 mars 2011. Toutefois, même si l'annonce a été effectuée, cela ne signifie pas que les principes du gouvernement ouvert sont appliqués. Comme Démocratie en surveillance l'a souligné dans son rapport, le Canada a reçu une mauvaise note de 61 parce que "Presque toutes les lois nécessaires à l'intégrité d'un système de gouvernement efficace ont été prévues au cadre juridique. Cependant, des lacunes et des failles dans les lois, et une application faible, portent atteinte au système.". (voir mon billet à ce sujet.)

En décembre 2010, consciente qu’il n’y avait pas de développement du gouvernement ouvert dans le monde francophone, j’ai conçu avec John F Moore de Government in the Lab, le projet Gouvernement ouvert et Francophonie. Ce projet prévoit un accord entre des pays ayant le français en partage, qui ressemble au Open Government Partnership proposé à l’ONU par Barack Obama, sauf qu’au lieu de l’ONU, le projet s’adresse aux membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Ce projet d'entreprise sociale (organisme à but non lucratif), offrant des services conseils stratégiques en gouvernement ouvert, procède par une implantation graduelle du gouvernement ouvert, afin d'en évaluer les points forts et les points faibles et de permettre l'ajustement et l'amélioration du programme. Il y a pour débuter l'implantation d’un programme-pilote sur le territoire d’une nation-phare, sur le continent africain (car environ 50% des francophones du monde sont en Afrique). Le programme-pilote est ensuite étendu à trois autres pays d’Afrique. Les quatre pays représentent quatre des sept régions administratives de l’OIF. La nation-phare présente une motion au Sommet des pays ayant le français en partage, invitant la moitié des membres de l’OIF à participer au programme de gouvernement ouvert, une démarche semblable au Open Government Partnership de l’ONU. Le programme-pilote de gouvernement ouvert est par la suite déployé, dans un plan quinquennal, à 39 pays de la Francophonie et 977 de leurs villes.

10 États membres de l'Organisation internationale de la Francophonie ont déjà entamé des initiatives de données ouvertes et de gouvernement ouvert, cette liste incluant le Québec:
- AUTRICHE (http://futurezone.at/thema/499-open-data-blog.php)
- BELGIQUE (http://openbelgium.be/what-is-open-data)
- ESTONIE (http://www.opendata.ee/en/)
- FRANCE (http://blog.etalab.gouv.fr/ et data.gouv.fr)
- CANADA (http://www.data.gc.ca/default.asp?lang=En&n=F9B7A1E3-1)
- MAROC (http://data.gov.ma/Pages/Home.aspx)
- SUISSE (http://www.news.admin.ch/message/index.html?lang=fr&msg-id=39827)
- THAÏLANDE (http://data.pm.go.th),
- TUNISIE (http://www.tekiano.com/tek/4-tek-news/3869-tunisie-trois-ministeres-open-gov-avant-la-constituante.html)
- et maintenant le QUÉBEC y réfléchit sérieusement http://www.consultationgautrinweb2.gouv.qc.ca/a/dtd/28199-14460.

Le projet Gouvernement ouvert et Francophonie a été introduit en février 2011 au leader parlementaire adjoint du gouvernement du Québec, Henri-François Gautrin.

M. Gautrin ne s’est pas encore engagé à l’appuyer. Il a posé quelques gestes en sa faveur, puis s'est rétracté. Un pas en avant, 3 pas en arrière. Cette danse de l'hésitation a des conséquences négatives et nuit au développement du projet. Le projet est même en péril par manque d'appui et de soutien.

Cependant, M. Gautrin a lancé il y a 7 jours la phase publique de son mandat d’analyse sur le potentiel du Web 2.0. En février dernier (lorsque j'ai commencé à communiquer avec lui), il n’était pas question d’inclure les données ouvertes ni le gouvernement ouvert dans le mandat. Je me réjouis que les réflexions de M. Gautrin aient progressé pour qu’il ose ajouter un volet de gouvernement ouvert. Consultez la page «Vers une politique de gouvernement ouvert au Québec».

Le 7 juin 2011, j’ai déposé une Fiche de présentation à IDÉ de la Ville de Trois-Rivières. IDÉtr a pour mission de créer et de maintenir des emplois à Trois-Rivières. Les projets d’entreprises sociales sont autorisés dans ce programme, qui accorde un soutien technique de lancement d’entreprise (notamment la rédaction d’un plan d’affaires) et de soutien financier aux travailleurs autonomes possible grâce à un partenariat avec Emploi Québec.

J’ai rencontré le leader parlementaire adjoint du gouvernement du Québec le 17 mai 2011. Lors de cette rencontre, il s’est posé cette question à haute voix à plusieurs reprises: «Comment pouvons-nous collaborer avec vous?».

Ce n’est pas en raison d’une pénurie d’idées de propositions de collaboration que la collaboration espérée ne s’est pas matérialisée, car M. Gautrin a reçu plusieurs propositions de ma part, entre février et mai 2011, en plus de celle du projet Gouvernement ouvert et Francophonie. Il y avait une panoplie de suggestions de collaboration sur la table de M. Gautrin.

Je lui ai demandé la permission de l’inclure dans l’équipe collaborative à titre de «mentor» dans la Fiche de présentation du projet Gouvernement ouvert et Francophonie présentée à IDÉtr. Il ne s’est pas engagé, en répondant ceci: «Je suis trop occupé».

Il était question que je l’accompagne à Kinshasa, en République du Congo, pour assister à la 37e Session de l’Assemblée des parlementaires de la Francophonie (APF), étant donné que M. Gautrin est aussi le président délégué de la Section Québec de l’APF, un des vecteurs de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Son équipe m’a dit que sur place, «il n’aurait pas l’occasion de me parler, parce qu’il sera trop occupé».

M. Gautrin est décidément un monsieur bien occupé.

La conséquence directe de cette absence d’engagement est que IDÉtr a refusé le projet Gouvernement ouvert et Francophonie pour les raisons suivantes: on m’a dit que je «suis trop bonne» et que leur équipe «n’a pas les compétences pour m’encadrer».

Si M. Gautrin (ou d’autres personnes déléguées de son entourage) avait/avaient accepté de collaborer au projet Gouvernement ouvert et Francophonie, il est probable que la Ville de Trois-Rivières aurait eu moins la frousse. En ayant un (ou des) mentor(s) dans le projet, il se serait créé un équilibre entre les services techniques offerts par IDÉtr et les conseils apportés par le(les) mentor(s). Peut-être que IDÉtr aurait réagi autrement que par la peur et le rejet.

Depuis le dépôt de la Fiche de projet à IDÉtr, il s’est produit trois événements importants:
- La province de la Colombie-Britannique a lancé le premier portail de données ouvertes provincial canadien. Cela ne fait plus partie du domaine du rêve, cela s’est matérialisé au niveau provincial canadien. D’autres provinces, telles que le Québec, pourront suivre l’exemple de ce leader provincial. (voir: new BC govt website (www.gov.bc.ca) and DataBC and open data www.data.gov.bc.ca)
- Barack Obama a invité le Canada, parmi les 60 pays conviés, à collaborer au Open Government Partnership. Le projet semblable que j’ai imaginé avec John F Moore, pour la Francophonie, n’est pas farfelu, puisqu’un partenariat de nature analogue verra le jour à l’ONU. (voir 'Info czar urges Canadian role in opennes plan', 18 juillet 2011)
- Henri-François Gautrin s’est enfin décidé à parler de gouvernement ouvert ouvertement, il a inclus un volet de gouvernement ouvert dans sa consultation publique.

Mardi (28 juillet 2011), un monsieur de l’équipe de IDÉtr m’a téléphoné, parce que j’ai demandé une rencontre avec le directeur général. Je considère que mon projet Gouvernement ouvert et Francophonie a été mal évalué, et je ne trouve pas que «être trop bonne» et «leur équipe n’a pas les compétences» soient des critères acceptables de rejet de mon projet.

Je souhaite rencontrer en personne le directeur général de IDÉtr pour avoir la possibilité d’expliquer mon projet et faire renverser la décision défavorable.

Alors mardi, on m’a annoncé que le projet Gouvernement ouvert et Francophonie était désormais éligible aux services techniques de IDÉtr. Curieux, comment leur équipe est soudainement devenue compétente en encadrement de projets internationaux. Mais on me refuse toujours l’accès aux services financiers.

On m’a dit que mon projet n’était pas un projet d’affaires, et que le secteur d’activité ne cadre pas dans la définition d’emploi de la ministre du Travail, et qu’il faudrait que j’aille la rencontrer pour qu’elle fasse changer ces critères. N’importe quoi... Là, le monsieur en question nage carrément dans une peur bleue totale!

J’ai examiné de près les critères d’Emploi Québec pour le programme des travailleurs autonomes, et je considère que je réponds à leurs exigences.

La section «économie sociale» du site Internet de IDÉtr indique: «Les entreprises d’économie sociale vendent des produits ou des SERVICES à une population ciblée, en respectant une mission à caractère sociale, sans pour autant négliger la rentabilité économique.»

