Blogue de Lyne Robichaud

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27 janvier 2009

David Nabarro s’affairera à améliorer le système alimentaire. Mais les préparatifs pandémiques, dans tout cela? (mise à jour)


David Nabarro. Photo de Junji Kurokawa, AP. Source

Il a été annoncé le 26 janvier 2009 par BBC que David Nabarro est nommé à la coordination de l’action alimentaire.
«Depuis le sommet d'urgence à Rome, en juin, l'ONU a mis en place une équipe d’intervention chargée de coordonner l'action sur l'alimentation, maintenant dirigée par le Dr. David Nabarro, qui s’est établi une réputation de dépannage quand il a conduit les Nations Unies face à la menace de la grippe aviaire.

Au cours d’une réunion de deux jours à Madrid visant à donner un nouvel élan à la question des prix des denrées alimentaires, le Dr Nabarro a déclaré: "La crise économique dans le monde n'a pas mis un terme à la crise alimentaire, à la place elle complique et aggrave la situation.»

Savez-vous combien de personnes ont faim dans le monde? Environ un milliard de personnes. Les gouvernements et les agences d’aide internationale devront se montrer à la hauteur, face à ce défi. La hausse des prix alimentaires a focalisé l'attention sur une crise alimentaire mondiale bien réelle. Oxfam indique en date du 26 janvier 2009:
«Toute solution durable doit passer par des investissements adéquats dans l'agriculture, des règles commerciales plus équitables, une redistribution des ressources et un fort engagement face au changement climatique. Mais les personnes qui souffrent de la faim ne peuvent pas se nourrir du seul espoir de solutions à long terme. Les gouvernements, avec le soutien des agences d'aide et des bailleurs de fonds, doivent agir dès maintenant pour apporter une aide d'urgence systématique et un soutien à long terme à ceux qui sont dans le besoin. Des mesures doivent également être prises pour mieux protéger les personnes en situation de pauvreté chronique contre les sécheresses, les inondations et la volatilité des marchés.»

Je ne doute pas de la capacité de gestion de David Nabarro. Il a réussi à coordonner un effort mondial de préparatifs pandémiques. C’est à coup de centaines de millions de dollars que des nations ont versé des dons pour que des préparatifs pandémiques puissent avoir lieu dans des régions en voie de développement. Face aux dangers des effets de la crise économique sur l’alimentation, voilà que David Nabarro vogue vers de nouveaux horizons.

Ce qui fait que le milieu des préparatifs pandémiques se retrouve sans leadership fort. Cela fait des mois que David Nabarro tambourine qu’il est nécessaire que les budgets de pandémie soient maintenus, malgré la crise économique mondiale. Les yeux étaient rivés vers l’ONU et la Banque mondiale en ce début d’année, notamment suite au changement de présidence aux États-Unis. La nouvelle ronde de préparatifs pandémiques sociaux, économiques et politiques, recommandée dans le 4e Rapport intérimaire sur la gestion de pandémie (dirigé par David Nabarro), pourra-t-elle se concrétiser, sachant que le capitaine a été déplacé vers d’autres occupations? Qu’adviendra-t-il des budgets des agences onusiennes consacrés aux préparatifs pandémiques?

Dans le contexte actuel, où des cas humains d’infection de H5N1 se multiplient en Chine et ailleurs en Asie, ce départ de David Nabarro a de quoi soulever des préoccupations.

En novembre dernier, David Nabarro parlait de ses inquiétudes à propos de l’impact de la situation économique internationale sur l’alimentation. J’ai écouté deux fois sa conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies. J’aurais dû allumer, lorsqu’il a dit que les préparatifs pandémiques étaient «si admirables qu’ils méritaient d’être cités en exemple.»
«Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort,» a déclaré David Nabarro devant le CSIS. Voir aussi mon billet à ce sujet.

Personne n’a eu l'air de comprendre ce que signifiait ce langage diplomatique... Le coordonnateur nous avertissait peut-être qu’il changerait prochainement de fonctions? Je croyais naïvement que d’autres agences ou programmes imiteraient le «style Nabarro», mais pas qu’il serait déplacé ailleurs!

