Blogue de Lyne Robichaud

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09 mai 2011

L'état techno-cancre, le déni et la «déconnexion totale»

Dans sa chronique intitulée «Québec, l'état techno-cancre», Pierre Bergeron du quotidien Le Droit, indique que «le verdict du vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, est sans appel. L'informatisation du réseau québécois de la santé ou le projet Dossier santé du Québec (DSQ) est un échec sur toute la ligne

Le second tome du rapport du vérificateur général a été déposé il y a quelques jours. Les propos du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, ne cessent de me tracasser.

Le ministre a du toupet! Ses commentaires ne collent pas avec les déclarations du vérificateur général, qui s'appuie sur des données: preuves justificatives, statistiques, etc. Il s'agit ici des données du gouvernement du Québec. On a l'impression que le ministre Bolduc est tellement déconnecté qu'il parle d'un autre gouvernement.

Déni et désinvolture
En psychanalyse, le déni est le refus d'admettre une réalité qui est perçue comme traumatisante. Il y a deux façons de déjouer la règle, par une exactitude qui frise l'insolence, ou par une désinvolture proche de la muflerie.

L'acte de déni refuse de prendre en charge certaines perceptions: un fragment, éventuellement important, de la réalité, se voit totalement ignoré; la personne qui dénie se comporte comme si cette réalité n'existait simplement pas, alors qu'elle la perçoit.

En philosophie, la désinvolture est le déni de la vérité et celui de la responsabilité singulière, puisque c’est à être sans recours qu’on est vraiment responsable. L’extrême, qui est le lieu de la vérité, est par là même le lieu de la responsabilité – ou inversement. La désinvolture, qui consiste à faire comme si la vérité ne comptait pas, est par conséquent toujours désinvolture envers la responsabilité.

Déconnexion totale
Pierre Bergeron utilise l'expression «déconnexion totale» pour décrire la situation (et il applique cela à l'ensemble du gouvernement): «Au Québec, ce qui est le plus troublant, c'est de constater la déconnexion totale entre la vision du gouvernement et celle du vérificateur général. Le 22 mars dernier, le ministre Bolduc déclarait: «Le développement de la plupart des composantes du Dossier de santé du Québec est maintenant parvenu à maturité

Les travaux du vérificateur général du Québec m'apparaissent - compte tenu de l'absence de gouvernement ouvert au Québec - comme étant ce qu'il y a de plus près de ce que devrait être une initiative de gouvernement ouvert. Grâce à ses rapports et à ses commentaires, le vérificateur général exerce un regard beaucoup plus serré depuis quelque temps sur les projets du gouvernement et les dépassements de coûts qui surviennent. Il fournit une certaine vision d'ensemble et quelques informations (bien que les données ne soient pas toutes disponibles). Il met en évidence ce qui a été prévu par le gouvernement, et il compare cela avec ce qui se produit dans la réalité.

Humilité et responsabilisation
La semaine dernière, le député adéquiste François Bonnardel a demandé au gouvernement de faire preuve d’humilité et de reconnaître qu’il s’est trompé sur toute la ligne dans ce dossier.

Si les données gouvernementales étaient libérées et publiées sur un portail de données ouvertes, il y aurait moins de déni, de désinvolture et de «déconnexion totale», puisque tous auraient accès aux mêmes informations. Il deviendrait alors plus difficile de nier la réalité des données, puisque la réalité serait visible aux yeux de tous. Ministres, gestionnaires gouvernementaux et citoyens pourraient collaborer ensemble, dans l'humilité, et la reconnaissance de la réalité, et ainsi générer de la responsabilisation.

Dans ses travaux d'analyse du potentiel du Web 2.0 pour améliorer les relations entre le gouvernement et les citoyens, le leader parlementaire adjoint, Henri-François Gautrin, devrait recommander un changement d'attitude chez les ministres et les hauts dirigeants du gouvernement. Le déni, la désinvolture, la «déconnexion totale» (au sens figuré, et dans l'espace virtuel également), sont des comportement difficilement conjuguables avec des notions telles que l'amélioration des relations et la libération des données.

Des données non nominatives sur les erreurs médicales au Québec échappent à l’imputabilité

Michel Bellemare

Michel Bellemare, un technologiste médical, a contesté l’orientation du ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Yves Bolduc, qui a annoncé la semaine dernière la «mise sur pied progressive d’un Registre national des incidents et accidents survenus lors de la prestation de soins», rapporte Johanne Roy du Journal de Québec.

«Cette mesure est inutile et contre-productive, car elle ne prévoit pas de données nominatives. Plusieurs erreurs sont commises parce que le personnel sur le plancher est débordé et exténué. Dans certains cas, les erreurs découlent de négligence ou d’incompétence. […] Le réseau de la santé est un monde syndicalisé à l’extrême, où l’on protège même les plus incompétents», affirme M. Bellemare.

Deux tiers des centres ont apparemment débuté la transmission des données dépersonnalisées. Il est prévu au ministère que les établissements participent à cette mesure d’ici l’automne 2011.

Johanne Roy a indiqué: «Les premières données non nominatives seraient rendues publiques vers la fin de l’année. Un tel registre national est attendu depuis quelques années. Le ministre a dû reconnaître que le registre a mis du temps à être constitué».

Puisque deux tiers des centres ont déjà commencé à fournir de l’information, si ces données étaient déjà mises en ligne − si ces données étaient libérées dès maintenant sur un portail de données ouvertes plutôt que d’attendre dans 7 mois −, il serait possible de rectifier immédiatement la situation, puisque tous (gestionnaires gouvernementaux, membres de l’opposition, entreprises, organismes et citoyens) pourraient les commenter.

Tout comme Johanne Roy l’a souligné, ce n’est pas que ce registre qui a mis du temps à être constitué. L’initiative de données ouvertes et de gouvernement ouvert au gouvernement du Québec met également beaucoup de temps à être définie et mise en œuvre.

