Blogue de Lyne Robichaud

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06 juin 2009

Vendre l'état de préparation à la famille et aux amis


Avez-vous essayé de convaincre votre famille et vos amis à l'idée de se préparer à une pandémie? Ce n'est pas facile!

J'en parle depuis 3 ans dans mon entourage. J'ai réussi à convaincre des gens, et plusieurs se sont lancés dans des préparatifs.

Mais une partie des personnes que je connais n'ont pas voulu entendre parler de mes histoires. Plusieurs m'ont tourné le dos, d'autres m'évitent, d'autres abordent tous les sujets inimaginables sauf celui d'une pandémie. Il y en a même qui ont affiché des comportements agressifs (au point que c'est maintenant moi qui les évite, pour avoir la paix).

Gaby poursuit avec efficacité son exploration des contenus proposés par le communicateur de risque Peter Sandman, en nous livrant une troisième traduction en français.

Dans ce billet-dialogue de Peter Sandman, on trouve une analyse des types de personnes et leurs probables comportements face à la menace de pandémie. Vous remarquerez qu'il y a des catégories de gens avec lesquels il n'y a rien à faire: mieux vaut ne pas perdre sa salive avec ceux-là.

Concentrez-vous sur les personnes qui sont le plus susceptibles de vous écouter. En ce qui concerne les autres (qu'il sera absolument impossible de convaincre), préparez-vous à ce que ce soit justement ceux-là qui viennent larmoyer à votre porte, et réclamer des provisions, quand les choses tourneront vraiment mal...

Vendre l'état de préparation à une pandémie, à la famille et aux amis

Traduction en français (par Gaby) de
"Selling pandemic prep to family and friends"
18 mai 2009 | Par Peter Sandman (répondant à Elenor Snow)

30 avril 2009

Dans quelques jours, nous passerons probablement en phase 6

L'Ami Calmant qui a beaucoup plus d'humour que moi, et qui me fait toujours rire aux éclats (j'admire sa capacité de jouer avec les mots et de répondre des boutades qui me mettent absolument bouche bée), m'a demandé cette nuit:
"Toi qui es aux avant-postes du combat, crois-tu qu'en me réfugiant dans une porcherie de la Basse Lanaudière, j'augmenterais mes chances d'échapper à la Fin du Monde?

Premier avantage: on y est caché comme dans une botte de foin.
Second avantage: l'augmentation immédiate des anticorps porcins."

Il n'y en a pas deux comme lui! Merci Christian pour tous les beaux clins d'oeil que tu m'as transmis au cours de l'année, et surtout pour tes encouragements. Quand j'étais découragée, tu as trouvé les bons mots qui m'ont poussée à continuer, malgré l'absence d'intérêt de la part des autorités québécoises pour le projet Zonegrippeaviaire et la nécessité de sensibiliser les citoyens à la réelle menace d'une pandémie.

Il était 2h51 du matin quand j'ai pris connaissance son message, et j'étais encore assise devant mon clavier, à contempler ce qui s'en vient.

Je retiens mes larmes, parce que je trouve que le manque de sensibilisation pour que les individus se préparent est flagrant, décevant, irresponsable de la part des autorités, et d'une tristesse inconsolable. Une personne du gouvernement du Québec m'a confié il y a deux jours: "Il a été décidé de ne pas diffuser trop d'informations afin de ne pas alerter la population et risquer que cette même population ne nous prenne plus au sérieux une fois le risque de pandémie déclaré."

Très mauvaise stratégie, qui nous coûtera cher.

L'absence de préparatifs individuels senmble faire partie d'une stratégie gouvernementale et mondiale.

Lorsque l'Organisation mondiale de la santé a modifié sa définition des niveaux d'alerte (phases pandémiques) en juin 2008, il était évident que c'était dans un but de limiter les préparatifs pandémiques, puisqu'il ne s'écoulerait que quelques jours entre le passage des niveaux 4 à 6. J'en ai parlé dans Zonegrippeaviaire, via mes traductions du Dr Henry Niman. Je me rappelle à l'époque qu'il avait analysé la question de long en large. Donc ce n'est pas comme si nous n'étions pas au courant du danger. Voir "La transmission interhumaine du H5N1 dicte un nouveau système d'alerte de pandémie" et "Le nouveau système d'alerte de pandémie de H5N1 contrôle la panique".

Nous sauterons dans la phase 6 très prochainement. Henry Niman l'a prédit il y a 10 mois, mais il nous l'a re-prédit hier. Voir "L'OMS confirme une transmission humaine soutenue du H1N1 porcin".

Ce qui fait que les citoyens ne seront pas prêts. Le gouvernement n'aura pas le temps de leur dire quoi faire.

Tendre à l'autosuffisance en tout me semble une stratégie gagnante dans les circonstances. Ainsi peu importe ce qui se passera, il sera possible de retomber sur ses pieds.

Autosuffisance en masques, médicaments, nourriture, eau, éclairage (bougies, lampes), chauffage (autre que l'électricité), communications (walkie-talkie).