David Nabarro nous a laissé un autre indice, lors de sa conférence prononcée en novembre dernier. Il a dit que «le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire». Encore là, je croyais que cela serait intégré quelque part aux Nations Unies, sans toutefois penser que ce serait David Nabarro en personne qui serait appelé à développer cette approche.

Nous nous voilà devenus orphelins, ne sachant pas trop ce qu’il adviendra de la coordination de l’influenza aux Nations Unies, ni de quelle sorte de chef d’équipe prendra (ou non) la relève de ces tâches.

Pendant que David Nabarro s’attaquera à un défi encore plus gigantesque que celui des préparatifs pandémiques – la faim dans le monde, et les éternelles inégalités entre les pauvres et les riches - ce qu’il réussira à accomplir pourrait contribuer à réduire la menace pandémique. Souhaitons-lui bonne chance, il en aura bien besoin.

Entre temps, les mordus de préparatifs pandémiques restent sur le carreau, et ce départ profitera certainement aux pessimistes et aussi aux maîtres en procrastination, qui sauteront certainement sur cette occasion pour justifier une réduction de leur budget consacré aux préparatifs pandémiques.

J’essaie de demeurer optimiste, mais a priori, l’annonce du départ de David Nabarro ne me semble pas de bon augure pour le maintien de l’état de préparation mondial en vue d’une pandémie. Nous courons le risque de les voir s’éteindre en un rien de temps, si un autre costaud et courageux leadership n’est pas désigné dans les meilleurs délais, pour reprendre le flambeau laissé derrière par David Nabarro.


MISE À JOUR 27 janvier 2008 14h20


Merci à Nathalie sur Facebook de m'avoir signalé que David Nabarro conservera ses anciennes fonctions (d'après un communiqué des Nations unies publié le 16 décembre 2008, qui est complètement passé inaperçu):
"Le Secrétaire général a par ailleurs annoncé qu'il nommerait David Nabarro au poste de Coordonnateur du Groupe de travail à partir du 1er janvier 2009, qui sera basé au Fonds international de développement agricole (FIDA), à Rome.

Jusqu'à présent ce poste était occupé par le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, John Holmes. David Nabarro gardera ses fonctions de Coordonnateur du Système des Nations Unies sur la grippe aviaire."

Hier, Crawford Kilian s'interrogeait sur la succession de David Nabarro dans son billet.

Tant mieux s'il cumulera les deux fonctions. 24 heures de frousse... j'ai carrément vu le ciel basculer sous nos pieds. Cela aurait certainement été la catastrophe. Je suis bien contente que notre leader demeure bien assis là où il est présentement: nous avons besoin de ses talents.

MEA CULPA si je me suis égarée dans mon analyse. Mais cela aura démontré à quel point la présence de David Nabarro à l'ONU est cruciale dans les préparatifs pandémiques. Il ajoute une corde à son arc, tout en maintenant le cap. Ouf!

13 décembre 2008

A propos de Flutrends, et aussi de Larry Brilliant


Larry Brilliant, directeur de Google.org. Photo source

Nicolas Cossette, un de mes amis m'a demandé sur Facebook: Tu dois déjà être au courant de l'initiative de Google Flutrends. Je suis curieux de savoir ce que tu en penses.

En effet, je suis au courant que Google a développé ce projet.

Justement, un de mes amis sur Facebook est Larry Brilliant. Il est des plus "brilliants", c'est le cas de le dire! Il est directeur du bras philanthropique de Google, et caresse depuis longtemps un projet de surveillance Internet de la grippe aviaire et d'un virus pandémique. Dans cette conférence, Larry Brilliant expose en détail son rêve de stopper les pandémies (durée de 26 minutes) >> cela vaut la peine d'être écouté.

Étant donné qu'il n'y a pas encore de gouvernance mondiale, et que de très sérieux problèmes de surveillance du H5N1 et du partage des souches du H5N1 sont observés actuellement à l'international (l'Indonésie étant un des pays les plus récalcitrants à partager ses virus - avec interruption complète de collaboration depuis plus de 2 ans - et malheureusement l'endroit sur la planète où ont eu lieu le plus grand nombre de cas humains de grippe aviaire), le projet mis de l'avant par Google s'avère une des planches de salut de l'Humanité.

