Blogue de Lyne Robichaud

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19 juin 2011

Vers un «printemps arabe» québécois?

La bulle québécoise est moins immuable que l'on pourrait penser. L'immobilisme cédera-t-il le pas au changement?

Il y a quelque temps, j'ai traduit un article de Deepak Chopra à propos du «printemps américain».

Voilà que l'on parle aussi de printemps québécois... Le temps serait approprié pour implanter un gouvernement ouvert (avant que tout n'explose).

Je porte cet article de Pierre Dubuc, L’Aut’Journal, jeudi 16 juin 2011, à votre attention: «Vers un «printemps arabe» québécois?»

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VERS UN «PRINTEMPS ARABE» QUÉBÉCOIS?


À chaque période de son histoire, le Québec a subi l’influence des grands mouvements sociaux et politiques de l’époque. La Rébellion des Patriotes s’inscrivait dans la mouvance des révolutions démocratiques du XIXe siècle et la Révolution tranquille était le rejeton québécois du vaste mouvement de décolonisation de l’après-guerre.

Vue dans cette perspective internationale, la crise qui secoue le Parti Québécois est peut-être annonciatrice d’un remue-ménage plus vaste. Chose certaine, par son caractère, elle dépasse la simple lutte de clans. La critique par les démissionnaires d’un modèle de représentation politique avec sa ligne de parti et sa structure hiérarchique fait écho, bien qu’encore timidement, à ce qu’on a appelé les révolutions arabes et aux mouvements de contestation qui secouent la Grèce, l’Espagne et d’autres pays européens.

(Lire la suite de l'article)

18 novembre 2008

Nabarro: Le contrôle du H5N1 endémique nécessite d’adopter une approche élargie du système alimentaire

Paru le lundi, 17 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


David Nabarro. Photo source

Lors d’une conférence prononcée le 13 novembre dernier par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe, au Centre for Strategic and International Studies, il a été question d’une foule d’éléments et stratégies de développement des préparatifs pandémiques, qui permettraient d'arriver à combler l'écart de 60% de l'objectif général de l'état de préparation mondial en vue d'une pandémie.

Ces deux dernières années, le nombre de pays ayant déclaré des foyers d’infection d’influenza aviaire s’est considérablement réduit. Cela pourrait être attribuable à de plus amples préparatifs en vue d’une pandémie, à un système de surveillance plus développé, ou encore à une quelconque transformation du virus qui pourrait être en train de couver. Car avec l’influenza, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre...

Toutefois, la présente situation, avec le H5N1 passablement bien contrôlé dans la majorité des pays, à l’exception des endroits où il a été déclaré endémique, permet de resserrer l’approche de contrôle du virus et de concentrer les efforts et interventions aux emplacements où le contrôle s’est avéré plus difficile jusqu'à ce jour.

Là où la maladie est endémique, appliquer la traditionnelle stratégie d’abattage et de compensation des fermiers dont les élevages sont touchés par le virus, n’est de toute évidence plus suffisante pour contrôler l’influenza aviaire. Par ailleurs, cette stratégie prive des millions de gens, qui vivent souvent avec des ressources extrêmement limitées, d’avoir accès à une source de protéines et d’être privés de revenus. Il s’avère que cette approche ne peut être soutenue dans les pays avec H5N1 endémique, étant donné que les gouvernements et les citoyens pourraient ne pas être en mesure de l’endosser pour des raisons évidentes et fondamentales de lutte pour la survie.

Il semble donc se développer un consensus pointant vers une approche progressive s'appuyant sur l’économie de la maladie. Il n’y a pas eu à ce jour d’incitatifs économiques majeurs pour les pays aux marchés d’exportation avicole peu développé, qui auraient pu les pousser à maintenir un environnement dépourvu de la grippe aviaire.

Cette nouvelle approche des préparatifs pandémiques ne consisterait donc désormais plus à simplement détruire les élevages infectés (ou potentiellement infectés) par la grippe aviaire, mais à protéger l’investissement (dans le secteur avicole).

Nous pouvons donc assister à un changement de mentalité: une différente logique semble se profiler à l’horizon.


Toutefois, David Nabarro a indiqué qu’une problématique majeure devait être d’abord solutionnée avant de pouvoir régler celle du H5N1 endémique: il s'agit du mauvais fonctionnement du système alimentaire. «Il y a des éléments de notre système alimentaire qui ne fonctionnent pas, en particulier pour les populations sous le choc de catastrophes naturelles ou autres».


