Blogue de Lyne Robichaud

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18 novembre 2008

Le changement de paradigme concernant le partage de l’information scientifique souhaité par Keiji Fukuda de l'OMS s’est-il réalisé?

Paru le lundi, 6 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Dr Keiji Fukuda, New York Times. Source

Ce matin, j’ai consulté comme d’habitude le blogue A Relationship Economy de mon ami Jay Deragon, qui a 25 années d'expérience à son actif en tant que consultant stratégique. Chaque jour, Jay rédige des billets d’une qualité exceptionnelle. Dans celui d’aujourd’hui, il décortique la théorie du changement de John Sculley (ex-PDG d'Apple, de 1983 à 1993), intitulée «changement isoquantique», qui consiste en une avancée technologique tellement considérable qu’elle modifie dramatiquement la manière dont les gens font des choses, et réoriente complètement la conception de la façon dont les choses doivent être effectuées.

Cela m’a fait penser à établir un parallèle entre mon expérience de ces dernières semaines sur Facebook, et la déclaration du Dr Keiji Fukuda (coordonnateur du programme mondial d'influenza à l’OMS) du mois de mai dernier, qui souhaitait pousser les chercheurs du domaine de l’influenza vers un changement de paradigme.

Les changements de paradigme exigent des modifications du comportement traditionnel, puisque nous sommes forcés de repenser nos habitudes. Le phénomène de «Renaissance scientifique» dont parlait Fukuda au printemps dernier est-il palpable?

Depuis que j’ai pris connaissance de la déclaration de Fukuda il y a cinq mois, j’observe le milieu scientifique dans l’espoir de trouver des indices, ou des pistes de tendance, qui pourraient faire croire que le changement de paradigme souhaité par le virtuose de l'influenza de l'OMS serait en train de se produire. Je ne sais pas si je me trompe, mais j’ai l’impression que j’observe un phénomène inverse: soit une fâcheuse tendance vers un black-out de l'information et un repli vers le silence.

Oui, il y a eu quelques heureuses tentatives vers un plus grand partage de l’information. Nous avons assisté à des efforts très louables de la part des scientifiques japonais, qui ont publié plusieurs séquences de H5N1, ce qui a permis d'observer un déplacement du virus de la grippe aviaire vers le nord, se rapprochant dangereusement du continent de l’Amérique du nord. Le Dr Henry Niman indiquait à ce sujet le 19 mai dernier: «L'OMS a demandé qu'ait lieu davantage de collaboration concernant la recherche à propos du H5N1. De telles collaborations peuvent commencer par la publication des séquences retenues indiquées ci-dessus. Le Japon a montré l'exemple publiant promptement des séquences de cygnes chanteurs provenant de Hokkaido. Il est temps que les pays avoisinants emboîtent le pas

Il y a eu d’autres gestes de partage, comme la publication de 150 différentes variétés de virus d'influenza, qui ont été libérées à la fin du mois de mai dernier par le ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA), des collaborateurs scientifiques, gouvernementaux, industriels et universitaires.

Toutefois, j’ai l’impression que mon expérience de ces trois dernières semaines sur Facebook est un bon indicateur de la réticence des scientifiques à s’ouvrir à de nouvelles formes de partage de l’information. J’ai lancé de nombreuses invitations à des «gens du Flublogia» de partout dans le monde et de tous les milieux, y compris celui de la recherche sur l’influenza, à me rejoindre sur Facebook. Plusieurs personnes ont répondu dans l’affirmative, sauf les chercheurs...

Facebook pourrait être perçu par plusieurs comme du ‘small talk’, mais je suis persuadée que ce système génère en fait des effets de réseautage qui s’améliorent au fur et à mesure que les gens les utilisent. Cela conduit à une exploitation de l’intelligence collective, englobant chacune des manières dont les gens sont reliés entre eux au réseau, créant un effet de synergie. C'est la sagesse des foules qu'a décrit mon ami James Surowiecki dans son livre The Wisdom of Crowds. Bien entendu, il faut avoir osé y participer pour espérer que l’effet de synergie se produise, et que la magie de la sagesse collective y opère.

Jay Deragon indique que tous ces machins sociaux ont permis d’accélérer le changement. «Le changement survient de l’apprentissage de nouvelles façons de faire de vieilles choses et d’en créer de nouvelles. La puissance des fleuves conversationnels au sujet de n'importe quoi et de tout accélère le changement.» Revere, dans Effect Measure, mentionnait le 15 mai dernier que «les scientifiques de l'influenza opèrent toujours selon les vieilles règles. Cela n'est plus suffisant

Les chercheurs du domaine de l’influenza gagneraient peut-être à se dérider un peu et à faire un tantinet de ‘small talk’ sur Facebook ou sur d’autres systèmes de réseautage de leur choix. Ils pourraient être surpris de voir se poindre un de ces jours le changement de paradigme tant attendu dans le domaine de l’étude de l’influenza. Les applications pratiques de ces recherches scientifiques sont cruciales pour la mise en œuvre de préparatifs pandémiques mondiaux. «Ce que nous espérons améliorer est une sorte de partage et flux d'information, et l'amener à un autre niveau», a déclaré Keiji Fukuda (Reuters, 9 mai).

En Mauricie [Québec], il paraîtrait qu’un «copin» veille sur nous

Paru le samedi, 6 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Hier, j’ai blogué au sujet de l’affichette «les culottes baissées», que j’ai trouvée dans les toilettes de la salle d’urgence d’un hôpital de la région Mauricie / Bois-Francs.