Ce projet débute avec une observation de la grippe saisonnière aux États-Unis. Mais je suis persuadée que nous le verrons étendu au H5N1 à travers le monde, et à d'autres maladies émergentes d'ici quelques années. Les États membres de l'ONU ont convenu en Égypte en octobre dernier qu'un des trois défis de l'avenir est d'étendre les préparatifs globaux de pandémie à l'ensemble des maladies émergentes.

Google caresse par ailleurs le souhait de développer son projet en toutes les langues. Gros défi.

Ce travail entrepris par Google est vraiment nécessaire. Normalement, ce serait le mandat de l'Organisation mondiale de la santé, mais l'agence onusienne ne parvient pas à surveiller correctement les maladies. Vu l'état des relations internationales, il y aura toujours des nations pour nier des foyers d'éclosion de maladie (cela est justement arrivé en 2003 avec l'émergence du SRAS et le déni de la Chine - et nous avons eu de nombreux cas mortels en Ontario).

Ce projet permet de retirer l'élément politique de la surveillance des épidémies. Par ailleurs, les résultats obtenus jusqu'à présent sont concluants, et devancent les travaux du CDC. Ils suivent les courbes d'activité du virus.

De plus en plus, Internet - que ce soit Google, ou les chercheurs de nouvelles (dits "newshounds") opérant sur des forums et médias sociaux, connus sous l'appellation de la "sphère du Flublogia" (dont fait partie Zonegrippeaviaire.com) - s'imposent comme des solutions viables au pire cauchemar de l'Humanité: les pandémies.

Car une pandémie est considérée comme la menace Numéro 1 à la nation (du moins par l'Union européenne - nos décideurs locaux sont trop étourdis pour penser à statuer sur ces choses-là.). Une pandémie sera comme si un tsunami frappait simultanément CHAQUE ville du monde. L'effet sera terriblement dévastateur.

On pourrait comparer la situation actuelle de la surveillance des virus à celle qu'a connue le milieu de la météo, avant l'avènement des satellites. De nos jours, il est possible de prédire l'arrivée des ouragans, et de donner ainsi le temps à la population de se préparer en conséquence. Les quelques heures avant la tempête, que la technologie nous fournissent, permettent l'évacuation de milliers de personnes. Cela contribue à réduire les pertes humaines.

C'est un peu une situation semblable avec les pandémies. Nous savons qu'elles sont inévitables. Nous ne pouvons rien faire pour les empêcher. Aucun médicament, aucun vaccin. Aucun humain n'a développé d'immunité au nouveau virus pandémique. Nous sommes donc très vulnérables. Nous n'avons même pas un système de surveillance mondial fiable. Il nous est impossible de prédire quand surviendra une pandémie, et je dirais même que dans la situation actuelle, nous serons prévenus APRÈS que la pandémie ne soit déclenchée. Les 10 à 14 jours qui se dérouleront entre la première flamme du virus pandémique et le moment qu'il se retrouvera devant notre porte, je ne suis pas certaine que nous pourrons en bénéficier, avec le système actuel. Par exemple, 300,000 personnes sont présentement surveillées en Inde. Une pandémie serait déjà commencée que nous n'aurions aucun moyen de le deviner.

Les 10 à 14 jours de répit avant le déploiement mondial d'un virus mortel sont cruciaux, car la majorité des gens ne sont pas préparés à affronter une pandémie. Dès les premiers jours d'une pandémie, il y aura des pénuries de nourriture et d'autres biens de consommation: notre système d'approvisionnement juste-à-temps sera lourdement perturbé. Les gens n'ont pas stocké des vivres en conséquences. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi nos autorités n'ordonnent pas aux citoyens de se préparer. Sans doute nos leaders actuels ne croient pas qu'une pandémie aura lieu. Ou alors, ils sont de très mauvais gestionnaires et se soucient peu du sort de leurs citoyens. Les experts prévoient qu'il y aura autant de victimes de famine, que de victimes emportées par le virus lui-même (et cela, même dans les pays développés tels que le Canada et les États-Unis).

La portée d'une pandémie a été qualifiée "d'inimaginable" par le Dr Robert Webster, un des éminents scientifiques ayant découvert ce virus.

Alors, dans ce cas, des initiatives telles que celle de Google me semblent comme une petite lumière au bout du tunnel...

P.S. Larry Brilliant est non seulement brilliant, mais aussi courageux. D'une force et d'une vision peu communes.