Créer une solide communauté autour de soi, des gens sur qui on peut compter, m'apparaît également un élément crucial.

Je ne sais pas ce qui nous attend, mais attendons-nous à ce que ce soit majeur. Celles et ceux qui seront prendront leurs responsabilités (leur vie en main), et qui seront capables de transformer l'information en empowerment, pourraient devenir des leaders dans leur famille, leur communauté.

Personne n'a d'expérience en pandémie. Celles et ceux ayant vécu en 1918 sont tous pour la majorité décédés. Nos gouvernements n'en ont pas plus que nous. N'oublions pas cela.

Pour Claude Évin, président de la Fédération hospitalière de France, «les pandémies révèlent l’échelle des valeurs d’une société, par sa capacité à prendre en charge tous ses membres et à porter un projet collectif qui ne se résume pas à la somme désordonnée des actions individuelles».


À partir de maintenant, nous entrons dans la gueule de la pandémie. Nous serons seuls: le gouvernement ne pourra suffire aux énormes besoins.

Alors débrouillons-nous!

Consultez la section Démarches des individus. Complétez vos préparatifs pandémiques d'ici aux prochains jours.

Et bonne chance.

18 novembre 2008

L’intérêt des chefs des partis politiques du Québec pour le Web 2.0 est inexistant

Le bruit commence à se répandre que l’intérêt des chefs des partis politiques du Québec pour le Web 2.0 est inexistant

Paru le mardi, 11 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com



Image source

Nous sommes le jour 7 de la campagne électorale générale qui se déroule présentement au Québec. Les Québécoises et les Québécois se rendront aux urnes le 8 décembre prochain. Alors que les divers partis politiques se démènent pour séduire l’électorat, naturellement, vous devinerez qu’il n’est pas tellement question dans les discours électoraux de préparatifs pandémiques, et encore moins de reconnaissance des médias sociaux.

En ce qui a trait aux préparatifs de pandémie, on peut comprendre que le sujet fait peur, bien qu’il s’agisse d’une des 13 «questions urgentes» avec laquelle le président des États-Unis nouvellement élu, Barack Obama, ainsi que le Congrès américain, seront appelés à faire face au cours de la prochaine année. Une pandémie est la menace Numéro 1 des nations, a indiqué dernièrement l’Union européenne. Mais à peu près personne ne s’en préoccupe, ici, au Québec. Étant donné que la question a été à peine effleurée lors de la dernière campagne présidentielle des États-Unis, je ne m’attends guère à ce que le sujet enflamme des débats animés au Québec.

Mais la question des médias sociaux, quant à elle, mériterait d’avoir une place au sein des grands débats d’idées de la présente campagne électorale, car le Web 2.0 aura une incidence majeure et influence sur la société, et risque de modifier la manière dont se joue la démocratie.

Lorsque certains éléments ne se retrouvent pas dans les plate-forme des partis, plusieurs personnes profitent de ces temps électoraux pour mettre à l’avant leurs préoccupations.

Nous avons pu observer dernièrement un mouvement en faveur d’un plan numérique, piloté par Patricia Tessier, consultante en Stratégie et Marketing Internet, dont j’ai déjà parlé dans la Gazette de Zonegrippeaviaire. La lettre ouverte de Patricia Tessier, adressée au premier ministre, analyse la situation concernant l’économie numérique au Québec. En quelques jours seulement, le groupe «M. Charest, le Québec a besoin d’un plan numérique» a récolté de nombreux appuis et mentions sur Facebook et dans les médias.

Cela a même conduit à la création d’un wiki consacré à cette question, une initiative de Martin Comeau: www.unplannumeriquepourlequebec.com. Il est intéressant de voir que les revendications ont conduit à la mise sur pied d’un média social, comme solution collective qui permettra de «recueillir les suggestions, une façon efficace de définir un projet numérique rassembleur et collé à la réalité de la nation québécoise.»

Ces derniers jours, Patricia Tessier s’est penchée sur la relation des partis politiques aux médias sociaux dans son blogue.

Dans «Campagne électorale provinciale et Web 2.0» (publié le 10 novembre 2008), Patricia Tessier a d’abord défini en quoi consiste le phénomène des médias sociaux, avec statistiques à l’appui. La blogueuse nous confie par ailleurs une sorte de manuel d’instructions sur la façon de ce comporter dans cet univers virtuel

La blogueuse va plus loin aujourd’hui, dans «L’intérêt des chefs pour le 2.0 est inexistant!», et analyse la «présence anémique des partis politiques québécois sur les réseaux sociaux.»

Les habitués de ce site sont déjà au courant du déni des médias sociaux par l’administration Charest (car cela fait déjà six mois que j’en parle dans quasiment chacun de mes billets. Que voulez-vous, la situation me désole! Et alors que les mois passent, l'impasse gouvernementale persiste quant à elle, et les décideurs demeurent enfermés dans leur mutisme.

Je suis soulagée de constater que d’autres personnes se penchent elles aussi sur la position des autorités gouvernementales à propos du Web 2.0.