20 février 2009

À propos du ministre de la Santé Yves Bolduc, et du temps d’attente dans les urgences

Bernard Drainville

«La première responsabilité du ministre de la Santé, c’est d’être le capitaine de l’énorme navire amiral qu’est le système de santé québécois. Renoncer à se donner des cibles, c’est se satisfaire du strict minimum. Renoncer à se donner un objectif, c’est renoncer à se donner une destination. C’est naviguer sans gouvernail. C’est abdiquer ses responsabilités et, surtout, manquer à son devoir de leadership», a déclaré le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, dans son billet intitulé «Yves Bolduc et les urgences: Comment atteindre un objectif qu’on ne se fixe pas?».

Je félicite M. Drainville pour ce billet. Je vous invite par ailleurs à consulter régulièrement son blogue.

Davantage de leadership de la part du tsar de la Santé au Québec est espéré, et il est impératif que la problématique d’engorgement des urgences soit solutionnée. La saison de l’influenza bat son plein en ce moment, et notre système de soins de santé est débordé. Qu’en sera-t-il en temps de pandémie?

Une infrastructure de santé publique plus solide et bien gérée résisterait mieux au choc que causera une pandémie d’influenza.

Nous pouvons observer que les décideurs à la tête de l’actuel «navire amiral» qu’est le système de santé québécois manquent de rigueur et de méthode, dans leur manière de gérer les projets. La règle du strict minimum, qui est soulevée par Bernard Drainville, m’apparaît comme étant généralisée à l’ensemble des dossiers.

Je partage l'opinion du député de Marie-Victorin à propos de la navigation sans gouvernail. Cela fait des mois que je réclame un plus grand leadership, de la vision, du courage, et de la volonté de la part du chef de la Santé du Québec. Plusieurs observateurs entrevoient que si les dossiers continuent d’évoluer à pas de tortue et que si les responsables demeurent figés dans la torpeur (pour reprendre l'expression du billet de Bernard Drainville daté du 13 février dernier), les Québécoises et les Québécois se retrouveront dans un terrible pétrin, lorsque se déclenchera la pandémie d’influenza. Et elle arrivera. Les pandémies arrivent. Elles sont inévitables. Et la pandémie frappera le Québec, que cela fasse l’affaire ou non des hauts responsables de l’administration, et qu’ils aient eu ou non le temps de s’organiser avant qu’elle ne frappe. Attendez un peu de voir l’état des urgences à ce moment-là…

C’est pourquoi il est URGENT de consolider, par tous les moyens possibles, l’infrastructure de soins de santé du Québec. Réduire le temps d’attente dans les urgences assurerait une certaine mitigation du système.

18 novembre 2008

Listériose: Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»?

Paru le mercredi, 10 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviare.com


Mark Andersen, Rubberball Productions, #73329558. Libre de droits

Un microbiologiste québécois, Jacques Goulet (également professeur à l’Université Laval) est d'avis que nous sommes loin d'en avoir terminé avec la listériose au Québec, même après le grand ménage apparemment effectué dernièrement chez les fromagers par le gouvernement du Québec, qui y serait allé un peu trop fort, de l'avis des commerçants de fromage qui ont subi des pertes. «Il est donc loin d’être acquis que les endroits visités par les inspecteurs du MAPAQ cette fin de semaine sont désormais sans faille. Pas plus que les milliers d’autres laissés pour compte d’ailleurs», a averti Jacques Goulet.


Jacques Goulet. Photo source

On peut comprendre pourquoi ceux qui gagnent leur vie dans la production de fromage puissent être indignés par des mesures un peu drastiques mises rapidement en place par les autorités gouvernementales pour contrôler une éclosion de bactérie pouvant s’avérer mortelle pour les humains.

Ce que je ne comprends pas trop, cependant, c'est l'étrange déclaration d'un membre du Parti Québécois, qui a accusé le gouvernement du Québec de «créer une crise de confiance».



Maxime Arseneau. Photo source

J’avoue que je suis pratiquement tombée en bas de ma chaise lorsque j'ai lu l’article du Matin, rapportant une déclaration de Maxime Arseneau, porte-parole péquiste en matière d'agriculture, de pêcherie et d'alimentation. Le quotidien indique qu’il a qualifié de «geste intempestif» l'opération du MAPAQ.

Je trouve très déplacé que ce monsieur appuie les revendications des producteurs et marchands de fromage, au détriment des intérêts de la population québécoise, qui court ENCORE de probables risques d'être infectée.

J'ai l'impression que les propos de Maxime Arseneau sont en contradiction avec ceux de Bernard Drainville, chargé de critiquer la santé au même parti. Les deux députés se sont-ils consultés avant que soit faite cette déclaration?


Bernard Dranville. Photo source

Bernard Dranville a déclaré le 29 août dernier: «Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne.» Le 3 septembre, Bernard Drainville a demandé au ministre Yves Bolduc de revoir tout le processus en cas de rappel de produits contaminés.

Cela ne me plait guère de voir un parti d'opposition prendre la défense des fromagers (surtout après avoir dit que le gouvernement n’était pas assez rassurant pour la population, ni sûr de lui), alors que nous n'avons encore aucune idée de l'ampleur que pourrait prendre la crise de listériose au Québec, étant donné qu'il a été répété à maintes reprises que des symptômes occasionnés par une infection de listériose peuvent survenir jusqu'à 70 jours après consommation d'un aliment contaminé.

Je suis très déçue de lire cette déclaration du député Arseneau, et inquiète pour le sort des gens. Je trouve qu'il est encore beaucoup trop tôt, dans la présente crise, pour se porter au secours des commerçants, alors que l'épée de Damoclès pend encore dangereusement au-dessus de la tête de la population québécoise.