07 décembre 2008

Effet boule de neige de H5N1 en Inde?

Photo source

Le H5N1 pourrait faire boule de neige en Inde. Le virus s'est déjà propagé à plusieurs districts de l'État d'Assam.


Le Dr Henry Niman compare la situation de cette année avec celle de l'an dernier.

Voici ma traduction de son billet à ce propos.

Les retards d'abattage du H5N1 augmentent les préoccupations de pandémie en Inde
Traduction en français par Lyro, Zonegrippeaviaire
"H5N1 Culling Delays Increase Pandemic Concerns in India"
7 décembre 2008 à 20:05 | Par Dr Henry Niman | Recombinomics

La redoutable grippe aviaire ou influenza aviaire, qui a été confirmée dans un village de Hajo du district de Kamrup le 27 novembre, s'est depuis propagée à un certain nombre de nouveaux emplacements dans plusieurs districts. Cela est une grave préoccupation, alors que les efforts de contenir initialement la maladie, n'ont pas été couronnés de succès.

Premièrement, les autorités ont pris du retard dans la confirmation du virus de la grippe aviaire lorsqu'est survenu un décès anormal d'oiseaux en grand nombre - ayant été rapporté depuis le 21 novembre dernier.

Par la suite, des allégations ont également été effectuées à propos de la manière non scientifique dont ont été disposés les oiseaux morts.


Les commentaires ci-dessus proviennent d'une récente tribune éditoriale d'Assam. Le nombre de districts confirmés a grimpé à six (voir la carte satellite), et des reportages de médias indiquent que les confirmations quotidiennes correspondent à des échantillons recueillis il y a dix jours, soulevant les préoccupations que la propagation a lieu bien au-delà des emplacements confirmés.

La séquence d'événements est semblable à ceux étant survenus au Bengale occidental il y a un an de cela. Les tests ont été limités et retardés, résultant en un lancement de l'abattage longtemps après que les oiseaux aient commencé à mourir. Éventuellement, l'abattage a été initié dans des régions avec des décès excessifs de volailles, suivis par l'abattage dans des régions frontalières avec le Bengale occidental. Toutefois, la propagation était considérable à la fois au Bengale occidental et dans le pays adjacent, le Bangladesh, résultant en les plus grands foyers d'infection rapportés à ce jour.

Toutefois, ces retards d'abattage peuvent faire en sorte que la propagation fasse boule de neige, par des infections additionnelles de villageois de même que d'oiseaux sauvages résidents et de mammifères qui mangeront ces oiseaux.
Il y a un an, au Bengale occidental, des villageois avaient soit consommé les oiseaux morts, ou en avaient disposé de manière inappropriée, créant des occations pour davantage de propagation du H5N1. Par allieurs, des compensations en-dessous de la valeur marchande ont conduit à la dissimulation des oiseaux ou à leur transport à d'autres secteurs. Quoique les frontières du Bengale occidental aient été fermées, le H5N1 s'est propagé rapidement.

Dans Assam, la propagation s'est avérée elle aussi très rapide, même si les foyers d'infection ont débuté il y a un mois, lorsque la température était plus clémente. Cette propagation rapide pourrait avoir créé des décès excesssifs d'oiseaux dans d'autres régions. L'Inde blâme déjà le Bangladesh de cette propagation, et d'autres États de l'Inde ont émis des
alertes, même s'il ne sont pas adjacents aux emplacements avec des foyers d'infection confirmés.

Ainsi, la présente extension de la propagation demeure nébuleuse, mais la pénurie de groupes d'abatteurs et les retards dans les opérations d'abattage demeurent des causes de préoccupations.
En plus de la propagation, les délais dans le contrôle de la propagation augmentent le nombre de mammifères infectés par le H5N1, ce qui augmente la probabilité pour la sélection de changements génétiques qui augmenteront l'efficacité de la transmission aux humains.

La saison dernière, un cas humain de H5N1 a été confirmé au Bangladesh, mais plusieurs cas additionnels non rapportés sont probablement survenus.

Les foyers d'infection répétés, contrôlés de façon médiocre, dans cette région, continuent d'augmenter la probabilité [de déclenchement] d'une pandémie catastrophique.

