Blogue de Lyne Robichaud

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18 novembre 2008

Bilan du mandat de l'ex-ministre Philippe Couillard

Bilan du mandat de l'ex-ministre Philippe Couillard: un dossier majeur s'est dès le départ trompé de cible. Un dérapage substantiel pourrait aussi avoir eu lieu avec les préparatifs pandémiques

Paru le samedi, 13 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Photo: Pedro Ruiz, source

Martine Letarte dresse aujourd'hui dans Le Devoir un bilan du mandat de cinq ans de l'ex-ministre Philippe Couillard, à la tête la Santé du Québec. Ce que je retiens de cet article, c'est que malgré l'important travail réalisé de réforme de grands réseaux intégrés de services, certains affirment que le ministre s'est trompé de cible.

Il est possible que dès le départ, l'analyse de ce dossier n'ait pas été enlignée dans la bonne direction. Un travail gigantesque a été effectué par la suite, mais toujours pas dans le bon sens...

Je ne suis pas une spécialiste de la réforme des réseaux intégrés de services de santé au Québec. Je note toutefois que pour ce dossier majeur, il est survenu un dérapage magistral. Nous pouvons observer qu'il persiste encore trop d'attente aux urgences (j'en sais quelque chose pour l'avoir vérifié moi-même il y a une dizaine de jours).

La réforme des réseaux intégrés de services est passée à côté de la plaque, comme l'a indiqué le Dr Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke: "Pour améliorer la situation aux urgences, on doit s'occuper de tout ce qui vient avant et de tout ce qui vient après, donc les soins de première ligne et la réadaptation. Ainsi, il n'y a pas eu de révolution dans les urgences."

J'entrevois de mon côté un dérapage majeur dans le dossier de la planification de pandémie (un dossier initié pendant le mandat de Philippe Couillard), parce que le gouvernement du Québec ne se préoccupe pas de "tout ce qui vient avant et après". Cela se passe exactement comme pour la réforme des réseaux intégrés de services de santé. Je prévois par conséquent que la planification de pandémie du gouvernement du Québec s'en va dans le mauvais sens, notamment parce que la mitigation des communautés est totalement négligée et que le citoyen n'est pas inclus dans le processus des préparatifs pandémiques.

Les planificateurs québécois de pandémie se concentrent sur des mesures d'intervention pharmaceutique (ils se bornent par exemple à acheter des médicaments: antiviraux, vaccins, infections secondaires), alors que les interventions non pharmaceutiques sont gravement négligées.

Les interventions non pharmaceutiques sont plus compliquées à mettre en oeuvre et nécessitent davantage de travail de planification et d'intervention. Les interventions non pharmaceutiques exigent aussi beaucoup d'esprit créatif, de leadership, de même qu'une volonté de collaboration et de communication avec la population. Pour impliquer les citoyens dans un tel processus complexe, il faut d'abord arriver à reconnaître que les citoyens jouent un rôle important et vital dans une situation de crise majeure de santé publique, comme l'est une pandémie d'influenza. Il faudrait que les planificateurs de pandémie et les décideurs arrivent à faire confiance aux citoyens, et qu'ils cessent de penser que les citoyens sont stupides et qu'ils ne comprennent rien à rien...

Voici l'article faisant le bilan des réalisations de l'ex-ministre Philippe Couillard, publié aujourd'hui dans Le Devoir.
Philippe Couillard au ministère de la Santé - Un bilan controversé
Samedi 13 et dimanche 14 septembre 2008 | Par Martine Letarte | Le Devoir

«Cinq ans, c'est long et c'est du jamais vu!»

Cinq ans à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux. Un record de longévité qu'a établi Philippe Couillard, neurochirurgien de formation. Mais, sur le terrain, quel bilan de ses réalisations dressent ses anciens collègues des facultés de médecine? Le Devoir a posé la question à François Béland, professeur au département d'administration de la santé de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, et à Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke.

D'entrée de jeu, les deux experts interviewés ont voulu saluer la longévité de l'ex-ministre de la Santé. «Cinq ans, c'est long et c'est du jamais vu! Le ministre de la Santé est à la tête d'une entreprise de 20 ou 25 milliards et Philippe Couillard aura au moins réussi à y apporter un peu de stabilité», indique M. Béland.

«Philippe Couillard a fait preuve d'un sens politique exceptionnel en réussissant à imposer et à maintenir la santé parmi les priorités du gouvernement. Il a aussi réussi à bien informer la population», croit pour sa part le Dr Hébert.