Dans le projet Gouvernement ouvert et Francophonie, l'entreprise sociale vend des SERVICES conseils stratégiques de gouvernement ouvert, en respectant une mission à caractère social, sans pour autant négliger la rentabilité économique. En plus des sommes espérées par le biais de programmes de financement d'institutions et de partenariats avec plusieurs organisations et bailleurs de fonds conclus lors d'une rencontre de concertation, une campagne de financement (privé et individuel) est prévue au projet. J'entrevois une campagne semblable à celle menée par 'Live Below the Line'

Fonds parallèles: Une campagne de financement auprès de corporations et entreprises sera planifiée et mise en œuvre, afin de leur offrir une visibilité et des opportunités d'affaires en Afrique et dans le reste de la Francophonie.

Comité d'honneur: Un comité d'honneur sera mis sur pied. La présidence de ce comité sera offerte au commanditaire principal de la campagne de financement. Plusieurs vice-présidents compléteront ce comité d'honneur. Le rôle de ce comité sera d'aider à conclure des partenariats avec des organismes subventionnaires et internationaux, des corporations, et des gouvernements.

Sur le site d'Emploi Québec, la définition des clientèles est la suivante:
Les personnes visées par la mesure Soutien au travail autonome sont celles qui ont un projet d'entreprise ou celles pour qui le travail autonome représente la solution. Elles doivent s'inscrire dans l'une des catégories suivantes: travailleuses et travailleurs à statut précaire.

Pour être admissible, le candidat doit :
avoir des aptitudes et des qualités correspondant à un profil d'entrepreneur, notamment :
- un tempérament de leader;
- une grande capacité de travail;
- une habileté à prévoir et à résoudre des problèmes;
- une confiance en soi;
- une certaine facilité à communiquer;
- une grande capacité d'adaptation;
- manifester de la motivation pour développer ou créer une entreprise;
- posséder une expérience ou des compétences en lien avec le projet;
- présenter une ébauche écrite d'un projet d'entreprise;
- présenter un curriculum vitae;

Pour être admissibles, les projets d'entreprise doivent posséder les caractéristiques suivantes :
- créer une nouvelle entreprise et en détenir le contrôle;
- consolider des activités de travail autonome dans le cas des travailleuses et des travailleurs autonomes à statut précaire;
- viser le travail autonome ou l'entreprise individuelle, quel que soit le statut juridique de l'entreprise;

Les entreprises non admissibles sont celles :
- dont les activités portent à controverse et avec lesquelles il serait déraisonnable d'associer le Ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) et Emploi- Québec (ex.: agence de rencontres, boutique de prêts sur gage, etc.);

Peut-être que le monsieur de IDÉtr pense que des services conseils stratégiques en gouvernement ouvert sont une activité qui porte à controverse et avec laquelle il serait déraisonnable d'associer le ministère de l'Emploi???

Dans ce cas, rassurez-vous, cher monsieur de IDÉtr, le gouvernement du Québec analyse présentement les possibilités de gouvernement ouvert. La preuve: «Vers une politique de gouvernement ouvert au Québec» publié par le leader parlementaire adjoint Henri-François Gautrin il y a 7 jours.

Le directeur général de IDÉtr revient lundi prochain, 1er août, de ses vacances. Je m’attends à une ré-évaluation par leur équipe de mon projet Gouvernement ouvert et Francophonie, et j’espère qu’ils accorderont cette fois-ci une réponse favorable. S’ils persistent à rejeter mes efforts de création d’emploi, je pourrais être tentée de considérer leur approche comme de la discrimination. Et prendre les dispositions qui s'imposent dans des cas de discrimination.

Quant à M. Gautrin et son équipe, je leur demande de faire un effort et d’appuyer le projet Gouvernement ouvert et Francophonie. Un gouvernement ouvert nécessite le respect de trois valeurs fondamentales: transparence, participation et collaboration.

L’équipe de M. Gautrin n’est pas parvenue à mettre en pratique, dans les faits, la collaboration. Les idées des citoyens ne parviendront pas toujours de la manière, dans l’ordre et de la façon que le gouvernement le souhaitera. Les idées fuseront de toutes parts, n’importe comment, dans une multitude de styles et de formes: dans des gazouillis de 140 caractères, dans des courriels, sur des plates-formes, sur des pages Facebook, etc. C’est au gouvernement à faire preuve de souplesse et à s’adapter aux langages et styles des citoyens. C’est au gouvernement d’agir, lorsqu’il voit un fort intérêt et une manifestation de volonté de participation de la part de citoyens. C’est au gouvernement à déployer des efforts pour soutenir cet intérêt et cette volonté, et à trouver des avenues permettant la co-création et co-production.

J’ai transmis des demandes répétées (j'insiste fortement sur le mot «répétées») de collaboration à M. Gautrin et son équipe, pendant six mois.

Cessez de dire «NON» et essayez-donc de penser autrement, pour arriver à dire «OUI» de temps en temps. Votre volet de consultation sur le gouvernement ouvert est excellent, mais il faudrait maintenant que les idées se transposent dans des gestes et des actions. Il faudrait que les idées se manifestent dans le réel:
- par l’annonce de l’implantation d’un gouvernement ouvert au Québec
- mais aussi par l’appui au développement du gouvernement ouvert dans la Francophonie.

Dites,
OUI, à la transparence.
OUI, à la participation citoyenne.
OUI, à la collaboration avec des citoyens engagés.

05 novembre 2010

Gov2.0 goes to Paris? Sommet de la jeunesse G8/G20


Une fenêtre d'espérance s'est ouverte cette semaine lorsque @YouthDiplomacy a indiqué son intérêt pour un projet d'expérimentation portant sur le gouvernement 2.0 lors des prochains Youth Summits du G8/G20.

Pour une bonne nouvelle, c'en est toute une.

Car celles et ceux qui participent au Youth Summit sont des jeunes, des étudiants: notre avenir, en quelque sorte. Etre en mesure de sensibiliser ces personnes à ce que représente le gouvernement 2.0, cela signifie poser des jalons pour l'avenir.


Le Sommet de la jeunesse (Youth Summit) G8/G20 est une conférence de premier plan de la jeunesse internationale, qui rassemble de jeunes leaders, représentant du Groupe des huit (G8) et du Groupe des vingt (G20), afin de faciliter les discussion portant sur les affaires internationales, promovoir la compréhension interculturelle, et construire des amitiés mondiales. Par ailleurs, le Sommet de la jeunesse G8/G20 offre la liberté aux jeunes d'exprimer leurs pensées, et de proposer des solutions créatives.

Or, le gouvernement 2.0, c'est justement une solution créative, un modèle de bonne gouvernance.

J'espère de tout coeur que @YouthDiplomacy France, ayant été désigné en tant que comité organisateur du Sommet de la jeunesse G8 et G20, qui se tiendra à Paris du 29 mai au 3 juin 2011, donnera suite à ce tweet.

J'entrevois un double objectif:
1) Faire connaître la tendance du gouvernement 2.0 à de jeunes publics, et discuter des enjeux mondiaux d'implantation du gouvernement 2.0;
2) S'entraider afin de multiplier et maximiser les occasions de réseautage, dans le but de développer le gouvernement 2.0 et de conquérir de 'nouveaux marchés'.

Il serait possible de créer un comité de travail, ou encore une sorte de plateforme constituée de liens informels, qui permettrait d'échanger et de tenir des séances de remue-méninges avec des 'experts' du domaine: de jeunes enthousiastes, déterminés, brillants et articulés, qui contribuent un peu plus chaque jour à l'avancement du gouvernement 2.0.

Nous pouvons aider YouthDiplomacy à analyser et planifier quelles seraient les meilleures façons de présenter cette importante nouvelle tendance en gestion publique à de jeunes gens provenant d'un peu partout dans le monde.

Je suis persuadée que cette forme de gouvernance axée sur la collaboration et la participation, et qui confère de l'empowerment aux citoyens, devrait enthousiasmer les prochaines délégations des Sommets de la jeunesse. Et peut-être que cela créera un engouement pour le gouvernement 2.0, et que prochainement, cette tendance de gov2.0 se retrouvera à l'ordre du jour de toutes les organisations gouvernementales internationales!

25 septembre 2009

Peut-être que les entreprises ne se préparent pas parce qu’on n’a pas vraiment pris le temps de les préparer

Je réponds ici à un billet de Xavier Aucompte intitulé «Pandémie H1N1: Les obligations des dirigeants et DRH d'entreprises. Pourquoi autant d’entreprises ne se préparent pas?» dans le Blog des managers 2.0 (B-r-ent.com).

Je ne suis pas du tout étonnée que 80% des Français (et cela pourrait probablement s’appliquer à la majorité des autres nationalités) ne s’inquiètent pas au sujet de la grippe A/H1N1. Si 20% des gens se soucient actuellement de la menace pandémique, c’est environ 10% de plus qu’en 2007-2008 (L’intérêt pour la pandémie est peu élevé, révèle un sondage canadien).

Xavier Aucompte pose dans ce billet une question vraiment existentielle, concernant l’indifférence et l’apathie des populations aux grandes problématiques mondiales, dont les pandémies font partie. Cela fait des années que je me pose la même question, et je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante. Je crois que ce n’est pas nécessairement lié directement à la pandémie, mais qu’entre en jeu un certain nombre de facteurs associés à notre mode de vie moderne. On pourrait parler du déni pendant longtemps, et couvrir des pages entières, sans arriver à des solutions répondant au déni actuel. Il s’agit d’un sujet fascinant que de tenter de cerner les mécanismes de réaction des gens face au danger.

