Blogue de Lyne Robichaud

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27 août 2011

Changement de culture et voix du Québec

Ces vingt derniers jours, je n'ai pas blogué. Je suis plus silencieuse que d'habitude (même que j'ai perdu un point Klout ces trois dernières semaines). Le rejet du projet Gouvernement ouvert et Francophonie par IDÉtr, et leur refus de me rencontrer en personne, m'ont considérablement ébranlée.

Ma semaine du 22 août a été parsemée de plusieurs éléments qui ont attiré mon attention, que je partage avec vous.

J’ai noté un petit geste de l’équipe @GautrinWeb2, que j'interprète comme une amorce de changement de culture, ce qui permet d’entrevoir avec espoir que le Québec est en VOIE d’affirmer sa VOIX (en matière de gouvernement ouvert). Et aussi de trouver prochainement une solution à mon dossier. Espérons-le!

ESPOIR ET OPTIMISME, LE LEGS DE JACK LAYTON
Tout d'abord, je désire souligner le départ d'un grand politicien, qui laisse un vide dans le paysage politique canadien. «En travaillant pour le changement on peu effectivement provoquer le changement. L’espoir est meilleur que la peur. Gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde». Jack Layton, le chef de l’Opposition du Canada, a écrit ces encouragements dans une lettre d'adieu deux jours avant son décès. Cette lettre a bouleversé des milliers de citoyens, moi y compris. Cette lettre demeurera gravée dans le cœur des Canadiennes et des Canadiens. J’ai appris l’annonce du décès de Jack Layton lundi matin, en surfant dans les médias sociaux sur mon iPhone, de retour d’une rencontre avec le député de Maskinongé. Les funérailles nationales de Jack Layton ont été célébrées ce samedi après-midi (27 août), au Roy Thomson Hall, une salle de spectacles de Toronto (Ontario).

INTERVENTION DU DÉPUTÉ DE MASKINONGÉ
J’essaie toujours d’obtenir un appui des autorités québécoises au projet Gouvernement ouvert et Francophonie, malgré une décision défavorable de Innovation et développement des affaires de la Ville de Trois-Rivières (IDÉtr). J’ai demandé une révision de leur décision, et le directeur général de IDÉtr a souhaité prendre auparavant conseil auprès de la députée de Trois-Rivières. Mme Danielle St-Amand a transféré le dossier au député Jean-Paul Diamond, député de Maskinongé, le 16 août. Puisque IDÉtr ni la députée de Trois-Rivières ne m’ont accordé de rencontre (IDÉtr a pris une décision sans même m'interroger et me permettre de répondre à leurs questions), j’étais vraiment contente que Jean-Paul Diamond accepte de me parler en personne le 22 août dernier.

Mon objectif de rencontre avec le député de Maskinongé est de trouver une solution de démarrage du projet international de déploiement du gouvernement ouvert à travers la Francophonie.

M. Diamond a indiqué qu’il acceptait de s’occuper de ce dossier.

J’espère qu’il se créera rapidement une sorte de tandem entre M. Diamond et le leader parlementaire adjoint du gouvernement, Henri-François Gautrin, qui pilote depuis octobre 2010 une analyse en cours sur le potentiel du Web 2.0. Le rapport final de cette analyse est attendu le 15 décembre 2011.

Le projet Gouvernement ouvert et Francophonie a été présenté il y a sept mois au gouvernement du Québec en février 2011. Il reste encore quatre mois avant le dépôt du rapport final de Henri-François Gautrin. Comment faire pour accommoder le démarrage de ce projet, avant la fin de l'année?

Pour le moment, aucune solution n'a encore été proposée, mais je tiens à souligner les efforts de messieurs Diamond/Gautrin pour tenter d'en trouver.

LA COLOMBIE-BRITANNIQUE EXPÉRIMENTE AVEC UN NOUVEAU TYPE DE LEADERSHIP
Pendant que les mois s’écoulent et que je demeure dans l’attente d’un engagement de la part du gouvernement du Québec (depuis le début de l’année), Christie Clark a eu le temps d’être élue à la tête du gouvernement de la Colombie-Britannique, déclarer son intention de devenir la première ministre la plus branchée au Canada, déclarer l’implantation d’un gouvernement ouvert, (entre autres) lancer la première plate-forme provinciale de données ouvertes avec un nombre impressionnant d’ensembles de données (juillet 2011) et produire cette remarquable vidéo sur le gouvernement ouvert (http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3pq6V40uQYY#).

Cette semaine, le chevronné @fusedlogic a reçu Stephanie Cadieux, la ministre du Travail, des Services aux citoyens et du Gouvernement ouvert à l’émission Gov2TV. L’hôte de cette émission est Walter Schwabe. Il parcourt le monde pour découvrir comment le gouvernement utilise la technologie en ligne et l'Internet pour devenir plus transparent, efficace et réactif.

L’éditeur de gouvernement ouvert de O’Reilly Media, Alex Howard alias @digiphile a gazouillé cette déclaration de la ministre Cadieux: "To tackle problems, we need to engage the hearts, the souls, the minds of the smartest people" --- «pour s'attaquer aux problèmes, nous devons engager les cœurs, âmes, et esprits des personnes les plus intelligentes». Voir le billet de @digiphile à ce sujet: http://radar.oreilly.com/2011/07/british-columbia-open-government-data.html.

Avec cette déclaration, je trouve que la Colombie-Britannique se rapproche d'un style de soul of leadership, approprié dans un contexte de gouvernement ouvert. La Colombie-Britannique commence à décoder l'alchimie du cœur et d'un grand leadership.

Un véritable leadership commence au niveau spirituel. Il ne s'agit pas de popularité, de puissance ou d'entassement des profits, mais de réussir à parvenir à écarter l'égo de la route afin que les personnes qui composent une organisation puissent servir le plus grand bien. Une femme ministre, et de surcroît une personne en fauteuil roulant, a peut-être davantage de conscience et de chances d'exercer ce type de leadership?

Un accident de voiture à l'âge de 18 ans a changé le cours de sa vie. «J'ai les mêmes rêves que tout le monde, les mêmes chagrins... Sauf que j'utilise un autre mode de locomotion», a indiqué Mme Cadieux. Cette autre façon de se déplacer lui a permis de développer son cerveau pour penser autrement, ce qui pourrait expliquer qu'elle puisse envisager de diriger autrement.

«Dans notre monde toujours plus interconnecté, nous avons appris que ni le gouvernement ni le secteur privé peuvent trouver seuls des solutions aux problèmes. Nous devons travailler en partenariat et nous devons «gérer avec l'âme» pour atteindre nos objectifs communs», indique Deepak Chopra dans son récent livre.

Cette déclaration de la ministre Cadieux contraste avec la réponse que j'ai reçue de IDÉtr. On m'a dit que je suis «trop bonne». Il s'agirait d'une des raisons du rejet de mon projet.

LA RÉPONSE DE LA CHEF DE L’OPPOSITION
Le 23 août, j’ai assisté à Trois-Rivières à la première assemblée citoyenne organisée par le Parti Québécois. Mme Marois a dit qu’elle souhaitait «redonner de l’intégrité au gouvernement, en faisant le ménage des institutions gouvernementales ce qui devrait redonner de la confiance aux citoyens, en éliminant la bureaucratie et le dédoublement des structures.» Tout cela pourrait être atteint par le biais d’un gouvernement ouvert. J’ai demandé à la chef de l’opposition, Pauline Marois, d’aller plus loin dans ses réflexions, en adoptant la philosophie du gouvernement ouvert. Elle a répondu qu’il «ne faut pas négliger ces questions, mais que cela prendra une révolution». Il y a lieu d’espérer que le Parti Québécois développe une approche de gouvernement ouvert et qu’aient lieu des interventions de membres de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale cet automne, en lien avec le mandat d’analyse sur le potentiel du Web 2.0.

AMORCE VERS UN CHANGEMENT DE CULTURE, ET LA «VOIX» DU QUÉBEC
Visitez, commentez, suggérez des idées et votez pour des idées http://www.consultationgautrinweb2.gouv.qc.ca.