La réforme Couillard

Toutefois, lorsqu'ils regardent les réalisations de Philippe Couillard, les deux spécialistes sont plus critiques. D'abord, tous deux considèrent la réforme Couillard comme une réalisation majeure de son mandat. En résumé, cette réforme a créé de grands réseaux intégrés de services, les CSSS, en fusionnant les CLSC avec les CHSLD et, dans plusieurs cas, avec l'hôpital de la région.

«Comme les budgets ont aussi été fusionnés, cela devait permettre une plus grande souplesse. L'idée n'était pas mauvaise, mais le problème, c'est que les CSSS ne jouissent pas actuellement d'une liberté d'action. Par exemple, un CSSS ne peut décider actuellement de fermer des lits dans son CHSLD pour investir davantage dans les soins à domicile. Pourtant, dans la logique de la réforme Couillard, les CSSS devraient avoir cette liberté de bouger leurs sous selon leurs besoins», affirme François Béland.

De plus, le spécialiste croit que le réseau continue de souffrir énormément de cette réforme. «Le réseau est très essoufflé actuellement.»

Le Dr Hébert est du même avis. «Les fusions ont créé beaucoup de remous. Le système de santé est maintenant embourbé dans une réforme de structure, au lieu de concentrer ses énergies dans la qualité des soins offerts. Il y a beaucoup de démotivation auprès du personnel et de perte du sentiment d'appartenance à leur établissement. Peut-être que, à long terme, on verra les effets bénéfiques de la réforme Couillard, mais ce n'est pas le cas présentement», affirme-t-il.

Peu médecins de famille, trop d'attente aux urgences

Les deux spécialistes s'entendent aussi pour dire que la réforme Couillard n'a pas suffisamment mis l'accent sur le développement des Groupes de médecine familiale (GMF).

«La réforme prévoyait une meilleure intégration des médecins de famille aux CSSS, mais le ministre n'est pas allé assez loin dans cette direction. De plus, il est évident qu'il n'y a pas assez de GMF, entre autres parce que le processus bureaucratique pour en créer est beaucoup trop lourd. Aussi, les GMF n'ont pas suffisamment de ressources à leur disposition: ils manquent surtout d'infirmières praticiennes», croit François Béland.

Aux yeux du Dr Hébert, Philippe Couillard s'est tout simplement trompé de cible.

«Comme le grand problème était l'engorgement des urgences dans les hôpitaux, il a voulu régler le problème en s'attaquant aux hôpitaux. Or, pour améliorer la situation aux urgences, on doit s'occuper de tout ce qui vient avant et de tout ce qui vient après, donc les soins de première ligne et la réadaptation. Ainsi, il n'y a pas eu de révolution dans les urgences, comme le dénonçait l'opposition ce printemps.»

En mai dernier, Bernard Drainville, le porte-parole du Parti québécois en matière de santé, a annoncé que, selon les données du Centre de coordination nationale des urgences, les temps d'attente étaient toujours aussi longs qu'il y a cinq ans dans les urgences des hôpitaux du Québec.

(Suite)

Source: www.ledevoir.com

En Mauricie [Québec], il paraîtrait qu’un «copin» veille sur nous

Paru le samedi, 6 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Hier, j’ai blogué au sujet de l’affichette «les culottes baissées», que j’ai trouvée dans les toilettes de la salle d’urgence d’un hôpital de la région Mauricie / Bois-Francs.

Cette affichette comporte un recto, une autre affichette, qui fait la promotion du COPIN.



Les autorités de la Mauricie, qui ont conçu cette affichette, ont joué sur le mot «copain», qui signifie ami, camarade, pour présenter leur Comité de planification et d’intervention (le COPIN) des mesures d’urgences du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières.

Tout comme pour l’outil «les culottes baissées», la publicité pour le COPIN est de bonne qualité, et elle présente de manière claire et punchée un comité de travail, afin d’en faire connaître la mission. La métaphore du copain se veut rassurante, mais dans mon cas, il va me falloir plus qu’une affichette pour me rassurer sur la réelle capacité de planification et de gestion du COPIN.

Tant mieux s’il existe un copain à notre service, un comité de planification et d’intervention de mesures d’urgences à l’hôpital de ma région! J’espère de tout cœur que ces gens vont réussir à mettre sur pied des mesures efficaces qui tiendront la route en temps de pandémie.