De tous les «experts» mondiaux, la personne qui, à mon avis, se penche sérieusement sur cette problématique, est le communicateur de risques Peter M. Sandman. Après avoir observé les comportements, il a classé les réactions des gens dans un certain nombre de catégories. (Il s’agit des Inattentifs; Navigateurs; Railleurs; Dupes; Attentifs; Fanatiques; Dénieurs - Vendre l’état de préparation à une pandémie, à la famille et aux amis). J’ai noté qu’il y avait certaines catégories pour lesquelles c’était foutu, en quelque sorte, qu’il n’y a absolument rien à faire pour tenter de les convaincre de la menace pandémique. Il est dommage que ce genre d’information ne soit pas largement partagé et diffusé, car ces données pourraient grandement aider les gestionnaires d’entreprises à mieux communiquer avec leurs employés.

Peut-être que les messages initiaux concernant la pandémie ont été trop rassurants? L’attention des gens ne dure que quelques jours – la plupart sont incapables d’exercer une vision à long terme. Le moment crucial d’attention mondial est survenu vers le 25 avril dernier, entre deux changements de phases (de la phase 4 à la phase 5). Sur Twitter, par exemple, «swine flu» s’est classé numéro 1 parmi les sujets les plus populaires pendant quelques journées consécutives. Mais on a dit à ce moment-là aux gens que le virus de la grippe porcine était semblable à la grippe saisonnière. On a leur a dit aussi qu’il mourait chaque année X personnes de la grippe saisonnière. Puisque le ciel ne leur est pas tombé sur la tête dans les quelques jours qui suivirent le déclenchement de la pandémie, les gens sont passés à autre chose.

Un autre élément à considérer est le fait que la pandémie est arrivée avant que les préparatifs pandémiques mondiaux aient eu le temps d’être complétés. En novembre 2008, David Nabarro, le chef d’orchestre mondial des préparatifs, coordonnateur de la grippe humaine et aviaire à l’ONU, a estimé que l’état de préparation mondial avait atteint seulement 40% (David Nabarro évalue l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global). Il a dit également qu’il fallait qu’ait lieu davantage de préparatifs pandémiques «sociaux, économiques et politiques» (Le nouveau rapport de l’ONU recommande une planification multisectorielle). La pandémie est arrivée entre-temps, en avril 2009, et les plans de Nabarro ont été bousculés par la réalité. S’il n’y avait pas eu le déclenchement de la pandémie dans l'intervalle, de nombreux plans d’action auraient peut-être pu être déployés auprès des entreprises du monde entier…

Par ailleurs tout le travail en amont qui était (probablement) planifié auprès des entreprises n’a pas vraiment eu le temps d’être orchestré (comme cela a été pratiqué par l’ONU auprès des gouvernements des nations du monde, par exemple).

La population mondiale n’a jamais été intégrée non plus dans les préparatifs pandémiques.

Il était question à cette époque (automne 2008) à l’ONU, de développer la communication. L’ONU a indiqué dans un rapport sur les préparatifs pandémiques mondiaux que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance constitue un réel défi. «Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. La communication en vue des modifications comportementales est un composant complémentaire essentiel de chaque aspect des activités dans le domaine de la grippe aviaire et humaine. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes. Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Responses to Avian Influenza and State of Pandemic Readiness: Fourth Global Progress Report]. Synopsis en français, paragraphe 18)

Concernant les communications en entreprise, un sondage plutôt consternant vient tout juste d’être publié aux États-Unis. La plupart des travailleurs n'ont pas eu de directives de leurs employeurs à propos de la saison de grippe à venir, selon une enquête nationale dévoilée le 21 septembre 2009 par Mansfield Communications Inc. 69% des répondants déclarent n’avoir reçu aucune communication concernant les politiques en milieu de travail se rapportant au H1N1, pas même des informations relatives au lavage des mains ou aux congés de maladie. «Le fossé entre les connaissances diffusées et la pratique est alarmante. Près de la moitié des répondants ont déclaré qu'ils continueraient à s'engager dans des activités publiques avec pleine connaissance de leur infection. De toute évidence, il y a beaucoup à faire pour sensibiliser les travailleurs de l’Amérique, et aider les gens à agir de façon appropriée afin de contenir la propagation du H1N1.» (No communication to workers from employers about policies in the workplace pertaining to H1N1: study)

Tout cela nous démontre qu’il reste une tâche titanesque à abattre côté communications et sensibilisation. L’information conduit à l’empowerment.

Je vous invite à vous abonner à la newsletter d’information que j’édite (il s’agit d’une revue de presse quotidienne sur la pandémie, avec analyse des situations les plus percutantes). On peut s’abonner directement sur le site de RéseauPandémie.com. Par ailleurs, ne manquez pas de consulter le forum Zonegrippeaviaire.com. C’est une véritable mine d’or d’information sur la pandémie et la marche des virus d’influenza à travers le monde.

15 mai 2009

Cool! Un groupe portant sur l'ONU à GovLoop

L'ami Adriel Hampton nous a informé dans Twitter qu'un nouveau groupe de discussion portant sur l'ONU vient d'être créé dans GovLoop.com.

Je viens de m'y inscrire.

http://www.govloop.com/group/theunitednations

Participez en grand nombre.

05 mai 2009

ONU et OMS, accordez vos violons!


Quel(s) pays exerce(nt) des pressions sur Margaret Chan et l'OMS?

Ce matin, la directrice générale de l'OMS a déclaré qu'elle passerait en phase 6 (voir La directrice de l'OMS indique que la pleine pandémie sera déclarée).

Margaret Chan

Quelques heures plus tard, le directeur général de l'ONU, Ban Ki-moon, affirmait le contraire... L'OMS "n'a pas le projet pour l'instant d'augmenter le niveau d'alerte à 6", degré le plus élevé de l'échelle d'alerte, a assuré lundi le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Il était accompagné en conférence de presse par David Nabarro, le coordonnateur senior du Système de grippe humaine et aviaire des Nations Unis. Voir ici et ici.

Il faudrait peut-être que les hautes instances de l'ONU et de l'OMS s'efforcent d'accorder un peu mieux leurs violons, s'ils veulent conserver leur crédibilité, en ce début de crise sanitaire mondiale majeure.

Ban Ki-moon

Le Secrétaire-général de l'ONU a annoncé qu'aura lieu dans deux semaines à Genève "une réunion des États, pays donateurs et secteur privé, qui s’inscrit dans les efforts visant une œuvre efficace de la stratégie de préparation."

Attendra-t-on jusque à cette rencontre pour déclencher la phase 6 d'alerte pandémique?

Les coffres de l'ONU ont un urgent besoin d'être renfloués pour passer à travers de la pandémie. Nous pouvons deviner que la crise économique mondiale a probablement dû toucher les budgets de préparatifs de pandémie des nations. Des coupures budgétaires ont fait en sorte que les pays donateurs ont dû diminuer leurs contributions à l'ONU pour la lutte contre la grippe aviaire. À la fin du mois de février 2009, Bernard Vallat, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), a indiqué:
"Les informations recueillies sont convergentes. On observe un peu partout à travers le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d'élevage ou sauvages. Beaucoup des 172 pays membres de l'OIE envoient des signaux témoignant d'une baisse de la garde vis-à-vis des menaces sanitaires vétérinaires. Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est manifeste, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés."

Il doit y avoir des tensions politiques. Cela doit jaser fort dans les couloirs du pouvoir...

Un autre élément a attiré mon attention. Le président mexicain Felipe Calderon a déclaré avoir regretté d'avoir fait preuve d'honnêteté et de transparance: "Je trouve injuste que, parce que nous avons été honnêtes et transparents avec le monde, certains pays prennent des mesures répressives et discriminatoires, fruits de l'ignorance et de la désinformation", a-t-il regretté.

Ajoutez à cette étrange déclaration le fait que le Mexique ne cesse de claironner depuis vendredi dernier que l'épidémie de grippe A (H1N1) recule, et que le pic est passé (alors que cela n'a pas encore été scientifiquement démontré). Des milliers d'articles de presse ont répété cela ce week-end, ce qui a fait en sorte que le public était sous l'impression que l'épidémie régressait, alors qu'en fait elle a progressé, a-t-on pu lire dans d'autres reportages.

Que se passe-t-il donc entre l'OMS et l'ONU? Et entre ces agences et les nations du monde? Des tiraillements majeurs, j'en ai l'impression. La pression doit être très forte pour ne pas basculer dans une pleine pandémie.

Déjà que la crédibilité de l'OMS en prend un coup ces derniers jours parmi la population, ce genre de volte-face pourrait coûter cher en crédibilité. Et ce n'est pas le temps, surtout pas le temps de perdre la face. Peter Santilli (@PeterSantilli) sur Twitter - notez qu'il a le nombre non négligeable de 34,783 followers - a écrit lundi soir (4 mai): "W.H.O. now stands for What Hasn't Occurred."