C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de projeter cette situation dans une hypothétique crise de grippe aviaire. De toute façon, ceux qui me connaissent suffisamment savent que c’est ce que je fais toujours…


Imaginons par exemple qu'un important foyer d'infection de grippe aviaire se déclare dans une ferme d'élevage du Québec. 30,000 poulets tombent raides mort en l'espace de quelques heures. Les autorités québécoises se mettent alors à abattre les 100,000 poulets qui restent de cet élevage et désinfectent les installations. Les autorités abattent aussi tout ce qui a des ailes et court sur 2 pattes dans un rayon de plusieurs kilomètres de la ferme touchée par le virus de la grippe aviaire.

Ensuite, le foyer d'infection de H5N1 se répand malheureusement à une autre ferme. Autre abattage massif. Puis à une autre ferme. Autre abattage massif. Et ainsi de suite… Les autorités gouvernementales sont obligées d'abattre des millions de poulets en l’espace de quelques semaines, comme cela s’est fait dans plusieurs pays d’Asie, notamment en Corée du Sud dernièrement, qui a dû combattre beaucoup plus férocement qu’à l’habitude un virus démontrant de nouveaux comportements et se propageant à la vitesse de l’éclair.

Ensuite, que pensez-vous que feront les éleveurs de poulets québécois? Ils seront insultés! Ils vont protester, parce qu’ils prendront des centaines de milliers de dollars, voire des millions de dollars en un très court espace de temps. Les éleveurs de volailles devront probablement congédier des employés. Les consommateurs québécois seront frileux à propos de la volaille et ils auront très peur de contracter la grippe aviaire. Les gens vont cesser d’acheter du poulet, et ils se rabattront sur les poissons et les viandes de bétail.

Un scénario de ce genre, nous en avons vu se dérouler des centaines sous nos yeux au cours des dernières années, dans le cas de la grippe aviaire.


Nous plaira-t-il d’entendre les porte-paroles de l’opposition plaider en faveur des commerçant touchés par le virus de la grippe aviaire, alors que nous risquerons d’être contaminés par ce dangereux virus mortel? Trouverons-nous, dans des circonstances de flambée de grippe aviaire, qu’il est de mise de critiquer un gouvernement qui applique des normes de surveillance des épidémies et de l’accuser de «créer une crise de confiance»?

Si ces comportements ne sont pas souhaitables dans une situation de grippe aviaire (et j’espère que nous ne les verrons jamais se réaliser ici, au Québec), je suis atterrée de constater que de telles déclarations ont eu lieu dans un contexte d’éclosion de listériose.

Une critique plus appropriée aurait été de réclamer des compensations financières pour les pertes provoquées par l'éclosion de listériose. Les pays touchés par la grippe aviaire ont mis sur pied des programmes de compensation pour aider l'industrie alimentaire à se remettre des conséquences des flambées du virus.

Je suis très préoccupée par ce qui pourrait arriver, si jamais nous devions combattre, ici au Québec, d’importants foyers d’infection de grippe aviaire chez la volaille et chez les humains.

D’un côté, nous avons un gouvernement qui agit lorsque survient une situation d’urgence de santé publique, mais qui gagnerait à être davantage transparent dans ses communications avec la population et beaucoup plus concis dans sa présentation des faits réels. D’un autre côté, nous avons une opposition qui manque de cohérence dans ses interventions. Alors que certains porte-paroles font des efforts pour défendre les intérêts de la population, d’autres démolissent ce qui aurait pu être dit, en se portant à la défense des marchands éplorés. Dans ce cas, j’ai bien peur qu’il ne reste plus personne pour défendre l'intégrité et la fiabilité du système de santé publique au Québec.

Quelqu’un a-t-il parlé d’une «crise de confiance»? Quand à savoir qui la provoque au juste, et en qui nous devrions avoir confiance, je vous laisse méditer là-dessus…

Vaudrait-il mieux être une tranche canadienne de jambon cuit qu'une personne canadienne en pleine crise de listériose?

Paru le lundi, 1er septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Photo source

Je désire porter à votre attention une liste / compilation des cas humains de listériose au Canada (liste MISE À JOUR 1er sept. 12h45), un travail de moine effectué hier par Mado.

Une fois la liste sous les yeux, on arrive à comprendre un peu mieux la situation, mais elle comporte tellement de cases vides que le résultat est pire que les listes de cas suspectés de grippe aviaire que nous avons vues par exemple pour l'Égypte, l'Inde et l'Indonésie.

Il n'y a pas de quoi être fier, c'est sûr! [Je ne parle pas de la compilation de Mado, mais bien du travail bâclé de nos autorités publiques.] Disperser les données à ce point nous empêche d'avoir un portrait global de la situation, à tel point qu'on peut finir par penser que la crise de listériose n'est pas si importance qu'elle en a l'air. Applaudissons,c'est réussi!

Je me demande si les autorités arriveront à donner "l'heure juste", comme le dit le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc. Les autorités manquent tellement de transparence dans leur gestion (publique) des cas d'épidémie, la pente est si longue à remonter avant qu'ils n'atteignent un niveau où nous pourrions les suivre avec plus de facilité, que je m'inquiète sérieusement sur ce que sera la situation pendant la pandémie d'influenza. Je suis persuadée qu'ils sont très forts dans les analyses en laboratoire, et le traitement des patients. C'est la partie des relations publiques qui laisse à désirer. Font-ils exprès pour ne rien dévoiler, ou presque? Nous n'avons qu'à observer l'extrême précision avec laquelle les autorités nous sortent des listes de produits contaminés, pour réaliser qu'il existe une trop grande disparité entre la qualité des informations concernant les produits, et la qualité des informations concernant les victimes contaminées.

Pour la tranche de jambon contaminée, les autorités nous indiquent la sorte de produit, la marque du produit, le poids de l'emballage, la date de péremption et le code de produit. Pour une mortalité causée par la listériose, de salmonelle ou de E.coli, on nous dit qu'il est survenu un cas quelque part dans l'une des provinces canadiennes. Et c'est à peu près tout. Au moins pour la tranche de jambon contaminée, l'entreprise finit par nettoyer et désinfecter la machinerie qui coupe la viande. Mais nous, consommateurs, garderons la même hantise face aux denrées qu'il faut acheter pour se nourrir et au moment de consommer autant les fruits que les légumes, la viande, les fromages, etc.