Photo source

Il a rappelé que l’impact de l’augmentation des prix du riz, du blé et du maïs a été dévastateur pour les gens les plus démunis de la planète. Ces personnes ont soudainement dû faire face à une facture beaucoup plus lourde des denrées alimentaires, alors qu’elles dépensaient déjà 60% de leurs revenus pour se nourrir. Cela a créé une situation désespérée, conduisant dernièrement au constat qu'il y a désormais un milliard de personnes sous le seuil de pauvreté dans le monde.

«Afin d’arriver à mieux soutenir les fermiers de petites entreprises avicoles à combattre le virus de l’influenza aviaire, nous devons d’abord adopter une approche élargie de la nutrition, l’alimentation et l’agriculture dans le monde», a-t-il déclaré.

«Nous demeurons extrêmement préoccupés qu’une crise économique puisse avoir un impact dévastateur sur la crise alimentaire mondiale», a conclu David Nabarro.

Listériose: Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»?

Paru le mercredi, 10 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviare.com


Mark Andersen, Rubberball Productions, #73329558. Libre de droits

Un microbiologiste québécois, Jacques Goulet (également professeur à l’Université Laval) est d'avis que nous sommes loin d'en avoir terminé avec la listériose au Québec, même après le grand ménage apparemment effectué dernièrement chez les fromagers par le gouvernement du Québec, qui y serait allé un peu trop fort, de l'avis des commerçants de fromage qui ont subi des pertes. «Il est donc loin d’être acquis que les endroits visités par les inspecteurs du MAPAQ cette fin de semaine sont désormais sans faille. Pas plus que les milliers d’autres laissés pour compte d’ailleurs», a averti Jacques Goulet.


Jacques Goulet. Photo source

On peut comprendre pourquoi ceux qui gagnent leur vie dans la production de fromage puissent être indignés par des mesures un peu drastiques mises rapidement en place par les autorités gouvernementales pour contrôler une éclosion de bactérie pouvant s’avérer mortelle pour les humains.

Ce que je ne comprends pas trop, cependant, c'est l'étrange déclaration d'un membre du Parti Québécois, qui a accusé le gouvernement du Québec de «créer une crise de confiance».



Maxime Arseneau. Photo source

J’avoue que je suis pratiquement tombée en bas de ma chaise lorsque j'ai lu l’article du Matin, rapportant une déclaration de Maxime Arseneau, porte-parole péquiste en matière d'agriculture, de pêcherie et d'alimentation. Le quotidien indique qu’il a qualifié de «geste intempestif» l'opération du MAPAQ.

Je trouve très déplacé que ce monsieur appuie les revendications des producteurs et marchands de fromage, au détriment des intérêts de la population québécoise, qui court ENCORE de probables risques d'être infectée.

J'ai l'impression que les propos de Maxime Arseneau sont en contradiction avec ceux de Bernard Drainville, chargé de critiquer la santé au même parti. Les deux députés se sont-ils consultés avant que soit faite cette déclaration?


Bernard Dranville. Photo source

Bernard Dranville a déclaré le 29 août dernier: «Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne.» Le 3 septembre, Bernard Drainville a demandé au ministre Yves Bolduc de revoir tout le processus en cas de rappel de produits contaminés.

Cela ne me plait guère de voir un parti d'opposition prendre la défense des fromagers (surtout après avoir dit que le gouvernement n’était pas assez rassurant pour la population, ni sûr de lui), alors que nous n'avons encore aucune idée de l'ampleur que pourrait prendre la crise de listériose au Québec, étant donné qu'il a été répété à maintes reprises que des symptômes occasionnés par une infection de listériose peuvent survenir jusqu'à 70 jours après consommation d'un aliment contaminé.

Je suis très déçue de lire cette déclaration du député Arseneau, et inquiète pour le sort des gens. Je trouve qu'il est encore beaucoup trop tôt, dans la présente crise, pour se porter au secours des commerçants, alors que l'épée de Damoclès pend encore dangereusement au-dessus de la tête de la population québécoise.