26 mars 2009

Il est impératif que l'État québécois développe une meilleure vision à long terme


Je reponds à un billet du député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, critique de l'opposition officielle, en matière de santé, intitulé "Un budget sans vision et courage".

Monsieur Dranville, vous soulignez que “toutes les décisions difficiles sont remises à plus tard”. Je suis contente que vous ayiez mentionné cela.

Vous parlez aussi de pots cassé­s. Assurément, si la présente administration n’arrive pas à démontrer une meilleure capacité de vision à LONG TERME, la société québécoise se retrouvera avec de très graves problématiques sur les bras dans un avenir pas si lointain que cela.

Je rappelle de nouveau que le spectre de la pandémie pend toujours comme une épée de Damoclès au-dessus de l’humanité, et que le Québec n’y échappera pas, même si cela ne fait pas l’affaire des dirigeants de l’État. La pandémie d’influenza se produira à un moment ou un autre, et chaque jour qui passe nous rapproche de cette crise sanitaire mondiale. Une pandémie n’attendra pas que le Québec ait eu le temps d’y penser. Les virus ne consultent pas les journaux et ne lisent pas les communiqués de presse. Et ce n’est pas parce qu’elle ne s’est pas encore produite qu’une pandémie n’arrivera jamais.

L’ONU a averti: “Préparez-vous au grand choc écomomique.”

“La plupart de pays se sont concentrés sur la pandémie comme cause potentielle de catastrophe et ont effectué quelque planification. Mais la qualité de leurs plans est inégale et trop peu d’entre eux ont porté attention aux CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES”, a déclaré David Nabarro à BBC radio.

“Les conséquences économiques pourraient s’élever à 2 trillions de dollars américains - jusqu’à 5 pour cent du produit intérieur brut”, a-t-il dit, réitérant des évaluations antérieures de la Banque mondiale et de l’ONU. Je considère que cette évaluation est très conservatrice. Les conséquences d’une pandémie sur notre monde moderne et interconnecté sont quasiment inimaginables.

Avec une dette alourdie, un affaiblissement à moyen terme des infrastructures de santé et d’éducation, des plans de pandémie totalement désuets et planifiant pour le scénario le plus insignifiant, et une population délibérément maintenue dans l’ignorance des enjeux réels, je redoute le pire pour l’avenir du Québec. Il serait grand temps que l’État prenne ses responsabilités.

25 février 2009

Le spectre d’une pandémie

En novembre 2008, David Nabarro, le coordonnateur senior de l’influenza humaine et aviaire aux Nations Unies, a déclaré lors d’une conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies, qu’il évaluait que l’état de préparation mondiale avait atteint 40% de l’objectif visé.

Il avait alors indiqué qu’il souhaitait voir augmenter l’état de préparation à 60% - voire 70% - avant la tenue de la prochaine conférence ministérielle, qui est prévue avoir lieu en 2010 au Viêt nam.

Ceci n’arrivera pas.

En raison du contexte économique, qui fait tout dérailler.

Nous assisterons à un grave démantèlement de l’état de préparation mondiale. Cette tendance est déjà observée, comme cela a été confirmé cette semaine par Bernard Vallat, directeur de l’OIE.
"On observe un peu partout à travers le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d'élevage ou sauvages. Beaucoup des 172 pays membres de l'OIE envoient des signaux témoignant d'une baisse de la garde vis-à-vis des menaces sanitaires vétérinaires. Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est manifeste, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés."

L’état de préparation mondiale se réduira-t-il jusqu’à à peau de chagrin?

Au cours des trois prochaines années, nombreuses seront les nations du monde qui mettront certainement leurs budgets de pandémie sur la glace.

Les entreprises, qui sont prises à la gorge par la dépression, vont faire de même.

Juxtaposez à cela le fait qu’il ne resterait guère d’armes pharmaceutiques à jeter contre une pandémie. Une production mondiale de vaccins pandémiques sera retardée de plusieurs mois (probablement plus d’une année). Selon une récente étude du groupe pharmaceutique IFPMA, si une pandémie de H5N1 se propageait aujourd'hui, les fabricants auraient probablement besoin de quatre ans pour faire face à la demande mondiale de vaccins. Par conséquent, nous pouvons être assurés qu’il n’y aura pas de vaccin disponible pour combattre les premières vagues d’une pandémie. Le Tamiflu est encore actif contre le H5N1 (si ce candidat pandémique arrive à développer la capacité à se transmettre plus facilement entre humains). Toutefois, il n'est pas exclu qu'une résistance au Tamiflu se développe rapidement au moment de l’utilisation massive de cet antiviral. Le Relenza aussi est encore actif contre le H5N1. Mais il ne représente qu’environ 20% des réserves d’antiviraux. Ces antiviraux ne sont pas éternels, comme tout médicament, et à un moment donné, ils doivent être renouvelés.

Que reste-t-il comme possibilités?

Peut-être des préparatifs pandémiques sociaux. Cela pourrait être une avenue, de renforcer l’empowerment des citoyens. Étant donné qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les systèmes de santé publique performent comme des champions en temps de pandémie, et que les entreprises déjà affaiblies par une récession pourraient tomber comme des mouches, la seule chose qu’il reste comme possibilité de développement, ce sont les gens.

Si le leadership nécessaire au lancement de préparatifs pandémiques sociaux ne se matérialise pas de la part des plus hautes instances de gestion de pandémie, n’espérons pas que des préparatifs pandémiques sociaux se créeront tout seuls par enchantement.

Jusqu’à présent, des efforts ont été déployés de par le monde pour sensibiliser le grand public à une pandémie.

Mais pas suffisamment.

A-t-on donné l’heure juste aux populations?

Je ne le crois pas.

Les communications sont beaucoup moins coûteuses que la plupart des mesures de préparation qui ont été mises de l’avant jusqu’à présent.

Vu le présent contexte mondial, l’avenue du développement de préparatifs pandémiques sociaux serait une planche de salut.

10 février 2009

L’effet ciseau observé aux États-Unis se transformera-t-il en effet domino?

Barack Obama hausse le ton

870 millions de dollars, cela s’approche du milliard de dollars. C’est beaucoup d’argent.

C’est la somme qui était prévue dans le plan de relance économique des États-Unis, concocté par l’équipe de Barack Obama, pour des projets en lien avec les préparatifs pandémiques.

La sénatrice Susan Collins a déclaré que des idées comme 870 millions de dollars pour combattre la grippe aviaire devraient être éliminées [dumped]. À ceci, le blogeur Crawford Kilian a rétorqué dans un billet «Essayez donc de retourner l'économie en pleine pandémie, Sénatrice Collins!»

DemFromCT nous a appris dans son billet daté du 8 février (intitulé L’influenza et vous – Partie V) que «les 870 millions ont été retirés du plan de relance économique, POUR LE MOMENT (900 millions de dollars demeurent toutefois dans le projet de loi.»

Il semble exister un certain flou existentialiste à propos de ces 870 millions de dollars. Ils ont été coupés cette semaine du plan de relance économique, mais peut-on être assuré qu’ils seront relocalisés ailleurs ultérieurement?

Nous sommes en pleine crise économique mondiale, et ce que les États-Unis font avec leur budget de préparatifs pandémiques donnera le ton au reste du monde. Si ces millions de dollars s’évanouissent, cela pourrait donner lieu à des coupures dans les budgets de nombreuses nations.

L’importance (ou l’absence d’importance) accordée au financement des préparatifs pandémiques par les États-Unis influencera également le porte-feuille d’agences internationales. J’imagine que des gestionnaires tels que David Nabarro, le coordonnateur senior de l’influenza humain et aviaire aux Nations Unis, qui a notamment pour mandat de faire rentrer des millions de dollars en dons dans les coffres de l’agence, pourrait éprouver des difficultés majeures à renflouer les caisses des Nations Unies, si jamais les préparatifs pandémiques étaient sous-financés aux États-Unis. Ce qui pourrait être catastrophique à moyen terme, car cet argent sert à soutenir les pays démunis dans leur lutte contre le virus mortel H5N1. S’il n’y a pas suffisamment d’argent donné en aide internationale pour lutter contre une pandémie, alors les risques de pandémie risqueraient-ils d’augmenter?

Le journaliste Nicolas Bérubé explique dans La Presse que «Le programme original de 800 milliards n'était pas assez gros pour changer la donne et relancer l'économie, écrit Krugman. Or, les centristes ont fait de leur mieux pour s'assurer que le programme devienne plus faible et moins efficace.» «Pourquoi c'est arrivé? C'est la faute du président Obama, qui cherche à présenter un programme post-partisan qui fait plaisir à tout le monde. C'était sa meilleure chance d'obtenir une action réellement efficace et il l'a ratée», conclut le chroniqueur Paul Krugman du New York Times.

L’Agence France-Presse indique aujourd’hui que le président américain Barack Obama a prédit lundi une «catastrophe», advenant un échec d’adoption du plan de relance économique.

D'autres disent que le président américain semble avoir mis hier tout son poids dans la balance pour influencer un Sénat très divisé sur le plan de relance.

Il est dommage que les sommes prévues pour des préparatifs pandémiques aient dû être abandonnées dans le processus de relance économique aux États-Unis.

