Blogue de Lyne Robichaud

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03 juin 2010

En cheminement vers le «moi-nous»

Thierry Saussez


Je réponds au billet de Thierry Saussez, intitulé «Une société du soin?».

Thierry Saussez a conclu son billet ainsi: «La nouvelle génération peut promouvoir le moi-nous, s’accomplir individuellement dans un projet de vie qui soit respectueux des autres comme de la planète, dans une véritable communauté de destin.»

Certes, la nouvelle génération pourra promouvoir la notion de «moi-nous».

Toutefois, dès maintenant, à mon avis, plusieurs types de personnes pourraient contribuer à l’implantation de cette notion, la faire cheminer vers un point de basculement, et peut-être arriver à contourner la tendance au «cœur sec qui rôde toujours», dont parle Thierry Saussez: je crois que les leapfroggers, les iconoclastes et les goverati pourraient arriver à faire rayonner le «moi-nous».

«Le leapfrogging exige que les dirigeants regardent au loin, bien au-delà des tendances et des possibilités actuelles, et qu’ils créent des stratégies imprévues et encore non envisagées dans les présentes dynamiques de marchés. Les véritables leaders sont ceux qui sont dotés d’un sens aïgu de l’avenir, et de la capacité de paver une route pour y faire cheminer l’ensemble de leur organisation, voire leur entière industrie, vers de nouvelles voies d'avenir qui seront développées par l’entremise des médias sociaux,» a indiqué Jay Deragon.

J’ai appris ces dernières années, qu’il existe une façon de penser, qui diffère des autres. Cela se développe sans doute avec la pratique, mais pour avoir creusé un peu la chose, et lu quelques ouvrages de neuroscientifiques (dont Iconoclast, du Dr Gregory Berns), j’ai appris que le cerveau de certaines personnes est différent. Le Dr Gregory Berns a indiqué que «le cerveau des iconoclastes est différent, et il diffère de trois façons distinctes. Chacune de ces trois fonctions se cartographie dans différents circuits du cerveau. Le cerveau de l’iconoclaste diffère dans la perception, la réaction à la peur, et l’intelligence sociale

Gregory Berns précise, à propos de ces personnes: «C’est le type de personne qui crée de nouvelles occasions dans chaque domaine, allant de la création artistique à la technologie aux affaires. L’iconoclaste incarne les traits de la créativité et de l'innovation, des choses qui ne sont pas facilement accomplies par des comités [de travail]. Il contourne l'autorité et les conventions. Il lève le nez aux règles. Mais dans un environnement adéquat, l’iconoclaste peut s’avérer un atout majeur pour toute organisation

Le terme «goverati» a été inventé par Dr Mark Drapeau, alors qu’il participait à un groupe de discussion du Social Media Club DC. «Essentiellement, les goverati sont des personnes familières avec le gouvernement et avec la manière dont il fonctionne, et qui comprennent les technologies des médias sociaux. Ces gens veulent se mettre en réseau les uns avec les autres, afin de favoriser de plus en plus de transparence, de participation et de collaboration du gouvernement.» […] «Tout comme les goverati exercent des pressions pour qu’ait lieu un gouvernement plus transparent, participant et collaboratif, ils utilisent simultanément les applications de réseautage social, pour lesquelles ils sont passionnés, pour réseauter les uns avec les autres, et pour devenir une force collective plus puissante que la somme de ses parties individuelles.»

Mark Drapeau a précisé: «Ce mouvement n’est pas limité qu’aux employés de la Génération Y, aux stagiaires collégiaux, et aux geeks.» «Les goverati utilisent également leurs réseaux sociaux pour planifier des événements informels qui les aident à échanger des idées et apporter de nouvelles personnes dans la bergerie

Le philosophe français Pascal Bruckner pense que l’individualisme (qui consiste à vouloir échapper aux conséquences de ses actes, cette tentative de jouir des bénéfices de la liberté sans souffrir d'aucun de ses inconvénients --- Extrait de La tentation de l’innocence) – l’état présent – est «la culmination d’un processus historique et qu’on se trouve à la fin de l’histoire

Je m’interroge: quels seraient les moyens pour agir? Comment s’y prendre pour passer de l’état présent à une société de «moi-nous»?

13 février 2009

Qu’ont en commun les leapfroggers, les iconoclastes, les goverati et Zonegrippeaviaire?

Mon ami Jay Deragon blogue aujourd’hui à propos du «leapfrogging» (qui consiste à brûler des étapes), la stratégie du saut d'obstacles en avant de la concurrence. Il prédit que le leapfrogging sera le point de basculement, qui permettra à l’ensemble de l’industrie d’accélérer au niveau mondial à travers les médias sociaux.
«Le leapfrogging exige que les dirigeants regardent au loin, bien au-delà des tendances et des possibilités actuelles, et qu’ils créent des stratégies imprévues et encore non envisagées dans les présentes dynamiques de marchés. Le leapfrogging exige de la foi en ce que l’on fait, et de la confiance dans les avancées technologiques, de même que la capacité d’envisager des possibilités encore non réalisées. Les véritables leaders sont ceux qui sont dotés d’un sens aïgu de l’avenir, et de la capacité de paver une route pour y faire cheminer l’ensemble de leur organisation, voire leur entière industrie, vers de nouvelles voies d'avenir qui seront développées par l’entremise des médias sociaux,» a indiqué Jay Deragon.

Ce qui me fait penser à des propos échangés ces derniers jours avec un lieutenant d’entreprise. Cette personne m’a demandé «Avez-vous une formation en communications?», et j’ai répondu «Non». Toutefois, cela ne m’a pas empêché de travailler pendant plus d’une décennie dans ce domaine (et même d’être rémunérée pour cela).

Je ne pense pas que le leapfrogging s’enseigne à l’université. On l’a ou on ne l’a pas. C’est une façon de penser, qui diffère des autres. Cela se développe sans doute avec la pratique, mais pour avoir creusé un peu la chose, et lu quelques ouvrages de neuroscientifiques (dont Iconoclast, de (mon ami) Gregory Berns), j’ai appris que le cerveau de certaines personnes est différent. Gregory Berns a indiqué que «le cerveau des iconoclastes est différent, et il diffère de trois façons distinctes. Chacune de ces trois fonctions se cartographie dans différents circuits du cerveau. Le cerveau de l’iconoclaste diffère dans la perception, la réaction à la peur, et l’intelligence sociale.»

À la question Pourquoi écrire un livre à propos des iconoclastes?, Gregory Berns a répondu:
«Parce que c’est le type de personne qui crée de nouvelles occasions dans chaque domaine, allant de la création artistique à la technologie aux affaires. L’iconoclaste incarne les traits de la créativité et de l'innovation, des choses qui ne sont pas facilement accomplies par des comités [de travail]. Il contourne l'autorité et les conventions. Il lève le nez aux règles. Mais dans un environnement adéquat, l’iconoclaste peut s’avérer un atout majeur pour toute organisation.»

Un brillant exemple d’iconoclaste québécois est Georges Brossard. Né en 1940 au Québec, il est reconnu (selon Wikipédia) comme étant un célèbre entomologiste et fondateur de l’Insectarium de Montréal. Comment savoir que Georges Brossard est un iconoclaste? Parce qu’il a d’abord entrepris une carrière de notaire jusqu’à l’âge de 38 ans. Et que sa passion pour l’entomologie s’est forgée lors de ses voyages. Il a étudié «par observation», indique Wikipédia, les insectes qu’il rencontra. En 1989, après avoir amassé plus de 250,000 spécimens, il a proposé au maire de la Ville de Montréal de l’époque, Jean Doré, de créer un insectarium à Montréal. Pierre Bourque était à ce moment directeur du Jardin botanique de Montréal. Doré et Bourque ont rapidement accepté son offre. George Brossard est fondateur de quatre autres insectariums à travers le monde, dont un à Shanghai et un autre en Afrique du Sud.