Source:
www.recombinomics.com

Le H5N1 pourrait se propager à d'autres états en Inde

La propagation du H5N1 à d'autres États en Inde n'est pas une surprise (comme a l'habitude de le dire le Dr Henry Niman). Le virus de la grippe aviaire s'est répandu à cinq districts de l'État d'Assam ces derniers jours, et voilà que deux autres États émettent une alerte de grippe aviaire. Cette analyse du Dr Henry Niman explique en quoi la situation diffère cette année de celle ayant eu lieu en janvier / février 2008 en Inde. Il pense que le fait que nous observions des foyers d'infection plus précoses en Inde pourrait influencer sur l'ampleur du ravage à venir et des foyers d'infection de ce virus dans cette région.

Voici ma traduction de ce billet du Dr Niman.

L'Inde émet des alertes de H5N1 au Tripura et au Mizoram
Traduction en français par Lyro, Zonegrippeaviaire
"India H5N1 Alerts in Tripura and Mizoram"
7 décembre 2008 à 15:20 | Par Dr Henry Niman | Recombinomics

Les États du nord-est du pays, de Tripura et Mizoram, ont émis dimanche une alerte de grippe aviaire après qu'ait eu lieu une propagation du virus dans l'État avoisinant d'Assam, ont déclaré des fonctionnaires.

Plus de 100,000 volailles ont été abattues à Assam au cours des 10 derniers jours, après l'avènement d'un foyer d'infection dans cet État.

Plus de 80 équipes d'intervention rapides (RRT) sont prêtes à agir en cas de foyer d'infection de grippe aviaire au Tripura", a indiqué Sisir Paul, député directeur du Département des ressources animales de l'État.


Les commentaires ci-dessus décrivent les alertes de H5N1 émises par deux États de l'est de l'Inde, qui sont considérablement situés plus au sud des foyers d'infection se déroulant à Assam (voir la mise à jour de la carte satellite). Le H5N1 de Assam devrait traverser Meghalaya et l'est du Bangladesh avant d'atteindre les deux états qui ont émis les alertes. Par conséquent, ces alertes pourraient refléter des déclarations antécédentes citant les oiseaux migrateurs comme étant la source des foyers d'infection d'Assam, étant donné que les oiseaux vont continuer à migrer au sud du delta de Ganga, au sud du Bengale occidental et au Bangladesh.

La saison dernière, à la fois le Bengale occidental et le Bangladesh ont rapporté des niveaux records de H5N1. Initialement, le Bengale occidental avait limité l'abattage à des régions où le H5N1 a été confirmé, mais des retards dans le reportage des cas a conduit à de l'abattage dans des régions avec des décès excessifs de volailles, ou dans des régions frontalières du Bengale occidental. Ainsi, quoiqu'il y ait eu des décès excessifs de volailles à Assam et Meghaalya la saison dernière, aucun cas confirmé n'a été rapporté.

Toutefois, au printemps, il y a eu des cas
confirmés à Tripura dans les régions frontalières avec le Bangladesh. Quoique le H5N1 ait été initialement nié, les décès de chiens et de chacals après la consommation d'oiseaux infectés ont signalé le déplacement du H5N1 au Tripura. Ce H5N1 a été confirmé par la suite.

Cette saison, le H5N1 a été confirmé au nord-ouest du Bangladesh, mais ces confirmations répétées pourraient signaler une distribution non rapportée beaucoup plus étendue du H5N1 chez les oiseaux sauvages de même que chez la volaille.

Les présents rapports déposés à l'OIE par Assam et le Bangladesh surviennent considérablement plus tôt que ceux survenus en janvier / février la saison dernière, ce qui pourrait signaler également un plus grand foyer d'infection cette saison, étant donné que le H5N1 est plus stable à des températures moins élevées et qu'il se propage plus facilement.

Certaine des séquences provenant d'isolats de volailles du foyer d'infection de la saison dernière au Bengale occidental ont été déposées à Genbank et sont protégées par mot de passe. Des reportages de médias de la saison dernière ont indiqué que le H5N1 au Bengale occidental et au Bangladesh étaient de la souche de Qinghai et étroitement liées entre elles.

La publication [ses séquences] du H5N1 de la saison dernière, de même que celles des récents foyers d'infection survenus à Assam et au Bangladesh, serait utile.