C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de projeter cette situation dans une hypothétique crise de grippe aviaire. De toute façon, ceux qui me connaissent suffisamment savent que c’est ce que je fais toujours…


Imaginons par exemple qu'un important foyer d'infection de grippe aviaire se déclare dans une ferme d'élevage du Québec. 30,000 poulets tombent raides mort en l'espace de quelques heures. Les autorités québécoises se mettent alors à abattre les 100,000 poulets qui restent de cet élevage et désinfectent les installations. Les autorités abattent aussi tout ce qui a des ailes et court sur 2 pattes dans un rayon de plusieurs kilomètres de la ferme touchée par le virus de la grippe aviaire.

Ensuite, le foyer d'infection de H5N1 se répand malheureusement à une autre ferme. Autre abattage massif. Puis à une autre ferme. Autre abattage massif. Et ainsi de suite… Les autorités gouvernementales sont obligées d'abattre des millions de poulets en l’espace de quelques semaines, comme cela s’est fait dans plusieurs pays d’Asie, notamment en Corée du Sud dernièrement, qui a dû combattre beaucoup plus férocement qu’à l’habitude un virus démontrant de nouveaux comportements et se propageant à la vitesse de l’éclair.

Ensuite, que pensez-vous que feront les éleveurs de poulets québécois? Ils seront insultés! Ils vont protester, parce qu’ils prendront des centaines de milliers de dollars, voire des millions de dollars en un très court espace de temps. Les éleveurs de volailles devront probablement congédier des employés. Les consommateurs québécois seront frileux à propos de la volaille et ils auront très peur de contracter la grippe aviaire. Les gens vont cesser d’acheter du poulet, et ils se rabattront sur les poissons et les viandes de bétail.

Un scénario de ce genre, nous en avons vu se dérouler des centaines sous nos yeux au cours des dernières années, dans le cas de la grippe aviaire.


Nous plaira-t-il d’entendre les porte-paroles de l’opposition plaider en faveur des commerçant touchés par le virus de la grippe aviaire, alors que nous risquerons d’être contaminés par ce dangereux virus mortel? Trouverons-nous, dans des circonstances de flambée de grippe aviaire, qu’il est de mise de critiquer un gouvernement qui applique des normes de surveillance des épidémies et de l’accuser de «créer une crise de confiance»?

Si ces comportements ne sont pas souhaitables dans une situation de grippe aviaire (et j’espère que nous ne les verrons jamais se réaliser ici, au Québec), je suis atterrée de constater que de telles déclarations ont eu lieu dans un contexte d’éclosion de listériose.

Une critique plus appropriée aurait été de réclamer des compensations financières pour les pertes provoquées par l'éclosion de listériose. Les pays touchés par la grippe aviaire ont mis sur pied des programmes de compensation pour aider l'industrie alimentaire à se remettre des conséquences des flambées du virus.

Je suis très préoccupée par ce qui pourrait arriver, si jamais nous devions combattre, ici au Québec, d’importants foyers d’infection de grippe aviaire chez la volaille et chez les humains.

D’un côté, nous avons un gouvernement qui agit lorsque survient une situation d’urgence de santé publique, mais qui gagnerait à être davantage transparent dans ses communications avec la population et beaucoup plus concis dans sa présentation des faits réels. D’un autre côté, nous avons une opposition qui manque de cohérence dans ses interventions. Alors que certains porte-paroles font des efforts pour défendre les intérêts de la population, d’autres démolissent ce qui aurait pu être dit, en se portant à la défense des marchands éplorés. Dans ce cas, j’ai bien peur qu’il ne reste plus personne pour défendre l'intégrité et la fiabilité du système de santé publique au Québec.

Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»? Quand à savoir qui la provoque au juste, et en qui nous devrions avoir confiance, je vous laisse méditer là-dessus…

Listériose au Québec: le nouveau ministre de la Santé s’offre en spectacle

Paru le vendredi, 29 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Yves Bolduc. Source

Nous en avons vu de toutes les couleurs au Québec, au cours de la journée du 28 août 2008, dans un match verbal à propos des victimes de la listériose, opposant le ministre de la Santé Yves Bolduc au chef de l’opposition officielle Mario Dumont. Plus la journée avançait, et plus le nouveau ministre de la Santé (pas encore élu d’ailleurs) s’offrait en spectacle et avait l’air de se comporter comme un petit garçon gâté qui piquait une crise de nerfs, parce qu’il ne réussissait pas à nous convaincre qu’il avait raison.

Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant de l’histoire, voici un rappel des événements:
> Mercredi matin (27 août), deux hauts responsables du gouvernement ont fait le point sur la situation de la listériose lors d’une conférence de presse diffusée sur les ondes de Radio-Canada International.
Le message officiel se voulait rassurant et avait pour but de démontrer que tout était mis en place par le gouvernement du Québec afin d’assurer un approvisionnement dans la chaîne alimentaire, et de protéger la santé publique par des inspections, vérifications et enquête épidémiologiques effectuées par une armée composée de 264 inspecteurs québécois. [Voir mon billet à ce propos.]
> Jeudi matin (28 août), les médias locaux ont rapporté que les membres d’une famille québécoise d’une victime de la listériose ont révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification.

> Le ministre de la Santé Yves Bolduc a ensuite nié les propos des membres de cette famille. Il a déclaré que «toutes les personnes qui ont été en contact avec l'aliment contaminé sont rejointes».

> Le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont a déclaré par la suite: «Le ministre de la Santé Yves Bolduc doit des explications à la population sur le processus de surveillance des cas de listériose qui surviennent au Québec

> En fin de journée (28 août), le ministre de la Santé a soutenu «qu'aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».
La Presse canadienne a rapporté en fin de journée du 28 août:
«Le ministre de la Santé Yves Bolduc ordonne à la Protection de la santé publique de resserrer son processus de vérification lorsque surviennent des cas de listériose au Québec. Dorénavant, les autorités de santé publique devront contacter elles-mêmes les proches des personnes touchées par la maladie.

Le ministre Bolduc a été forcé de faire le point jeudi après que les membres de la famille de Raymond-Marie Morin, décédé à Longueuil, aient révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification pourtant prévues par le protocole.

[…] le ministre, irrité par les critiques de l'opposition adéquiste…

... [le ministre] soutenant d'autre part que l'Action démocratique cherche à faire une récupération politique de cette affaire.»
On dirait que le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux éprouve de sérieuses difficultés à admettre que son système et ses soldats puissent commettre des erreurs de temps à autre. Ce qui est tout à fait normal. C’est pourquoi lors d’une situation de santé publique, il y a ce qu’on appelle les communications de crise. Le nouveau ministre, au lieu de gérer les communications de crise, génère d’autres crises à chaque fois qu’il ouvre la bouche…

Pourquoi ne s’est-il pas tout simplement contenté d’annoncer qu’il ordonnait à la santé publique d'aller plus loin? C’était un beau message simple à se rappeler, qui sonne bien, et qui aurait peut-être pu réussir à faire oublier la gaffe du début de la journée. Cela aurait démontré, à mon avis, qu’il s’inquiétait réellement du sort des victimes de la listériose. À la place de cela, sa démonstration d’irritation, et son incapacité à admettre la possibilité que des erreurs aient eu lieu, ou que des éléments gagneraient à être améliorés, étaient de trop.

Mais la goutte qui a fait déborder le vase, à mon avis, a été la déclaration du ministre que l’Action démocratique du Québec «cherchait à faire une récupération politique de cette affaire». Voyons donc! Qui voudrait récupérer du capital politique d’une situation où des gens meurent d’empoisonnement alimentaire? Là, je trouve que le ministre tape un peu trop fort avec son marteau, et que l’habituel blâme du comportement de l’autre ne passe tout simplement pas dans la présente situation. Qu’il garde son rejet des responsabilités sur l’autre camp pour une autre fois, parce qu’en pleine crise de santé publique, il me semble que ce genre d’enfantillages n’a guère sa place.

Le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc devrait réaliser que lorsqu’il raconte des bêtises, l’opposition ne pourra pas toujours applaudir ses propos et lui accorder son soutien. C’est ainsi que les choses fonctionnent dans un système de démocratie dite «normale». Les gens du contre-pouvoir sont là pour agir un peu comme des chiens de garde, et il ne faudrait pas que le ministre s’attendre à ce qu’ils soient toujours de son avis.