Le vent tournerait-il? Il y a lieu de le croire.

Premièrement, on m’a accordé une audience. Le député de Maskinongé à accepté de me rencontrer le 22 août, et a dit qu’il allait se pencher sur mon dossier. Une fenêtre de collaboration pourrait s’ouvrir.

Deuxièmement, l’équipe Gautrin commence à reconnaître les initiatives de citoyens. En fin d’après-midi, vendredi (26 août), l’équipe @GautrinWeb2 a gazouillé ceci, à @CapitaleOuverte: «Bravo pour votre initiative et votre engagement!»
(http://twitter.com/#!/GautrinWeb2/status/107146160023670784)

Je considère que ces félicitations sont une marque de reconnaissance des efforts d’un "grass-roots movement" déployés par des citoyens, pour que la Ville de Québec libère ses données. Cela pourrait être lu comme étant un pas vers le «changement complet des mentalités», qui est nécessaire à l’articulation d’un gouvernement ouvert, a déclaré Henri-François Gautrin, dans un reportage du 9 août de la SRC à propos de son mandat d’analyse.

En mode veille, être à l’écoute signifie s’efforcer d’aller au-delà des attentes, afin de créer un environnement propice à l’évolution. Se contenter de recueillir les idées sur la plate-forme de consultation, ce n’est pas suffisant. Les citoyens le font sentir depuis le début de la mise en ligne de la consultation publique, dans leurs commentaires et gazouillis.

Une démonstration de reconnaissance constitue un excellent point de départ.

Celles et ceux qui suivent avec intérêt les travaux de l’équipe Gautrin espèrent qu’une stratégie, un plan d’action, ou des éléments de vision, leur soient dévoilés, d’ici au 15 décembre prochain. Quelque chose - quelque espoir - à quoi s’accrocher, qui permette d’entrevoir vers quoi s’enligne la vision de Henri-François Gautrin.

La «voix» d'une organisation est révélatrice de sa culture. La culture organisationnelle, dans le domaine des études organisationnelles et de la gestion, est décrite comme étant la psychologie, les attitudes, les expériences, les croyances et les valeurs (valeurs personnelles et culturelles) d'une organisation. La culture organisationnelle est définie aussi comme «la collecte spécifique des valeurs et des normes partagées par les personnes et les groupes dans une organisation et qui contrôlent la façon dont ils interagissent les uns avec les autres et avec les intervenants à l’extérieur de l'organisation.»

Veuillez noter que cette définition met l'accent sur la façon dont les personnes interagissent les unes avec les autres ainsi qu’avec les intervenants extérieurs à l'organisation. L'interaction entre les gens est en grande partie facilitée par les communications. Les communications se traduisent par des attitudes, des actions et le ton des conversations. De nos jours, les attitudes, gestes et ton des conversations sont devenus «open source», alimentés par la puissance des médias sociaux.

Les gens (pour un gouvernement, des employés, des citoyens) consistent en la puissance de toute organisation, et à moins d’être investis d’empowerment individuel, ces gens se sentent impuissants.

Unifiés autour d’une cause, d’une mission ou d’un objectif commun, des personnes peuvent et vont faire des choses hors du commun. Des choses peu fréquentes - telles que vaincre l'impossible, explorer l’inattendu et sortir hors du cadre, de ce qui n’est pas planifié -, de ces choses, en marge de situations rares, survient l'innovation.

Je considère que davantage de communication ferait le plus grand bien à tout le monde, en ce qui concerne le projet GautrinWeb2. J’ai proposé trois axes simples à développer à M. Gautrin cette semaine.

Le premier ministre Jean Charest a initié une démarche, en octobre 2010, en confiant un mandat d’analyse à Henri-François Gautrin. Le premier ministre est directement responsable des dossiers jeunesse. Des communiqués fréquents d’ici à la fin de l’année seraient souhaitables.

Si les dirigeants gouvernementaux ne parviennent pas d'abord à changer leur propre culture (ou pour reprendre les mots de Henri-François Gautrin, à instaurer un «changement complet des mentalités»), ils ne parviendront pas à puiser dans les «open source» de la culture des médias sociaux. Tenter de le faire, sans préalablement modifier leur propre culture, est une voie vers l'échec.

Par conséquent, des démonstrations tangibles de changement de culture sont souhaitables, dès maintenant.

Par ailleurs, la «voix» du Québec doit s’affirmer au cours des prochains mois, notamment par:
- La mobilisation des citoyens à participer à l’analyse sur le potentiel du Web 2.0 et à collaborer avec le gouvernement;
- La mobilisation de ses propres institutions gouvernementales, ainsi que la mobilisation des municipalités du Québec, à s’engager dans une démarche conduisant à la libération des données et à l’adoption d’une gouvernance ouverte;
- Se rallier aux autres gouvernements déjà engagés dans cette voie dans l’espace canadien;
- La mobilisation des pays ayant le français en partage en leur proposant d’adopter le gouvernement ouvert comme mode privilégié de gouvernance (via le projet Gouvernement ouvert et Francophonie);
- Se rallier aux autres gouvernements à travers le monde, notamment en développant un volet complémentaire francophone au Open Government Partnership.

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DERNIÈRE HEURE --- 8 septembre 2011
RÉPONSE FINALE DU GOUVERNEMENT
Le député de Maskinongé, Jean-Paul Diamond, a répondu le 1er septembre 2011 ceci: "Il n'y a pas de solutions. Il n'existe rien au gouvernement du Québec qui permette de démarrer ce projet".

04 mars 2011

«L'État, c'est moi!» pense Stephen Harper?

Vous devez absolument lire cet article de La Presse canadienne à propos d’une nouvelle directive de communications fédérales. C’est plutôt ahurissant. Désormais, il faudra remplacer les mots «Gouvernement du Canada» par «Gouvernement Harper», une nouvelle directive du… euh… «Gouvernement Harper».

Franchement! Ils n’ont vraiment rien d’autre à penser et à faire que d’émettre des directives de ce genre?

Avec cette mentalité de roitelet, on est très loin d’un Gouvernement ouvert…

09 novembre 2010

L’importance des communications dans un contexte gov2.0


Le spécialiste en technologies, Brooks Bennett était invité à Gov20Radio (fondée par Adriel Hampton) ce dimanche (7 novembre 2010) pour discuter des meilleures pratiques de sensibilisation en lien avec les médias sociaux pour les gouvernements locaux, notamment les sites de téléphonie mobile et Flickr. Écoutez cette émission.

Brooks Bennett s’est attardé sur l’importance de l’équipe des communications dans un contexte de gouvernement 2.0. Je vous présente cinq éléments qu'il a abordés, qui constituent la clé de sont succès.

Passion et travail sont les éléments de base de la majorité des histoires à succès. Il a commencé par comparer sa municipalité à une entreprise familiale. Le père de Brooks Bennett était apparemment très impliqué dans la politique municipale. Brooks a expliqué qu’il avait baigné dans ce milieu de gouvernement local depuis sa tendre enfance. Il a choisi de suivre les traces de son père et aujourd’hui, il se passionne pour son travail à la municipalité de Round Rock, au Texas (États-Unis). Cela transparaît dans tout ce qu’il fait.

Assurez une cohérence à vos communications. «Tout passe par notre équipe de communication. Nos vidéos sont diffusés sur notre site, mais également sur Facebook, etc.» Brooks Bennett a également indiqué que les citoyens respectent le fait qu'il y ait de l'écoute. Davantage de respect conduit à davantage de participation, de collaboration, et par le fait même d’empowerment des citoyens.

Développez des outils de mesure qui reflètent la participation citoyenne. J’ai rédigé un billet à ce sujet. Voir «Rendre justice à la puissance transformatrice des conversations gov2.0» «Lorsque des citoyens disent des choses positives à votre sujet, faites passer ce message aux paliers supérieurs», a indiqué Brooks Bennett.

Entourez-vous de gens créatifs et sollicitez leurs idées et participation. Books Bennett rencontre régulièrement tous les vendredis un groupe de travail local pour des séances de remue-méninges. Ce groupe est constitué de gens inventifs: blogueurs, développeurs indépendants de sites Internet, etc. Steve Ressler a publié un billet dans Govloop à propos des rencontres hebdomadaires de Brooks Bennett.

