Blogue de Lyne Robichaud

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18 novembre 2008

Listériose - Le ministre de l'Agriculture du Québec se sent pris entre l'arbre et l'écorce

Paru le vendredi, 19 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Laurent Lessard. Photo source

D'un côté, il voudrait bien soutenir son industrie, et aider les fromagers touchés par la crise de listériose.

Mais malheureusement, le ministre de l'Agriculture du Québec, Laurent Lessard, a été obligé d'agir avec fermeté pour protéger la santé des Québécois.

Pauvre gars... il doit vivre une situation de déchirement tellement difficile à traverser. Et il se positionne en plus dans une situation qui n'est pas populaire.

Cela doit être donc pas drôle pour lui...

Pourquoi le gouvernement du Québec n'a-t-il pas encore pris la décision de compenser les fromagers touchés par la listériose? On ne comprend pas trop où veut en venir le gouvernement du Québec, avec les informations contradictoires qui nous parvienne dans les médias. Une nouvelle de La Presse canadienne (reprise par Le Devoir) rapporte que le gouvernement a écarté la possibilité de dédommager les fromagers, alors que le ministre Lessard raconte exactement l'inverse, en déclarant que des mesures de soutien seraient présentement étudiées.


Photo source

Quand j'étais petite, quand je ne savais pas quoi faire lors d'une situation, j'avais pour habitude de cueillir une marguerite et d'enlever ses pétales un à un en disant: "Je le fais. Je ne le fais pas. Je le fais. Je ne le fais pas." Le dernier pétale restant décidait pour moi. Bien que l'automne approche, il reste encore pas mal de marguerites dans les champs. Peut-être que ce petit truc aiderait le ministre à se brancher...

Laurent Lessard va-t-il verser des compensations aux fromagers, OUI ou NON? That is the question! Et allez donc tenter de savoir ce qui se passe dans la tête de nos décideurs québécois, qui se demandent encore ce qui devrait avoir la priorité dans l'exercice de leur fonction: la vie des gens, ou bien faire rouler l'économie?

Humm, c'est donc difficile à choisir entre les deux, n'est-ce pas?


Listériose - Québec pourrait aider l'industrie du fromage
Vendredi, 19 septembre 2008 | La Presse canadienne, Le Devoir

Victoriaville -- Québec pourrait apporter de l'aide à l'industrie du fromage en colère, toujours aux prises avec les conséquences de la crise de la listériose.

Même s'il a écarté la possibilité de dédommager les fromagers qui ont dû détruire une partie de leur stock, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Laurent Lessard, soutient que des mesures de soutien sont à l'étude.

«On veut voir comment chaque entreprise a subi des inconvénients et voir ce que ça leur prend à court terme pour repartir, soit des liquidités ou des plans de promotion», a affirmé le ministre, à son entrée à la réunion des députés du Parti libéral du Québec, jeudi à Victoriaville.

Confronté à des critiques persistantes depuis l'opération de destruction de fromages potentiellement contaminés menée par le MAPAQ, M. Lessard a admis que la situation avait découragé certains acteurs de l'industrie.

«Est-ce que ça été une mesure populaire? Non. C'est l'exercice le plus difficile comme ministre de l'Alimentation que je peux vivre parce que, en même temps que je fais la promotion des produits, j'ai le fardeau de protéger la population.»

Le ministre a répété que le MAPAQ n'avait pas eu le choix d'agir de façon musclée pour s'assurer de retirer des tablettes tout fromage qui aurait pu faire l'objet d'une contamination croisée.

«Vous m'auriez tous taxé de ne pas l'avoir fait si quelqu'un avait été malade. Vous vous seriez jetés sur la personne malade pour lui dire que le ministère n'avait pas pris ses responsabilités», s'est défendu M. Lessard.

Il a indiqué qu'il avait l'intention d'inviter la population à reprendre ses habitudes de consommation de fromages du Québec.