Par exemple, la semaine dernière, même si le ministre de la Santé Yves Bolduc a raconté des sornettes à propos des sites d’injection supervisés, constituant un total revirement de situation par rapport à la position du Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique du Québec, il peut s’être trouvé très chanceux que l’opposition officielle l’appuie dans son délire, et que ses conseillers en communications le laissent déclarer n'importe quoi. J’ai écrit deux billets dernièrement: 1) à propos de la déclaration initiale de Tony Clement, ministre canadien de la santé, 2) qui a entraîné ensuite l’envolée lyrique du ministre québécois de la santé. [Voir: Candidature de M. Yves Pépin au Prix Supari d’excellence en santé, et À force de jongler avec son image publique et de cracher en l’air, cela pourrait-il éventuellement retomber sur le nez du nouveau ministre de la santé Yves Bolduc?]


Éric Caire. Photo source

Voici ce qu’a déclaré Éric Caire de l’Action démocratique du Québec à propos des sites d’injection supervisés:
«Le critique en matière de santé de l’ADQ était extrêmement satisfait. «Heureusement, le ministre a mis ses culottes et arrêté cette folie-là», dit Éric Caire, qui estime qu’un tel lieu contribuerait à la «banalisation» des drogues dures. Dans le même esprit, M. Caire remet en question le travail des 787 organismes communautaires qui distribuent, chaque année, près d’un million et demi de seringues propres. «Les organismes qui distribuent du matériel ne font pas toujours le suivi de leur clientèle. On ne peut pas dire à ces gens-là (les toxicomanes) moi, je vais t’aider à te détruire. J’ai un problème avec ça», dit-il.»
Je ne suis pas d’accord avec la déclaration de l’ADQ à propos des sites d’injection supervisés, car l’opposition officielle ne comprend pas que de tels lieux aident à contrôler les épidémies. Les positions du ministre canadien de la santé, du ministre québécois de la santé, et du critique de l’opposition officielle en matière de santé vont à l’encontre des directives de l’Organisation mondiale de la santé. Que nos trois moineaux chargés de la santé au pays n’aient pas encore compris cela me surprend énormément. L’ADQ est assez difficile à suivre, car une semaine, le parti se positionne contre des projets qui limitent les épidémies (le sida), et la semaine suivante, il réclame des explications au ministre de la Santé à propos du processus de surveillance d’un foyer d’éclosion (de listériose), et voudrait plus de contrôle des épidémies. J’avoue que cela manque un peu de constance et de logique.

Mais en ce qui concerne la listériose, je pense que l’ADQ a fait son travail d’opposition, en demandant des comptes au ministre, pour des déclarations qui n’aurait sans doute jamais dû avoir lieu, et à propos de possibles failles dans le système de surveillance des éclosions de listériose.

Comme l’a indiqué Mario Dumont, il s’agit d’une «situation très délicate», et on s’attendrait de la part du ministre de la Santé qu’il traite les gens comme des êtres humains. Yves Bolduc applique-t-il son approche Toyota à la crise de la listériose? Est-ce approprié, de la part d’un ministre, de nier les propos de parents d’une des premières victimes, à l’aube d’une crise de santé publique qui pourrait s’étirer encore quelque temps? Cela donne le ton pour les prochaines victimes: c’est-à-dire fermez votre trappe et ne vous plaignez pas, parce que le Ministre n’aime pas qu’on le contredise. Si vous osez parler, et que l’opposition ose lever la main pour poser des questions, alors attendez-vous à ce que le Ministre remette cela avec une jolie démonstration d’irritation.

Quel désolant cirque de relations publiques que tout cela!

Goûterons-nous aussi aux galettes de boue?

Goûterons-nous aussi aux galettes de boue, si l’impact d’une pandémie sur les chaînes d’approvisionnement n’est pas mieux compris?

Paru le lundi, 25 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


The Guardian. Photo source

J’ai déjà imaginé qu’il se pourrait que nous soyons forcés de manger beaucoup de galettes de farine pendant une pandémie, si jamais l’interruption des chaînes d’approvisionnement et des pénuries d’énergie faisaient en sorte que s’effondre notre système d’économie juste-à-temps. J’ai aussi tenté de comptabiliser mentalement à combien s’élève la réserve de farine (si elle existe) de l’armée du pays, et de quelle manière il faudrait s’y prendre pour la distribuer à la population, si jamais il ne restait plus rien sur les tablettes des magasins d’alimentation.