En 2004, son histoire a été immortalisée dans le film Le papillon bleu, basé sur un événement lui étant arrivé en 1987. Le rôle de Georges Brossard est joué dans ce film par William Hurt, alors que celui de la mère du jeune garçon atteint d’un cancer en phase terminale qu’il avait emmené avec lui dans la forêt tropicale pour réaliser son rêve de trouver un (papillon) morpho bleu, est joué par Pascale Buissière.

Image tirée du film Le papillon bleu. Photo source

Même s’il n’a jamais mis les pieds dans une université pour y étudier l’entomologie, Georges Brossard a néanmoins reçu les récompenses suivantes:
• En 1999, Membre de l’Ordre du Canada
Médaille du jubilé de la Reine Elizabeth II
Prix Léon-Provencher de la société d’entomologie de Québec
Médaille Louis-Riel
• Doctorat Honoris Causa en sciences à l’Université du Québec à Trois-Rivières
• Doctorat Honoris Causa en sciences à l’Université McGill.
• En 2006, - Ordre national du Québec

Il y a une quinzaine d’années, un événement s’est produit dans ma vie, et cela a fait bifurquer ma carrière vers les communications. J’ai fait des études en architecture et en histoire de l’art à l’Université McGill. Je peignais beaucoup à cette époque (je faisais des œuvres de 14 pieds de hauteur), et il fallait pour cela que j’habite dans un lieu particulier, un atelier d’artiste avec des plafonds plus hauts que les résidences. J’étais installée dans un petit espace de 500 pieds carrés, situé au coin de la rue Wellington et McGill, à Montréal, dans ce qui est devenu plus tard la Cité du multimédia.

C’était en 1992. J’ai reçu un compte de surtaxe de la Ville de Montréal, qui considérait mon logis comme étant un commerce, et me taxait au même titre que les entreprises qui généraient des revenus de leurs activités commerciales.

Ce fut l’élément déclencheur qui me propulsa dans deux années de relations gouvernementales intenses. Je n’avais jamais vraiment touché aux textes de loi auparavant, mais j’ai découvert à cette époque que j’étais naturellement douée pour lire ces documents et y déceler les zones grises. Une disposition innée, en quelque sorte.

Claude Ryan. Photo source

Claude Ryan était ministre du gouvernement du Québec chargé de la fiscalité municipale à l’époque. Il est décédé en décembre 2004. C’était un homme construit tout en rigueur et il était reconnu pour son intégrité intellectuelle et morale. Ce fut une lutte longue et difficile, mais au bout de deux années, le gouvernement du Québec a consenti à deux amendements à la Loi sur la fiscalité municipale qui ont reconnu la nature des ateliers d’artistes. Ces modifications ont permis à toutes les municipalités du Québec d’exempter les artistes de la surtaxe et de taxes municipales.

Le gouvernement du Québec a remboursé deux années rétroactives de taxes municipales payées par l’ensemble de la communauté des artistes en arts visuels. Cela correspondait à 600,000$. Tous les artistes louant des espaces commerciaux ont été remboursés.

Plusieurs municipalités du Québec ont créé des règlements qui ont exempté les artistes du domaine des arts visuels.

Par la suite, plusieurs autres domaines ont été ajoutés à ces règlements. Ce qui fait qu’encore aujourd’hui, des artistes des métiers d’art, de la danse, de la littérature, et de la musique, en plus des arts visuels, qui louent des espaces commerciaux, ne sont pas taxés par les municipalités du Québec.

Je suis fière d’avoir contribué à l’amélioration des conditions de vie et de reconnaissance des artistes au Québec. J'ai été nommée en 1993 directrice des communications du Regroupement des centres d'artistes autogérés du Québec (RCAAQ). La même année, j'ai été élue présidente du conseil d'administration de l'Association des artistes du domaine réputé des arts visuels du Québec (AADRAV). Les plans de relations gouvernementales que j'ai conçus, et qui ont été adoptés par ces deux organisations, ont conduit à l'atteinte des objectifs.

J’ai cessé mes activités artistiques en 1995. J’ai pris la décision de développer mes dons de communicatrice. J’ai pensé que cela aurait plus d’impact sur ma collectivité, si je réussissais à exploiter ces talents.

De 1995 à 2005, j'ai occupé des fonctions de consultante en communications au sein de diverses organisations et entreprises. J'ai travaillé chez Montréal International et aussi avec Marcel Junius à l'Organisation des villes du patrimoine mondial (OVPM).

J'ai travaillé aussi aux communications du Bureau de développement de l'École des Hautes études commerciales de Montréal, où j'ai appris l'art de parler à des milliers de diplômés en même temps (32,000 dans le cas des HEC à l'époque) - ce que l'on appelle les communications de masse -, et comment mettre en place des campagnes de financement de plusieurs millions de dollars. La directrice du développement de l'époque était Marie-Thérèse Chaput-Williams. J'ai participé à l'organisation de la première mission commerciale des HEC en Europe, "Euro-connexion '98".

J'ai ensuite été travailler aux communications de la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, toujours en lien avec le développement, pour le Centre d'excellence pour la santé des femmes (CESAF). En 1999, j'ai été responsable des communications et des relations avec les communautés chez Micro-Accès Inc., une entreprise privée qui édite le portail de la famille et de l'enfance PetitMonde.com. C'est en suivant les conseils de la présidente de cette entreprise, Martine Michaud (qui elle aussi est passée par les arts avant d'en arriver aux technologies), que j'ai appris à gérer des portails verticaux d'information. On me voit ici photographiée avec l'équipe de PetitMonde. Ensuite, j'ai été gestionnaire des cinq sites Internet du Conseil des métiers d'art du Québec, qui organise notamment le salon des Salon des métiers d'art du Québec. J'ai créé deux portails d'information verticaux pour des organisations sans but lucratif du secteur culturel, avant de m'impliquer en tant qu'administrateur du forum américain FluTrackers, où j'ai construit l'arborescence de la section "Francophones des FluTrackers", avant de créer le site Zonegrippeaviaire à compter de mars 2007. J'exerce actuellement les fonctions de gestionnaire de médias sociaux, qui est un métier reconnu et de plus en plus en demande aux États-Unis.

Aujourd’hui, j’applique la même formule aux préparatifs pandémiques que celle que j’ai testée entre 1992 et 1995 sur les ateliers d’artistes. Cette fois-ci, les enjeux sont plus imposants, et ils s’appliquent non seulement aux Québécoises et aux Québécois, mais à tous les citoyens de la Francophonie, car le projet Zonegrippeaviaire.com que je pilote depuis juin 2007 rayonne auprès des nations qui parlent la langue française.

Pierre Bourque, ex-maire de Montréal. Photo source

En 1994, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre Bourque, qui est devenu maire de la Ville de Montréal. Il s’agit du même Pierre Bourque qui a donné une chance à l’autodidacte Georges Brossard, afin que son rêve d’insectarium devienne une réalité.

J’ai commencé à créer le projet Zonegrippeaviaire en mars 2007. Le 13 juin 2007, le site a été mis en ligne, et il roule depuis ce temps. La petite communauté active qui y travaille a accumulé plus de 30,000 messages d’information. À l’automne 2007, j’ai terminé de rédiger le plan d’affaires du projet. J’ai imaginé une structure de goverati (un amalgame de secteurs sans but lucratif, corporatif et gouvernemental). J’ai réussi à ouvrir une porte en février 2008 et c’est à ce moment que le plan d’affaires de Zonegrippeaviaire a été remis aux autorités gouvernementales québécoises. Le 17 juin 2008, le gouvernement du Québec, après avoir complété le document «Les médias sociaux et la communication du risque», a rejeté toute collaboration avec la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, sous prétexte que les médias sociaux ne sont pas crédibles et qu’ils manquent de maturité, et pour ne pas avoir à reconnaître le reste des médias sociaux.