«On espère que cet épisode-là est derrière nous et on regarde les solutions envisageables avec les producteurs, les détaillants et les petits comptoirs de spécialité», a-t-il lancé, après avoir signifié qu'aucun nouveau cas de listériose liée aux fromages n'avait été relevé depuis le 12 septembre.

Au total jusqu'ici, 28 Québécois ont été affectés par la maladie après avoir consommé des fromage et une personne en est décédée.

(Suite)

Source: www.ledevoir.com

Le gouvernement du Québec veut confier l'inspection alimentaire à l'industrie

D'ici quelques mois, le gouvernement du Québec veut confier l'inspection alimentaire à l'industrie, dans le domaine de la production de fromage

Paru le lundi, 15 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Photo source

Oh boy! On en apprend des bonnes dans cet article de Martin Croteau de la Presse! Premièrement, le prix du fromage pourrait augmenter. Le prix du panier d'épicerie a augmenté considérablement ces derniers temps, et plusieurs Québécoises et Québécois n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Ces gens-là pourraient devoir se priver de fromage pour de bon, si les prix augmentent trop.

Deuxièmement, on apprend que le ministère de l'Agriculture a annoncé qu'il paierait le dépistage (des infections) pendant quelques mois dans les 43 fromageries qui utilisent du lait cru. Une excellente nouvelle.

La moins bonne nouvelle, c'est que le Ministère veut pousser l'industrie à mettre en place son propre système d'inspection. Le journaliste de La Presse indique que cette mesure inquiète les petits fromagers. Et j'avoue que cette mesure m'inquiète au plus haut point!

Les autorités québécoises de la santé n'ont-elles rien appris de l'exemple canadien? Le gouvernement fédéral a confié la surveillance des aliments à l'industrie il y a quelques mois? Voyez dans quels mauvais draps nous nous trouvons aujourd'hui avec la crise de listériose! Comprenez-vous quelque chose à tout cela! Pas moi, en tout cas...Hausse du prix du fromage en vue?
Lundi 15 septembre 2008 | Par Martin Croteau | La Presse

Les fromages artisanaux pourraient bientôt coûter plus cher, conséquence de la récente éclosion de listériose. La décision du ministère de l'Agriculture d'augmenter le nombre de tests de dépistage de bactéries pathogènes dans les fromageries pourrait forcer les petits producteurs à augmenter leurs prix.

Jusqu'ici, les fromageries n'avaient pas l'obligation de tester leurs produits de façon régulière. Et le MAPAQ ne menait que des examens occasionnels. Or, mercredi dernier, le Ministère a annoncé qu'il paierait le dépistage pendant quelques mois dans les 43 fromageries qui utilisent du lait cru. Par la suite, l'industrie devra mettre en place son propre système d'inspection, une mesure qui inquiète les petits fromagers.

Propriétaire de la fromagerie La Moutonnière, à Sainte-Hélène-de-Chester, non loin de Victoriaville, et présidente de la Société québécoise des fromages, Lucille Giroux fait valoir que ceux qui utilisent du lait cru sont souvent des producteurs artisanaux. Les nouveaux tests, qui coûtent en moyenne une cinquantaine de dollars chacun, parfois plus, pourraient coûter une fortune à ces petites entreprises.

«Quand une analyse peut coûter jusqu'à 100$ et que tu as une production de 15kg, ça fait beaucoup d'argent», a-t-elle expliqué.

Sa compagnie ne produit pour l'heure qu'un fromage au lait cru. «On n'en avait pas fabriqué beaucoup cette année à cause d'un déménagement, explique Mme Giroux. Mais maintenant, on est en train de se demander si on va le refaire.»

La Chèvrerie Fruit d'une passion, à Saint-Ludger, en Estrie, se spécialise dans les fromages de chèvre au lait cru. Son copropriétaire, Alain Larochelle, craint d'être pénalisé par les nouvelles mesures.

«Par fromage vendu, les tests représentent pour nous une bonne partie du coût de production, a-t-il dit. Les tests vont nous coûter beaucoup plus cher en pourcentage qu'aux grosses entreprises.»