Demeurez à l’affut des nouvelles technologies et efforcez-vous de les intégrer. Les citoyens utilisent de plus en plus les sites de téléphonie mobile pour communiquer avec le gouvernement. «Nous désirons augmenter la transparence. Nous avons à cœur l'accroissement de la participation citoyenne», a dit Brooks Bennett. Il a mentionné les possibilités des «Augmented reality apps», une technologie qui fait découvrir un tout nouveau monde. Il a parlé de la géo-localisation des contacts de médias sociaux. Par le biais de la technologie de réalité augmentée, les gouvernements peuvent mieux suivre les citoyens. [Par exemple, TwittAround propose de positionner vos contacts Twitter en temps réel et de les afficher sur les images que vous filmez. A priori, ce n’est pas incroyablement utile, mais cela permet tout de même d’ajouter un peu réel dans l’univers virtuel.] La réalité augmentée est l'avenir, mais grâce à ces applications, vous pouvez découvrir l'avenir dès aujourd'hui.

Les médias sociaux sont peu onéreux: exploitez-les! «Pour 100$ environ, nous avons obtenu près de 1200 photos de qualité profesionnelle! Flickr est peu dispendieux», s’est exclamé Brooks Bennett. 134 photographes ont soumis des photographies à Round Rock, dans un groupe créé par la municipalité dans Flickr. Ces utilisateurs ont autorisé la Ville à se servir de leurs photographies à des fins de marketing et communications. Brooks Bennett a indiqué que les groupes Flickr fonctionnent bien pour les administrations gouvernementales qui les utilisent.

25 février 2009

Le spectre d’une pandémie

En novembre 2008, David Nabarro, le coordonnateur senior de l’influenza humaine et aviaire aux Nations Unies, a déclaré lors d’une conférence prononcée devant le Centre for Strategic and International Studies, qu’il évaluait que l’état de préparation mondiale avait atteint 40% de l’objectif visé.

Il avait alors indiqué qu’il souhaitait voir augmenter l’état de préparation à 60% - voire 70% - avant la tenue de la prochaine conférence ministérielle, qui est prévue avoir lieu en 2010 au Viêt nam.

Ceci n’arrivera pas.

En raison du contexte économique, qui fait tout dérailler.

Nous assisterons à un grave démantèlement de l’état de préparation mondiale. Cette tendance est déjà observée, comme cela a été confirmé cette semaine par Bernard Vallat, directeur de l’OIE.
"On observe un peu partout à travers le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines relatifs à la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d'élevage ou sauvages. Beaucoup des 172 pays membres de l'OIE envoient des signaux témoignant d'une baisse de la garde vis-à-vis des menaces sanitaires vétérinaires. Nous ne disposons pas encore de chiffres précis, mais la tendance est manifeste, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés."

L’état de préparation mondiale se réduira-t-il jusqu’à à peau de chagrin?

Au cours des trois prochaines années, nombreuses seront les nations du monde qui mettront certainement leurs budgets de pandémie sur la glace.

Les entreprises, qui sont prises à la gorge par la dépression, vont faire de même.

Juxtaposez à cela le fait qu’il ne resterait guère d’armes pharmaceutiques à jeter contre une pandémie. Une production mondiale de vaccins pandémiques sera retardée de plusieurs mois (probablement plus d’une année). Selon une récente étude du groupe pharmaceutique IFPMA, si une pandémie de H5N1 se propageait aujourd'hui, les fabricants auraient probablement besoin de quatre ans pour faire face à la demande mondiale de vaccins. Par conséquent, nous pouvons être assurés qu’il n’y aura pas de vaccin disponible pour combattre les premières vagues d’une pandémie. Le Tamiflu est encore actif contre le H5N1 (si ce candidat pandémique arrive à développer la capacité à se transmettre plus facilement entre humains). Toutefois, il n'est pas exclu qu'une résistance au Tamiflu se développe rapidement au moment de l’utilisation massive de cet antiviral. Le Relenza aussi est encore actif contre le H5N1. Mais il ne représente qu’environ 20% des réserves d’antiviraux. Ces antiviraux ne sont pas éternels, comme tout médicament, et à un moment donné, ils doivent être renouvelés.

Que reste-t-il comme possibilités?

Peut-être des préparatifs pandémiques sociaux. Cela pourrait être une avenue, de renforcer l’empowerment des citoyens. Étant donné qu’il ne faut pas s’attendre à ce que les systèmes de santé publique performent comme des champions en temps de pandémie, et que les entreprises déjà affaiblies par une récession pourraient tomber comme des mouches, la seule chose qu’il reste comme possibilité de développement, ce sont les gens.

Si le leadership nécessaire au lancement de préparatifs pandémiques sociaux ne se matérialise pas de la part des plus hautes instances de gestion de pandémie, n’espérons pas que des préparatifs pandémiques sociaux se créeront tout seuls par enchantement.

Jusqu’à présent, des efforts ont été déployés de par le monde pour sensibiliser le grand public à une pandémie.

Mais pas suffisamment.

A-t-on donné l’heure juste aux populations?

Je ne le crois pas.

Les communications sont beaucoup moins coûteuses que la plupart des mesures de préparation qui ont été mises de l’avant jusqu’à présent.

Vu le présent contexte mondial, l’avenue du développement de préparatifs pandémiques sociaux serait une planche de salut.

18 novembre 2008

Quand la chance nous sourit: un risque pandémique mi-figue mi-raisin

Paru le dimanche, 2 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Avez-vous remarqué qu’un nouveau mot a dernièrement fait son entrée officielle dans le discours des agences internationales concernant le risque de pandémie? La «chance». Un article mentionnant ce mot, signé par Pierre Melquiot dans Actualités News Environnement, a attiré mon attention: «Grippe aviaire, la chance a permis d’éviter une virulente épidémie en 2008?».

Venant de la part d’une institution aussi respectable que la Banque mondiale, il est étonnant de constater que la «chance» se retrouve désormais sur les lèvres de porte-parole associés à la coordination des mesures pour lutter contre la grippe aviaire. Car jusqu’à présent, l’heureux hasard n’était absolument pas de circonstance pour décrire la situation mondiale du risque pandémique. Le discours officiel cherchait surtout à souligner à quel point le virus était sous contrôle, tel qu’on peut encore le lire sur la page d’accueil du site gouvernemental Pandémie Québec (10 septembre 2008): «L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère présentement que le risque d'éclosion d'une pandémie d'influenza, provoquée par la transmission d'humain à humain du virus H5N1 de la grippe aviaire, demeure important mais qu'il est bien contenu.»

Le nouveau discours officiel est tout autre, puisque les autorités internationales indiquent maintenant deux possibilités, dont la nouvelle alternative est loin d’être associée à la notion de contrôle: «L’apparente accalmie dans la propagation du virus de la grippe aviaire pourrait être due autant à la chance qu’à l’effort international pour détecter, prévenir et combattre la maladie», ont exprimé les experts de la grippe aviaire, qui se sont réunis en Égypte le week-end dernier à l’occasion de la Sixième Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique.

Cette déclaration me semble être, en langage diplomatique, un compromis acceptable mi-figue mi-raisin (entre l’agréable et le désagréable), qui laisse au lecteur le choix de deviner la réponse à la brûlante question: Pour quelle raison la pandémie ne s’est-elle pas encore déclenchée?

Les personnes qui suivent de près les nouvelles portant sur la grippe aviaire trouveront une mince consolation dans ce nouveau vocabulaire, car elles savent que de nombreux cas d’infection ne sont pas détectés, ou ne sont pas déclarés. L’apparente accalmie, aux yeux de certains, pourrait s’expliquer par un black-out d’information, de nombreux cas passant sous le radar de la détection, le déni de cas, ou encore le fait que d’autres cas pourraient être mal diagnostiqués et imputés à d’autres maladies.