À l’automne 2008, aussitôt que le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire a été publié par l’ONU et la Banque mondiale, recommandant que des préparatifs multisectoriels (incluant sociaux) soient désormais développés, j’ai de nouveau pris contact avec les autorités gouvernementales. On m’a presque répondu que je ne savais pas lire (parce qu’on a déclaré ne pas avoir vu aucune nouvelle recommandation dans le rapport de l’ONU). La position de rejet des médias sociaux a été répétée, en rajoutant que les médias sociaux ne sont pas crédibles «parce que nous ne sommes pas des médecins.»

Presque deux années se sont écoulées depuis mars 2007, le moment où j’ai commencé à construire le projet Zonegrippeaviaire. Je continue d’avoir la foi en ce projet. Je suis convaincue qu’il s’agit de la formule gagnante qui permettra de mettre des préparatifs pandémiques sociaux sur les rails. Je suis convaincue que les décideurs ont pris les mauvaises décisions concernant ce projet, et j’espère que dans un avenir rapproché, dans l’intérêt de la population québécoise, et aussi pour le rayonnement bénéfique auprès de la Francophonie, ils changeront leur fusil d’épaule.

J’ai noté que dans son article portant sur la montée des goverati, Mark Drapeau a souligné que l’ex-CIO du Département de la Défense, Dr Linton Wells II, lui rappelle souvent que les batailles au sein du gouvernement sont souvent gagnées par les personnes les plus persistantes et obstinées.

Les goverati sont certainement des plus obstinés.

Et je pense que je fais partie de ces gens-là, moi aussi.

18 novembre 2008

Du concret vers l’intangible: les préparatifs pandémiques multisectoriels devront faire face aux réalités sociales

Paru le dimanche, 26 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Rubberball Productions, libre de droits, 72471149

Un autre billet de Jay Deragon a attiré mon attention aujourd’hui. [Je trouve ce gars carrément génial! Que voulez-vous, je consulte chaque jour son blogue avec ferveur et respect.] Le blogueur fait allusion à un autre billet controversé, mais cela est une autre histoire… Dans ‘Are You Tired of Web 2.0 Yet?’, les commentaires de Deragon m’intéressent davantage que les propos cités de Dennis Howlett.

Deragon explique la différence entre le ‘soft’ et le ‘hard’: «Historiquement, tout ce qui avait rapport avec les gens, la culture, les communications et la satisfaction a été catalogué comme étant ‘soft’. Alors que la gestion des résultats financiers, peu importe leurs actions ou leur méthodes, a toujours été considéré comme étant ‘hard’».

En français, ces éléments sont plutôt difficiles à traduire. On ne peut certainement pas parler du ‘mou’ et du ‘dur’ (oh non, cela pourrait pousser certains à divaguer vers des pensées impures). Je pense que Jay Deragon parle plutôt de choses ‘intangibles’ vs ‘concrètes’.

Là où je trouve que Deragon devient vraiment intéressant, c’est lorsqu’il se met à parler de la difficulté qu’éprouvent les «hommes» à composer avec l’intangible. «Il est difficile pour les leaders, principalement les leaders de sexe masculin, à la fois d’admettre et de composer avec efficacité avec les choses ‘intangibles’, parce que les éléments fondamentaux des solutions appropriées sont essentiellement orientés socialement

La suite du raisonnement de Deragon est encore plus intéressante: «Le top dix des défis et solutions ‘sociales’ exigent la coopération, la collaboration, le consensus et la gestion des «processus des gens». La plupart des entreprises souffrent aujourd’hui de division sociale, interne et externe, entre les gens, les besoins et les progrès.»

N’est-ce pas incroyable? Ce que Deragon raconte ici, c’est qu’il s’offre à nous une chance de solutionner de nombreux malaises au sein d’entreprises (et pourquoi pas de gouvernements et de sociétés) et maux sociaux, à condition que les leaders (j'insiste sur le fait que le blogueur précise «de sexe masculin») réussissent à maîtriser des choses intangibles, comme les rapports entre les gens, la culture, et les communications.

Et le Web 2.0 pourrait s’avérer un outil, même une solution!

Deragon cite en conclusion de son billet Devin Stewart, directeur des politiques d'innovations globales, au Carnegie Council: «D'un point de vue éthique, le Web 2.0 offre le potentiel de dissoudre les fausses divisions existant entre les gens - qu'il s'agisse de nations et de communautés, de producteurs et de consommateurs, ou encore de travail et de capital.»

Dans un contexte de préparatifs pandémiques, si je transpose les propos de Deragon, je retiens que les leaders (parlons des deux sexes, pour être plus poli et politically correct), seront appelés à jongler avec de nouvelles données intangibles, maintenant que le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (voir le Synopsis en français) recommande une préparation multisectorielle (sociale, économique et politique). Jusqu’à présent, la planification de pandémie a essentiellement porté sur le domaine de la santé. Bien entendu, toute planification de pandémie comporte une très grande part d’intangible! Mais le fait que la dimension sociale soit maintenant incluse dans les directives des agences onusiennes ouvre la porte à une panoplie de nouveaux éléments de planification. Dorénavant, les planificateurs de pandémie seront appelés à faire preuve de plus de créativité dans leur planification et gestion de pandémie.

La phrase suivante, provenant du Synopsis du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, résume avec remarquablement peu de mots toute l'ampleur de l'art de l'intangible, dont devront réussir à maîtriser avec brio les planificateurs de pandémie: «Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18). Plus intangible que cela comme défi, ce serait difficile à imaginer...

Je voudrais par ailleurs porter à votre attention que les leaders chargés de la planification de pandémie au Canada et au Québec sont majoritairement de sexe masculin. Entre autres:
> M. Tony Clement, ministre fédéral de la Santé

> M. Yves Bolduc, ministre provincial de la Santé et des Services sociaux (Québec). L'ex-ministre de la Santé était aussi un homme: Philippe Couillard.

> Dr David Butler-Jones, premier administrateur en chef de la santé publique du Canada, dirige l'Agence de la santé publique du Canada

> Dr Alain Poirier, directeur national de santé publique (Québec)

> Dr Horacio Arruda, directeur de la protection de la santé publique (Québec)

> M. Michel C. Doré, coordonnateur gouvernemental de sécurité civile, sous-ministre associé à la Direction générale de la sécurité civile et de la sécurité incendie du ministère de la Sécurité publique

> M. Yves Pépin, directeur de la coordination de l'information des mesures d'urgences, Services Québec

> M. Martin Simard, coordonnateur, comité interministériel de pandémie, ministère de la Sécurité publique

> M. John Parisella, ex-directeur général du Parti libéral du Québec, président de la firme de communications BCP, recevant jusqu'à 725,000$ par année pour produire des plans de communication, des documents d'information et effectuer une vigie médiatique en cas de pandémie. Il gère notamment le «portail veille pandémie», accessible à uniquement 20 employés du ministère de la Santé du Québec. D'ailleurs, son contrat, qui a été renouvellé ces trois dernières années, se termine le 10 novembre prochain. D'après vous, sera-t-il encore renouvelé cette année?
Autre fait intéressant, plusieurs leaders d'opinion à la tête de médias sociaux de la sphère du Flublogia sont des femmes:
> Mme Sharon Sanders, éditrice de FluTrackers, situé en Floride, aux États-Unis

> Mme Anne, un des piliers de InfluenzaH5N1, situé en France

> et moi-même, Lyne Robichaud, éditeur de Zonegrippeaviaire, situé à Trois-Rivières, au Québec, Canada.
Il paraîtrait que le style de blogue n’est pas le même pour les hommes et les femmes. C'est ce qu'a indiqué Jennifer Keelan, lors d'une réunion de chercheurs canadiens travaillant sur le projet CanPrep. Qu’en est-il du style de gestion de pandémie? En tout cas, pour les questions sociales intangibles, les messieurs leaders chargés de la planification multisectorielle de pandémie, auraient peut-être intérêt à convier quelques dames à leur table de travail, et même à leur confier des responsabilités clé.

