Blogue de Lyne Robichaud

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18 novembre 2008

En Mauricie [Québec], il paraîtrait qu’un «copin» veille sur nous

Paru le samedi, 6 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Hier, j’ai blogué au sujet de l’affichette «les culottes baissées», que j’ai trouvée dans les toilettes de la salle d’urgence d’un hôpital de la région Mauricie / Bois-Francs.

Cette affichette comporte un recto, une autre affichette, qui fait la promotion du COPIN.



Les autorités de la Mauricie, qui ont conçu cette affichette, ont joué sur le mot «copain», qui signifie ami, camarade, pour présenter leur Comité de planification et d’intervention (le COPIN) des mesures d’urgences du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières.

Tout comme pour l’outil «les culottes baissées», la publicité pour le COPIN est de bonne qualité, et elle présente de manière claire et punchée un comité de travail, afin d’en faire connaître la mission. La métaphore du copain se veut rassurante, mais dans mon cas, il va me falloir plus qu’une affichette pour me rassurer sur la réelle capacité de planification et de gestion du COPIN.

Tant mieux s’il existe un copain à notre service, un comité de planification et d’intervention de mesures d’urgences à l’hôpital de ma région! J’espère de tout cœur que ces gens vont réussir à mettre sur pied des mesures efficaces qui tiendront la route en temps de pandémie.


Imagezoo / Images.com, # 71559894 libre de droits

Cela pourrait commencer par exemple par revoir des choses toutes simples, comme penser à améliorer le confort des malades qui doivent passer des heures interminables en salle d’urgence. Les chaises sur lesquelles les gens sont conviés à s’asseoir dans la salle d’urgence n’ont pas été conçues pour période d’attente excessive. Entre le moment où les salles d’urgence ont été construites, il y a de cela de nombreuses années, et aujourd’hui, le temps d’attente dans les hôpitaux a atteint des niveaux record. Et ce phénomène s’amplifie d’une année à l’autre. Nous entendons parler de plus en plus souvent, dans de nombreux pays du monde, de salles d’urgence débordées en raison de simple grippe saisonnière. Si le problème d’engorgement des urgences ne peut être solutionné, celui des chaises-torture pourrait-il être analysé? En ce qui me concerne, j’ai dû passer plus de neuf heures correspondant à une nuit blanche complète sur une de ces fameuses chaises en plastique, et je peux témoigner qu’elles sont un véritable supplice pour les muscles et le dos.

La saison de grippe saisonnière dans notre hémisphère nord n’est même pas encore commencée, et déjà, nous recevons des nouvelles en provenance de pays de l’hémisphère sud concernant des souches de grippe saisonnière mal assorties à la cible du vaccin. Un foyer d’éclosion d'une telle souche inattendue a causé des temps d’attente de 20 heures en Australie, a rapporté hier le Dr Henry Niman.

L’affichette au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières mentionne que le COPIN va «s’assurer de prendre en charge RAPIDEMENT les victimes». D’après ce que j’ai vécu cette semaine avec mon séjour de 9 heures à la salle d’urgence, j’envisage difficilement comment, COPIN pas COPIN, mon hôpital régional va réussir à passer de son présent mode de fonctionnement, à un mode pandémie, et absorber une montée subite de cas en un tour de main. J’ai interrogé des personnes assises dans la salle d’urgence, et plusieurs était là depuis la veille et quand j’ai quitté l’établissement, elles n’en avaient pas encore terminé.

Le temps d’attente de 20 heures n’est pas qu’un phénomène passager survenant uniquement en Australie: il s’applique également en ce moment même au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, et nous ne sommes même pas encore entrés officiellement dans la saison de grippe saisonnière de 2008/2009. En temps de pandémie d’influenza, j’ai plutôt l’impression que nous aurons une situation pire que tout ce que nous pourrions envisager, avec plusieurs jours d’attente de soins pour les plus chanceux, et aucun accès à des soins professionnels pour la majorité de la population. Que ce soit dans l'hôpital même ou dans des lieux d'accueil qui pourraient recevoir les malades atteints de la grippe aviaire.