Mais mon imagination n’avait encore jamais considéré la possibilité des «gâteaux de boue». En fait, pour être franche avec vous, je ne pensais pas qu’il soit possible d’avaler de la boue! J’ai certainement dû y goûter quand j’étais petite. Quel enfant ne se met pas une poignée de sable dans la bouche un jour ou l’autre? Mais, comme tout le monde, je me suis vite rendu compte que la terre, le sable, et la boue, ça ne se mange pas. Donc dans mes scénarios de préparatifs de pandémie les plus graves, non, j’avoue que je n'ai encore jamais pensé à m’informer de la recette des galettes de boue, au cas où j’aurais à en préparer pour nourrir mes proches ainsi que moi-même, en désespoir de cause.

Je parie que vous non plus, n’avez pas encore pensé aux «gâteaux de boue», et ne les avez pas intégrés dans votre liste de préparatifs individuels.

Alors, quand je lis que la moitié des habitants d’Haïti sont réduits à devoir manger des galettes de boue comme étant le seul aliment qu’ils peuvent se payer, c’est plutôt difficile à imaginer. Pourtant, c’est bel et bien réel. Haïti, un pays de 8,5 millions d’habitants – une population presque identique à celle du Québec – n’arrive plus se nourrir. La moitié de ces gens meurent de faim. Cela équivaut à plus de 4 millions de personnes.
«Haïti - Les gâteaux de boue sont devenus le régime de base de nombreuses familles pour qui la nourriture, dont les prix montent en flèche, est hors de portée. Avec la pauvreté et les prix des produits d’importation qui explosent, la moitié de la population meurt de faim.

«Les gâteaux de boue stoppent la sensation de faim», indique Marie-Carmelle Baptiste, 35 ans, une productrice, en regardant son stock disposé en rangées. Elle n’a aucune illusion sur leurs attraits: « vous en mangez quand vous ne pouvez pas faire autrement».

Et ces temps-ci justement, beaucoup de gens ne peuvent pas faire autrement. La crise pétrolière et alimentaire mondiale a touché Haïti plus durement peut-être que les autres pays, poussant une population déjà engluée dans une extrême pauvreté, vers la famine et la révolte.»

L’Organisation de l’Alimentation et de l’Agriculture des Nations Unies (FAO) a prédit que la facture de la nourriture importée va grimper de 80% cette année pour Haïti, la plus rapide au monde. «La nourriture est disponible mais les gens ne peuvent pas se permettre de l’acheter. Si la situation empire, nous pourrions rentrer dans une période de famine dans les 6 à 12 mois», a déclaré Prospery Raymond, le directeur de l’association britannique Christian Aid, dans le pays. (The Guardian)

The Guardian. Photo source

La crise alimentaire mondiale frappe dur, et cela ne fait que commencer. Des tragédies comme celles d’Haïti, j’ai l’impression que nous n’avons pas fini d’en entendre parler.

Si et quand la prochaine pandémie d’influenza se déclenchera, alors la crise alimentaire pourrait se transformer en épouvantable fléau mondial. Et même les pays développés pourraient être gravement touchés. Les pays développés qui n’auront pas bien compris l’effet d’une pandémie sur les chaînes d’approvisionnement pourraient eux aussi se retrouver avec de graves problèmes de famine.

Malheureusement, les problèmes d’approvisionnement ne semblent pas être très bien saisis par plusieurs pays développés, y compris naturellement le Canada – puisque nous sommes les moins bien préparés à faire face à une pandémie.

Le dernier bulletin datant du 21 août dernier de Michael Osterholm, directeur du CIDRAP aux États-Unis, débute avec une citation de Henry Kissenger: «Il ne peut pas survenir de crise la semaine prochaine. Mon agenda est rempli.» [There can not be a crisis next week. My schedule is full.] Michael Osterholm analyse dans cette infolettre le Registre national des risques [National Security Strategy Report] du Royaume-Uni, et il s’étonne que les experts britanniques aient, en grande partie, passé à côté de l'impact réel de la prochaine pandémie et de sa probabilité. Le Royaume-Uni a pourtant compris et déclaré qu’une pandémie se situe désormais en première position des menaces de la nation. Michael Osterholm a indiqué:
«Le rapport a complètement manqué un point et a perdu la perspective sur les autres.

Le rapport n’offre pas une seule mention des chaînes d'approvisionnements perturbées par des interruptions graves de commerce international et de voyage, ou de main-d'oeuvre compromise dans d'autres pays qui fournissent les produits critiques et les services au Royaume-Uni.