Nul besoin d'aller creuser très loin pour constater que les femmes ont en tête des préoccupations et des responsabilité familiales différentes de celles des hommes. Ce sont la plupart du temps les femmes qui s'occupent de l'approvisionnement en nourriture et autres biens de consommation. [Des hommes font l'épicerie, mais dressent-ils chaque semaine la liste d'épicerie?] Combien d'hommes sont capables d'indiquer - de mémoire - le nombre exact de rouleaux de papier de toilette ou de boîte de haricots en conserve qu'il reste dans le placard ou le garde-manger? Combien reste-t-il exactement d'argent dans la jarre à biscuits à la maison? On s'en fiche pas mal, pourriez-vous me rétorquer! Mais attendez! Ce genre de détail est important en planification individuelle. Avez-vous fait l'exercice de stocker pour au moins trois mois de vivres et de biens essentiels en vue d'une pandémie? Essayez, pour voir! Vous verrez que cela requiert des compétences organisationnelles avancées... comme bien souvent les femmes arrivent à le faire avec brio et ingéniosité dans leur vie familiale quotidienne.

Ce sont les femmes qui gèrent également, en majorité, les rendez-vous et suivis médicaux des membres de la famille. Ce sont majoritairement les femmes qui tiennent le rôle d'aidantes naturelles et qui apportent du soutien à des proches. Ce sont aussi les femmes qui gèrent la plupart des éléments logistiques qui concernent la résidence. Les femmes ont un don inné pour les multitâches et la gestion familiale. Les femmes pensent à des tas de détails en même temps qu'elles accomplissent plusieurs tâches. Elles femmes sont capables de jongler avec une multitude d'éléments à planifier, sans jamais échapper le moindre morceau du casse-tête, et souvent avec des budgets mensuels serrés et des ressources réduites.

Ce ne sont là que quelques exemples très terre-à-terre de dimensions sociales qui devront être intégrées par les planificateurs de pandémie. C'est une chose d'en parler, mais c'est autre chose que de pousser des millions de personnes à passer à l'action. Pour une participation citoyenne aussi élémentaire que le vote, la dernière élection fédérale n'a généré qu'un taux de participation de 58% des électeurs canadiens. D'après moi, les campagnes de sensibilisation, pour inciter les individus et les ménages à se préparer massivement à une pandémie, devront tenir compte de cette réalité, lorsque viendra le temps de formuler les stratégies et les messages.


La solution garantissant le succès de la prochaine ronde de planification pandémique m'apparaît comme étant d'une simplicité quasi déconcertante: intégrez plus de femmes dans vos équipes de travail, et vous arriverez peut-être à inclure davantage de 'soft' ou d'intangibles éléments sociaux dans votre planification multisectorielle de pandémie. Au fond, ce n'est peut-être pas si bête que cela! Et si ça marchait? Cela vaudrait le coup d'essayer, n'est-ce pas?

Think big! Des «relations unies» susciteront de nouveaux horizons de préparatifs multisectoriels

Paru le samedi, 25 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire



«Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici».

C’est ce que je me suis fait dire par les planificateurs de pandémie du gouvernement du Québec: «Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici». Ils ont même ajouté: «Même si une idée est excellente, cela ne veut pas dire que nous la retiendrons. Cela peut nous prendre des années avant qu’un projet soit intégré.»

Les souvenirs pénibles du mois de mai dernier me remontent dans la gorge, en lisant le billet ‘Does experience help?’, signé par Jay Deragon, de A Relationship Economy. Ce à quoi il répond: «L'expérience n'aide pas, si nous faisons les mauvaises choses.»

«Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici». Deragon indique qu’il est convaincu que vous avez entendu cette phrase de nombreuses fois dans votre carrière professionnelle, et que vous vous êtes éloigné en pensant, «Bon sang! Qu’ils sont bornés, mais ne fait surtout pas de vagues».


Pourquoi faudrait-il baisser les bras? Chaque semaine, de nouvelles évidences viennent confirmer que la gestion de pandémie a besoin d’un souffle de renouveau et de changement. Nous sommes arrivés à une période névralgique où les actions du passé sont résumées. Le portrait brossé aide à définir ce qu’il reste encore à mettre en œuvre. Le passé n’est plus garant du futur.

Je veux encore croire qu’il est possible de changer l’ordre des choses. Avec la conférence internationale organisée par les agences onusiennes qui se tient à Sharm el-Sheikh en Égypte ce week-end, j’espère que les États du monde entier vont entendre le message véhiculé, notamment, dans le 4ième Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, et qu’ils adopteront une approche multisectorielle, sociale, économique et politique, en plus du secteur traditionnel de la santé, à leurs préparatifs pandémiques.

J’espère même que les planificateurs du gouvernement du Québec finiront pas se dérider et qu’ils suivront les directives venant des experts de l’ONU et de la Banque mondiale, qui ont dirigé les travaux du 4ième Rapport.

Jay Deragon indique dans son billet: «Pour changer l’objectif, ou le résultat final, nous devons changer le système. Et modifier le système nécessite le leadership d’une poignée de gens, l’organisation de plusieurs, suivie par la coopération et les relations unies, dont la voix collective influence plusieurs marchés avec une nouvelle pensée qui fait en sorte que nous en bénéficions tous. C’est à nous de communiquer avec efficacité, avec la force du nombre, et de faire connaître nos désirs pour un futur amélioré, là où chacun qui peut changer sa pensée gagne. Il suffit de créer un lien vers des relations unies et par conséquent, vers de nouvelles expériences.»

Ce que raconte Jay Deragon pourrait constituer une solution d’amélioration des préparatifs pandémiques. Personne n’a encore planifié une situation d’urgence de santé publique en y incorporant des volets sociaux, économiques et politiques. Il va bien falloir innover pour arriver à planifier une pandémie du XXIe siècle! Et ce n’est certainement pas en se répétant «Nous ne faisons pas les choses de cette manière ici», que nous arriverons à trouver des solutions collectives novatrices et efficaces.

Plus que jamais, je crois en la force des médias sociaux. Plus que jamais, je pense que le réseautage social, ou les «relations unies», dont parle Jay Deragon, peuvent faire une différence considérable dans le processus de préparation en vue d’une pandémie.

Maintenant plus que jamais, nous devrions nous lier avec le maximum de personnes qui travaillent sur la planification et la gestion de pandémie. Alors, mes amis, osez! À vos profils Facebook (ou autre plate-forme sociale de votre choix)! L’heure est venue d’unir nos forces afin de créer un environnement propice à l’implantation des nouvelles directives de gestion de pandémie, axées sur une approche multisectorielle, sociale, économique, et politique.

Combien de temps encore le gouvernement du Québec rejettera-t-il le nouveau système d’influence?

Paru le mardi, 14 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Art Glazer, Stock Illustration RF. # 71277885, libre de droits

Je lis chaque jour l’excellent blogue de Jay Deragon, The Relationship Economy. Toutefois, il m’est arrivé une sorte réaction physique / répulsion ces derniers temps, qui a quelque peu modifié ma perception de ce genre de littérature quotidienne. Chaque fois que j’aperçois maintenant le mot «innovation» associé au domaine des médias sociaux, on dirait qu’il me pousse des boutons imaginaires de frustration. Je me dis en soupirant, «c’est bien joli tout cela», mais ce discours appliqué aux médias sociaux ne s’applique malheureusement pas au contexte du gouvernement du Québec, qui ne s’est pas positionné pas comme leader lorsqu’est venu le temps d’accueillir les médias sociaux, et qui n’a pas non plus suivi le courant du changement du développement mondial du Web 2.0. Donc, il reste la troisième option pas tellement reluisante: le Gouvernement du Québec n’est pas du tout dans le coup. Et cela a de fâcheuses répercussions sur ceux et celles qui tentent d’avancer, en dépit du déni et des barrières imposées par ceux qui nous gouvernent.