L’affichette maintient que le COPIN va «identifier les risques et mettre en place les mesures nécessaires pour minimiser l’impact». Un peu de pratique serait utile, encore là, en contrôlant mieux les présents cas à risque. J’étais assise à environ 1 mètre d’une dame dans la quarantaine, avec des difficultés respiratoires, qui se plaignait d’avoir contracté une pneumonie, après que tous les membres de sa famille aient été aussi malades qu’elle. Elle ne portait aucun masque de protection et elle toussait sans arrêt. La boîte de masques de protection à l’entrée de la salle d’urgence était vide. La boîte de gants de caoutchouc dans les toilettes était vide également.

Aucune infirmière ou employé de l’hôpital n’est venu vérifier l’état des patients au cours de la nuit. Entre 11h15 et 5h50 le lendemain matin, aucun patient n’a été appelé aux urgences. Où était passé le médecin? S’il était occupé à d’autres urgences (ou qu’il n’existait pas…), j’aurais apprécié que quelqu’un nous informe de la situation. Le supplice de la chaise de plastique aurait été plus facile à endurer, avec un minimum d’information. Nous aurions eu moins l'impression d'être laissés à nous-mêmes, si quelque membre du personnel infirmier était venu s'informer de notre état de santé.

Au moins, pour le lavage des mains, les stratégies recommandées par les autorités semblent fonctionner, car j’ai vu de très nombreuses personnes utiliser le savon désinfectant dans les distributrices installées devant les toilettes de la salle d’urgence.

C’est une bonne chose que le COPIN existe dans ma région. C’est une bonne chose aussi qu’un outil de communication ait été conçu pour présenter le COPIN à la population de Mauricie / Bois-Francs. J’espère sincèrement que le COPIN va réussir à atteindre les objectifs de sa mission et qu’en temps de pandémie, il sera à la hauteur de ce qu’il affirme être en mesure de réaliser.

En Mauricie [Québec], on nous recommande de ne pas nous «faire prendre les culottes baissées»

En Mauricie [Québec], on nous recommande de ne pas nous «faire prendre les culottes baissées»… mais on ne nous précise pas pour combien de temps il faut stocker une réserve de vivres et de matériel!

Paru le vendredi, 5 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Je devrais visiter les toilettes des salles d’urgence d’hôpitaux plus souvent... À part des germes potentiels, virus et autres microbes, et beaucoup de papier de toilette jonchant le plancher, on y trouve parfois des choses intéressantes... Je suis ainsi tombée par hasard sur une très belle affichette qui recommande de stocker des vivres et des biens essentiels en cas de situation d’urgence. Mon enfant a bouchonnée l’affichette en petite boule, le temps d’une minute de distraction, alors je m’excuse pour la mauvaise qualité de reproduction de cet outil de communication.



Observez que sur cette affichette, la pandémie de grippe arrive en Numéro 1 (tiens donc!) de l’énumération de ce qu’est une situation d’urgence: pandémie de grippe, inondation, verglas, panne d’électricité prolongée). Certaines sections des autorités gouvernementales québécoises auraient-elles donc compris que la pandémie de grippe est la menace No. 1 de la nation? C’est ce qu’ont pourtant affirmé publiquement le gouvernement britannique, de même que l’Union européenne.

Il s’agit d’une bien jolie affichette, mais le problème principal avec cette publicité, c’est qu’elle ne dit absolument pas pour combien de temps il faut stocker des vivres et des biens essentiels. Ce que je trouve extrêmement curieux. On ne retrouve pas les 72 heures habituellement recommandées par les autorités gouvernementales canadiennes. On ne retrouve pas non plus les 2 semaines recommandées dans le futur Guide d’autosoins en cas de pandémie d’influenza, pas encore publié par le gouvernement du Québec, et prévu pour distribution en 5 millions d’exemplaires au moment du déclenchement d’une pandémie.

Aux États-Unis, on peut lire des recommandations officielles publiques variant entre 2 semaines à 3 mois. Le site Internet géré par Nez Perce County, en Idaho, Get Pandemic Ready, recommande 3 mois de stockage de nourriture et autres biens essentiels.