Cela me plaît que le mot «chance» se retrouve en premier lieu dans l’énumération des deux éléments mentionnés par les autorités internationales - dans l'article de Pierre Melquiot du moins - avant même l’effort mondial déployé pour détecter, prévenir et combattre la maladie. Les autorités parlent à mots couverts, mais je suis rassurée que «chance» ait été introduit dans le discours officiel. Cela ouvre la porte à une dimension intangible et impossible à définir, mais dont l’intuition de ceux et celles qui perçoivent les zones grises, entrevoient néanmoins toute la menace de la situation.

«Nous sommes arrivés à un tournant dans la lutte internationale contre les maladies infectieuses», affirme Piers E. Merrick, qui constate que «nous avons certes lutté efficacement contre les grippes aviaire et humaine, mais face à un grand nombre de ces maladies, il faudra adopter un plan d’actions à long terme, plus sophistiqué et plus complet.»

Nous verrons de quelle manière s’articulera une planification des États «plus sophistiquée et plus complète» au fil des prochains mois. D’ici la fin de l’année, l’OMS a annoncé qu’elle déposerait de nouvelles directives axées sur quatre thèmes de développement (d'après Revision of the Pandemic Influenza Preparedness Guidance - An Update on the Drafting Process): 1) emphase sur une préparation soutenue, 2) considérations légales et éthiques, 3) rôle crucial des communications, et 4) approche «société dans son ensemble».

Il est probable que l’année 2009 sera un bon cru pour les mordus de préparatifs pandémiques!

Le nouveau rapport de l'ONU recommande une planification multisectorielle

Le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire recommande une planification multisectorielle

Paru le dimanche, 19 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com



David Nabarro. Photo Getty Images, source

Il y a un an de cela, en novembre 2007, le Dr David Nabarro, coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe, avertissait déjà qu’il existait une «préoccupation majeure sur la capacité réelle des pays à activer leurs plans en cas de pandémie, sur leur capacité à impliquer d’autres secteurs que les services de santé car une pandémie aurait des implications économiques et sociales.» (Conférence de presse du coordonnateur principal du système des Nations Unies pour la grippe, David Nabarro, 29 novembre 2007)

Cette semaine, nous pouvons constater que ce discours a évolué et a été renforcé dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire [Responses to Avian Influenza and State of Pandemic Readiness: Fourth Global Progress Report]. David Nabarro, l’un des plus grands experts en santé publique, a dirigé l’équipe de l’ONU et de la Banque mondiale qui a produit ce document de 105 pages, dont le synopsis a été publié dans les six langues des Nations Unies (français, arabe, chinois, anglais, russe, espagnol).

Ce document fournit les grandes lignes directrices qui vont permettre aux États du monde entier de peaufiner leurs préparatifs en vue d’une pandémie. En plus du secteur de la santé, les experts recommandent désormais une approche multisectorielle comportant les dimensions sociale, économique et politique.

Ce qui signifie que l’implication de la société civile et du secteur privé – qui était demeurée relativement limitée à ce jour – pourrait enfin prendre sa place dans les processus de planification.

Le rapport insiste pour que toutes les parties unissent leurs efforts: «Il est essentiel que les efforts de préparation nationale à une pandémie soient entrepris conjointement par toutes les parties prenantes – représentants d’organismes du secteur public, entités privées, société civile et Croix-Rouge, organisations du secteur des médias et groupes confessionnels.» (Synopsis, paragraphe 26).

Notez ici l’emploi de l’expression «organisations du secteur des médias», qui est large. On pourrait donc y inclure les médias sociaux. La sphère du Flublogia (les blogues et les forums de discussion portant sur l’influenza et les préparatifs pandémiques) font partie du Web 2.0 et sont considérés comme étant des médias sociaux.

Le rapport souligne aussi l’importance des approches de communications. Le 30 avril dernier, l’OMS a annoncé que les conseils pour aider des pays dans la préparation à la prochaine pandémie seraient révisés et il était prévu que ces directives soient éditées vers la fin de 2008. Nous sommes à la mi-octobre, alors je ne sais pas trop si le Quatrième rapport intérimaire mondial correspond à la révision annoncée au printemps. Lors de l’annonce du mois d’avril, il avait été question d’une révision du rôle des communications au cours d'une pandémie d'influenza. Voici ce qu’indique le Quatrième rapport intérimaire mondial à propos des communications:
«Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. La communication en vue des modifications comportementales est un composant complémentaire essentiel de chaque aspect des activités dans le domaine de la grippe aviaire et humaine. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes. Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18).
En lisant entre les lignes, on peut voir que ces directives incitent les États à explorer des nouvelles manières de communiquer avec la population, afin de créer un dialogue véritable qui favoriserait la confiance. La dernière phrase est assez révélatrice du prodigieux défi que pose la communication liée à une pandémie. Même si les États émettent de l’information et publient des directives, il n’est pas garanti que la population écoutera et se conformera aux directives officielles.

Voilà pourquoi il importe tant que les États s’efforcent de réduire le fossé existant entre l’administration gouvernementale et la société civile. Autant les citoyens doivent apprendre à faire confiance aux planificateurs de pandémie et aux décideurs, autant ceux qui gouvernent vont devoir apprendre à confier des responsabilités de planification, d’information et de sensibilisation à des leaders d’opinion, leaders communautaires et simples citoyens. L’ère du contrôle Top-Down pourrait faire place au Bottom-Up qui est en train d’émerger, de toute façon, avec le développement du Web 2.0.


Zonegrippeaviaire a approché le gouvernement du Québec au mois de mars 2008. En juin, le gouvernement a décidé de rejeter la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, pour ne pas avoir à reconnaître les médias sociaux (voir le document Les médias sociaux et la communication du risque, obtenu par le biais de la Loi sur l'accès à l'information). Espérons que les décideurs québécois réviseront leur position et intégreront les nouvelles directives proposées dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire.

Le Québec pourrait remonter la pente avec les actions suivantes: réviser ses positions, admettre l’importance de l’implication de la société civile dans une planification multisectorielle (Synopsis, paragraphe 22), inviter les organisations du secteur des médias à sa table de planification de pandémie (Synopsis, paragraphe 26), proposer des mécanismes de financement approprié, (Synopsis, recommandation 3) et innover en recherchant un cadre d’actions qui ferait en sorte que la prise de conscience et de la connaissance se traduise par une modification efficace du comportement de la population (Synopsis, paragraphe 18).

Saviez-vous que «chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque»?

Paru le mardi, 9 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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On dirait qu’il existe une profonde contradiction entre deux tendances actuelles: un mouvement s’en allant vers une autre Grande Noirceur, appelée «société du silence» par Pierre Noreau, et l’explosion d’une liberté d’expression associée aux médias sociaux. Peut-être que ces deux tendances ne sont pas aussi contradictoires et que l’une influence l’autre.

Le silence et l’obscurantisme
Ce n’est pas la première fois que j’aborde la question de la «société du silence». Voir mes billets Plusieurs jugent que le premier ministre Stephen Harper se comporte en Big Brother. Quel impact cela a-t-il sur la planification de pandémie au Canada? et Les médias sociaux pourraient-ils aider à renverser la tendance à la «société du silence»?

Le journaliste Fabien Deglise a publié aujourd’hui dans le Devoir un article absolument étonnant, «Le nouvel obscurantisme». Il y explique que la société du silence n’est pas simplement une tendance observée au Canada, mais qu’elle s’appliquerait également à l’ensemble du monde occidental:
«Elle [la tentation du secret et la montée récente de l'obscurantisme] n'est aussi pas seulement locale mais aussi «globalisée», ajoute Pierre Noreau en évoquant les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne comme autres terreaux fertiles à l'obscurantisme. Des terreaux sur lesquels les appareils gouvernementaux cultivent la noirceur, mais tout comme le secteur privé, les universités, les citoyens lambda... «Aujourd'hui, chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque», dit-il.»
Si jamais cette tendance s’incrustait et se généralisait, je devrais pratiquement envisager de changer de planète... Où les penseurs et les artistes seront-ils à l’aise et auront-ils droit à leur place au soleil si la libre circulation des idées est gravement compromise dans notre monde?