Aujourd’hui, Jay Deragon ramène naturellement son message habituel dans un autre billet à propos des médias sociaux, et de la nécessité de les intégrer si vous êtes à la tête d’une entreprise. Dans ‘Is ‘It’ a system of influence?’, il insiste sur le fait que les médias sociaux sont des systèmes d’influence. Une phrase en particulier m’a sauté aux yeux: «Appelez «cela» une mode, une «chose qui plait aux enfants» ou n’importe quoi d’autre, mais ignorer sont influence est comme déclarer que «notre entreprise n’a besoin d’aucun client».

Par les gestes qu’il a posé le 17 juin dernier, le gouvernement du Québec sous-entend que son administration n’a besoin d’aucun citoyen.

Vous vous rappelez certainement que j’ai déjà mentionné que le gouvernement du Québec a refusé de reconnaître la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, parce qu’il ne veut pas avoir à reconnaître les autres médias sociaux. Si vous êtes un lecteur de ce site, cela fait environ quatre mois que j’en parle… Que voulez-vous, la décision était tellement choquante et à contre-courant des tendances actuelles de la société, que je ne digère pas ce déni, venant de la part de «petits esprits, qui pensent petit, à l’unisson» (je reprends ici une phrase percutante de Revere, d’Effect Measure, et vous recommande d’ailleurs chaleureusement de lire son billet fort instructif à propos des mesures d’exportation de vaccins de grippe aviaire des États-Unis, intitulé «Cervelles d’oiseaux de grippe aviaire et cervelles de l’administration Bush»).

Comme l’indique aujourd’hui Jay Deragon, à moins que vous ne viviez isolé sur une île déserte et soyez totalement déconnecté des nouvelles, vous avez certainement dû entendre parler à quel point les médias sociaux influencent désormais les politiques, la publicité, les achats, la distribution et plein d’autres marchés et processus d’affaires.

Mais au gouvernement du Québec, ils l’ont l’affaire! Il n’est pas question d’influence: les décideurs n’ont qu’à totalement ignorer l’existence des médias sociaux, et des citoyens par le fait même. Et le tour est joué! Bouchons-nous les oreilles et fermons-nous les yeux, en espérant que le citoyens vont enfin se tanner et qu’ils nous ficheront la paix: voilà ce qu’ils se disent.

Les mois passent, et puisque le gouvernement du Québec rejette le rôle des communautés virtuelles dans les préparatifs pandémiques, de très nombreuses opportunités d’information et de sensibilisation de la population à la menace d’une pandémie sont perdues, jour après jour.


David Nabarro. Photo source

Hier, un article publié par IRIN a rapporté les propos de David Nabarro, coordonnateur sénior du système d'influenza des Nations Unies (UNSIC): «Je suis impressionné par le progrès réalisé [dans les préparatifs en vue d'une pandémie], mais je dis qu’il reste encore beaucoup à faire, en particulier dans les préparatifs multi-sectoriels. Il n’y a également pas suffisamment de préparation en ce qui concerne les conséquences plus larges sociales, économiques et politiques».

Les communautés virtuelles peuvent jouer un rôle considérable dans les préparatifs de pandémie, justement dans le secteur des conséquences plus larges sociales dont fait mention David Nabarro.

Selon le document «Les médias sociaux et la communication du risque» (celui-là même sur lequel s’est apparemment basé le gouvernement du Québec pour rejeter le Flublogia):
Une étude supportée par le National Center for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START) des États-Unis a démontré qu’en situation de crise telle une pandémie, l’engagement de la communauté peut augmenter les capacités des dirigeants à gouverner durant la crise, améliorer l’utilisation et la distribution des ressources disponibles durant la crise et réduire les pertes et l’impact engendrés par la crise(32). Cette étude recommande donc aux gouvernements de favoriser non seulement la consultation, mais aussi l’engagement de la collectivité à titre de partenaire complémentaire aux grandes organisations publiques, tant pour la préparation de la crise que pour la gestion de la crise elle-même.

Selon l’article Community Engagement: leadership tool for catastrophic health event, l’infrastructure civique, - composée de la sagesse publique collective et de la capacité de la collectivité à résoudre des problèmes, des associations volontaires qui se forment spontanément à partir d’intérêts communs ou pour la protection du bien-être collectif, ainsi que des associations de services sociaux qui veillent au bien-être de divers groupes sociaux – est essentielle à la bonne gestion d’un événement de santé publique. La mise à profit des capacités de l’infrastructure civique implique l’instauration d’un dialogue structuré entre les autorités publiques et la communauté, l’implication de la communauté dans la résolution des problèmes liés à la préparation et à la gestion de la crise, et la participation de la communauté pour ce qui est des actions posées pour prévenir, gérer et régler la crise.
Pourquoi dans ce cas avoir rejeté la sphère du Flublogia? Je pense que la réponse est évidente: «Nous ne voulons pas reconnaître les médias sociaux», ce qui signifie clairement, «Notre administration n’a besoin d’aucun citoyen».

Le changement de paradigme concernant le partage de l’information scientifique souhaité par Keiji Fukuda de l'OMS s’est-il réalisé?

Paru le lundi, 6 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Dr Keiji Fukuda, New York Times. Source

Ce matin, j’ai consulté comme d’habitude le blogue A Relationship Economy de mon ami Jay Deragon, qui a 25 années d'expérience à son actif en tant que consultant stratégique. Chaque jour, Jay rédige des billets d’une qualité exceptionnelle. Dans celui d’aujourd’hui, il décortique la théorie du changement de John Sculley (ex-PDG d'Apple, de 1983 à 1993), intitulée «changement isoquantique», qui consiste en une avancée technologique tellement considérable qu’elle modifie dramatiquement la manière dont les gens font des choses, et réoriente complètement la conception de la façon dont les choses doivent être effectuées.

Cela m’a fait penser à établir un parallèle entre mon expérience de ces dernières semaines sur Facebook, et la déclaration du Dr Keiji Fukuda (coordonnateur du programme mondial d'influenza à l’OMS) du mois de mai dernier, qui souhaitait pousser les chercheurs du domaine de l’influenza vers un changement de paradigme.

Les changements de paradigme exigent des modifications du comportement traditionnel, puisque nous sommes forcés de repenser nos habitudes. Le phénomène de «Renaissance scientifique» dont parlait Fukuda au printemps dernier est-il palpable?

Depuis que j’ai pris connaissance de la déclaration de Fukuda il y a cinq mois, j’observe le milieu scientifique dans l’espoir de trouver des indices, ou des pistes de tendance, qui pourraient faire croire que le changement de paradigme souhaité par le virtuose de l'influenza de l'OMS serait en train de se produire. Je ne sais pas si je me trompe, mais j’ai l’impression que j’observe un phénomène inverse: soit une fâcheuse tendance vers un black-out de l'information et un repli vers le silence.

Oui, il y a eu quelques heureuses tentatives vers un plus grand partage de l’information. Nous avons assisté à des efforts très louables de la part des scientifiques japonais, qui ont publié plusieurs séquences de H5N1, ce qui a permis d'observer un déplacement du virus de la grippe aviaire vers le nord, se rapprochant dangereusement du continent de l’Amérique du nord. Le Dr Henry Niman indiquait à ce sujet le 19 mai dernier: «L'OMS a demandé qu'ait lieu davantage de collaboration concernant la recherche à propos du H5N1. De telles collaborations peuvent commencer par la publication des séquences retenues indiquées ci-dessus. Le Japon a montré l'exemple publiant promptement des séquences de cygnes chanteurs provenant de Hokkaido. Il est temps que les pays avoisinants emboîtent le pas

Il y a eu d’autres gestes de partage, comme la publication de 150 différentes variétés de virus d'influenza, qui ont été libérées à la fin du mois de mai dernier par le ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA), des collaborateurs scientifiques, gouvernementaux, industriels et universitaires.