On ignore pour le moment à quelle fréquence les producteurs seront tenus de procéder à des tests de dépistage. Le MAPAQ a refusé d'expliquer ses nouvelles exigences. Chose certaine, des inspecteurs gouvernementaux ont déjà commencé à appeler les producteurs pour connaître leurs volumes de production de lait cru.

«Chiche»
Le président du Conseil de l'industrie laitière, Pierre Nadeau, estime que les producteurs ont intérêt à augmenter la fréquence de leurs examens de dépistage. Il croit la mesure nécessaire pour rétablir la confiance des consommateurs, sérieusement éprouvée ces dernières semaines avec l'éclosion de listériose. Il affirme toutefois que Québec aurait dû se montrer plus généreux à l'endroit des producteurs artisanaux éprouvés par la crise.

«J'ai trouvé le MAPAQ chiche dans cette annonce, a-t-il tranché. Lorsqu'il y a une crisette en agriculture, il est prêt à débourser des millions. Mais s'il y a un problème avec les petits fromagers, il n'a pas d'argent à mettre sur la table.»

Le Conseil consultera ses membres dans les prochaines semaines afin d'établir un plan pour financer les nouveaux tests de dépistage. Le groupe envisage de créer un fonds commun qui permettra à tous les producteurs de se conformer aux exigences de Québec.

Source: www.cyberpresse.ca

Éric Régnier dans l'eau chaude

Il reçoit une mise en demeure de la fromagerie Perron

Paru le dimanche, 14 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Ca joue dur du côté des fromagers! Le Quotidien rapporte une histoire de mise en demeure (un litige survenu entre Sylvie Beaudoin, directrice générale de la
Fromagerie Perron, et Éric Régnier, propriétaire du commerce IGA de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, et également président régional par intérim de l’Association des détaillants en alimentation).


Éric Régnier
Photo Le Quotidien, Steeve Tremblay. Source

On ne comprend pas trop s'il s'agit d'une petite guéguerre entre commerçants locaux, qui auraient fort bien pu être des rivaux et des concurrents commerciaux dans la vraie vie, avant que ne survienne la crise de listériose. Je ne connais pas assez ce coin du Québec et l'industrie du fromage pour être en mesure de comprendre quelles sont les liens et relations professionnelles des commerces de cette région.

Pourquoi une fromagerie enverrait-elle une mise en demeure au président régional de l'organisme censé représenter les intérêts des commerçants de fromage? Un autre article du Quotidien rapporte pourtant que Éric Régnier estime que la crise de la listériose prend une ampleur démesurée. L'unité et l'harmonie n'ont pas l'air d'être au rendez-vous, dans ce coin-là de la province.


La Fromagerie Perron. Photo source

Avant que les choses n'aillent trop loin, et que des histoires pareilles se multiplient et ne viennent miner la crédibilité des autorités gouvernementales, qui interviennent dans le but de préserver la vie de gens et de contrôler un foyer d'éclosion difficile à identifier, je continue de penser qu'il serait urgent que le gouvernement du Québec mette sur pied un programme de compensations. Des programmes de cette nature ont été prévus par le gouvernement du Canada en cas de flambée de grippe aviaire. Une telle mesure permettrait de dédommager les commerçants des pertes encourrues au cours de la crise de listériose.

Un programme de compensation financière premettrait aux fromagers et commerçants de mieux encaisser les mesures de contrôle sanitaire. Les messages véhiculés par les médias comporteraient moins de reportages portant sur le lobby de fromagers irrités, et les citoyens pourraient se concentrer sur les messages officiels provenant des autorités gouvernementales.

Puisque les autorités sanitaires continuent d'affirmer qu'elles s'attendent à d'autres cas - donc que le danger de santé publique est peut-être encore présent - et que le bilan des cas continue d'augmenter, je pense qu'il serait important de garder le focus sur le gouvernement dans la presse en général, et limiter l'attention portée à des commerçants enragés. Une forme de compensation financière destinée aux fromagers touchés par la crise limiterait les dégâts à plusieurs niveaux.