Cela ne me semble pas tellement de bon augure pour la santé des budgets mondiaux alloués à la menace pandémique. Si apparemment tout le poids du nouveau président américain n’a pas été suffisant pour convaincre de l’utilité et de la nécessité d’investir dans une préparation de pandémie, QUI, me direz-vous, QUEL POIDS ou influence politique réussira à maintenir les budgets dans ce domaine? Les enjeux sont très élevés, mais même le Sénat américain n'a pas l'air de le réaliser.

27 janvier 2009

David Nabarro s’affairera à améliorer le système alimentaire. Mais les préparatifs pandémiques, dans tout cela? (mise à jour)


David Nabarro. Photo de Junji Kurokawa, AP. Source

Il a été annoncé le 26 janvier 2009 par BBC que David Nabarro est nommé à la coordination de l’action alimentaire.
«Depuis le sommet d'urgence à Rome, en juin, l'ONU a mis en place une équipe d’intervention chargée de coordonner l'action sur l'alimentation, maintenant dirigée par le Dr. David Nabarro, qui s’est établi une réputation de dépannage quand il a conduit les Nations Unies face à la menace de la grippe aviaire.

Au cours d’une réunion de deux jours à Madrid visant à donner un nouvel élan à la question des prix des denrées alimentaires, le Dr Nabarro a déclaré: "La crise économique dans le monde n'a pas mis un terme à la crise alimentaire, à la place elle complique et aggrave la situation.»

Savez-vous combien de personnes ont faim dans le monde? Environ un milliard de personnes. Les gouvernements et les agences d’aide internationale devront se montrer à la hauteur, face à ce défi. La hausse des prix alimentaires a focalisé l'attention sur une crise alimentaire mondiale bien réelle. Oxfam indique en date du 26 janvier 2009:
«Toute solution durable doit passer par des investissements adéquats dans l'agriculture, des règles commerciales plus équitables, une redistribution des ressources et un fort engagement face au changement climatique. Mais les personnes qui souffrent de la faim ne peuvent pas se nourrir du seul espoir de solutions à long terme. Les gouvernements, avec le soutien des agences d'aide et des bailleurs de fonds, doivent agir dès maintenant pour apporter une aide d'urgence systématique et un soutien à long terme à ceux qui sont dans le besoin. Des mesures doivent également être prises pour mieux protéger les personnes en situation de pauvreté chronique contre les sécheresses, les inondations et la volatilité des marchés.»

Je ne doute pas de la capacité de gestion de David Nabarro. Il a réussi à coordonner un effort mondial de préparatifs pandémiques. C’est à coup de centaines de millions de dollars que des nations ont versé des dons pour que des préparatifs pandémiques puissent avoir lieu dans des régions en voie de développement. Face aux dangers des effets de la crise économique sur l’alimentation, voilà que David Nabarro vogue vers de nouveaux horizons.

Ce qui fait que le milieu des préparatifs pandémiques se retrouve sans leadership fort. Cela fait des mois que David Nabarro tambourine qu’il est nécessaire que les budgets de pandémie soient maintenus, malgré la crise économique mondiale. Les yeux étaient rivés vers l’ONU et la Banque mondiale en ce début d’année, notamment suite au changement de présidence aux États-Unis. La nouvelle ronde de préparatifs pandémiques sociaux, économiques et politiques, recommandée dans le 4e Rapport intérimaire sur la gestion de pandémie (dirigé par David Nabarro), pourra-t-elle se concrétiser, sachant que le capitaine a été déplacé vers d’autres occupations? Qu’adviendra-t-il des budgets des agences onusiennes consacrés aux préparatifs pandémiques?

Dans le contexte actuel, où des cas humains d’infection de H5N1 se multiplient en Chine et ailleurs en Asie, ce départ de David Nabarro a de quoi soulever des préoccupations.

En novembre dernier, David Nabarro parlait de ses inquiétudes à propos de l’impact de la situation économique internationale sur l’alimentation. J’ai écouté deux fois sa conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies. J’aurais dû allumer, lorsqu’il a dit que les préparatifs pandémiques étaient «si admirables qu’ils méritaient d’être cités en exemple.»
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort,» a déclaré David Nabarro devant le CSIS. Voir aussi mon billet à ce sujet.

Personne n’a eu l'air de comprendre ce que signifiait ce langage diplomatique... Le coordonnateur nous avertissait peut-être qu’il changerait prochainement de fonctions? Je croyais naïvement que d’autres agences ou programmes imiteraient le «style Nabarro», mais pas qu’il serait déplacé ailleurs!

David Nabarro nous a laissé un autre indice, lors de sa conférence prononcée en novembre dernier. Il a dit que «le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire». Encore là, je croyais que cela serait intégré quelque part aux Nations Unies, sans toutefois penser que ce serait David Nabarro en personne qui serait appelé à développer cette approche.

Nous nous voilà devenus orphelins, ne sachant pas trop ce qu’il adviendra de la coordination de l’influenza aux Nations Unies, ni de quelle sorte de chef d’équipe prendra (ou non) la relève de ces tâches.

Pendant que David Nabarro s’attaquera à un défi encore plus gigantesque que celui des préparatifs pandémiques – la faim dans le monde, et les éternelles inégalités entre les pauvres et les riches - ce qu’il réussira à accomplir pourrait contribuer à réduire la menace pandémique. Souhaitons-lui bonne chance, il en aura bien besoin.

Entre temps, les mordus de préparatifs pandémiques restent sur le carreau, et ce départ profitera certainement aux pessimistes et aussi aux maîtres en procrastination, qui sauteront certainement sur cette occasion pour justifier une réduction de leur budget consacré aux préparatifs pandémiques.

J’essaie de demeurer optimiste, mais a priori, l’annonce du départ de David Nabarro ne me semble pas de bon augure pour le maintien de l’état de préparation mondial en vue d’une pandémie. Nous courons le risque de les voir s’éteindre en un rien de temps, si un autre costaud et courageux leadership n’est pas désigné dans les meilleurs délais, pour reprendre le flambeau laissé derrière par David Nabarro.


MISE À JOUR 27 janvier 2008 14h20


Merci à Nathalie sur Facebook de m'avoir signalé que David Nabarro conservera ses anciennes fonctions (d'après un communiqué des Nations unies publié le 16 décembre 2008, qui est complètement passé inaperçu):
"Le Secrétaire général a par ailleurs annoncé qu'il nommerait David Nabarro au poste de Coordonnateur du Groupe de travail à partir du 1er janvier 2009, qui sera basé au Fonds international de développement agricole (FIDA), à Rome.

Jusqu'à présent ce poste était occupé par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, John Holmes. David Nabarro gardera ses fonctions de Coordonnateur du Système des Nations Unies sur la grippe aviaire."

Hier, Crawford Kilian s'interrogeait sur la succession de David Nabarro dans son billet.

Tant mieux s'il cumulera les deux fonctions. 24 heures de frousse... j'ai carrément vu le ciel basculer sous nos pieds. Cela aurait certainement été la catastrophe. Je suis bien contente que notre leader demeure bien assis là où il est présentement: nous avons besoin de ses talents.

MEA CULPA si je me suis égarée dans mon analyse. Mais cela aura démontré à quel point la présence de David Nabarro à l'ONU est cruciale dans les préparatifs pandémiques. Il ajoute une corde à son arc, tout en maintenant le cap. Ouf!

04 janvier 2009

Les préparatifs pandémiques comparés à la tâche de Sisyphe

Sisyphe, par Franz von Stuck, 1920. Source

Dans la mythologie grecque, Sisyphe, fils d’Éole et fondateur de Corinthe, a dénoncé Zeus qui avait enlevé une jeune vierge, la fille d’Asope. Pour le punir, Zeus l’a condamné à rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher au sommet d’une montagne sans jamais y parvenir: à peine Sisyphe arrive-t-il près de son but que le rocher roule vers le bas, et tout est à recommencer...

Dans un article publié le 1er janvier 2009, Helen Branswell rapporte les propos de Keiji Fukuda, à la tête du programme global d’influenza de l’Organisation mondiale de la santé:

«Et si nous commençons à baisser la garde et déplaçons notre attention sur quelque chose d’autre qui soit complètement différent, alors nous risquons vraiment de perdre beaucoup de travail, qui a été construit au cours des quatre dernières années.»

«Faire ceci [les préparatifs pandémiques] encore et encore est véritablement… c’est comme si nous étions Sisyphe,» a-t-il comparé, en faisant référence au mythe grecque d’un personnage condamné à une tâche que ne peut jamais être complétée.


Photo: AP, par Jacques Brinon. Source

Ces propos contrastent avec ceux de David Nabarro, coordonnateur senior de l’influenza pour les Nations Unies, prononcés le 13 novembre dernier lors d’une conférence au Centre for Stategies and International Studies. David Nabarro a indiqué avoir évalué que l’état de préparation mondial de pandémie s’élève à environ 40% de l’objectif global (d’après le nombre de nations ayant testé leurs plans de lutte).