Source:
www.recombinomics.com

18 novembre 2008

Nabarro: Le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire

Paru le lundi, 17 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


David Nabarro. Photo source

Lors d’une conférence prononcée le 13 novembre dernier par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe, au Centre for Strategic and International Studies, il a été question d’une foule d’éléments et stratégies de développement des préparatifs pandémiques, qui permettraient d'arriver à combler l'écart de 60% de l'objectif général de l'état de préparation mondial en vue d'une pandémie.

Ces deux dernières années, le nombre de pays ayant déclaré des foyers d’infection d’influenza aviaire s’est considérablement réduit. Cela pourrait être attribuable à de plus amples préparatifs en vue d’une pandémie, à un système de surveillance plus développé, ou encore à une quelconque transformation du virus qui pourrait être en train de couver. Car avec l’influenza, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre...

Toutefois, la présente situation, avec le H5N1 passablement bien contrôlé dans la majorité des pays, à l’exception des endroits où il a été déclaré endémique, permet de resserrer l’approche de contrôle du virus et de concentrer les efforts et interventions aux emplacements où le contrôle s’est avéré plus difficile jusqu'à ce jour.

Là où la maladie est endémique, appliquer la traditionnelle stratégie d’abattage et de compensation des fermiers dont les élevages sont touchés par le virus, n’est de toute évidence plus suffisante pour contrôler l’influenza aviaire. Par ailleurs, cette stratégie prive des millions de gens, qui vivent souvent avec des ressources extrêmement limitées, d’avoir accès à une source de protéines et d’être privés de revenus. Il s’avère que cette approche ne peut être soutenue dans les pays avec H5N1 endémique, étant donné que les gouvernements et les citoyens pourraient ne pas être en mesure de l’endosser pour des raisons évidentes et fondamentales de lutte pour la survie.

Il semble donc se développer un consensus pointant vers une approche progressive s'appuyant sur l’économie de la maladie. Il n’y a pas eu à ce jour d’incitatifs économiques majeurs pour les pays aux marchés d’exportation avicole peu développé, qui auraient pu les pousser à maintenir un environnement dépourvu de la grippe aviaire.

Cette nouvelle approche des préparatifs pandémiques ne consisterait donc désormais plus à simplement détruire les élevages infectés (ou potentiellement infectés) par la grippe aviaire, mais à protéger l’investissement (dans le secteur avicole).

Nous pouvons donc assister à un changement de mentalité: une différente logique semble se profiler à l’horizon.


Toutefois, David Nabarro a indiqué qu’une problématique majeure devait être d’abord solutionnée avant de pouvoir régler celle du H5N1 endémique: il s'agit du mauvais fonctionnement du système alimentaire. «Il y a des éléments de notre système alimentaire qui ne fonctionnent pas, en particulier pour les populations sous le choc de catastrophes naturelles ou autres».


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Il a rappelé que l’impact de l’augmentation des prix du riz, du blé et du maïs a été dévastateur pour les gens les plus démunis de la planète. Ces personnes ont soudainement dû faire face à une facture beaucoup plus lourde des denrées alimentaires, alors qu’elles dépensaient déjà 60% de leurs revenus pour se nourrir. Cela a créé une situation désespérée, conduisant dernièrement au constat qu'il y a désormais un milliard de personnes sous le seuil de pauvreté dans le monde.

«Afin d’arriver à mieux soutenir les fermiers de petites entreprises avicoles à combattre le virus de l’influenza aviaire, nous devons d’abord adopter une approche élargie de la nutrition, l’alimentation et l’agriculture dans le monde», a-t-il déclaré.

«Nous demeurons extrêmement préoccupés qu’une crise économique puisse avoir un impact dévastateur sur la crise alimentaire mondiale», a conclu David Nabarro.

Survol et analyse des possibles, en vue de la «rentrée» de l’influenza aviaire

Paru le lundi, 8 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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La rentrée scolaire a eu lieu au début du mois. J’ai remarqué que plusieurs feuilles d’arbres commencent à rougir. Le changement de saison s’en vient. L’arrivée de l’automne signifie habituellement une augmentation des cas de grippe aviaire un peu partout dans les zones à risque.

Alors que les cycles de l’influenza poursuivent leur inexorable danse, et que les scientifiques analysent les données séquentielles, les choses évoluent lentement dans l’état mondial des préparatifs pandémiques.