LA FROMAGERIE PERRON DANS LA TOURMENTE - Pointée du doigt par le MAPAQ
Samedi 13 septembre 2008 | Par Marc St-Hilaire | Le Quotidien

SAINT-PRIME - La fromagerie Perron a été injustement mêlée à la crise de la Listériose, jeudi dernier, alors que les inspecteurs du MAPAQ sont débarqués en trombe à l’épicerie IGA Régnier de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix.

Véritable institution de l’industrie fromagère au Québec, la fromagerie Perron de Saint-Prime a clairement été pointée du doigt par les représentants ministériels lorsqu’ils ont fait irruption au commerce jeannois. Sur ordre de leur supérieur, ils devaient procéder à l’analyse complète du comptoir fromager du IGA Régnier parce qu’on y avait coupé une meule du produit suspect.

Les tests se sont finalement avérés négatifs.

Cette affaire confirme l’état de panique qui sévit présentement au ministère du député Laurent Lessard, jusqu’ici muet quant à la situation. Une véritable psychose alimentée quotidiennement par des événements du genre.

Et vraisemblablement, les cicatrices se multiplieront au sein du réseau de l’alimentation, celles-ci étant engendrées par les interventions improvisées des fonctionnaires, prédisent plusieurs observateurs.

Par exemple, la directrice générale de la fromagerie Perron, Sylvie Beaudoin, confirme avoir expédié hier matin une mise en demeure au propriétaire du commerce de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, Éric Régnier. Elle lui reproche d’avoir signalé que la fromagerie Perron était l’objet de l’intervention de jeudi dernier.

[La version complète du texte est disponible dans Le Quotidien.]

Source: www.cyberpresse.ca

Un marchand avec une conscience: il procède à un «retrait préventif»

Paru le samedi, 13 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

C'est rare qu'on entend cela: la Fromagerie du marché Atwater a procédé à un «retrait préventif» de ses fromages.

En ce qui concerne la grippe aviaire, la plupart des abattages préventifs que nous avons pu observer ont eu lieu dans des pays où les résultats des tests étaient lents à survenir aux oreilles des propriétaires, qui prenaient les grands moyens pour tenter de contrôler les infections au H5N1.

Le cas de la Fromagerie du marché Atwater est davantage un cas de conscience et de professionnalisme de la part du propriétaire du commerce. Il a indiqué qu'il ne voulait pas prendre de chance de contaminer sa clientèle. Le propriétaire a jugé qu'il vallait mieux endosser quelques pertes financières, plutôt que de risquer de perdre sa chemise, si jamais son entreprise devait être associée à un cas public de contamination. Une stratégie gagnante, à mon avis...


Gilles Jourdenais, propriétaire de La Fromagerie du Marché Atwater à Montréal.
M. Jourdenais propose 650 sortes de fromage dans sa boutique. Photo Flickr source


La Fromagerie du Marche Atwater. Photo Flickr source


Marché Atwater - Les grands moyens
13 septembre 2008 | Par Stéphane Tremblay | Canoë Infos

Un autre fromager prend les grands moyens pour éviter de mettre sa clientèle en danger. La Fromagerie du marché Atwater a procédé à un «retrait préventif» de ses fromages, hier.

«J'ai décidé de retirer mes fromages puisque le MAPAQ a utilisé de mes instruments pour faire des expertises et que le risque de contamination est bien réel. Je ne veux prendre de chance pour mes clients», a raconté le propriétaire de la fromagerie, Gilles Jourdenais.

Les comptoirs dégarnis devraient faire place à de nouvelles meules de fromage dès lundi, jour où cette fromagerie doit recevoir les résultats des analyses du MAPAQ.

Au Québec, plus de 300 commerces ont vidé récemment leurs tablettes des produits potentiellement contaminés par la Listeria.

Hier, le ministère de la Santé répertoriait 24 cas de listériose liés à la bactérie retrouvée dans des fromages québécois, dont un décès.

Source: www2.canoe.com

Listériose: Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»?