De quelle manière devons-nous interpréter la métaphore de Keiji Fukuda? Nous traversons une crise économique, et dans ce contexte, le premier gestionnaire de l’ONU ne cachait pas son inquiétude à propos du maintient des budgets des nations dédiés aux préparatifs en vue d’une pandémie.

Si les gestionnaires des agences onusiennes ne réussissent pas à faire renouveler les enveloppes budgétaires, et à convaincre les nations à continuer d'investir dans des activités locales de préparatifs pandémiques, le travail des quatre dernières années sera-t-il à recommencer?

Le mois dernier, je me suis entretenue au téléphone avec une responsable des maladies infectieuses au gouvernement du Québec. Quand je lui ai parlé des recommandations de préparatifs multisectoriels (sociaux) publiées dans le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, elle m’a dit ne pas être au courant de ce document. Mais elle a affirmé, toutefois «Le Québec n’a pas besoin de faire d’autres préparatifs dans le domaine social. Nous avons fait tout cela déjà, l’an dernier.» J’étais stupéfiée d’entendre que le Québec aurait devancé de plusieurs années les directives des agences onusiennes. Ben voyons donc!

Tout de même, cette réaction du gouvernement du Québec donne un bon aperçu du genre de réponse que recevront les gestionnaires de pandémie des agences onusiennes.

Si les plus hauts gestionnaires comparent désormais les préparatifs pandémiques à la tâche jamais complétée de Sisyphe, ce rapprochement du Panthéon de l’Olympe ne me plait guère. Beaucoup moins, en fait, que la nouvelle de l’ascension à la 44ième position de la liste de l’élite globale de Newsweek. On sait que Margaret Chan, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, avait réussi à se hisser dans cette liste sélective des 50 personnes les plus puissantes au monde.

Que penser de cette tâche de Sisyphe? David Nabarro planifiait de faire augmenter les préparatifs pandémiques à 60%, voire 70%, de l’objectif global d’ici à la tenue de la prochaine réunion ministérielle sur la gestion de pandémie. Le pourcentage de l’état global des préparatifs chutera-t-il en 2009?

Il va falloir faire preuve d'un leadership extrêmement fort, et maintenu dans le temps, pour réussir ce tour de force.

21 décembre 2008

Si Margaret Chan est la «rock star» de la lutte contre des virus, David Nabarro m'apparaît comme chorégraphe du «Lac des cygnes»


Fabrice Coffrini / AFP-Getty Images


L’année 2008 se termine en beauté, en confirmant au panthéon du pouvoir international un des membres les plus proéminents du milieu de la santé publique. Le magazine Newsweek a dressé sa liste de l’élite mondiale, dans laquelle la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, est classée à la 44ième position (d’une liste de 50).

Je me réjouis que la directrice de l’OMS se retrouve dans cette liste très sélective de Newsweek. Cela confirme à quel point les questions de pandémie et d’épidémie de SRAS sont importantes en tant qu’événements marquants de notre planète. Toute personne (représentant un ensemble de personnes chapeautées par une organisation) arrivant à triompher dans une féroce bataille contre ces virus mortels contagieux devient nécessairement un personnage légendaire.

Voici ce que Newsweek a indiqué à propos de Margaret Chan:
[Traduction] «Avec la propagation mondiale des maladies devenant plus que jamais menaçante, Chan représente la première ligne de défense de notre monde. La leader bien branchée de l’Organisation mondiale de la santé est reconnue pour son intérêt pour les problématiques concernant les femmes et la santé africaine, alors qu’elle a de l’expérience dans le domaine des maladies émergentes. Lorsqu’elle était directrice de la santé de Hong Kong, elle a composé avec la grippe aviaire et avec le SRAS, arrivant ultimement à stopper le SRAS par l’abattage de la population d’un million et demi de volailles de la ville. Un de ses admirateurs la surnomme la «James Brown» de la santé publique mondiale en raison de son éthique de travail. Dans ses cercles, elle est certainement l’équivalent d’une rock star.»

Les luttes que livrent Margaret Chan sont admirables, et nous pouvons tous la remercier d’avoir évité de justesse – probablement à de nombreuses occasions - une pandémie dévastatrice.

Si Margaret Chan se classe en 44ième position de Newsweek, je suis d’avis que David Nabarro, le coordonnateur senior pour l’influenza aviaire et humain aux Nations Unies, mériterait lui aussi classement et honneur semblables.

S’il n’a pas livré de combat mémorable contre de dangereux virus, David Nabarro est néanmoins celui qui prépare les nations à livrer un futur combat contre une pandémie.

Il a dirigé dernièrement les travaux du Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, réalisé par une équipe conjointe des Nations Unies et de la Banque mondiale.

Personnellement, je trouve que David Nabarro ressemble davantage à un gentleman qu’à une «rock star». Je ne sais pas s’il se met à chanter comme il a été rapporté que Margaret Chan le fait, lorsqu’elle sent que la tension monte lors des réunions! Il paraîtrait qu'elle aime aussi beaucoup le karaoké...

Lorsqu’il prend la parole en public, David Nabarro s’exprime lentement avec un charmant accent anglais, calmement, dans un langage souvent diplomatique. Mais néanmoins, il n’a pas peur de parler de ses préoccupations et de pointer les problématiques et les défis à relever.


David Nabarro. AFP/Getty Images. Photo source


Une des meilleures photographies de David Nabarro que j’ai vues a été prise par AFP/Getty Images: on y aperçoit le premier gestionnaire de pandémie en train de parler, le regard en biais, un peu inquiet. Nabarro est photographié directement sous un tableau de majestueux cygnes blancs. Le bleu cyan du logo des Nations Unies fait écho aux eaux turquoises du tableau. David Nabarro penche légèrement la tête, dans la même direction que les trois cygnes du tableau. Il arrive souvent que des cygnes soient infectés par l’influenza aviaire, et ce tableau m'apparaît en quelque sorte comme une métaphore du «Lac des cygnes». Toute la tragédie aviaire et humaine entourant les virus pandémiques pourrait être mise en scène, tel le ballet «Lac des cygnes» en quatre actes créé en 1877 pour le Bolchoï par Tchaïkovski, et connu pour sa fameuse danse solo de la mort du cygne. Cette photographie de ce personnage me plait beaucoup, et c’est celle que je conserve de lui dans mon esprit. Je l’imagine, tel un chorégraphe, préparant l’ensemble des nations à participer à une représentation magistrale d'un ballet.


Si vous vous en rappelez, le blogueur américain Scott McPherson a utilisé une métaphore semblable le 8 avril dernier, dans un billet intitulé «L’Orchestre symphonique de l’OMS joue-t-il l’Ouverture de la Phase Quatre?», où on entendait presque s’accorder les violons dans ce texte, comme cela se passe quelques minutes avant une représentation d'un des grands orchestres symphoniques ou opéras du monde.

La plupart du temps, David Nabarro n’a pas des nouvelles réjouissantes à annoncer et cela finit toujours plus ou moins par se résumer par «nous ne sommes pas suffisamment préparés», «il faut déployer davantage d’efforts», «préparez-vous à un grand choc économique», «il faut continuer à verser de l’argent pour maintenir les budgets de préparation à une pandémie.»

Ce sont des discours moins triomphants et enivrants que les victoires passées remportées par Margaret Chan contre des virus menaçants. Il est plus facile pour le public de visualiser la mise à mort de 1.5 millions de poulets, que de dépendre dans son esprit en quoi consistent exactement les préparatifs devant être concrétisés dans un futur rapproché pour nous permettre de traverser une pandémie.

Toutefois, comme David Nabarro l’a lui-même fait remarquer lors d’une conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies le 13 novembre dernier, le fait d’avoir réussi à convaincre un grand nombre de nations à se lancer dans des préparatifs pandémiques est en soi tout un exploit.
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu'ils valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»

David Nabarro semble donc penser que la recette de ce succès de coopération mondiale pourrait s’appliquer à d'autres problématiques internationales.

Il reste encore beaucoup de pain sur la planche avant d’arriver à dire que le monde est préparé à faire face à une pandémie. La septième Conférence ministérielle de gestion de pandémie est prévue en 2010. S’ils veulent avoir quelque chose à se raconter et sur quoi faire un bilan, les gestionnaires de planification de pandémie devront, en 2009, déployer des efforts pour mettre en œuvre des préparatifs multisectoriels sociaux, économiques et politiques. De quelle manière cela se concrétisera-t-il? Ah! That is the question!

Pour avoir réussi à faire passer de la théorie à la pratique le branle-bas de combat mondial en vue d’une pandémie, êtes-vous d’accord avec moi que David Nabarro mériterait d’être considéré comme faisant partie de l’élite mondiale?

21 novembre 2008

Le succès des stratégies de mouvements sociaux de Marshall Ganz de la campagne de Barack Obama


Marshall Ganz. Photo source

Marshall Ganz, est conférencier sur les politiques publiques à la Harvard Kennedy School. Il écrit à propos du leadership, de l’organisation et des stratégies de mouvements sociaux, d’associations civiles et politiques. Dernièrement, il a conçu les systèmes de formation d’organisateurs et de bénévoles sur le terrain, qui ont eu pour effet de transformer les bénévoles impliqués dans la campagne électorale de Barack Obama en véritables leaders organisationnels.