Devrait-on concocter une déclaration à la manière d'Amir Attaran, du genre:
"Il vaudrait mieux être une tranc
he canadienne de jambon cuit qu'une personne canadienne en pleine crise de listériose", pour faire comprendre aux gens qu'il existe un trop grand écart entre la gestion des éléments liés aux produits contaminés, et celle des être humains contaminés au Canada?

À quoi correspond au juste l'information qu'on nous donne à propos d'une moyenne d'âge de 79,4 ans pour les cas de la listériose cette année, et d'autres données ridiculement imprécises? La moyenne d'âge est peut-être effectivement de 79,4 pour les cas survenus entre janvier et août 2008, mais qu'en est-il de la véritable moyenne d'âge des cas survenus au cours de l'épidémie actuelle uniquement? La compilation de Mado démontre que des jeunes gens en bonne santé, de 25 ans, ont été très malades en raison de la listériose. Ils ont récupéré, c'est un fait. Ils n'ont pas été testés, c'en est un autre. Combien y en a-t-il dans le même cas?

Rappelez-vous bien des données qu'on nous sert: moyenne d'âge de 79,4 ans, ou encore une personne "d'environ 30 ans souffrant de problèmes de santé", parce que vous allez en voir à la pelletée des données de la sorte pendant une pandémie. Le manque de données précises concernant les victimes cacherait-il quelque chose? Qui sont les véritables victimes de la listériose? Étaient-elles toutes âgées de plus de 75 ans, et seraient-elles toutes mortes de toute façon, s'il n'y avait pas eu la listériose entre temps pour les achever? J'ai l'impression que nous ne saurons jamais qui sont ces personnes qui ont succombé dernièrement aux suites de la listériose... J'ai l'impression aussi que les autorités se rabattent sur le groupe à risque des aînés pour minimiser le fait que des cas de contamination pourraient survenir chez des adultes. Peut-être que je me trompe, mais je ne me sens pas à l'aise avec les coins tournés beaucoup trop ronds sur les détails qui concernent les victimes, pour avoir une confiance aveugle en les autorités.

Quand les autorités canadiennes et québécoises nous donneront-elles enfin des informations sur les cas humains d'infection qui soient claires, nettes, précises et bien détaillées... autant que pour les tranches de jambon infectées???

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose,
et je n’ai pas hâte de voir ce que ce sera pour la prochaine pandémie d'influenza


Paru le samedi, 30 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


John Arsenault, Photonica. # 6581-000009

Ce n’est pas la première fois que j’affirme que nous sommes les moins bien préparés, parmi les nations développées, à faire face à une pandémie d’influenza. Avec ce que vous avez pu observer au cours des derniers jours concernant la crise de listériose au Canada, me croyez-vous maintenant? Comptons-nous chanceux que les morts emportés par les bactéries (elles semblent toutefois se multiplier à une vitesse folle: listériose, salmonelle et E.coli) ne sortent qu’au compte-goutte pour le moment. Quand il s’agira de milliers de personnes par jour qui mourront au cours d’une prochaine pandémie d'influenza, à voir la présente gestion de cette crise de santé publique, j’envisage le pire, et même encore plus désastreux que tout ce qui pourrait être imaginé.

Nous aurions désespérément besoin de davantage de préparatifs pandémiques à l’échelle du pays, en passant par tous les échelons, du gouvernement fédéral au citoyen canadien. L’avènement du SRAS aurait dû sonner l’alarme, et déclencher un branle-bas de combat de préparatifs de pandémie de grippe aviaire. Certes, le SRAS a laissé des traces, et des mesures ont été mises en œuvre, mais pas en quantités suffisantes. La présente crise de listériose nous démontre clairement que nous avons besoin d’examiner, sous toutes ses coutures, nos systèmes de surveillance, et aussi de passer au peigne fin la manière dont les autorités s’adressent à la population lorsque surviennent des épidémies. L’idéal serait qu’il puisse exister un dialogue véritable avec la population. Mais à la lumière de ce que nous avons pu observer ces derniers jours, je pense que nos décideurs n’en sont qu’à leurs premiers jours de cours de gestion de crise 101, et qu’ils ont encore pas mal de croûtes à manger avant d’atteindre la note de passage qui leur permettrait d’avancer dans le processus des communications de crise, ce qui nous permettrait alors d’avoir confiance en ce qui sortirait de leur bouche.

Je suis persuadée que si les équipes de travail chargées de la planification des épidémies s’étaient penchées de façon sérieuse et constante sur la menace d’une pandémie d’influenza, et que si des simulations de pandémie avaient eu lieu, impliquant à peu près tout ce qui bouge au pays, la performance actuelle des autorités aurait été toute autre que ce déplorable spectacle que nous observons, bouche bée, les bras tombant d’impuissance.

J’effectue des démarches depuis le mois de septembre 2007 auprès des autorités québécoises, afin qu’aient lieu davantage de préparatifs pandémiques. C’est assez honteux à admettre: je n’ai trouvé à ce jour AUCUN intervenant intéressé par mon discours et celui véhiculé par la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire. Les personnes que j’ai rencontrées au gouvernement du Québec «semblent» se ficher totalement de ce que je leur ai dit. Pourtant, ce que je raconte à longueur de journée sur le site Zonegrippeaviaire.com devrait les intéresser. La preuve: voyez dans quels beaux draps nous sommes présentement avec la listériose, et autres panoplies d’empoisonnement alimentaire! Et ce ne sont même pas des virus pandémiques mortels virulents.

J’ESPÈRE que cette crise va mettre un peu de plomb dans le coco des planificateurs et des décideurs du gouvernement du Québec. Je ne pense pas que la plupart soient devenus assez prévoyants pour ce genre d’exercice mental: faire le lien entre ce que nous traversons en ce moment et l’épouvantable vision de ce que pourrait représenter une pandémie grave.