Toutefois, j’ai l’impression que mon expérience de ces trois dernières semaines sur Facebook est un bon indicateur de la réticence des scientifiques à s’ouvrir à de nouvelles formes de partage de l’information. J’ai lancé de nombreuses invitations à des «gens du Flublogia» de partout dans le monde et de tous les milieux, y compris celui de la recherche sur l’influenza, à me rejoindre sur Facebook. Plusieurs personnes ont répondu dans l’affirmative, sauf les chercheurs...

Facebook pourrait être perçu par plusieurs comme du ‘small talk’, mais je suis persuadée que ce système génère en fait des effets de réseautage qui s’améliorent au fur et à mesure que les gens les utilisent. Cela conduit à une exploitation de l’intelligence collective, englobant chacune des manières dont les gens sont reliés entre eux au réseau, créant un effet de synergie. C'est la sagesse des foules qu'a décrit mon ami James Surowiecki dans son livre The Wisdom of Crowds. Bien entendu, il faut avoir osé y participer pour espérer que l’effet de synergie se produise, et que la magie de la sagesse collective y opère.

Jay Deragon indique que tous ces machins sociaux ont permis d’accélérer le changement. «Le changement survient de l’apprentissage de nouvelles façons de faire de vieilles choses et d’en créer de nouvelles. La puissance des fleuves conversationnels au sujet de n'importe quoi et de tout accélère le changement.» Revere, dans Effect Measure, mentionnait le 15 mai dernier que «les scientifiques de l'influenza opèrent toujours selon les vieilles règles. Cela n'est plus suffisant

Les chercheurs du domaine de l’influenza gagneraient peut-être à se dérider un peu et à faire un tantinet de ‘small talk’ sur Facebook ou sur d’autres systèmes de réseautage de leur choix. Ils pourraient être surpris de voir se poindre un de ces jours le changement de paradigme tant attendu dans le domaine de l’étude de l’influenza. Les applications pratiques de ces recherches scientifiques sont cruciales pour la mise en œuvre de préparatifs pandémiques mondiaux. «Ce que nous espérons améliorer est une sorte de partage et flux d'information, et l'amener à un autre niveau», a déclaré Keiji Fukuda (Reuters, 9 mai).

La résistance au Flublogia du gouvernement du Québec n’est pas une solution, encore moins une ‘socialution’

Paru le vendredi, 26 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Aujourd’hui, Jay Deragon [un de mes blogeurs préférés – j’admire sincèrement son travail] écrit à propos des cultures qui résistent au changement. Soyez un meneur, suivez, ou SORTEZ DU CHEMIN!, indique-t-il. D’après Deragon, les gens s’ajustent à la rupture [disruption] de 3 manières: en la combattant, en s’adaptant à elle; ou en l’accélérant.

Le gouvernement du Québec a décidé de rejeter la sphère du Flublogia. Ignorer l’existence du Flublogia est leur manière de composer avec les médias sociaux. Depuis le 17 juin dernier, le jour où Yves Pépin a déclaré que le Flublogia et Zonegrippeaviaire ne seraient pas reconnus, parce que le gouvernement ne veut pas avoir à reconnaître les autres médias sociaux, il ne s'est absolument rien passé. Les nombreuses questions des utilisateurs de Zonegrippeaviaire sont demeurées sans réponse. Il n'y a pas de véritable dialogue entre la sphère des citoyens et celle de l'appareil gouvernemental.

Combien de temps persistera la résistance du gouvernement? Vers quoi se dirige le Canada si cette résistance persiste? C’est ce que je me demande…


Jay Deragon. Photo source

Si vous ne connaissez pas encore le site de Jay Deragon, A Relationship Economy, je vous recommande chaudement d’aller le découvrir. C’est une vraie perle! Il paraîtrait que Jay se lève tous les jours à quatre heures du matin pour bloguer, et qu’il adore cela. «Because it’s fun» (parce que c’est plaisant), qu’il a dit. Jerry Bowles de SocialMediaToday, a même déclaré que Jay Deragon 'is the hardest working man in Social Media'. On peut voir qu’il adore son travail et que tout ce qui concerne le développement des médias sociaux le passionne véritablement. Je lui lève mon chapeau pour son travail et ses réflexions sur les ‘socialutions’.

Je vous invite à savourer ce billet de Jay Deragon: ‘ReThinking & Rebuilding Business?’.

Saviez-vous que «chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque»?

Paru le mardi, 9 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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On dirait qu’il existe une profonde contradiction entre deux tendances actuelles: un mouvement s’en allant vers une autre Grande Noirceur, appelée «société du silence» par Pierre Noreau, et l’explosion d’une liberté d’expression associée aux médias sociaux. Peut-être que ces deux tendances ne sont pas aussi contradictoires et que l’une influence l’autre.

Le silence et l’obscurantisme
Ce n’est pas la première fois que j’aborde la question de la «société du silence». Voir mes billets Plusieurs jugent que le premier ministre Stephen Harper se comporte en Big Brother. Quel impact cela a-t-il sur la planification de pandémie au Canada? et Les médias sociaux pourraient-ils aider à renverser la tendance à la «société du silence»?

Le journaliste Fabien Deglise a publié aujourd’hui dans le Devoir un article absolument étonnant, «Le nouvel obscurantisme». Il y explique que la société du silence n’est pas simplement une tendance observée au Canada, mais qu’elle s’appliquerait également à l’ensemble du monde occidental:
«Elle [la tentation du secret et la montée récente de l'obscurantisme] n'est aussi pas seulement locale mais aussi «globalisée», ajoute Pierre Noreau en évoquant les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne comme autres terreaux fertiles à l'obscurantisme. Des terreaux sur lesquels les appareils gouvernementaux cultivent la noirceur, mais tout comme le secteur privé, les universités, les citoyens lambda... «Aujourd'hui, chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque», dit-il.»
Si jamais cette tendance s’incrustait et se généralisait, je devrais pratiquement envisager de changer de planète... Où les penseurs et les artistes seront-ils à l’aise et auront-ils droit à leur place au soleil si la libre circulation des idées est gravement compromise dans notre monde?

Doubles strates de silence dans le cas des préparatifs pandémiques
J’ai remarqué (c’est difficile à louper!) que la grippe aviaire n’est pas un sujet tellement à la mode. Il s’agit même d’un sujet que l’on pourrait classer parmi les tabous. Les gens ont peur d’entendre parler de la grippe aviaire pour une foule de raisons, allant de l’apathie, au refus de considérer le fait qu’ils pourraient mourir, à l’optimisme irréel, à l’indifférence, au déni total et à l’ignorance. Le Dr Peter M. Sandman, un communicateur de risque de renom, a prévenu: «Les dangers les plus sérieux qui menacent notre santé sont typiquement caractérisés par la sous-réaction du public – c’est-à-dire, par l’apathie, plutôt que la panique

Au départ, il existe donc une profonde gêne au sujet de la grippe aviaire, qui fait que les gens se replient volontairement dans le silence, au lieu de l’évoquer.

Et à cela, se rajoute une autre strate de silence: des problèmes engendrés par un contrôle critique de l’information par les autorités gouvernementales. Me Michel Drapeau, avocat, enseignant à l’Université d’Ottawa, ancien militaire à la retraite, très respecté dans le milieu de l'accès à l'information, a indiqué en juillet dernier: «Le gouvernement ne fait pas confiance aux gens. Il pense que chaque information va lui nuire et que les citoyens ne sont pas assez intelligents pour faire la part des choses.»

J’ai pu personnellement vérifier cela au début de l’année, lors d’une conversation téléphonique avec Marc Nolin, coordonnateur de l’information et des mesures d’urgences de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui m’a dit textuellement: «Nous autres, on ne met pas d’information scientifique [dans nos communiqués ou sur nos sites] parce que les gens ne comprennent rien. Nous vulgarisons les données avant de les présenter à la population

Remarquez aussi la manière dont les autorités gouvernementales présentent les cas d’infection de listériose au Canada. C’est souvent «le premier cas confirmé» par ci, et un autre cas par là. Il faut avoir une véritable âme de Sherlock Holmes pour arriver à saisir le portrait général du nombre total des cas survenus sur l’ensemble du territoire.