Voici un extrait d’une interview de Marshal Ganz à On the Media, où il mentionne qu’il faut laisser les gens dire leur propre récit, leur permettre de dire pourquoi elles aiment (tel politicien, telle cause), au lieu de les obliger à chanter la même chanson officielle imposée par un parti, un gouvernement, ou une corporation:
«Ce que nous les avons aidés à comprendre est que la première chose qu'elles doivent apprendre est comment articuler leur propre histoire, en d'autres termes, ce qui les a motivées à se déplacer pour s’impliquer et s’engager, parce que c’est grâce à leur propre histoire qu'elles vont pouvoir engager le plus effectivement d'autres personnes. Alors lorsque les personnes s’en vont [sur le terrain], elles sont outillées pour le faire. Cela est en quelque sorte la pièce maîtresse [de la stratégie].

Et dans la série initiale que nous avons fait en Californie, nous avons formé 200 équipes dans un intervalle de deux week-ends, avec le soutien de quatre employés. Nous avons érigé une opération massive, au point où il pourrait s’effectuer jusqu’à 100,000 appels téléphoniques par jour. Cela ressemble à un investissement dans des capitaux «civils» et dans des communautés locales, qu’aucune campagne politique n’a déployé depuis des années.

La droite a tiré bénéfice de l’enracinement dans les mouvements sociaux. C’est ce que les mouvements sociaux font. Ils traduisent les valeurs en actions; ils poussent les gens à travailler ensemble.

Tout le monde s’est mis à faire du marketing de leur cause, de leurs candidats, comme s’il s’agissait d’une autre marque de barre de savon, transformant les gens, de citoyens en consommateurs.

Ce que nous avons fait est que nous avons ramené la citoyenneté et que nous avons redonné du pouvoir aux gens, en plaçant les outils dans leurs mains.»
Empowerment. C’est le mot qui me vient à l’esprit.

Si on applique ces stratégies gagnantes à des préparatifs pandémiques multisectoriels (sociaux, économiques et politiques), il faudrait d'abord que les gouvernements fassent davantage confiance aux gens, et qu’ils cessent de tout vouloir contrôler.

Contrôler l’information, contrôler la manière dont doit être diffusé le message, contrôler la manière dont doit s’articuler les politiques de mesures d’urgence, contrôler des projets. Il faudrait que les autorités cessent de tout vouloir contrôler, si nous voulons avoir une chance de traverser une pandémie en limitant les dégâts. Un jour où l’autre, les États vont devoir accepter de collaborer avec la population, et de confier des responsabilités et des projets à des communautés.

On dirait qu'on est rendus là dans les préparatifs pandémiques mondiaux. David Nabarro de l'ONU, et la Banque mondiale, avec le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, recommandent maintenant d'ajouter plusieurs nouveaux éléments, dont un volet SOCIAL à la préparation en vue d'une pandémie. Nous ne savons pas trop exactement ce que SOCIAL signifie aux yeux des agences onusiennes. Il est probable qu'en 2009, les recommandations seront mieux définies et que des outils seront proposés aux États membres.

L’exemple du succès des stratégies déployées par Marshall Ganz pourrait être retenu. Ces systèmes gagnants pourraient sans doute s’appliquer aux préparatifs pandémiques multisectoriels.

20 novembre 2008

Des exercices de simulation de pandémie risquent de soulever de nombreuses problématiques


Jamie Grill, Tetra image, libre de droits, #82137051

Jusqu’à présent, la majorité des nations du monde se sont contentées de rédiger des plans de lutte à une pandémie, sans pousser trop en avant la réflexion. Le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (voir Synopsis en français), piloté par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe, a indiqué que seulement 35% des nations avaient amorcé des simulations pour mettre à l’épreuve leur planification.

David Nabaro a déclaré le 13 novembre dernier, lors d’une conférence prononcée au Centre for Strategic and International Studies, qu’il évaluait l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global. Il a précisé qu’il est en mesure de défendre cette estimation, qui s’appuie sur les travaux réalisés dans le cadre 4e Rapport intérimaire mondial. Je vous invite à consulter mon billet à ce sujet.

Nous pouvons entrevoir que la prochaine étape de préparation en vue d’une pandémie sera donc de multiplier les tests et exercices de simulation, et de dégager des conclusions de ces activités. Le plus grand défi sera ensuite d’intégrer les apprentissages dans la planification, de réécrire et modifier les plans de lutte. C’est une chose d’identifier des problématiques, mais c’en est une autre de trouver des solutions…

Je remercie Anne d’avoir publié des notes dans Facebook à propos de deux études récentes en lien avec des exercices de simulations de pandémie. Ces études ont révélé des problématiques concernant les équipements de protection personnelle (PPE) et des guides de contrôle de l’infection.

Dans la pratique, il s’avère difficile d’intégrer ces éléments aux diverses tâches quotidiennes des professionnels de soins de santé. Les conclusions de ses deux études semblent défier certaines des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, et remettent même en question la manière dont les soins et services sont actuellement délivrés.

Ces études mettent le doigt sur quelque chose d’assez inquiétant. Comment s’articuleront les pistes de solutions? J’ai bien hâte de voir la suite, et j’espère que nous (humanité) réussirons à solutionner ces problématiques.

Personal protective equipment in an influenza pandemic: a UK simulation exercise
[Équipement de protection personnelle dans une pandémie d’influenza: un exercice de simulation au Royaume-Uni]

N.F. Phina, A.J. Rylandsb, J. Allanb, C. Edwardsb, J.E. Enstonec and J.S. Nguyen-Van-Tamd

Sommaire

[TRADUCTION] L’expérience demeure limitée quant aux impacts financiers et opérationnels que l’adoption d’un guide de contrôle de l’infection de l’influenza pandémie au Royaume-Uni aura sur l’utilisation d’équipement de protection personnelle (PPE), les patients et le personnel. Nous avons tenté de cerner ces questions lors d’un exercice réel survenu dans un hôpital du nord-est de l’Angleterre.

Lors de cette simulation de 24 heures, tout le personnel d’une unité de soins généraux graves a porté des PPE et a adopté les procédures décrites dans le guide de contrôle de l’infection d’influenza pandémique du Royaume-Uni. Des équipes d’infirmière de contrôle de l’infection ont observé et noté le comportement du personnel et leurs pratiques pendant la simulation, incluant l’attitude du personnel à propos de l’utilisation des PPE.

Quoique les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sur la probable utilisation de PPE de haut calibre (masques FFP3) se sont avérées excessives, davantage de gants et de masques chirurgicaux que prévus ont été utilisés. En dépit de formation pré-simulation, plusieurs employés manquaient de confiance dans l’utilisation des PPE et concernant la marche à suivre des mesures de contrôle de l’infection. Ils ont découvert que les PPE étaient inconfortables, et que même les tâches les plus élémentaires prenaient plus de temps à être effectuées.

De grandes quantités de rebus cliniques ont été générées: 12 sacs additionnels (soit 570 litres) de plus par jour.

Les estimations d’utilisation de PPE réalisées lors de cette simulation défient les évaluations que de grandes quantités de PPE de haut niveau sont requises, avec de considérables implications des budgets de soins de santé. Un programme d’éducation continue de contrôle de l’infection est nécessaire.

Les soins de santé, en situation de pandémie, ne consistent pas simplement à appliquer un guide de contrôle de l’infection de l’influenza pandémique à la pratique courante; les hôpitaux auraient besoin de considérer changer la manière dont les soins et les services sont délivrés.
La seconde étude pointée par Anne dans Facebook est celle-ci (mais je n’ai pas traduit le texte, que je vous invite à consulter en anglais):
Respirator-Fit Testing: Does It Ensure the Protection of Healthcare Workers Against Respirable Particles Carrying Pathogens?

Les conclusions de ces études démontrent qu'il est nécessaire de tester les plans d'urgence, qui pourraient ne pas tenir la route si les États ne trouvent pas le moyen de les ajuster et d'y intégrer les apprentissages résultant des exercices de simulation (ce que David Nabarro ne cesse de répéter, d'ailleurs).

Je me demande ce que la dernière phrase de l'étude britannique signifie exactement, et quelles en sont les implications: «Les hôpitaux auraient besoin de considérer changer la manière dont les soins et les services sont délivrés».

Quant au grand nombre de déchets produits, ce genre d'information est intéressant. Il pourrait y avoir des interruptions de services de gestion des déchets en temps de pandémie. En fait, cette étude est des plus intéressantes, et j'espère que d'autres planificateurs (en dehors de ceux du Royaume-Uni), en prendront connaissance. Y compris des gens du Canada et Québec!

Repenser totalement la manière dont les soins sont délivrés... Je n'arrive toujours pas à visualiser cela dans ma tête... Je retiens que la manière actuelle est trop compliquée. A priori, gérer un virus mortel ultra contagieux ne sera pas simple. Revoir de A à Z nos systèmes modernes de santé n'est pas une mince tâche!

Autre question: Si des simulations indiquent que le type de planification proposé par l'OMS comporte des failles, combien d'années cela prendra-t-il avant que cette réalité ne soit intégrée dans les directives globales?