Paru le mercredi, 10 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviare.com


Mark Andersen, Rubberball Productions, #73329558. Libre de droits

Un microbiologiste québécois, Jacques Goulet (également professeur à l’Université Laval) est d'avis que nous sommes loin d'en avoir terminé avec la listériose au Québec, même après le grand ménage apparemment effectué dernièrement chez les fromagers par le gouvernement du Québec, qui y serait allé un peu trop fort, de l'avis des commerçants de fromage qui ont subi des pertes. «Il est donc loin d’être acquis que les endroits visités par les inspecteurs du MAPAQ cette fin de semaine sont désormais sans faille. Pas plus que les milliers d’autres laissés pour compte d’ailleurs», a averti Jacques Goulet.


Jacques Goulet. Photo source

On peut comprendre pourquoi ceux qui gagnent leur vie dans la production de fromage puissent être indignés par des mesures un peu drastiques mises rapidement en place par les autorités gouvernementales pour contrôler une éclosion de bactérie pouvant s’avérer mortelle pour les humains.

Ce que je ne comprends pas trop, cependant, c'est l'étrange déclaration d'un membre du Parti Québécois, qui a accusé le gouvernement du Québec de «créer une crise de confiance».



Maxime Arseneau. Photo source

J’avoue que je suis pratiquement tombée en bas de ma chaise lorsque j'ai lu l’article du Matin, rapportant une déclaration de Maxime Arseneau, porte-parole péquiste en matière d'agriculture, de pêcherie et d'alimentation. Le quotidien indique qu’il a qualifié de «geste intempestif» l'opération du MAPAQ.

Je trouve très déplacé que ce monsieur appuie les revendications des producteurs et marchands de fromage, au détriment des intérêts de la population québécoise, qui court ENCORE de probables risques d'être infectée.

J'ai l'impression que les propos de Maxime Arseneau sont en contradiction avec ceux de Bernard Drainville, chargé de critiquer la santé au même parti. Les deux députés se sont-ils consultés avant que soit faite cette déclaration?


Bernard Dranville. Photo source

Bernard Dranville a déclaré le 29 août dernier: «Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne.» Le 3 septembre, Bernard Drainville a demandé au ministre Yves Bolduc de revoir tout le processus en cas de rappel de produits contaminés.

Cela ne me plait guère de voir un parti d'opposition prendre la défense des fromagers (surtout après avoir dit que le gouvernement n’était pas assez rassurant pour la population, ni sûr de lui), alors que nous n'avons encore aucune idée de l'ampleur que pourrait prendre la crise de listériose au Québec, étant donné qu'il a été répété à maintes reprises que des symptômes occasionnés par une infection de listériose peuvent survenir jusqu'à 70 jours après consommation d'un aliment contaminé.

Je suis très déçue de lire cette déclaration du député Arseneau, et inquiète pour le sort des gens. Je trouve qu'il est encore beaucoup trop tôt, dans la présente crise, pour se porter au secours des commerçants, alors que l'épée de Damoclès pend encore dangereusement au-dessus de la tête de la population québécoise.

C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de projeter cette situation dans une hypothétique crise de grippe aviaire. De toute façon, ceux qui me connaissent suffisamment savent que c’est ce que je fais toujours…


Imaginons par exemple qu'un important foyer d'infection de grippe aviaire se déclare dans une ferme d'élevage du Québec. 30,000 poulets tombent raides mort en l'espace de quelques heures. Les autorités québécoises se mettent alors à abattre les 100,000 poulets qui restent de cet élevage et désinfectent les installations. Les autorités abattent aussi tout ce qui a des ailes et court sur 2 pattes dans un rayon de plusieurs kilomètres de la ferme touchée par le virus de la grippe aviaire.

Ensuite, le foyer d'infection de H5N1 se répand malheureusement à une autre ferme. Autre abattage massif. Puis à une autre ferme. Autre abattage massif. Et ainsi de suite… Les autorités gouvernementales sont obligées d'abattre des millions de poulets en l’espace de quelques semaines, comme cela s’est fait dans plusieurs pays d’Asie, notamment en Corée du Sud dernièrement, qui a dû combattre beaucoup plus férocement qu’à l’habitude un virus démontrant de nouveaux comportements et se propageant à la vitesse de l’éclair.