Doubles strates de silence dans le cas des préparatifs pandémiques
J’ai remarqué (c’est difficile à louper!) que la grippe aviaire n’est pas un sujet tellement à la mode. Il s’agit même d’un sujet que l’on pourrait classer parmi les tabous. Les gens ont peur d’entendre parler de la grippe aviaire pour une foule de raisons, allant de l’apathie, au refus de considérer le fait qu’ils pourraient mourir, à l’optimisme irréel, à l’indifférence, au déni total et à l’ignorance. Le Dr Peter M. Sandman, un communicateur de risque de renom, a prévenu: «Les dangers les plus sérieux qui menacent notre santé sont typiquement caractérisés par la sous-réaction du public – c’est-à-dire, par l’apathie, plutôt que la panique.»

Au départ, il existe donc une profonde gêne au sujet de la grippe aviaire, qui fait que les gens se replient volontairement dans le silence, au lieu de l’évoquer.

Et à cela, se rajoute une autre strate de silence: des problèmes engendrés par un contrôle critique de l’information par les autorités gouvernementales. Me Michel Drapeau, avocat, enseignant à l’Université d’Ottawa, ancien militaire à la retraite, très respecté dans le milieu de l'accès à l'information, a indiqué en juillet dernier: «Le gouvernement ne fait pas confiance aux gens. Il pense que chaque information va lui nuire et que les citoyens ne sont pas assez intelligents pour faire la part des choses.»

J’ai pu personnellement vérifier cela au début de l’année, lors d’une conversation téléphonique avec Marc Nolin, coordonnateur de l’information et des mesures d’urgences de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui m’a dit textuellement: «Nous autres, on ne met pas d’information scientifique [dans nos communiqués ou sur nos sites] parce que les gens ne comprennent rien. Nous vulgarisons les données avant de les présenter à la population.»

Remarquez aussi la manière dont les autorités gouvernementales présentent les cas d’infection de listériose au Canada. C’est souvent «le premier cas confirmé» par ci, et un autre cas par là. Il faut avoir une véritable âme de Sherlock Holmes pour arriver à saisir le portrait général du nombre total des cas survenus sur l’ensemble du territoire.

L’obscurantisme à propos des préparatifs québécois en vue d’une pandémie
J’ai identifié au cours des derniers mois des exemples concrets de tendance à l’obscurantisme concernant les préparatifs pandémiques au Québec.

LA FRÉQUENCE DE LA MENTION DU DOSSIER EST PEU ÉLEVÉE
Les autorités gouvernementales québécoises ne parlent quasiment jamais à la population des préparatifs en vue d’une pandémie.

En 28 mois, il y a eu 8 communiqués de presse concernant le Québec affichés sur le site Pandémie Québec. Le dernier communiqué remonte au mois de novembre 2007.

Pourtant, une pandémie est considérée comme la menace No. 1 par le Royaume-Uni, et maintenant aussi par l’ensemble des pays membres de l’Union européenne. Les mêmes dangers craints par 27 pays européens s’appliquent également au Canada et au Québec… Alors comment est-ce possible que la menace No. 1 ne soit même pas mentionnée du bout des lèvres? Comment se fait-il que nous n’en entendions si peu parler? Ce n’est pas normal que ce qui occupe la position No. 1 en haut de l’échelle des menaces ne soit pas présent dans nos esprits, dans les débats, etc.

LES ANNONCES IMPORTANTES NE SONT PAS PUBLIÉES SUR LES SITES DU GOUVERNEMENT
Une annonce survenue le 11 août dernier d’un investissement de 50 millions de dollars en stockage d’antibiotiques pour le traitement des infections secondaires n’a pas été affichée sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux, ni sur le site Pandémie Québec. La nouvelle est sortie sous forme d’entrevue avec un journaliste du quotidien Le Soleil. Cela m’a été confirmé au téléphone par Pierre Laflamme, coordonnateur du comité du MSSS sur la pandémie.

LE SITE OFFICIEL PANDÉMIE QUÉBEC N’OFFRE PAS DE POSSIBILITÉ D’INTERACTION AVEC LE PUBLIC
Zonegrippeaviaire a appris par le biais de l’accès à l’information que le gouvernement prépare une mise à jour du site Pandémie Québec, la porte d’entrée de l’information dédiée à la pandémie, le point de convergence et de référence de l’activité communicationnelle du gouvernement. La mise à jour de ce site est prévue pour décembre 2008.

Mais nous savons aussi à l’avance que la nouvelle version du site ne comportera pas d’applications Web 2.0. Ce qui signifie par conséquent que le gouvernement du Québec échoue à instaurer un mécanisme de rétroinformation mentionné dans le Plan de communication du gouvernement du Québec en cas de pandémie d’influenza:
2.1.1 La relation au risque – «La menace que fait peser la pandémie sur la vie et la santé, son injustice, son caractère irréversible et sa dimension planétaire sont susceptibles d’effrayer la population. Pour le communicateur, il est essentiel de reconnaître à temps cet état d’angoisse et de répondre à l’émotion du public: rester sensible, ouvert, attentif à l’évolution des sentiments, se tenir à l’écoute du citoyen et le rassurer. Une telle attitude nécessite l’instauration d’un dialogue avec la population, principalement à travers les réseaux de proximité et d’entraide. Elle requiert l’établissement de procédures exhaustives de rétroinformation afin que le message gouvernemental demeure en tout temps approprié.»
Il n’y aura pas d’outil exhaustif de rétroinformation intégré dans le site Pandémie Québec.

LE GOUVERNEMENT CHOISIT DÉLIBÉRÉMENT D’IGNORER LES MÉDIAS SOCIAUX
Le gouvernement du Québec a refusé d’établir une collaboration avec la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, sous prétexte de ne pas souhaiter reconnaître les autres [médias sociaux]. Le gouvernement ne juge pas opportun de se mettre à la portée des gens et de dialoguer avec eux par l’entremise de technologies du Web 2.0.

Zonegrippeaviaire a obtenu (également par le biais de l’accès à l’information) un document où le gouvernement du Québec conclut qu’il ne vaut pas la peine d’investir ni temps ni argent dans les médias sociaux (voir «Les médias sociaux et la communication du risque»).


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Le silence règne-t-il aussi dans les médias sociaux?
Les médias sociaux sont censés être des espaces libres où les individus sont libérés de l’influence des institutions. Grâce à ces technologies, il a été dit par Jay Deragon que nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et honnêtes, ce qui a été compromis depuis des décennies. Voir mon billet «Les médias sociaux ont conduit à la création d’un nouveau mot, «socialutions», d’après un spécialiste américain des TI.»

Toutefois, l’article du Devoir «Le nouvel obscurantisme» indique qu’il ne faut pas «chercher à comprendre le monde». Environ seulement 11% des quelque 60 millions de blogues qui existent présentement portent sur la politique.

Les réflexions des individus engendrées par le biais des médias sociaux seront-elles compromises par la tendance à la société du silence?

Ou serait-ce l’inverse? La tendance à la société du silence sera-t-elle amoindrie par une participation massive d’individus dans les médias sociaux?

L’article du Devoir (Le nouvel obscurantisme) se termine avec une conclusion du politicologue Louis Côté, qui croit que les signes actuels d'une certaine résurgence de l'obscurantisme ne devraient pas être perçus comme un retour en arrière, mais plutôt motiver un mouvement collectif vers l'avant. «Quand on s'attaque à la libre circulation des idées, c'est le projet démocratique que l'on met finalement en péril, dit-il. Or, la démocratie, c'est un processus, pas un état stationnaire et, pour continuer à avancer, il lui faut plus de transparence et de débats ouverts.»

Ce qui me fait espérer en un momentum, ou une impulsion de forces vives des conversations collectives qui faciliteront la créativité, l’imagination, et qui favoriseront la démocratie ainsi qu’une connaissance approfondie de la manière dont fonctionnent les choses, à des niveaux encore jamais imaginés.