Voici un extrait de l’article du Journal de Montréal, «Bolduc sort de son mutisme»:
«Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne

«Son travail n'est pas de couper des rubans ou d'annoncer des millions. Sa principale occupation devrait être de rassurer la population», martèle son homologue de l'opposition officielle, Éric Caire.

Il pointe aussi du doigt la transmission de l'information concernant la bactérie au public et entre les divers ordres de gouvernement.

«C'est le fouillis total. Il y a une absence de communication entre les agences, les CSSS et le Ministère», dit-il.

«Je donne toujours l'heure juste», répond le ministre.

Il ajoute ne pas pouvoir être au courant de tous les cas dans un délai de quelques heures.» Je ne regarde pas chaque cas de listériose, ce ne serait pas logique. C'est quand ça devient un grand enjeu comme maintenant qu'on suit ça de plus près.

«La situation est sérieuse. C'est une crise nationale, et chacun doit jouer son rôle. L'important pour la population, c'est de savoir qu'on a pris les cas en main et qu'on tente d'établir un lien entre eux pour en trouver la source
Faites, mon Dieu, qu’il n'y ait jamais de pandémie d'influenza grave au Québec!

Les autorités québécoises persistent à penser – comme elles le font depuis quelques années – qu’elles sont donc bonnes, les meilleures qui soient en fait, parfaitement capables de gérer avec efficacité et de main de maître une pandémie, et préparées de manière des plus appropriées pour y faire face. Cette mentalité erronée, et malheureusement contagieuse à de nombreuses sphères du gouvernement, va persister au sein de l’administration québécoise tant que nous entendrons des déclarations venant de la bouche du plus haut responsable de la santé au Québec, telles que: «Je donne toujours l'heure juste», ou encore «Aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».

Ce sont des démonstrations de suffisance chez une personne, qui nous permettent de deviner qu’il n’y a guère de questionnement, d’analyses, et de transparence possibles. Dans ce contexte, j’envisage que les autorités vont continuer à faire leur gestion de pompier habituelle – c’est-à-dire éteindre les feux – et n’apprendront pas des événements.

C’est bien dommage, car la pandémie nous pend au bout du nez, et ça ne regarde pas bien pour les Québecois.

Listériose au Québec: le nouveau ministre de la Santé s’offre en spectacle

Paru le vendredi, 29 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Yves Bolduc. Source

Nous en avons vu de toutes les couleurs au Québec, au cours de la journée du 28 août 2008, dans un match verbal à propos des victimes de la listériose, opposant le ministre de la Santé Yves Bolduc au chef de l’opposition officielle Mario Dumont. Plus la journée avançait, et plus le nouveau ministre de la Santé (pas encore élu d’ailleurs) s’offrait en spectacle et avait l’air de se comporter comme un petit garçon gâté qui piquait une crise de nerfs, parce qu’il ne réussissait pas à nous convaincre qu’il avait raison.

Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant de l’histoire, voici un rappel des événements:
> Mercredi matin (27 août), deux hauts responsables du gouvernement ont fait le point sur la situation de la listériose lors d’une conférence de presse diffusée sur les ondes de Radio-Canada International.
Le message officiel se voulait rassurant et avait pour but de démontrer que tout était mis en place par le gouvernement du Québec afin d’assurer un approvisionnement dans la chaîne alimentaire, et de protéger la santé publique par des inspections, vérifications et enquête épidémiologiques effectuées par une armée composée de 264 inspecteurs québécois. [Voir mon billet à ce propos.]
> Jeudi matin (28 août), les médias locaux ont rapporté que les membres d’une famille québécoise d’une victime de la listériose ont révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification.

> Le ministre de la Santé Yves Bolduc a ensuite nié les propos des membres de cette famille. Il a déclaré que «toutes les personnes qui ont été en contact avec l'aliment contaminé sont rejointes».

> Le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont a déclaré par la suite: «Le ministre de la Santé Yves Bolduc doit des explications à la population sur le processus de surveillance des cas de listériose qui surviennent au Québec

> En fin de journée (28 août), le ministre de la Santé a soutenu «qu'aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».
La Presse canadienne a rapporté en fin de journée du 28 août:
«Le ministre de la Santé Yves Bolduc ordonne à la Protection de la santé publique de resserrer son processus de vérification lorsque surviennent des cas de listériose au Québec. Dorénavant, les autorités de santé publique devront contacter elles-mêmes les proches des personnes touchées par la maladie.

Le ministre Bolduc a été forcé de faire le point jeudi après que les membres de la famille de Raymond-Marie Morin, décédé à Longueuil, aient révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification pourtant prévues par le protocole.

[…] le ministre, irrité par les critiques de l'opposition adéquiste…

... [le ministre] soutenant d'autre part que l'Action démocratique cherche à faire une récupération politique de cette affaire.»
On dirait que le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux éprouve de sérieuses difficultés à admettre que son système et ses soldats puissent commettre des erreurs de temps à autre. Ce qui est tout à fait normal. C’est pourquoi lors d’une situation de santé publique, il y a ce qu’on appelle les communications de crise. Le nouveau ministre, au lieu de gérer les communications de crise, génère d’autres crises à chaque fois qu’il ouvre la bouche…

Pourquoi ne s’est-il pas tout simplement contenté d’annoncer qu’il ordonnait à la santé publique d'aller plus loin? C’était un beau message simple à se rappeler, qui sonne bien, et qui aurait peut-être pu réussir à faire oublier la gaffe du début de la journée. Cela aurait démontré, à mon avis, qu’il s’inquiétait réellement du sort des victimes de la listériose. À la place de cela, sa démonstration d’irritation, et son incapacité à admettre la possibilité que des erreurs aient eu lieu, ou que des éléments gagneraient à être améliorés, étaient de trop.