Ensuite, que pensez-vous que feront les éleveurs de poulets québécois? Ils seront insultés! Ils vont protester, parce qu’ils prendront des centaines de milliers de dollars, voire des millions de dollars en un très court espace de temps. Les éleveurs de volailles devront probablement congédier des employés. Les consommateurs québécois seront frileux à propos de la volaille et ils auront très peur de contracter la grippe aviaire. Les gens vont cesser d’acheter du poulet, et ils se rabattront sur les poissons et les viandes de bétail.

Un scénario de ce genre, nous en avons vu se dérouler des centaines sous nos yeux au cours des dernières années, dans le cas de la grippe aviaire.


Nous plaira-t-il d’entendre les porte-paroles de l’opposition plaider en faveur des commerçant touchés par le virus de la grippe aviaire, alors que nous risquerons d’être contaminés par ce dangereux virus mortel? Trouverons-nous, dans des circonstances de flambée de grippe aviaire, qu’il est de mise de critiquer un gouvernement qui applique des normes de surveillance des épidémies et de l’accuser de «créer une crise de confiance»?

Si ces comportements ne sont pas souhaitables dans une situation de grippe aviaire (et j’espère que nous ne les verrons jamais se réaliser ici, au Québec), je suis atterrée de constater que de telles déclarations ont eu lieu dans un contexte d’éclosion de listériose.

Une critique plus appropriée aurait été de réclamer des compensations financières pour les pertes provoquées par l'éclosion de listériose. Les pays touchés par la grippe aviaire ont mis sur pied des programmes de compensation pour aider l'industrie alimentaire à se remettre des conséquences des flambées du virus.

Je suis très préoccupée par ce qui pourrait arriver, si jamais nous devions combattre, ici au Québec, d’importants foyers d’infection de grippe aviaire chez la volaille et chez les humains.

D’un côté, nous avons un gouvernement qui agit lorsque survient une situation d’urgence de santé publique, mais qui gagnerait à être davantage transparent dans ses communications avec la population et beaucoup plus concis dans sa présentation des faits réels. D’un autre côté, nous avons une opposition qui manque de cohérence dans ses interventions. Alors que certains porte-paroles font des efforts pour défendre les intérêts de la population, d’autres démolissent ce qui aurait pu être dit, en se portant à la défense des marchands éplorés. Dans ce cas, j’ai bien peur qu’il ne reste plus personne pour défendre l'intégrité et la fiabilité du système de santé publique au Québec.

Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»? Quand à savoir qui la provoque au juste, et en qui nous devrions avoir confiance, je vous laisse méditer là-dessus…

Crise de listériose | «Calveat emptor»: débrouillez-vous pour savoir quoi acheter et quoi consommer

Crise de listériose | «Calveat emptor»: débrouillez-vous pour savoir quoi acheter et quoi consommer. Demandez-vous aussi à quel point vos vies comptent aux yeux du gouvernement et des industriels

Paru le mardi, 2 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Tom Hanks, dans le film Seul au monde. Photo source

On voit souvent, dans les billets de blogueurs sur l’influenza, l’expression «Calveat lector», en lien avec des données de cas suspects de grippe aviaire survenant un peu partout en Asie.

Je viens de lire un article du Devoir, plutôt bouleversant, «Mourir de la listériose: les dessous d’une crise fabriquée au Canada», qui mentionne l’expression «Calveat emptor». Il paraîtrait que c'est au citoyen de se débrouiller pour acheter et consommer les bons produits. Nous sommes livrés à nous-mêmes, tel un Tom Hanks dans le film Seul au monde. Voici la conclusion de l'article du Devoir:
«Des esprits cyniques concluront qu'il n'est point besoin d'enquête ni de réforme. Le marché fonctionne très bien: les commerces qui négligent la qualité des aliments sont vite évincés du marché par des consommateurs furieux ou craintifs. Le public renouerait ainsi avec l'antique maxime Caveat emptor! À l'acheteur d'être prudent.