Une coche plus loin dans la censure des informations par les autorités gouvernementales

Une coche plus loin dans la censure des informations par les autorités gouvernementales

Paru le samedi, 6 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Jonathan Kitchen, Photographer's Choice RF, #200517052-001

Michelle Blanc a rapporté aujourd’hui que certains billets de son blogue, qui parlent du gouvernement, ont été censurés par le gouvernement fédéral. Il semblerait ne pas s'agir de tout son site, mais d'une portion de son site: certains billets qui portent spécifiquement sur le gouvernement ne sont pas accessibles à des fonctionnaires qui tentent d'accéder à certaines pages du blogue de Michelle Blanc. La populaire blogeuse du marketing Internet (le 3e blogue le plus consultée au Québec) a appris cette nouvelle étonnante via les commentaires d’un billet de Branchez-vous.

Une personne qui se surnomme le Grand maître des anonymes a commenté le billet de Michelle Blanc en révélant que «Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec censure aussi des blogues, des sites Internet, Yahoo, Hotmail, Mediadico, etc. Il veut interdire à ses employés de consulter des sites sans lien avec la santé… C’est de la pure ingérence dans le temps libre des employés.»

Ah bon!??? Merci beaucoup, Michelle Blanc, en tout cas, d’avoir partagé cette information! Je suis abasourdie d’apprendre cela…

J’ai appris à la dure au cours des derniers mois que le gouvernement du Québec ne veut rien entendre des communautés virtuelles. La porte est complètement fermée à des collaborations avec des groupes de citoyens qui utilisent des plates-formes et outils du web 2.0 pour discuter et analyser les politiques gouvernementales. Zonegrippeaviaire.com est un exemple, mais je parie que nous ne sommes pas les seules communautés virtuelles qui souhaiteraient pouvoir bâtir une collaboration cordiale et continue avec des membres de l’administration gouvernementale, dans le but de faire avancer les mesures et diverses politiques.


Toutefois, je ne serais jamais allée jusqu’à imaginer que le refus de collaboration avec les citoyens irait jusqu’à censurer ce qu’ils ont à dire sur des blogues! Je pensais au contraire que les blogues et les commentaires de gens sur des forums ou autres médias sociaux étaient consultés de temps à autre par des fonctionnaires. J’imaginais même les décideurs en train de se payer une bonne rigolade en lisant certains de nos commentaires. J'ai même souhaité qu'ils nous répondraient.

Pour ce qui est des commentaires et informations publiés sur Zonegrippeaviaire.com, je sais pertinemment qu’ils ne sont ni lus, ni appréciés, ni retenus par les décideurs et les planificateurs: si c’était le cas, cela aurait paru quelque part dans les politiques, et je m’en serais rendu compte au fil des mois. Nous avons recueilli plus de 21,000 articles et analyses sur le site. Ce savoir rassemblé grâce à des efforts collectifs, s’il avait été consulté, aurait certainement pu servi à mieux éclairer nos décideurs et planificateurs.

Jusqu’à ce que je lise le billet de Michelle Blanc, je pensais que cette attitude d’ignorance/suffisance de la part des autorités s’appliquait uniquement au contenu hautement controversé, tel que les préparatifs pandémiques par exemple. Je pensais aussi que je n’avais pas eu de chance d’être tombée sur un "cas" (Yves Pépin), un promoteur de la pensée conservatrice.

Je voulais encore oser croire que d’autres fonctionnaires, dans d’autres ministères de l’appareil gouvernemental, pouvaient être différents de ce monsieur Pépin et ne pas penser comme lui. Comment le savoir? Je m'accrochais à l'idée que si quelqu'un d'autre avait occupé le poste de direction de la coordination de l’information et des mesures d’urgence, cette personne aurait pu sans doute prendre des décisions différentes et aurait même pu ne pas lever le nez sur les médias sociaux et la sphère du Flublogia.


Mais je ne pouvais pas m’imaginer, au grand jamais, qu’un rejet de cette nature pouvait s’étendre à d’autres domaines d'intervention et à d’autres blogueurs!

J’étais convaincue que le contrôle maniaque de l’information s’effectuait dans un sens (one way), c’est-à-dire que les autorités gouvernementales ne voulaient pas partager leur information avec le reste de la population.

Dans un document de Services Québec intitulé «Les médias sociaux et la communication du risque», le gouvernement du Québec a déclaré qu’il ne vaut pas la peine de «dépenser ni temps ni argent dans les applications du web 2.0». Michelle Blanc a découvert quelque chose de très important ici: cette mentalité ou refus d’accueillir favorablement tout développement en lien avec le web 2.0, qui cache une allergie considérable à tout ce qui s’appelle communication avec le citoyen ordinaire, semble être étendue aux employés du gouvernement, qui seraient contrôlés afin qu’ils n’aient pas accès à ce que la population pense d’eux.

Le gouvernement mettrait-il donc des visières aux citoyens pour que nous ne sachions pas ce qui se passe, et mettrait-il également des visières à ses fonctionnaires, pour qu’ils ne sachent pas comment les citoyens perçoivent le gouvernement? C’est logique! Les blogues parlent des vraies affaires et viennent du cœur. S'il fallait que des fonctionnaires apprennent ce que la population pense réellement d’eux! Vite, il faut s’empresser de «cacher ce sein», ou encore d’interdire l’accès à ce blogue-là.

Michelle Blanc semble avoir découvert un important pan d’une pratique qui pourrait être généralisée au sein de l’appareil gouvernemental, qui vient s’ajouter à d’autres pratiques peu louables à penchant plutôt totalitariste, mais malheureusement bien réelles…

Vaudrait-il mieux être une tranche canadienne de jambon cuit qu'une personne canadienne en pleine crise de listériose?

Paru le lundi, 1er septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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Je désire porter à votre attention une liste / compilation des cas humains de listériose au Canada (liste MISE À JOUR 1er sept. 12h45), un travail de moine effectué hier par Mado.

Une fois la liste sous les yeux, on arrive à comprendre un peu mieux la situation, mais elle comporte tellement de cases vides que le résultat est pire que les listes de cas suspectés de grippe aviaire que nous avons vues par exemple pour l'Égypte, l'Inde et l'Indonésie.

Il n'y a pas de quoi être fier, c'est sûr! [Je ne parle pas de la compilation de Mado, mais bien du travail bâclé de nos autorités publiques.] Disperser les données à ce point nous empêche d'avoir un portrait global de la situation, à tel point qu'on peut finir par penser que la crise de listériose n'est pas si importance qu'elle en a l'air. Applaudissons,c'est réussi!

Je me demande si les autorités arriveront à donner "l'heure juste", comme le dit le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc. Les autorités manquent tellement de transparence dans leur gestion (publique) des cas d'épidémie, la pente est si longue à remonter avant qu'ils n'atteignent un niveau où nous pourrions les suivre avec plus de facilité, que je m'inquiète sérieusement sur ce que sera la situation pendant la pandémie d'influenza. Je suis persuadée qu'ils sont très forts dans les analyses en laboratoire, et le traitement des patients. C'est la partie des relations publiques qui laisse à désirer. Font-ils exprès pour ne rien dévoiler, ou presque? Nous n'avons qu'à observer l'extrême précision avec laquelle les autorités nous sortent des listes de produits contaminés, pour réaliser qu'il existe une trop grande disparité entre la qualité des informations concernant les produits, et la qualité des informations concernant les victimes contaminées.

Pour la tranche de jambon contaminée, les autorités nous indiquent la sorte de produit, la marque du produit, le poids de l'emballage, la date de péremption et le code de produit. Pour une mortalité causée par la listériose, de salmonelle ou de E.coli, on nous dit qu'il est survenu un cas quelque part dans l'une des provinces canadiennes. Et c'est à peu près tout. Au moins pour la tranche de jambon contaminée, l'entreprise finit par nettoyer et désinfecter la machinerie qui coupe la viande. Mais nous, consommateurs, garderons la même hantise face aux denrées qu'il faut acheter pour se nourrir et au moment de consommer autant les fruits que les légumes, la viande, les fromages, etc.

Devrait-on concocter une déclaration à la manière d'Amir Attaran, du genre:
"Il vaudrait mieux être une tranc
he canadienne de jambon cuit qu'une personne canadienne en pleine crise de listériose", pour faire comprendre aux gens qu'il existe un trop grand écart entre la gestion des éléments liés aux produits contaminés, et celle des être humains contaminés au Canada?