L’obscurantisme à propos des préparatifs québécois en vue d’une pandémie
J’ai identifié au cours des derniers mois des exemples concrets de tendance à l’obscurantisme concernant les préparatifs pandémiques au Québec.

LA FRÉQUENCE DE LA MENTION DU DOSSIER EST PEU ÉLEVÉE
Les autorités gouvernementales québécoises ne parlent quasiment jamais à la population des préparatifs en vue d’une pandémie.

En 28 mois, il y a eu 8 communiqués de presse concernant le Québec affichés sur le site Pandémie Québec. Le dernier communiqué remonte au mois de novembre 2007.

Pourtant, une pandémie est considérée comme la menace No. 1 par le Royaume-Uni, et maintenant aussi par l’ensemble des pays membres de l’Union européenne. Les mêmes dangers craints par 27 pays européens s’appliquent également au Canada et au Québec… Alors comment est-ce possible que la menace No. 1 ne soit même pas mentionnée du bout des lèvres? Comment se fait-il que nous n’en entendions si peu parler? Ce n’est pas normal que ce qui occupe la position No. 1 en haut de l’échelle des menaces ne soit pas présent dans nos esprits, dans les débats, etc.

LES ANNONCES IMPORTANTES NE SONT PAS PUBLIÉES SUR LES SITES DU GOUVERNEMENT
Une annonce survenue le 11 août dernier d’un investissement de 50 millions de dollars en stockage d’antibiotiques pour le traitement des infections secondaires n’a pas été affichée sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux, ni sur le site Pandémie Québec. La nouvelle est sortie sous forme d’entrevue avec un journaliste du quotidien Le Soleil. Cela m’a été confirmé au téléphone par Pierre Laflamme, coordonnateur du comité du MSSS sur la pandémie.

LE SITE OFFICIEL PANDÉMIE QUÉBEC N’OFFRE PAS DE POSSIBILITÉ D’INTERACTION AVEC LE PUBLIC
Zonegrippeaviaire a appris par le biais de l’accès à l’information que le gouvernement prépare une mise à jour du site Pandémie Québec, la porte d’entrée de l’information dédiée à la pandémie, le point de convergence et de référence de l’activité communicationnelle du gouvernement. La mise à jour de ce site est prévue pour décembre 2008.

Mais nous savons aussi à l’avance que la nouvelle version du site ne comportera pas d’applications Web 2.0. Ce qui signifie par conséquent que le gouvernement du Québec échoue à instaurer un mécanisme de rétroinformation mentionné dans le Plan de communication du gouvernement du Québec en cas de pandémie d’influenza:
2.1.1 La relation au risque – «La menace que fait peser la pandémie sur la vie et la santé, son injustice, son caractère irréversible et sa dimension planétaire sont susceptibles d’effrayer la population. Pour le communicateur, il est essentiel de reconnaître à temps cet état d’angoisse et de répondre à l’émotion du public: rester sensible, ouvert, attentif à l’évolution des sentiments, se tenir à l’écoute du citoyen et le rassurer. Une telle attitude nécessite l’instauration d’un dialogue avec la population, principalement à travers les réseaux de proximité et d’entraide. Elle requiert l’établissement de procédures exhaustives de rétroinformation afin que le message gouvernemental demeure en tout temps approprié.»
Il n’y aura pas d’outil exhaustif de rétroinformation intégré dans le site Pandémie Québec.

LE GOUVERNEMENT CHOISIT DÉLIBÉRÉMENT D’IGNORER LES MÉDIAS SOCIAUX
Le gouvernement du Québec a refusé d’établir une collaboration avec la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, sous prétexte de ne pas souhaiter reconnaître les autres [médias sociaux]. Le gouvernement ne juge pas opportun de se mettre à la portée des gens et de dialoguer avec eux par l’entremise de technologies du Web 2.0.

Zonegrippeaviaire a obtenu (également par le biais de l’accès à l’information) un document où le gouvernement du Québec conclut qu’il ne vaut pas la peine d’investir ni temps ni argent dans les médias sociaux (voir «Les médias sociaux et la communication du risque»).


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Le silence règne-t-il aussi dans les médias sociaux?
Les médias sociaux sont censés être des espaces libres où les individus sont libérés de l’influence des institutions. Grâce à ces technologies, il a été dit par Jay Deragon que nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et honnêtes, ce qui a été compromis depuis des décennies. Voir mon billet «Les médias sociaux ont conduit à la création d’un nouveau mot, «socialutions», d’après un spécialiste américain des TI.»

Toutefois, l’article du Devoir «Le nouvel obscurantisme» indique qu’il ne faut pas «chercher à comprendre le monde». Environ seulement 11% des quelque 60 millions de blogues qui existent présentement portent sur la politique.

Les réflexions des individus engendrées par le biais des médias sociaux seront-elles compromises par la tendance à la société du silence?

Ou serait-ce l’inverse? La tendance à la société du silence sera-t-elle amoindrie par une participation massive d’individus dans les médias sociaux?

L’article du Devoir (Le nouvel obscurantisme) se termine avec une conclusion du politicologue Louis Côté, qui croit que les signes actuels d'une certaine résurgence de l'obscurantisme ne devraient pas être perçus comme un retour en arrière, mais plutôt motiver un mouvement collectif vers l'avant. «Quand on s'attaque à la libre circulation des idées, c'est le projet démocratique que l'on met finalement en péril, dit-il. Or, la démocratie, c'est un processus, pas un état stationnaire et, pour continuer à avancer, il lui faut plus de transparence et de débats ouverts.»

Ce qui me fait espérer en un momentum, ou une impulsion de forces vives des conversations collectives qui faciliteront la créativité, l’imagination, et qui favoriseront la démocratie ainsi qu’une connaissance approfondie de la manière dont fonctionnent les choses, à des niveaux encore jamais imaginés.

Les médias sociaux ont conduit à la création d’un nouveau mot, «socialutions»

Les médias sociaux ont conduit à la création d’un nouveau mot, «socialutions», d’après un spécialiste américain des TI. De mon côté, je répète comme un gramophone que le Flublogia fait partie de la solution à l’amélioration des préparatifs pandémiques!

Paru le dimanche, 31 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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À force de répéter sans cesse la même chanson comme un vieux gramophone, surtout quand l’interlocuteur est un gouvernement qui fait la sourde oreille et volte-face, on finit par se questionner… et peut-être même se tanner, certains jours. C’est pourquoi j’apprécie les bons billets qui offrent des analyses éclairées sur la nature des médias sociaux. Ils m’aident à maintenir le cap des objectifs à atteindre.

Cela fait des mois que je répète que la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire.com font partie de la solution à l'amélioration des préparatifs pandémiques. Je viens d’apprendre qu’un nouveau mot vient d’être inventé pour décrire le rôle des médias sociaux: ils sont des «socialutions». Aux États-Unis, cela fait belle lurette que les autorités gouvernementales de tous les paliers ont déjà compris cela (et par elles-mêmes en plus!), alors qu'ici, au Québec, le gouvernement fait une indigestion rien qu'à entendre prononcer l'expression médias sociaux.

La lecture d’un billet signé par Jay Deragon dans SocialMediaToday, intitulé “What is the Root Cause of Social Media? “ m’a permis de me remémorer un commentaire d’un fonctionnaire gestionnaire de communication de crise au gouvernement du Québec. Le 2 avril dernier, lors d’une rencontre, il m’a dit: «Les personnes qui utilisent les forums de discussion [ou médias sociaux] ont eu quelque chose dans leur passé qui les a extrêmement déçues. Elles ont eu de grandes déceptions.». Cette déclaration m’a laissée perplexe, et j’y réfléchis encore… A-t-il voulu dire que ces gens-là sont en fait des frustrés?