Cette affichette comporte un recto, une autre affichette, qui fait la promotion du COPIN.



Les autorités de la Mauricie, qui ont conçu cette affichette, ont joué sur le mot «copain», qui signifie ami, camarade, pour présenter leur Comité de planification et d’intervention (le COPIN) des mesures d’urgences du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières.

Tout comme pour l’outil «les culottes baissées», la publicité pour le COPIN est de bonne qualité, et elle présente de manière claire et punchée un comité de travail, afin d’en faire connaître la mission. La métaphore du copain se veut rassurante, mais dans mon cas, il va me falloir plus qu’une affichette pour me rassurer sur la réelle capacité de planification et de gestion du COPIN.

Tant mieux s’il existe un copain à notre service, un comité de planification et d’intervention de mesures d’urgences à l’hôpital de ma région! J’espère de tout cœur que ces gens vont réussir à mettre sur pied des mesures efficaces qui tiendront la route en temps de pandémie.


Imagezoo / Images.com, # 71559894 libre de droits

Cela pourrait commencer par exemple par revoir des choses toutes simples, comme penser à améliorer le confort des malades qui doivent passer des heures interminables en salle d’urgence. Les chaises sur lesquelles les gens sont conviés à s’asseoir dans la salle d’urgence n’ont pas été conçues pour période d’attente excessive. Entre le moment où les salles d’urgence ont été construites, il y a de cela de nombreuses années, et aujourd’hui, le temps d’attente dans les hôpitaux a atteint des niveaux record. Et ce phénomène s’amplifie d’une année à l’autre. Nous entendons parler de plus en plus souvent, dans de nombreux pays du monde, de salles d’urgence débordées en raison de simple grippe saisonnière. Si le problème d’engorgement des urgences ne peut être solutionné, celui des chaises-torture pourrait-il être analysé? En ce qui me concerne, j’ai dû passer plus de neuf heures correspondant à une nuit blanche complète sur une de ces fameuses chaises en plastique, et je peux témoigner qu’elles sont un véritable supplice pour les muscles et le dos.

La saison de grippe saisonnière dans notre hémisphère nord n’est même pas encore commencée, et déjà, nous recevons des nouvelles en provenance de pays de l’hémisphère sud concernant des souches de grippe saisonnière mal assorties à la cible du vaccin. Un foyer d’éclosion d'une telle souche inattendue a causé des temps d’attente de 20 heures en Australie, a rapporté hier le Dr Henry Niman.

L’affichette au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières mentionne que le COPIN va «s’assurer de prendre en charge RAPIDEMENT les victimes». D’après ce que j’ai vécu cette semaine avec mon séjour de 9 heures à la salle d’urgence, j’envisage difficilement comment, COPIN pas COPIN, mon hôpital régional va réussir à passer de son présent mode de fonctionnement, à un mode pandémie, et absorber une montée subite de cas en un tour de main. J’ai interrogé des personnes assises dans la salle d’urgence, et plusieurs était là depuis la veille et quand j’ai quitté l’établissement, elles n’en avaient pas encore terminé.

Le temps d’attente de 20 heures n’est pas qu’un phénomène passager survenant uniquement en Australie: il s’applique également en ce moment même au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, et nous ne sommes même pas encore entrés officiellement dans la saison de grippe saisonnière de 2008/2009. En temps de pandémie d’influenza, j’ai plutôt l’impression que nous aurons une situation pire que tout ce que nous pourrions envisager, avec plusieurs jours d’attente de soins pour les plus chanceux, et aucun accès à des soins professionnels pour la majorité de la population. Que ce soit dans l'hôpital même ou dans des lieux d'accueil qui pourraient recevoir les malades atteints de la grippe aviaire.


L’affichette maintient que le COPIN va «identifier les risques et mettre en place les mesures nécessaires pour minimiser l’impact». Un peu de pratique serait utile, encore là, en contrôlant mieux les présents cas à risque. J’étais assise à environ 1 mètre d’une dame dans la quarantaine, avec des difficultés respiratoires, qui se plaignait d’avoir contracté une pneumonie, après que tous les membres de sa famille aient été aussi malades qu’elle. Elle ne portait aucun masque de protection et elle toussait sans arrêt. La boîte de masques de protection à l’entrée de la salle d’urgence était vide. La boîte de gants de caoutchouc dans les toilettes était vide également.

Aucune infirmière ou employé de l’hôpital n’est venu vérifier l’état des patients au cours de la nuit. Entre 11h15 et 5h50 le lendemain matin, aucun patient n’a été appelé aux urgences. Où était passé le médecin? S’il était occupé à d’autres urgences (ou qu’il n’existait pas…), j’aurais apprécié que quelqu’un nous informe de la situation. Le supplice de la chaise de plastique aurait été plus facile à endurer, avec un minimum d’information. Nous aurions eu moins l'impression d'être laissés à nous-mêmes, si quelque membre du personnel infirmier était venu s'informer de notre état de santé.

Au moins, pour le lavage des mains, les stratégies recommandées par les autorités semblent fonctionner, car j’ai vu de très nombreuses personnes utiliser le savon désinfectant dans les distributrices installées devant les toilettes de la salle d’urgence.

C’est une bonne chose que le COPIN existe dans ma région. C’est une bonne chose aussi qu’un outil de communication ait été conçu pour présenter le COPIN à la population de Mauricie / Bois-Francs. J’espère sincèrement que le COPIN va réussir à atteindre les objectifs de sa mission et qu’en temps de pandémie, il sera à la hauteur de ce qu’il affirme être en mesure de réaliser.
 
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