Toutefois, ce serait là sacrifier les gens, de plus en plus nombreux, qui n'ont pas les moyens de faire montre de circonspection, ou même de choisir leurs aliments. Les malades dans les hôpitaux, les résidents des hospices, les enfants des écoles, nombre de gens vulnérables ou dépendants comptent parmi la clientèle de l'alimentation commerciale.

Qui va les protéger du laxisme d'une entreprise ou de la complaisance d'un gouvernement? Achetez local, clament certains. En matière de bactérie dangereuse, le «produit local» n'est pas plus sécuritaire que le produit industriel. En cas de contamination, ses ravages seront forcément limités. Mais cela ne saurait tenir lieu de politique de santé publique.

D'où viendra l'avis honnête dont le citoyen a besoin si le gouvernement, l'université et toute une presse n'en ont que pour les industriels de l'alimentation?»


Jean-Claude Leclerc

Je vous invite à lire au complet et attentivement l'article de Jean-Claude Leclerc du Devoir. L'auteur a dû effectuer de nombreuses recherches sur les dessous de la crise de listériose pour en arriver à produire un article de ce calibre.


Jean-Claude Leclerc révèle qu’il existe une sorte de système à deux vitesses de production des aliments au Canada: la production d’aliments de qualité mieux contrôlée, destinée à l’exportation pour le marché américain, et une production d’aliments de qualité beaucoup moins contrôlée, qui sont vendus aux Canadiens. Le journaliste souligne également le fait que le gouvernement, les universitaires et les médias ferment les yeux sur cette réalité, puisqu’ils appuient les grands industriels du secteur de l’agro-alimentaire.

OK, laissez-moi reprendre mon souffle quelques instants, parce que ces révélations sont plutôt dérangeantes!

Ai-je bien compris? Il semblerait qu’IL N'EXISTE PAS présentement d’instances DANS TOUT CE GRAND PAYS qui souhaiteraient améliorer la sûreté des aliments destinés au marché canadien.

Au fond, c’est un peu la même situation pour la grippe aviaire et les préparatifs pandémiques. Les autorités semblent se ficher éperdument de savoir ou pas si nos préparatifs canadiens en vue d’une pandémie sont suffisants ou insuffisants. La menace de pandémie est No. 1 dans l’échelle des risques pour la nation (du moins, c'est l'avis du Royaume-Uni). Mais avez-vous connaissance présentement que des décideurs et des planificateurs se tracassent à ce sujet? Pas du tout! Pas plus que pour la sûreté alimentaire au Canada.

En fin de compte, ce sera encore les citoyens qui devront tout encaisser. Ceux et celles qui auront la chance de tomber sur de l’information d’ici le déclenchement de la pandémie, et qui auront pu se préparer le mieux possible, vont peut-être échapper à un destin tragique.

Mais pour les autres, c’est «Calveat emptor».

D'après ce qui se passe actuellement - ou plutôt ce qui ne se passe pas - il serait sage de faire de la «Bouée de sauvetage en cas de pandémie» notre lecture de chevet assidue, et tirer tous les plans possibles pour nous préparer individuellement du mieux que nous le pourrons, en vue du déclenchement de la prochaine pandémie d’influenza. Ne lésinons surtout pas sur la prudence et la prévoyance, car si nous nous comparons à d’autres pays qui se préparent à cet éventualité, alors que ce n’est pas notre cas, j'envisage que la pandémie ne sera pas du gâteau pour nous, citoyens canadiens. À observer la gestion de la présente crise de listériose au Canada, il n’est pas difficile de faire le parallèle avec la crise que provoquera la déclaration d’une pandémie. Et avec ce que nous découvrons grâce à ce qui émerge face aux décisions gouvernementales, dans un contexte encore plus grave nous risquons de nous sentir aussi seuls que Tom Hanks. Et j’ai malheureusement l’impression que ce n’est pas demain que nous verrons les choses s’améliorer…
 
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