Mais la goutte qui a fait déborder le vase, à mon avis, a été la déclaration du ministre que l’Action démocratique du Québec «cherchait à faire une récupération politique de cette affaire». Voyons donc! Qui voudrait récupérer du capital politique d’une situation où des gens meurent d’empoisonnement alimentaire? Là, je trouve que le ministre tape un peu trop fort avec son marteau, et que l’habituel blâme du comportement de l’autre ne passe tout simplement pas dans la présente situation. Qu’il garde son rejet des responsabilités sur l’autre camp pour une autre fois, parce qu’en pleine crise de santé publique, il me semble que ce genre d’enfantillages n’a guère sa place.

Le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc devrait réaliser que lorsqu’il raconte des bêtises, l’opposition ne pourra pas toujours applaudir ses propos et lui accorder son soutien. C’est ainsi que les choses fonctionnent dans un système de démocratie dite «normale». Les gens du contre-pouvoir sont là pour agir un peu comme des chiens de garde, et il ne faudrait pas que le ministre s’attendre à ce qu’ils soient toujours de son avis.

Par exemple, la semaine dernière, même si le ministre de la Santé Yves Bolduc a raconté des sornettes à propos des sites d’injection supervisés, constituant un total revirement de situation par rapport à la position du Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique du Québec, il peut s’être trouvé très chanceux que l’opposition officielle l’appuie dans son délire, et que ses conseillers en communications le laissent déclarer n'importe quoi. J’ai écrit deux billets dernièrement: 1) à propos de la déclaration initiale de Tony Clement, ministre canadien de la santé, 2) qui a entraîné ensuite l’envolée lyrique du ministre québécois de la santé. [Voir: Candidature de M. Yves Pépin au Prix Supari d’excellence en santé, et À force de jongler avec son image publique et de cracher en l’air, cela pourrait-il éventuellement retomber sur le nez du nouveau ministre de la santé Yves Bolduc?]


Éric Caire. Photo source

Voici ce qu’a déclaré Éric Caire de l’Action démocratique du Québec à propos des sites d’injection supervisés:
«Le critique en matière de santé de l’ADQ était extrêmement satisfait. «Heureusement, le ministre a mis ses culottes et arrêté cette folie-là», dit Éric Caire, qui estime qu’un tel lieu contribuerait à la «banalisation» des drogues dures. Dans le même esprit, M. Caire remet en question le travail des 787 organismes communautaires qui distribuent, chaque année, près d’un million et demi de seringues propres. «Les organismes qui distribuent du matériel ne font pas toujours le suivi de leur clientèle. On ne peut pas dire à ces gens-là (les toxicomanes) moi, je vais t’aider à te détruire. J’ai un problème avec ça», dit-il.»
Je ne suis pas d’accord avec la déclaration de l’ADQ à propos des sites d’injection supervisés, car l’opposition officielle ne comprend pas que de tels lieux aident à contrôler les épidémies. Les positions du ministre canadien de la santé, du ministre québécois de la santé, et du critique de l’opposition officielle en matière de santé vont à l’encontre des directives de l’Organisation mondiale de la santé. Que nos trois moineaux chargés de la santé au pays n’aient pas encore compris cela me surprend énormément. L’ADQ est assez difficile à suivre, car une semaine, le parti se positionne contre des projets qui limitent les épidémies (le sida), et la semaine suivante, il réclame des explications au ministre de la Santé à propos du processus de surveillance d’un foyer d’éclosion (de listériose), et voudrait plus de contrôle des épidémies. J’avoue que cela manque un peu de constance et de logique.

Mais en ce qui concerne la listériose, je pense que l’ADQ a fait son travail d’opposition, en demandant des comptes au ministre, pour des déclarations qui n’aurait sans doute jamais dû avoir lieu, et à propos de possibles failles dans le système de surveillance des éclosions de listériose.

Comme l’a indiqué Mario Dumont, il s’agit d’une «situation très délicate», et on s’attendrait de la part du ministre de la Santé qu’il traite les gens comme des êtres humains. Yves Bolduc applique-t-il son approche Toyota à la crise de la listériose? Est-ce approprié, de la part d’un ministre, de nier les propos de parents d’une des premières victimes, à l’aube d’une crise de santé publique qui pourrait s’étirer encore quelque temps? Cela donne le ton pour les prochaines victimes: c’est-à-dire fermez votre trappe et ne vous plaignez pas, parce que le Ministre n’aime pas qu’on le contredise. Si vous osez parler, et que l’opposition ose lever la main pour poser des questions, alors attendez-vous à ce que le Ministre remette cela avec une jolie démonstration d’irritation.

Quel désolant cirque de relations publiques que tout cela!

Mario Dumont, a prononcé aujourd’hui l’expression «grippe aviaire». Yabadabadoo!

Paru jeudi, 28 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Mario Dumont. Photo: Le Devoir

Inscrivons cela aux annales. C’est un grand jour!

Un peu plus tôt aujourd’hui, j’ai rédigé un billet à propos d’une déclaration du ministre de la Santé: «Listériose: faux pas monumental du ministre de la Santé Yves Bolduc, qui ne s’avère pas de bon augure, dans l’éventualité d’une pandémie d’influenza». Un article de presse concernant la réaction de Mario Dumont, chef de l’opposition officielle du Québec, rapporte qu'il est allé aujourd'hui un peu dans le même sens que ce que j’ai écrit ce matin:
«Le ministre de la Santé Yves Bolduc doit des explications à la population sur le processus de surveillance des cas de listériose qui surviennent au Québec, estime l'opposition adéquiste.

Le chef Mario Dumont a réagi aux propos d'une femme de Longueuil, qui a affirmé que sa famille n'avait pas fait l'objet des vérifications prévues par la Protection de la santé publique, malgré le décès de son père jeudi dernier.