Le changement le plus saisissant survenu cette année a été un glissement graduel vers une absence de nouvelles, conduisant à un black-out d’information. En apparence, nous avons l’impression qu’il ne se passe rien, puisque nous n’entendons pas parler de grand-chose, mais les plus avisés savent que cela pourrait être trompeur…

Depuis décembre 2007, nous avons pu assister à une escalade d’événements qui ont conduit à un black-out de nouvelles. Un groupe de cas humains de grippe aviaire survenus au Pakistan, a été rendu public plusieurs semaines après qu’il soit survenu. Ce fut le fouillis dans la gestion des échantillons, ce qui a eu pour heureuse conclusion d’éviter de conclure à une transmission interhumaine. Des préoccupations ont alors été soulevées sur l’efficacité du système de surveillance mondial des épidémies.

Un autre changement notable survenu cette année, a été la force et la vivacité des foyers d’infection. Des pays, qui jusqu’alors avaient réussi à contenir les foyers d’infection de grippe aviaire, ont dû combattre de façon beaucoup plus féroce le virus, qui a frappé même lorsque la température s’est avérée plus clémente. Des oiseaux jusqu’alors asymptomatiques, comme les canards, ont succombé en masse au virus de la grippe aviaire, notamment au Vietnam.

Une flambée importante de grippe aviaire a eu lieu au Bangladesh et en Inde. Des centaines de gens ont consommé des oiseaux tombés raides morts, probablement en raison du H5N1, mais les autorités ont affirmé qu’aucun cas humain de grippe aviaire n’était survenu sur leur territoire. Quelques mois plus tard, des analyses de routine ont révélé un échantillon humain positif au H5N1. Un cas d’infection au Bangladesh a alors été annoncé (il s’agissait d’un enfant). D’autres préoccupations concernant l’efficacité du système de surveillance des épidémies ont alors été soulevées.

La Corée du Sud a elle aussi combattu une vive flambée de grippe aviaire. Un soldat infecté au H5 (confirmé en laboratoire) s’est avéré ne plus être infecté par la suite. Un fouillis semblable à celui survenu au Pakistan est survenu, laissant planer encore plus de préoccupations à propos de la fiabilité des déclarations officielles et du système de surveillance des épidémies.

Le clou de l’année a été la sortie flamboyante de la ministre indonésienne de la santé, Siti Fadilah Supari. Elle nous en a fait entendre de toutes les couleurs, et nous n’en avons pas encore fini avec son histoire hautement controversée de partage des souches.

Au fil des mois, l’impasse diplomatique entre l’Indonésie et le monde entier s’est aggravée, et malgré une visite à Jakarta du ministre américain de la santé, Mike Leavitt, et même du président de Microsoft, Bill Gates, les pourparlers concernant le partage des souches de virus sont demeurés au beau fixe. À l’approche de la prochaine réunion de l’Organisation mondiale de la santé à ce sujet, prévue à Genève en novembre prochain, les mêmes histoires publiées depuis novembre dernier nous sont revenues dernièrement. Mais aucun nouvel élément n’a encore été rapporté par les médias. L’Indonésie a annoncé il y a quelques mois sa nouvelle politique de black-out d’information et a cessé de rapporter les cas humains de grippe aviaire, alors que cela fait deux ans que les infections qui se produisent chez les oiseaux ne sont pas non plus rapportées à l’OIE. On ne comprend pas trop où se situe l’OMS dans tout cela et c'est le silence «de mort» du côté des bulletins de mise à jour de la situation indonésienne. Il y a quelques semaines, une équipe de l’OMS a été déployée sur le terrain en Indonésie, et l’on soupçonne que la grippe aviaire soit mal diagnostiquée comme étant de la fièvre dengue. Il est difficile de savoir ce qui se passe réellement.