À quoi correspond au juste l'information qu'on nous donne à propos d'une moyenne d'âge de 79,4 ans pour les cas de la listériose cette année, et d'autres données ridiculement imprécises? La moyenne d'âge est peut-être effectivement de 79,4 pour les cas survenus entre janvier et août 2008, mais qu'en est-il de la véritable moyenne d'âge des cas survenus au cours de l'épidémie actuelle uniquement? La compilation de Mado démontre que des jeunes gens en bonne santé, de 25 ans, ont été très malades en raison de la listériose. Ils ont récupéré, c'est un fait. Ils n'ont pas été testés, c'en est un autre. Combien y en a-t-il dans le même cas?

Rappelez-vous bien des données qu'on nous sert: moyenne d'âge de 79,4 ans, ou encore une personne "d'environ 30 ans souffrant de problèmes de santé", parce que vous allez en voir à la pelletée des données de la sorte pendant une pandémie. Le manque de données précises concernant les victimes cacherait-il quelque chose? Qui sont les véritables victimes de la listériose? Étaient-elles toutes âgées de plus de 75 ans, et seraient-elles toutes mortes de toute façon, s'il n'y avait pas eu la listériose entre temps pour les achever? J'ai l'impression que nous ne saurons jamais qui sont ces personnes qui ont succombé dernièrement aux suites de la listériose... J'ai l'impression aussi que les autorités se rabattent sur le groupe à risque des aînés pour minimiser le fait que des cas de contamination pourraient survenir chez des adultes. Peut-être que je me trompe, mais je ne me sens pas à l'aise avec les coins tournés beaucoup trop ronds sur les détails qui concernent les victimes, pour avoir une confiance aveugle en les autorités.

Quand les autorités canadiennes et québécoises nous donneront-elles enfin des informations sur les cas humains d'infection qui soient claires, nettes, précises et bien détaillées... autant que pour les tranches de jambon infectées???

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose,
et je n’ai pas hâte de voir ce que ce sera pour la prochaine pandémie d'influenza


Paru le samedi, 30 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


John Arsenault, Photonica. # 6581-000009

Ce n’est pas la première fois que j’affirme que nous sommes les moins bien préparés, parmi les nations développées, à faire face à une pandémie d’influenza. Avec ce que vous avez pu observer au cours des derniers jours concernant la crise de listériose au Canada, me croyez-vous maintenant? Comptons-nous chanceux que les morts emportés par les bactéries (elles semblent toutefois se multiplier à une vitesse folle: listériose, salmonelle et E.coli) ne sortent qu’au compte-goutte pour le moment. Quand il s’agira de milliers de personnes par jour qui mourront au cours d’une prochaine pandémie d'influenza, à voir la présente gestion de cette crise de santé publique, j’envisage le pire, et même encore plus désastreux que tout ce qui pourrait être imaginé.

Nous aurions désespérément besoin de davantage de préparatifs pandémiques à l’échelle du pays, en passant par tous les échelons, du gouvernement fédéral au citoyen canadien. L’avènement du SRAS aurait dû sonner l’alarme, et déclencher un branle-bas de combat de préparatifs de pandémie de grippe aviaire. Certes, le SRAS a laissé des traces, et des mesures ont été mises en œuvre, mais pas en quantités suffisantes. La présente crise de listériose nous démontre clairement que nous avons besoin d’examiner, sous toutes ses coutures, nos systèmes de surveillance, et aussi de passer au peigne fin la manière dont les autorités s’adressent à la population lorsque surviennent des épidémies. L’idéal serait qu’il puisse exister un dialogue véritable avec la population. Mais à la lumière de ce que nous avons pu observer ces derniers jours, je pense que nos décideurs n’en sont qu’à leurs premiers jours de cours de gestion de crise 101, et qu’ils ont encore pas mal de croûtes à manger avant d’atteindre la note de passage qui leur permettrait d’avancer dans le processus des communications de crise, ce qui nous permettrait alors d’avoir confiance en ce qui sortirait de leur bouche.

Je suis persuadée que si les équipes de travail chargées de la planification des épidémies s’étaient penchées de façon sérieuse et constante sur la menace d’une pandémie d’influenza, et que si des simulations de pandémie avaient eu lieu, impliquant à peu près tout ce qui bouge au pays, la performance actuelle des autorités aurait été toute autre que ce déplorable spectacle que nous observons, bouche bée, les bras tombant d’impuissance.

J’effectue des démarches depuis le mois de septembre 2007 auprès des autorités québécoises, afin qu’aient lieu davantage de préparatifs pandémiques. C’est assez honteux à admettre: je n’ai trouvé à ce jour AUCUN intervenant intéressé par mon discours et celui véhiculé par la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire. Les personnes que j’ai rencontrées au gouvernement du Québec «semblent» se ficher totalement de ce que je leur ai dit. Pourtant, ce que je raconte à longueur de journée sur le site Zonegrippeaviaire.com devrait les intéresser. La preuve: voyez dans quels beaux draps nous sommes présentement avec la listériose, et autres panoplies d’empoisonnement alimentaire! Et ce ne sont même pas des virus pandémiques mortels virulents.

J’ESPÈRE que cette crise va mettre un peu de plomb dans le coco des planificateurs et des décideurs du gouvernement du Québec. Je ne pense pas que la plupart soient devenus assez prévoyants pour ce genre d’exercice mental: faire le lien entre ce que nous traversons en ce moment et l’épouvantable vision de ce que pourrait représenter une pandémie grave.

Voici un extrait de l’article du Journal de Montréal, «Bolduc sort de son mutisme»:
«Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne.»

«Son travail n'est pas de couper des rubans ou d'annoncer des millions. Sa principale occupation devrait être de rassurer la population», martèle son homologue de l'opposition officielle, Éric Caire.

Il pointe aussi du doigt la transmission de l'information concernant la bactérie au public et entre les divers ordres de gouvernement.

«C'est le fouillis total. Il y a une absence de communication entre les agences, les CSSS et le Ministère», dit-il.

«Je donne toujours l'heure juste», répond le ministre.

Il ajoute ne pas pouvoir être au courant de tous les cas dans un délai de quelques heures.» Je ne regarde pas chaque cas de listériose, ce ne serait pas logique. C'est quand ça devient un grand enjeu comme maintenant qu'on suit ça de plus près.

«La situation est sérieuse. C'est une crise nationale, et chacun doit jouer son rôle. L'important pour la population, c'est de savoir qu'on a pris les cas en main et qu'on tente d'établir un lien entre eux pour en trouver la source.»
Faites, mon Dieu, qu’il n'y ait jamais de pandémie d'influenza grave au Québec!

Les autorités québécoises persistent à penser – comme elles le font depuis quelques années – qu’elles sont donc bonnes, les meilleures qui soient en fait, parfaitement capables de gérer avec efficacité et de main de maître une pandémie, et préparées de manière des plus appropriées pour y faire face. Cette mentalité erronée, et malheureusement contagieuse à de nombreuses sphères du gouvernement, va persister au sein de l’administration québécoise tant que nous entendrons des déclarations venant de la bouche du plus haut responsable de la santé au Québec, telles que: «Je donne toujours l'heure juste», ou encore «Aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».

Ce sont des démonstrations de suffisance chez une personne, qui nous permettent de deviner qu’il n’y a guère de questionnement, d’analyses, et de transparence possibles. Dans ce contexte, j’envisage que les autorités vont continuer à faire leur gestion de pompier habituelle – c’est-à-dire éteindre les feux – et n’apprendront pas des événements.

C’est bien dommage, car la pandémie nous pend au bout du nez, et ça ne regarde pas bien pour les Québecois.