Imagezoo / Images.com, # 71559894 libre de droits

Cela pourrait commencer par exemple par revoir des choses toutes simples, comme penser à améliorer le confort des malades qui doivent passer des heures interminables en salle d’urgence. Les chaises sur lesquelles les gens sont conviés à s’asseoir dans la salle d’urgence n’ont pas été conçues pour période d’attente excessive. Entre le moment où les salles d’urgence ont été construites, il y a de cela de nombreuses années, et aujourd’hui, le temps d’attente dans les hôpitaux a atteint des niveaux record. Et ce phénomène s’amplifie d’une année à l’autre. Nous entendons parler de plus en plus souvent, dans de nombreux pays du monde, de salles d’urgence débordées en raison de simple grippe saisonnière. Si le problème d’engorgement des urgences ne peut être solutionné, celui des chaises-torture pourrait-il être analysé? En ce qui me concerne, j’ai dû passer plus de neuf heures correspondant à une nuit blanche complète sur une de ces fameuses chaises en plastique, et je peux témoigner qu’elles sont un véritable supplice pour les muscles et le dos.

La saison de grippe saisonnière dans notre hémisphère nord n’est même pas encore commencée, et déjà, nous recevons des nouvelles en provenance de pays de l’hémisphère sud concernant des souches de grippe saisonnière mal assorties à la cible du vaccin. Un foyer d’éclosion d'une telle souche inattendue a causé des temps d’attente de 20 heures en Australie, a rapporté hier le Dr Henry Niman.

L’affichette au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières mentionne que le COPIN va «s’assurer de prendre en charge RAPIDEMENT les victimes». D’après ce que j’ai vécu cette semaine avec mon séjour de 9 heures à la salle d’urgence, j’envisage difficilement comment, COPIN pas COPIN, mon hôpital régional va réussir à passer de son présent mode de fonctionnement, à un mode pandémie, et absorber une montée subite de cas en un tour de main. J’ai interrogé des personnes assises dans la salle d’urgence, et plusieurs était là depuis la veille et quand j’ai quitté l’établissement, elles n’en avaient pas encore terminé.

Le temps d’attente de 20 heures n’est pas qu’un phénomène passager survenant uniquement en Australie: il s’applique également en ce moment même au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, et nous ne sommes même pas encore entrés officiellement dans la saison de grippe saisonnière de 2008/2009. En temps de pandémie d’influenza, j’ai plutôt l’impression que nous aurons une situation pire que tout ce que nous pourrions envisager, avec plusieurs jours d’attente de soins pour les plus chanceux, et aucun accès à des soins professionnels pour la majorité de la population. Que ce soit dans l'hôpital même ou dans des lieux d'accueil qui pourraient recevoir les malades atteints de la grippe aviaire.


L’affichette maintient que le COPIN va «identifier les risques et mettre en place les mesures nécessaires pour minimiser l’impact». Un peu de pratique serait utile, encore là, en contrôlant mieux les présents cas à risque. J’étais assise à environ 1 mètre d’une dame dans la quarantaine, avec des difficultés respiratoires, qui se plaignait d’avoir contracté une pneumonie, après que tous les membres de sa famille aient été aussi malades qu’elle. Elle ne portait aucun masque de protection et elle toussait sans arrêt. La boîte de masques de protection à l’entrée de la salle d’urgence était vide. La boîte de gants de caoutchouc dans les toilettes était vide également.

Aucune infirmière ou employé de l’hôpital n’est venu vérifier l’état des patients au cours de la nuit. Entre 11h15 et 5h50 le lendemain matin, aucun patient n’a été appelé aux urgences. Où était passé le médecin? S’il était occupé à d’autres urgences (ou qu’il n’existait pas…), j’aurais apprécié que quelqu’un nous informe de la situation. Le supplice de la chaise de plastique aurait été plus facile à endurer, avec un minimum d’information. Nous aurions eu moins l'impression d'être laissés à nous-mêmes, si quelque membre du personnel infirmier était venu s'informer de notre état de santé.

Au moins, pour le lavage des mains, les stratégies recommandées par les autorités semblent fonctionner, car j’ai vu de très nombreuses personnes utiliser le savon désinfectant dans les distributrices installées devant les toilettes de la salle d’urgence.

C’est une bonne chose que le COPIN existe dans ma région. C’est une bonne chose aussi qu’un outil de communication ait été conçu pour présenter le COPIN à la population de Mauricie / Bois-Francs. J’espère sincèrement que le COPIN va réussir à atteindre les objectifs de sa mission et qu’en temps de pandémie, il sera à la hauteur de ce qu’il affirme être en mesure de réaliser.
 
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