Le chef de l'opposition officielle [Mario Dumont] a affirmé qu'il n'accepterait pas de simples propos rassurants [du ministre de la Santé Yves Bolduc] alors que la situation est très délicate, ajoutant que le gouvernement du Québec ne semble pas avoir tiré de leçons de la précédente crise de la grippe aviaire.» (Presse canadienne)
Attendez une minute! De quelle «précédente crise de la grippe aviaire» s’agit-il exactement? Ai-je manqué des bouts de l’histoire?

Mario Dumont voulait-il plutôt parler de la précédente crise de SRAS, survenue notamment à Toronto?

Si c’est vraiment de la grippe aviaire qu’il voulait parler, il serait vraiment très surprenant (et décevant) que le chef de l’opposition officielle du gouvernement du Québec perçoive cet événement comme quelque chose étant DERRIÈRE nous, et non se profilant DEVANT nous. Mon Dieu, que j’aimerais pouvoir aller scruter dans la tête de Mario Dumont, afin de mieux comprendre ce que cette phrase-là signifie exactement…

Parce que pour les gens qui sont inquiets à propos du déclenchement prochain d’une pandémie, il serait utile de savoir si le chef de l’opposition officielle du Québec se préoccupe, oui ou non, de la très grande menace (No.1 parmi toutes les autres menaces possibles de la nation) que représente une telle crise de santé publique mondiale pour les Québécois.

J’avoue que la déclaration d’aujourd’hui de Mario Dumont me dérange un peu, parce que je saisis pas encore totalement ce qu’il a souhaité vraiment dire. Mais Aie! c’est une bonne nouvelle! Vous rendez-vous compte que c’est la PREMIÈRE fois que je vois l’expression «grippe aviaire» sortir de la bouche du chef de l’opposition officielle du Québec? Wow, wow et wow! D’aussi loin que ma mémoire me permette de reculer, je n’ai pas vu passer de déclaration au sujet de la grippe aviaire ou d'une pandémie venant de l’opposition officielle depuis quoi… attendez que je réfléchisse... depuis des lustres? Même s’il en a parlé de façon un peu croche pour le moment, au moins, il en a parlé! C’est un début, n’est-ce pas? Je voudrais tant que ce soit un début, en tous cas.

Maintenant que Mario Dumont semble être un peu plus sensible aux questions de foyers d’éclosion et de surveillance des épidémies, peut-être que l’Action démocratique du Québec va enfin pouvoir se pencher de façon sérieuse et continue sur la problématique d’une pandémie et la nécessité d’exiger davantage de préparatifs pandémiques de la part de l’administration Charest? Peut-être que je rêve en couleurs. Ne nous emballons pas trop vite les amis. Je sais, je sais.


Sébastien Proulx. Photo source

Je n’oublierai jamais la déclaration du mois de janvier de cette année de mon cher député de Trois-Rivières (de l’équipe de l’ADQ), Sébastien Proulx, qui m’a dit «Tout est conforme [dans les présents préparatifs pandémiques du Québec]. Il n’y a pas lieu d’intervenir.» Et ce monsieur s’est empressé de fermer le dossier de représentation de la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire, qui lui avait demandé deux choses:
a) Faire modifier la stratégie québécoise actuelle afin que soit transformée l'approche gouvernementale, dans le but de mieux préparer les Québécois à faire face à une pandémie de grippe aviaire, et que soit reconnue la notion de résilience de la communauté et l'apport considérable que pourra apporter la population québécoise à l'élaboration et à la mise en oeuvre de mesures d'urgence.

b) Concrétiser un partenariat entre gouvernements, afin de lui permettre à Zonegrippeaviaire.com de réaliser sa mission d'empowerment des individus et des collectivités en vue d'une pandémie.
Ce genre de rejet catégorique ne s’oublie pas!

On dirait que l’ADQ se réveille d’un long sommeil de Blanche-Neige…

La crise de la listériose, pour rien au monde, je n’aurais souhaité cela à personne. Mais cette crise sera peut-être un catalyseur qui permettra de réveiller les consciences des décideurs et des planificateurs à propos des dangers d’une pandémie, et qui plus est, à propos des dangers de notre flagrant manque de surveillance des épidémies et de préparatifs pandémiques, ici, au Québec et au Canada.

Listériose: faux pas monumental du ministre de la Santé Yves Bolduc

Listériose: faux pas monumental du ministre de la Santé Yves Bolduc, qui ne s'avère pas de bon augure, dans l'éventualité d'une pandémie d'influenza

Paru le jeudi, 28 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Photo Jean-Claude Tremblay. Photo source
Le Dr Horacio Arruba, directeur de la protection de la santé
publique au ministère de la Santé, et Guy Auclair, du MAPAQ,
ont fait le point, hier, sur les cas de listériose au Québec.

J'ai écouté hier matin la conférence de presse du Dr Horacio Arruba, qui a été diffusée sur les ondes de Radio-Canada International (RDI). Somme toute, la période de questions s'est avérée plus intéressante que le point de presse prononcé par les deux responsables...

J'ai pris des notes en pensant rédiger un billet à ce sujet, mais je n'ai pas eu l'occasion hier de concrétiser ce projet. Ce qui m'a le plus frappée, c'est l'absence d'information concernant les victimes. Elles n'étaient pas nombreuses, alors je ne peux pas croire que les autorités ne connaissaient pas le sexe, l'âge, la région administrative, et les symptômes des victimes de la listériose au Québec. Un journaliste a répété TROIS FOIS clairement à M. Arruba sa question: "Dites-moi le sexe, l'âge, la région administrative, les symptômes, et les détails à propos des victimes". TROIS FOIS. La réponse a été "Je n'ai pas ces données. Elles seront publiées à un moment donné sur le site Internet."