Cela ferait beaucoup de gens «déçus» ou frustrés, car Jay Deragon, dans le paragraphe d’introduction de son billet, affirme qu’il y a environ 500 millions de personnes engagées dans le réseautage social du web 2.0, et qu’il existerait plus de 60 millions de blogues à travers le monde discutant de tout et de n’importe quoi, par quiconque et n’importe qui.

Au second paragraphe de son analyse, il a posé les questions suivantes: «Pourquoi les leaders d’entreprises minimisent-ils cette tendance [les médias sociaux] comme s’il s’agissait de manies et d’exagération? Vous êtes-vous tout simplement demandé pourquoi?» L’auteur du billet parle des leaders d’entreprises, mais les «manies et les exagérations» [fads and hype] pourraient aisément se comparer à l’expression «grande déception» véhiculée présentement par des décideurs gouvernementaux québécois.

Savourez la réponse-analyse de Jay Deragon:
«La tendance et les marchés, qui sont présentement formés [par les médias sociaux], sont les effets de la répression d’une liberté humaine au fil du temps, qui a désormais trouvé les moyens de s’exprimer librement et sans contrainte. Lorsque nous étions enfants, on nous a dit de nous tenir tranquilles. Dès notre plus jeune âge, on nous a encouragés à ne pas parler ouvertement et à ne pas exprimer ce que nous ressentions. Rendus à l’âge adulte, on nous a montré comment survivre dans un milieu corporatif en ne parlant uniquement que le langage corporatif.

Nous sommes tout simplement fatigués de ne pas être en mesure de nous exprimer ou d’être entendus.

[…]

Nous pouvons désormais être connectés à n’importe qui et n’importe où sur la planète par le simple clic d’une souris. Nous pouvons désormais nous exprimer librement sans l’influence des institutions. Notre capacité à nous exprimer et à nous connecter a maintenant créé les moyens de discuter et d’être entendu. Nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et honnêtes, ce qui a été compromis depuis des décennies. [Paul Gillin, dans son livre “The New Influencersparle de 150 années de répression.] Un changement [shift] s'est produit. Nous sommes libérés des influenceurs traditionnels et nous sommes devenus les influents.

[…]

Désormais, les masses [de gens] sont les marchés, et les conversations ne peuvent plus être contrôlées. Ce sont plutôt les conversations des gens qui influenceront les marchés des affaires.»
OK, dans ce cas-là, il y a réellement quelque chose qui ne va pas avec la décision du 17 juin 2008 de Yves Pépin du gouvernement du Québec de ne pas reconnaître la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, «pour ne pas avoir à reconnaître les autres [médias sociaux]». Le gouvernement voudrait que tout reste figé dans le temps, s'accroche au passé, et refuse d'admettre que la société change. Son refus a pour effet de paralyser l'évolution des mesures et politiques de notre société.

Cette décision a eu pour conséquences que les communications sont totalement rompues entre le gouvernement du Québec et la communauté virtuelle de Zonegrippeaviaire. Nous avons multiplié les lettres, et les appels téléphoniques de suivi, il n’y a plus AUCUNE réponse provenant du gouvernement du Québec à nos (pourtant très) nombreuses questions et préoccupations concernant la mitigation de la société dans le but de mieux faire face et gérer les épidémies de maladies ou autres situations d'urgence majeures. Le gouvernement fait comme si nous n’existions tout simplement pas.

Nous avons pu observer ces derniers jours à quel point le gouvernement du Québec s’est empêtré dans sa gestion de crise concernant la listériose. Alors que le nouveau ministre de la Santé Yves Bolduc fait des erreurs monumentales, et se donne en spectacle, que le chef de l’opposition officiel Mario Dumont semble assez perdu quelque part entre le SRAS et la grippe aviaire: le portrait général qui en résulte est un fouillis et une cacophonie désolants.

Pour un gouvernement n’ayant pas une très grande expérience de gestion des épidémies graves (on peut voir présentement que ça ne marche pas très fort leurs affaires, avec la manière dont est gérée la crise de listériose), est-ce une attitude prudente et prévoyante que de rejeter une collaboration avec des citoyens, visant à mieux planifier une pandémie d'influenza (et par conséquent une épidémie très grave)? Personne, au gouvernement du Québec, n’a écrit sur son curriculum vitae qu’il possède de l’expérience en gestion de pandémie. Parce que personne n’a vécu de pandémie, à part nos arrière-grands-parents, qui ont peut-être connu la grippe espagnole de 1918, et qui sont probablement déjà tous morts. Dans ce cas, les solutions pour passer-à-travers-une-pandémie-qui-constitue-une-inconnue-pour-nous-tous ne devraient-elles pas être toutes examinées, encouragées et SOUTENUES?

Pourquoi le gouvernement s’accroche-t-il désespérément aux vieilles stratégies du passé, aux vieux paradigmes, alors qu’il a lui-même identifié, dans son document «Les médias sociaux et la communication du risque», les effets bénéfiques d’un partenariat avec les médias sociaux? Voici ce qu’indique ce document (obtenu par le biais de la loi sur l'accès à l'information):
«La concertation du public par le biais du blogue augmenterait probablement le sentiment de contrôle de la population face à la crise imminente, réduisant l’incertitude et régulant le risque de panique sociale. Rassemblant les autorités publiques et les citoyens sur un même pied d’égalité, faisant front face à la pandémie, le blogue renforcerait sans doute la cohésion entre le gouvernement et le population.»
Ne pensez-vous pas que davantage de cohésion serait souhaitable, dans la présente crise de listériose/salmonelle/E.coli qui sévit au Québec?

Une autre conséquence du rejet des applications web 2.0 et des médias sociaux est que le projet «d’actualisation du site Internet Pandémie Québec» ne comportera probablement pas de blogue ou d'autres applications web 2.0, ni aucun projet d’interaction avec la sphère du Flublogia. Zonegrippeaviaire.com a obtenu dernièrement par le biais de la loi sur l'accès à l'information le Plan d'action sommaire 2008-2009 provenant du Sous-comité de planification gouvernementale en cas de pandémie d'influenza, et a appris que la livraison du projet d’actualisation de Pandémie Québec était prévue en décembre 2008.
Ce travail d'actualisation du site gouvernemental est en quelque sorte un gaspillage «de temps et d'argent » (oui, je reprends ici la même expression employée par le gouvernement pour décrire les médias sociaux - voir la dernière phrase du document), puisqu'il se limitera probablement à d'anciennes formes de communication.

Nous (les membres de la sphère du Flublogia) sommes les mieux informés - par rapport à la majorité des citoyens - à propos de la menace d’une pandémie, de même qu'à propos des outils et des programmes développés par le gouvernement du Québec, et pourtant, le gouvernement lève le nez sur nous et se permet de nous ignorer totalement.

Jay Deragon, spécialiste en commerce électronique, communications et technologies de l’information, à Hendersonville, Tennessee, aux États-Unis, rapporte en quoi consiste la définition du nouveau mot «socialutions»:
«Le levier technologique des gens, communautés et organisations qui leur permet d’interagir avec des personnes afin de créer de nouvelles solutions à de vieux paradigmes de communications et d’interaction, sans aucune limite et à portée infinie.»
Sans aucune limite et à portée infinie... C'est plutôt rare qu'on entende cela!

Imaginez un peu à quel point notre société pourrait s’améliorer et se développer
«sans aucune limite et à portée infinie», si seulement nos gouvernements se donnaient la peine de faire confiance aux citoyens, en accueillant favorablement les médias sociaux! Et pas uniquement la sphère du Flublogia des préparatifs pandémiques, mais aussi les autres domaines, que le gouvernement du Québec n’a notamment pas voulu reconnaître.
 
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