Le manque de médicaments critiques de survie pour les situations de non influenza et la nourriture, l'eau, et les coupures potentielles d'électricité pourraient conduire à autant de décès que ceux causés par le virus de la grippe.

Les dommages collatéraux économiques et sur la santé qu'une pandémie pourrait provoquer quand le commerce et le transport sont compromis sont substantiels et ne peuvent pas être ignorés.»
Il n’y a pas qu’au Royaume-Uni que les dommages collatéraux d’une pandémie ne sont pas compris, ou ignorés.

Le Canada et le Québec ne brillent pas non plus d’une exceptionnelle compréhension de ces questions. Le document «Pandémie d’influenza, avancement des travaux» de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec est intéressant, car il est très récent (2-6 juin 2008) et il donne des pistes de démarches effectuées par le gouvernement. Nous qui sommes si peu habitués à être informés de ce que trame le gouvernement, sautons donc sur le peu d’informations comme s’il s’agissait d’une mine d’or…

À la page 10 du document de la FIQ, on peut lire que le gouvernement du Canada a constitué une «réserve de produits critiques pour subvenir aux besoins des provinces les plus touchées. Par ailleurs, le gouvernement du Québec constitue sa propre réserve et a mis sur pied le Comité de sécurité de l’entreposage et de la distribution des médicaments. Le MSSS a défini une stratégie d’approvisionnement des médicaments, des fournitures et des équipements requis lors d’une pandémie d’influenza. Cette stratégie prévoit des activités visant le maintien des activités du réseau.»

Les autorités du pays ont donc l’air d’avoir compris une partie du problème, et limitent leur compréhension uniquement au domaine de la santé. Où se situe la logique, dans cette stratégie limitée, d’appliquer la possibilité de pénuries d’approvisionnement uniquement aux hôpitaux et autres lieux de soins de santé? S’il doit y avoir des pénuries d’approvisionnement, pensez-vous que ce sera uniquement dans les hôpitaux? Le même phénomène sera probablement observé ailleurs, dans tous les autres secteurs de l’économie, y compris les épiceries.

Il y a donc quelque chose qui ne tourne définitivement pas rond dans la stratégie de planification des autorités canadiennes. Le gouvernement du Québec prévoit distribuer son Guide d’autosoins (en 5 millions d’exemplaires aux citoyens québécois) qu’au moment du déclenchement de la pandémie. Ce guide recommande de stocker pour l’équivalent de deux semaines de vivres et de biens essentiels.

Mais il sera déjà trop tard, à ce moment-là, pour que les citoyens québécois constituent leurs réserves. Des chercheurs de l’Université de Sydney ont analysé ce scénario de dernière minute – où des millions de personnes se rueraient en même temps sur les magasins d’alimentation. Ils ont conclu qu’en moins de 2 semaines (maximum 4 semaines), il ne resterait plus aucune denrée alimentaire disponible dans les épiceries. Le phénomène de pénurie s’accentuera si la majorité de la population n’a pas prévu d’effectuer ses préparatifs personnels.


Michael Osterholm. Photo source

Michael Osterholm martèle cela depuis des années: dès les premiers jours de la pandémie, nous allons manquer de tout. Y compris de la nourriture.
«Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie
Alors, où allons-nous trouver la nourriture, pendant la première vague d’une pandémie? La plupart des gens n’ont pas plus de 72 heures d’approvisionnement. C’est ce qui est présentement recommandé, c’est la norme canadienne. Où voulez-vous aller avec 3 jours de vivres, quand on sait qu’une vague de pandémie pourrait durer jusqu’à 3 mois, et qu’une pandémie elle-même pourrait durer jusqu’à 2 ans?

Les galettes de farine, c’est peut-être encore trop luxueux, comme repas de pandémie. Les galettes de boue, par contre, il se pourrait que plusieurs d’entre nous soient forcés d’en avaler plus souvent qu’envisagé.

Gardons donc la «Bouée de sauvetage en cas de pandémie» à portée de la main. Parlons-en à nos proches, même si ce n’est pas un sujet très réjouissant. Non, ce genre de bouée de sauvetage n’est pas très sexy dans une conversation, mais cela pourrait faire toute la différence lors de la prochaine pandémie. Et moins de galettes de boue en perspective…
 
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