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais de mon côté, je ne peux pas faire autrement qu'associer la situation actuelle à une éventuelle pandémie. En ce qui concerne la listériose, ce n'est pas un virus, alors il n'y a pas lieu de s'inquiéter de contracter une maladie par contact avec d'autres personnes. Le fait de savoir ou non dans quelle ville ou dans quelle région administrative surviennent les victimes est un enjeu moins important que dans le cas d'un virus comme le H5N1, par exemple. J'ai été étonnée de constater que les détails à propos des victimes n'étaient pas divulgués. Je ne cherche pas à connaître leur nom, ni à voir leur photos dans les médias. Juste les éléments que l'on retrouve habituellement dans les bulletins de situation de l'OMS: âge, sexe, symptômes, date de début de maladie, date du décès, ville, hôpital. Ce genre de choses.

Si vous vous en rappelez, lorsque nous avons eu l'incident du train en Ontario (en mai 2008), il a également été très difficile d'obtenir de l'information sur les victimes et les cas suspectés. Il a même été dit que la victime était très avancée en âge, alors qu'elle avait en réalité une quarantaine d'années. Le Dr Henry Niman avait averti le 11 mai dernier que la situation manquait de transparence et qu'elle était très confuse:
Les commentaires de reportages de médias publiés vendredi soulèvent un certain nombre de questions de transparence à propos de l'urgence médicale dans un train au Canada. Le cas fatal a été déclaré avoir eu des symptômes d'influenza avant de monter à bord du train à Jasper, en Alberta et sa mort a provoqué une situation d'urgence médicale, qui était composée de symptômes apparentés à l'influenza chez d'autres voyageurs appartenant au même groupe d'excursion.
Cependant, les reportages subséquents de médias ont indiqué que la plupart des six companions de voyage avaient testé positif à l'influenza A, et que le cas fatal était mort de causes "naturelles". Toutefois, la personne décédée a été initialement décrite comme étant dans la soixantaine, suivi par 86 ans, suivi par une identité d'une personne âgée de 43 ans et provenant de l'Afrique du Sud. L'âge relativement jeune de la défunte a augmenté les préoccupations.

L'historique de voyage de ce groupe d'excursion demeure nébuleuse. Des reportages antécédents ont indiqué que les membres du groupe sont originaires de l'Australie, et qu'ils ont voyagé à travers l'Asie avant d'arriver au Canada. Cependant, le cas index est originaire de l'Afrique du Sud, alors la véritable historique de voyage demeure nébuleuse.

De même, le sérotype de la grippe saisonnière n'a pas été publié, et la synchronisation de leur confirmation en laboratoire de la grippe saisonnière, relativement au dégagement des autres passagers, demeure nébuleuse.

Des détails concernant le sérotype de l'influenza, l'historique de voyage, et l'autopsie de la défunte patiente seraient utiles. "
Je me pose de sérieuses questions sur cette tendance des autorités canadiennes et québécoises à être peu enclines à divulguer de l'information de base sur les cas suspectés et confirmés. Au début du déclenchement d'une pandémie, ces informations seront cruciales pour la population. En effet, j'aimerais savoir, si jamais il survient une éclosion de grippe aviaire au Québec, quelle région administrative sera touchée, dans quelle ville, et même dans quel quartier et quel hôpital se trouveront les cas suspectés et confirmés. Comment serons-nous en mesure de nous protéger, si ces éléments fondamentaux-là ne nous sont pas divulgués?

Un autre élément dérangeant a émergé dans les nouvelles d'aujourd'hui. Il paraîtrait que des familles des victimes de listériose n'ont pas été contactées, et qu'il n'y a pas eu d'enquête, ou "investigation" comme n'arrêtait pas de le dire hier le Dr Aruda (c'est un anglicisme, et mes oreilles vibraient à chaque fois qu'il prononçait ce mot). Pourtant, lors de la conférence de presse d'hier, les deux responsables ont insisté sur le nombre d'inspecteurs et ont affirmé que tout était mis en oeuvre pour assurer un contrôle de l'éclosion. Une autre question d'un des journalistes présents, qui a demandé s'il y avait suffisamment d'inspecteurs pour suffire à la tâche, et puis une autre question qui portait sur la fréquence des inspections des entreprises, aurait dû sonner l'alarme dans mon esprit, mais j'étais à ce moment-là encore trop préoccupée par l'absence de données à propos des victimes pour galoper au-devant de possibles failles au sein des enquêtes épidémiologiques...

Voici ce qu'a rapporté LCN aujourd'hui:
"Les agences gouvernementales qui enquêtent sur les cas n'auraient apparemment pas contacté toutes les familles des victimes.

Selon La Presse, les proches d'une victime, décédé la semaine dernière à Longueuil, n'auraient jamais reçu d'appel des autorités.

Raymond-Marie Morin, âgé de 71 ans est mort jeudi dernier de complications liées à la listériose.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et les responsables de la Santé publique assurent pourtant que toutes les personnes qui ont été en contact avec l'aliment contaminé sont rejointes."
À qui doit-on se fier? D'après vous, qui dit la vérité? Les familles des victimes, qui se plaignent que le système d'enquête et de surveillance est défaillant, ou bien le ministre de la Santé Yves Bolduc, qui prétend que ce que ces gens-là racontent est faux?

Je n'aime pas cela, que ne n'aime donc pas cela... ce genre de déclaration officielle, qui écrase les propos de certains citoyens dans le deuil ou qui font face à la maladie. Je trouve qu'il s'agit-là d'un monumental faux pas de la part du ministre de la Santé, et une avant-première de ce qui va se passer lors de la pandémie. Les autorités auront beau nous faire accroire qu'elles seront en mesure de contenir les flambées de virus pandémique, et que des services psychologiques seront disponibles pour les familles éplorées, à les voir aller en se moment, notre ministre de la Santé et ses acolytes, je peux vous affirmer que je me surprends à adopter très souvent la pose du penseur de Rodin, et que je me gratte le crâne, avec de très nombreuses préoccupations en tête.


Rodin. Photo source

[Je n'avais pas particulièrement l'intention d'écrire un billet sur cette conférence de presse, mais finalement, j'en ai fait un!]
 
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