Listériose au Québec: le nouveau ministre de la Santé s’offre en spectacle

Paru le vendredi, 29 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Yves Bolduc. Source

Nous en avons vu de toutes les couleurs au Québec, au cours de la journée du 28 août 2008, dans un match verbal à propos des victimes de la listériose, opposant le ministre de la Santé Yves Bolduc au chef de l’opposition officielle Mario Dumont. Plus la journée avançait, et plus le nouveau ministre de la Santé (pas encore élu d’ailleurs) s’offrait en spectacle et avait l’air de se comporter comme un petit garçon gâté qui piquait une crise de nerfs, parce qu’il ne réussissait pas à nous convaincre qu’il avait raison.

Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant de l’histoire, voici un rappel des événements:
> Mercredi matin (27 août), deux hauts responsables du gouvernement ont fait le point sur la situation de la listériose lors d’une conférence de presse diffusée sur les ondes de Radio-Canada International.
Le message officiel se voulait rassurant et avait pour but de démontrer que tout était mis en place par le gouvernement du Québec afin d’assurer un approvisionnement dans la chaîne alimentaire, et de protéger la santé publique par des inspections, vérifications et enquête épidémiologiques effectuées par une armée composée de 264 inspecteurs québécois. [Voir mon billet à ce propos.]
> Jeudi matin (28 août), les médias locaux ont rapporté que les membres d’une famille québécoise d’une victime de la listériose ont révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification.

> Le ministre de la Santé Yves Bolduc a ensuite nié les propos des membres de cette famille. Il a déclaré que «toutes les personnes qui ont été en contact avec l'aliment contaminé sont rejointes».

> Le chef de l’opposition officielle, Mario Dumont a déclaré par la suite: «Le ministre de la Santé Yves Bolduc doit des explications à la population sur le processus de surveillance des cas de listériose qui surviennent au Québec.»

> En fin de journée (28 août), le ministre de la Santé a soutenu «qu'aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».
La Presse canadienne a rapporté en fin de journée du 28 août:
«Le ministre de la Santé Yves Bolduc ordonne à la Protection de la santé publique de resserrer son processus de vérification lorsque surviennent des cas de listériose au Québec. Dorénavant, les autorités de santé publique devront contacter elles-mêmes les proches des personnes touchées par la maladie.

Le ministre Bolduc a été forcé de faire le point jeudi après que les membres de la famille de Raymond-Marie Morin, décédé à Longueuil, aient révélé qu'ils n'avaient pas fait l'objet des mesures de vérification pourtant prévues par le protocole.

[…] le ministre, irrité par les critiques de l'opposition adéquiste…

... [le ministre] soutenant d'autre part que l'Action démocratique cherche à faire une récupération politique de cette affaire.»
On dirait que le nouveau ministre de la Santé et des Services sociaux éprouve de sérieuses difficultés à admettre que son système et ses soldats puissent commettre des erreurs de temps à autre. Ce qui est tout à fait normal. C’est pourquoi lors d’une situation de santé publique, il y a ce qu’on appelle les communications de crise. Le nouveau ministre, au lieu de gérer les communications de crise, génère d’autres crises à chaque fois qu’il ouvre la bouche…

Pourquoi ne s’est-il pas tout simplement contenté d’annoncer qu’il ordonnait à la santé publique d'aller plus loin? C’était un beau message simple à se rappeler, qui sonne bien, et qui aurait peut-être pu réussir à faire oublier la gaffe du début de la journée. Cela aurait démontré, à mon avis, qu’il s’inquiétait réellement du sort des victimes de la listériose. À la place de cela, sa démonstration d’irritation, et son incapacité à admettre la possibilité que des erreurs aient eu lieu, ou que des éléments gagneraient à être améliorés, étaient de trop.

Mais la goutte qui a fait déborder le vase, à mon avis, a été la déclaration du ministre que l’Action démocratique du Québec «cherchait à faire une récupération politique de cette affaire». Voyons donc! Qui voudrait récupérer du capital politique d’une situation où des gens meurent d’empoisonnement alimentaire? Là, je trouve que le ministre tape un peu trop fort avec son marteau, et que l’habituel blâme du comportement de l’autre ne passe tout simplement pas dans la présente situation. Qu’il garde son rejet des responsabilités sur l’autre camp pour une autre fois, parce qu’en pleine crise de santé publique, il me semble que ce genre d’enfantillages n’a guère sa place.

Le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc devrait réaliser que lorsqu’il raconte des bêtises, l’opposition ne pourra pas toujours applaudir ses propos et lui accorder son soutien. C’est ainsi que les choses fonctionnent dans un système de démocratie dite «normale». Les gens du contre-pouvoir sont là pour agir un peu comme des chiens de garde, et il ne faudrait pas que le ministre s’attendre à ce qu’ils soient toujours de son avis.

Par exemple, la semaine dernière, même si le ministre de la Santé Yves Bolduc a raconté des sornettes à propos des sites d’injection supervisés, constituant un total revirement de situation par rapport à la position du Dr Alain Poirier, directeur national de la santé publique du Québec, il peut s’être trouvé très chanceux que l’opposition officielle l’appuie dans son délire, et que ses conseillers en communications le laissent déclarer n'importe quoi. J’ai écrit deux billets dernièrement: 1) à propos de la déclaration initiale de Tony Clement, ministre canadien de la santé, 2) qui a entraîné ensuite l’envolée lyrique du ministre québécois de la santé. [Voir: Candidature de M. Yves Pépin au Prix Supari d’excellence en santé, et À force de jongler avec son image publique et de cracher en l’air, cela pourrait-il éventuellement retomber sur le nez du nouveau ministre de la santé Yves Bolduc?]


Éric Caire. Photo source

Voici ce qu’a déclaré Éric Caire de l’Action démocratique du Québec à propos des sites d’injection supervisés:
«Le critique en matière de santé de l’ADQ était extrêmement satisfait. «Heureusement, le ministre a mis ses culottes et arrêté cette folie-là», dit Éric Caire, qui estime qu’un tel lieu contribuerait à la «banalisation» des drogues dures. Dans le même esprit, M. Caire remet en question le travail des 787 organismes communautaires qui distribuent, chaque année, près d’un million et demi de seringues propres. «Les organismes qui distribuent du matériel ne font pas toujours le suivi de leur clientèle. On ne peut pas dire à ces gens-là (les toxicomanes) moi, je vais t’aider à te détruire. J’ai un problème avec ça», dit-il.»
Je ne suis pas d’accord avec la déclaration de l’ADQ à propos des sites d’injection supervisés, car l’opposition officielle ne comprend pas que de tels lieux aident à contrôler les épidémies. Les positions du ministre canadien de la santé, du ministre québécois de la santé, et du critique de l’opposition officielle en matière de santé vont à l’encontre des directives de l’Organisation mondiale de la santé. Que nos trois moineaux chargés de la santé au pays n’aient pas encore compris cela me surprend énormément. L’ADQ est assez difficile à suivre, car une semaine, le parti se positionne contre des projets qui limitent les épidémies (le sida), et la semaine suivante, il réclame des explications au ministre de la Santé à propos du processus de surveillance d’un foyer d’éclosion (de listériose), et voudrait plus de contrôle des épidémies. J’avoue que cela manque un peu de constance et de logique.

Mais en ce qui concerne la listériose, je pense que l’ADQ a fait son travail d’opposition, en demandant des comptes au ministre, pour des déclarations qui n’aurait sans doute jamais dû avoir lieu, et à propos de possibles failles dans le système de surveillance des éclosions de listériose.

Comme l’a indiqué Mario Dumont, il s’agit d’une «situation très délicate», et on s’attendrait de la part du ministre de la Santé qu’il traite les gens comme des êtres humains. Yves Bolduc applique-t-il son approche Toyota à la crise de la listériose? Est-ce approprié, de la part d’un ministre, de nier les propos de parents d’une des premières victimes, à l’aube d’une crise de santé publique qui pourrait s’étirer encore quelque temps? Cela donne le ton pour les prochaines victimes: c’est-à-dire fermez votre trappe et ne vous plaignez pas, parce que le Ministre n’aime pas qu’on le contredise. Si vous osez parler, et que l’opposition ose lever la main pour poser des questions, alors attendez-vous à ce que le Ministre remette cela avec une jolie démonstration d’irritation.

Quel désolant cirque de relations publiques que tout cela!
 
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