Si les gens oublient ce qu'ils apprennent en formation au bout de 6 mois, cela n'est pas de bon augure. Je croyais les médecins et infirmières particulièrement bons avec leur mémoire (ces gens ne doivent-ils pas retenir des milliers de données?) Au Québec, les infirmières ont demandé au ministre de la Santé de mettre sur pied une formation particulière pour les infirmières en soins de maladies infectieuses: ce programme collégial a été refusé... (voir
L'Ordre revient à la charge - Les infirmières veulent développer une spécialité en infectiologie - Le Devoir, 4 novembre 2008).

En réfléchissant à cette histoire d'oubli des formations qui concernent une pandémie, j'ai pensé que mon cerveau (je parle pour le mien évidemment!) a une fâcheuse tendance à oublier ce qui n'est ni nécessaire ni important.

Peut-être que les personnes formées ne considèrent pas l'information relative à une pandémie suffisamment importante pour s'en rappeler? Je me demande si l'attitude des autorités gouvernementales joue sur ce tableau. Par exemple, quand on ne CROIT PAS qu'une chose puisse nous arriver, pourquoi faudrait-il se RAPPELER de protocoles nouveaux et compliqués? Si des professionnels de la santé ne pensent pas que ces formations leur seront utiles, alors je peux comprendre pourquoi leur mémoire leur joue des tours.

Nabarro: Les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu’ils valent la peine d’être cités en exemple


David Nabarro. Source Getty Images, Daylife

Le mois de novembre s’achèvera dans quelques jours, et en décembre, la ville de Genève sera de nouveau le théâtre du Sommet mondial sur partage des souches du virus de l’influenza aviaire.

L’an dernier, à pareille époque, les nations ne sont pas parvenues à un accord à ce sujet. Reuters a rapporté:
«Les autorités de la santé n’ont pas réussi à conclure un accord de nouveau système pour assurer les pays en voie de développement de partager les virus de grippe aviaire employés pour développer des vaccins, a déclaré vendredi l’Organisation mondiale de la santé. «Personne n’est à blâme de ne pas avoir essayé... Nous étions si près, mais pourtant si loin», a déclaré la directrice générale de l’OMS Margaret Chan, lors de la session finale de quatre jours.»
L’Indonésie a demandé que les découvertes bénéficiant à l'ensemble des êtres humains ne puissent être brevetées. «L'Indonésie considère que, si les bénéfices tirés des échantillons [de virus] ne sont pas mis en commun, le dispositif actuel de partage des virus de la grippe n'est pas juste vis-à-vis des pays en voie de développement».

Les États-Unis ont demandé à tous les pays de partager leurs échantillons de virus de grippe aviaire «sans condition préalable».

Quant à la flamboyante ministre indonésienne de la Santé, Siti Fadilah Supari, elle ne s'est pas gênée pour faire la pluie et le beau temps au cours de la dernière année. [Vous pouvez consulter son dossier à cette adresse.]

Le monde entier retient son souffle, alors que les États membres se préparent à participer au sommet de Genève. Les nations réussiront-elles à s’entendre cette fois-ci? Combien d’échecs devront-nous essuyer avant qu’un accord acceptable pour toutes les parties soit rédigé et entériné?

Le 13 novembre dernier, le premier leader des préparatifs pandémiques a été invité à prendre la parole au Centre for Strategic and International Studies. À propos de l’impasse diplomatique concernant le partage des souches, il a tout d’abord annoncé qu’il y avait eu du «progrès» dans ce dossier, mais il a laissé le soin à l’ambassadeur John Lange de fournir des détails à ce sujet.

Mais John Lange n’a rien déclaré de bien substantiel, à part répéter la position des États-Unis, et faire une brève allusion à une résolution, qui stipulerait de «poursuivre le partage des souches, tout en offrant un éventail de bénéfices.» L’ambassadeur a indiqué que les résultats de cette proposition sont attendus en décembre. Toutefois, il n’a pu s’empêcher d'ajouter: «C’est frustrant. La souveraineté virale n’est pas appropriée pour le partage des virus. Nous sommes confiants que nous serons en mesure de faire adopter une résolution en décembre prochain

À la toute fin de la conférence, alors que le temps tirait à sa fin, et qu’il était prié par son hôte du CSIS de conclure, David Nabarro a déclaré, de manière posée, en pesant bien chaque mot:
«Nous ne disposons pas [aux Nations unies] d’instruments simples pour indiquer aux États comment révéler de l’information. Nous nous appuyons sur des positions volontaires. Les pouvoirs disponibles à l’OMS sont toutefois remarquablement puissants. Nous avons besoin de persuader grâce au dialogue. Mais cela est davantage le mandat de la Dre Margaret Chan, et je ne m’étendrai pas davantage à ce sujet.

Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»
La recette de ce succès de coopération mondiale pourrait-elle être appliquée à d'autres problématiques internationales?

Répondant à une question portant sur les communications, David Nabarro a indiqué:
«Aucun travail de préparatifs pandémiques ne peut avoir du succès sans la pleine implication des communautés. Si les gens ne deviennent pas des partenaires, les États vont échouer. S'il y a absence de collaboration, s'installera alors la méfiance. Celui qui reçoit l'information officiel [le citoyen] ne vaut pas moins que son expéditeur [l’État].»
Ces sages paroles de Nabarro m'ont impressionnée. Peut-être est-ce très courant dans le langage diplomatique de parler ainsi... Toutefois, je ne peux m'empêcher de remarquer une notable progression dans les déclarations du premier leader en matière de préparatifs pandémiques. Depuis octobre dernier, il s'est fait plus présent dans l'actualité. À peine deux semaines après la tenue de la 6e Conférence ministérielle qui s'est tenue en Égypte, il a présenté son plan d'action au CSIS.

Celles et ceux qui sont préoccupés par l'avènement d'une pandémie d'influenza n'ont guère d'espoirs auxquels s'accrocher. Il faudra attendre avec patience le déroulement des événements pour observer l'impact qu'aura le discours de David Nabarro sur le développement des préparatifs pandémiques mondiaux.

J'ose espérer qu'en 2009, avec la nouvelle ronde de préparatifs multisectoriels que l'ONU et la Banque mondiale souhaiteraient voir se déployer, les choses iront mieux pour nous, les «gens du Flublogia», ainsi que pour les communautés et membres de la société civile qui s’intéressent aux préparatifs pandémiques, et qui souhaiteraient y mettre la main à la pâte.

J'ose également espérer que la
«pleine implication des communautés» dont parle David Nabarro se réalisera, y compris au Canada et au Québec.

VOIR AUSSI MES AUTRES BILLETS
> David Nabarro évalue l'état de préparation mondial de pandémie à 40% de l'objectif global

> Nabarro: Le contrôle du H5N1 endémique nécessite d'adopter une approche élargie du système alimentaire

18 novembre 2008

Le Québec se réfugie dans les ratons laveurs et ne souffle mot sur les Nations unies



Le site gouvernemental officiel Pandémie Québec du gouvernement du Québec, qui fournit des nouvelles d’actualités sur l'influenza aviaire au compte-goutte (il y a eu 7 nouvelles affichées sur la page d’accueil entre mars et novembre 2008, soit 7 nouvelles en 10 mois), a publié une nouvelle portant sur les ratons laveurs le 10 novembre dernier.

Les ratons laveurs pourraient jouer un rôle dans la transformation du virus aviaire
10 novembre 2008 | Pandémie Québec

D'après une étude parue dans le numéro de décembre de la publication «Emerging Infectious Diseases», les ratons laveurs peuvent contracter et répandre tant la souche humaine que la souche aviaire de la grippe.
Notez la rapidité de réaction de l’équipe de Pandémie Québec à mettre en ligne cette nouvelle, qui est sortie dans les fils de presse anglophones le 4 novembre. Seulement 6 jours plus tard, la nouvelle était reprise par l'équipe de Pandémie Québec. Comme quoi les fonctionnaires qui gèrent ce site sont capables de relayer dans un délai de temps relativement acceptable des nouvelles d’actualité portant sur l'influenza aviaire.

Notez également qu’il n’y a pas eu de nouvelle publiée dans Pandémie Québec à propos de la publication à la mi-octobre 2008 du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (Synopsis en français), un travail réalisé conjointement par les Nations unies et la Banque mondiale, et piloté par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe.

Il n’y a pas eu non plus de nouvelle publiée dans Pandémie Québec à propos de l’avènement de la 6e Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique, qui s’est déroulée les 25 et 26 octobre dernier à Sharm El-Sheikh, en Égypte.

Le site de Pandémie Québec ne souffle donc pas mot à propos des nouvelles directives des Nations unies et de la Banque mondiale, qui recommandent une préparation multisectorielle sociale, économique et politique, en plus du secteur traditionnel des préparatifs dans le milieu de la santé.

Les ratons laveurs ne se posent pas de question à propos du H5N1, et sont par conséquents peu enclins à demander que davantage de préparatifs pandémiques aient lieu au Québec.

Mieux vaut s’en tenir à ne parler que des ratons laveurs, si vous souhaitez qu’une population entière ne soit pas informée de ce qui s’impose mondialement comme étant la nouvelle norme en gestion de l'influenza aviaire et tendances de préparatifs pandémiques.
 
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