Par ailleurs, des chercheurs de l’Université de Sydney ont expliqué pour quelles raisons il est préférable de stocker des denrées et autres produits avant le déclenchement d’une pandémie, et ils ont prédit que l’Australie allait manquer de tout en moins de 2 semaines après le déclenchement d’une pandémie, étant donné que le marché agro-alimentaire est contrôlé par des entreprises ayant le monopole de la fabrication et de la distribution. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, en lien avec notre situation canadienne? Comme Maple Leaf Foods et la présente crise de listériose, par exemple?

L’expert en influenza, le directeur du CIDRAP de l’Université du Minnesota, Dr Michael Osterholm, a prédit pour sa part que nous manquerions de tout DÈS LES PREMIERS JOURS d’une pandémie:
«Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie «juste-à-temps» [just-in-time], qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie».
Je ne sais pas à quelle date cette affichette jouant sur la métaphore des «culottes baissées» a été produite. Il n’y a pas de petit texte écrit en minuscule indiquant la date, ou encore comme pour les règlements d’annonces de voitures, de descriptions qu’il faut lire avec une loupe donnant des détails de l’offre. À l’exception de la mention du design graphique effectué par Julie Plamondon, et de 7 logos affichés en bas de la publicité, je n’ai trouvé aucun autre indice à propos de la date de création de l’affiche ou encore du nombre de jours de stockage de vivres et autres biens. Les 7 logos démontrent qu’il s’agit d’une publicité LOCALE destinée au public-cible de la région administrative de la Mauricie et du Centre-du-Québec:
- Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec
- Centre de services en déficience intellectuelle de la Mauricie et du Centre-du-Québec
- Domrémy Mauricie / Centre du Québec, centre de réadaptation en dépendance
- Centre hospitalier régional de Trois-Rivières
- Centre de santé et de services sociaux de l’Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec
Je trouve qu'avoir pensé et pris le temps de produire cette affichette est une excellente initiative, et que l’image choisie pour illustrer le texte permet de comprendre le message en un quart de seconde. J’espère que nous verrons de nombreux autres outils de ce genre, plein de fraîcheur, de couleurs vives et attrayants à consulter. Il s’agit d'un bon travail de graphisme et de publicité. Le seul GROS problème, à mon avis, c’est que cette affichette n’indique pas le nombre de jours de réserve stratégique individuelle. Et malheureusement, pour cette raison, malgré tous les autres aspects positifs que j'ai identifiés, je dois vous indiquer que je pense que c’est un flop.

Et j’ai l’impression que c’est délibéré. Cela cache-t-il une situation inconfortable entre deux chaises qu’occupe l’agence régionale de la Mauricie / Centre-du-Québec? Le 72 heures de réserve n’est pas suffisant pour répondre aux situations d’urgence mentionnées dans l’affichette. Donc les planificateurs ne l’ont pas mentionné. Les 2 semaines de réserve (qui correspondent au Guide d’autosoins), étant donné que le gouvernement du Québec n’a pas été encore suffisamment stratégique pour le recommander aux citoyens Québécois, les agences régionales qui souhaiteraient agir quand même auprès de leur population afin de mieux préparer les gens aux situations d’urgence se retrouvent dans de beaux draps, avec les mains liées.

On assiste alors à la création d’outils de communication vagues et beaucoup moins efficaces que ce qu’ils pourraient l’être, s’ils osaient recommander des vrais chiffres. C’est notamment le cas pour cette affichette, qui n’ose pas déclarer à combien de jours la réserve individuelle devrait correspondre. À mon avis, c’est encore un autre exemple de «gaspillage de temps et d’argent» pour produire des outils incomplets qui ne veulent pas dire grand-chose pour le commun des mortels. Ce genre d'outils n’aura probablement aucun impact de protection efficace et de réelle mitigation des communautés visées, étant donné qu’il échoue à fournir les informations les plus importantes, les données vitales qui pourraient faire toute la différence en situation d’urgence, entre un certain état de confort relatif et la panique, et peut-être même entre la vie et la mort.
 
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