Les pays développés (sauf le Canada, bien entendu…) ont démontré une activité accrue dans leur planification. Le Royaume-Uni a commencé par déclarer que l’armée ne pourrait venir en aide à l’infrastructure civile en temps de pandémie. Ensuite, les Britanniques ont révélé qu’une pandémie constituait la menace Numéro 1 de leur nation. Un représentant de l’Union européenne a effectué ensuite une déclaration semblable. Cette semaine, 27 ministres de la santé de l’Union européenne se sont réunis à Angers en France, avec la grippe aviaire à l’ordre du jour de leur rencontre. Un des objectifs visés est de niveler les préparatifs pandémiques des pays de l’UE, une sage stratégie: les pays de l’UE ont compris qu’ils seront aussi forts que leur maillon le plus faible en temps de pandémie. La proximité des pays situés sur le continent européen force les États membres de l’UE à resserrer leur collaboration, s’ils souhaitent s’en tirer avec le moins de dommages possibles. Le ministre américain de la santé, Mike Leavitt, a même été invité à cette rencontre des 27 (je suppose pour parler de stratégie mondiale et faire le point sur la situation de la menace pandémique).

Le Japon, lui aussi, s’est démarqué ces derniers temps, par la multitude d’annonces publiées à propos de ses préparatifs de pandémie. Une annonce n’attend pas l’autre… Les Japonais ont décidé d’inoculer une partie de leur population avec un vaccin pré-pandémique. Les premiers répondants ont été ciblés en premier. La réserve de Tamiflu a été doublée. Un don de 500,000 doses de Tamiflu a été effectué aux pays de l’Asie de l’Est. 40,000 vêtements de protection ont été achetés par le gouvernement du Japon, de même que des lits spéciaux ressemblant à des incubateurs pour traiter les enfants atteints de la grippe aviaire. 3,600 respirateurs ont été commandés. Le Japon a également planifié une simulation de pandémie avec la Chine et la Corée du Sud, qui devrait avoir lieu cet automne.

Pour le moment, nous ne concevons pas encore la magnitude des changements résultant de la situation mondiale. Nous pouvons réaliser que nous devrions être en train de faire quelque chose de différent pour composer avec l’évolution de la situation, mais nous ne savons pas encore quoi exactement! Nous pouvons nous appuyer sur des forces de la sphère du Flublogia pour poursuivre notre analyse, au fur et à mesure que des événements se produiront au cours de la prochaine saison:
- La collaboration de masse accélère notre compréhension de la situation mondiale;

- Les échanges et les conversations génèrent de la créativité et de l’innovation, ce qui fait émerger un système underground de surveillance mondial des épidémies;

- Les applications Web 2.0, tels les blogues et médias sociaux, permettent de catalyser l'interaction humaine;

- L'interaction humaine accélère l’apprentissage, la connaissance et la distribution de l’information;

- L'impact des efforts déployés aujourd'hui n’est qu’une onde à comparer aux masses de changements qui se pointent à l'horizon;

- Les conclusions d’aujourd’hui ne constituent pas pour autant les réponses de demain, et les États du monde font ainsi face au défi considérable d’un constant réajustement de leurs mesures.
Alors que la sphère du Flublogia poursuit l’exploration de ses possibilités, les leaders scientifiques et politiques mondiaux semblent entrer dans une période où les risques sont ré-évalués et les enjeux se font moins précis, cachés sous une épaisse couverture de silence et de mystère.

C’est dans ce contexte que nous verrons s’il émergera ou non un nouveau système de surveillance des épidémies et comment les États du monde arriveront à assurer un certain mécanisme d’alerte précoce du déclenchement d’une pandémie.

Pour le moment, il n’est question que de possibilités d'un nouveau système. À la vitesse où évoluent les choses, rien n’indique que la rencontre de novembre sur le partage des souches donnera naissance à un tel nouveau système.

C’est pourquoi l’armée de citoyens qui composent la sphère du Flublogia déploie jour après jour des montagnes d’ingéniosité pour que puissent émerger des possibilités, en l’absence d’une certitude que le système officiel accomplira sa tâche.

Des gens, comme par exemple Laurence Brillant, de Google.org, réfléchissent à de nouvelles possibilités et élaborent des projets. D’autres, travaillent dans l’ombre à l’amélioration des possibles en construisant sur les anciennes bases, que ce soit probablement dans les corps diplomatiques, au siège de l’OMS à Genève, de même dans les cabinets ministériels de tout État qui se respecte.

Dieu seul sait ce que l’automne nous réservera comme surprises! Ce sera une saison haute en couleurs, pleine de sous-entendus, où il faudra redoubler d’ardeur pour arriver à déterrer les informations et tenter d’y voir clair.
 
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