Qui sait? Peut-être qu'à force d'en parler et de dénoncer le manque d'intérêt des décideurs québécois, pourrons-nous arriver à modifier les mentalités et renverser les positions?

Voici les commentaires que j’ai affichés à la suite du billet signé aujourd’hui par Patricia Tessier:
Non seulement l’intérêt de l’administration Charest pour le Web 2.0 est-il inexistant, mais cette administration s’est prononcée contre les médias sociaux en mai dernier.

Un document rédigé en mai 2008 par Services Québec, obtenu par Zonegrippeaviaire.com par le biais de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, et intitulé «Les médias sociaux et la communication du risque», conclut:
«La majorité des applications du web 2.0 n’en sont qu’à leurs premières versions et comportent des lacunes importantes, notamment en matière de réglementation et d’éthique. Il est donc suggéré d’expérimenter «SANS TROP Y INVESTIR DE TEMPS ET ARGENT avant [qu’elles] aient atteint à la fois une plus grande maturité et une plus grande crédibilité.»
Le 17 juin 2008, M. Yves Pépin, directeur de la coordination de l’information et des mesures d’urgences de Services Québec, a déclaré que l’administration Charest ne reconnaîtrait pas la sphère du Flublogia, «parce que nous ne voulons pas avoir à reconnaître les autres médias sociaux.»

Cette décision va à l’encontre des recommandations du Centre de biosécurité et de bioterrorisme de l’Université de Pittsburg, aux États-Unis, qui sont pourtant mentionnées dans le document «Les médias sociaux et la communication du risque»:
«Une étude supportée par le National Center for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START) des États-Unis a démontré qu’en situation de crise telle une pandémie, l’engagement de la communauté peut augmenter les capacités des dirigeants à gouverner durant la crise, améliorer l’utilisation et la distribution des ressources disponibles durant la crise et réduire les pertes et l’impact engendrés par la crise(32). Cette étude recommande donc aux gouvernements de favoriser non seulement la consultation, mais aussi l’engagement de la collectivité à titre de partenaire complémentaire aux grandes organisations publiques, tant pour la préparation de la crise que pour la gestion de la crise elle-même.

En effet, selon l’article Community Engagement: leadership tool for catastrophic health event, l’infrastructure civique, - composée de la sagesse publique collective et de la capacité de la collectivité à résoudre des problèmes, des associations volontaires qui se forment spontanément à partir d’intérêts communs ou pour la protection du bien-être collectif, ainsi que des associations de services sociaux qui veillent au bien-être de divers groupes sociaux – est essentielle à la bonne gestion d’un événement de santé publique. La mise à profit des capacités de l’infrastructure civique implique l’instauration d’un dialogue structuré entre les autorités publiques et la communauté, l’implication de la communauté dans la résolution des problèmes liés à la préparation et à la gestion de la crise, et la participation de la communauté pour ce qui est des actions posées pour prévenir, gérer et régler la crise.» [Monica SCHOCH-SPANA et all. «Community engagement: leadership tool for catastrophic health events», Biosecurity and Bioterrorism: Biodefense Strategy, Practice and Science, vol. 5, no. 1, 2007, p. 1]
L’administration Charest met délibérément des bâtons dans les roues pour empêcher l’apport des médias sociaux dans des dossiers d’importance capitale pour le Québec, tels que les préparatifs en vue d’une pandémie.

Je suis persuadée que de nombreux autres domaines au Québec pourraient bénéficier d’un avancement notable, si seulement les autorités gouvernementales québécoises se donnaient la peine d’accepter le changement, et cherchaient à créer des ponts avec les communautés virtuelles utilisant la technologie Internet des médias sociaux pour s’impliquer dans la résolution de problématiques collectives.

Voilà de quoi je souhaiterais entendre parler pendant la campagne électorale

Paru le vendredi, 7 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Stockbyte, libre de droits, FIO_039

A priori, je ne souhaite entendre parler de rien du tout lors de cette campagne, car la tenue de ces élections générales me rebute. Des élections en ce moment ne sont pas les bienvenues, et de toute évidence inutiles.

La présente campagne électorale ne me semble pas être fondée. Pourquoi des élections? L’avis des citoyens québécois, qui ne souhaitaient apparemment pas d’élections n’a pas été écouté. Qui en effet aurait voulu d’une élection, après avoir dû digérer une campagne électorale fédérale, ainsi qu’une longue et enivrante campagne présidentielle chez nos voisins du sud (alors que nous savons à l’avance que notre campagne québécoise n’aura sans doute qu’un goût insipide)? Des élections, nous en avons soupé! Qu’à cela ne tienne, le premier ministre Jean Charest n’en a fait qu’à sa tête. Il ne s’est pas non plus attardé sur un léger détail: la dépense de 83 millions de dollars, nécessaires pour caresser son rêve d’élection, et ce en pleine crise économique mondiale. Le sociologue Pascal Bruckner dirait sans doute de M. Jean Charest qu’«il fait chaque jour de la démocratie, comme Monsieur Jourdain de la prose». [La Mélancolique démocratie] Une dépense de 83 millions de dollars (correspondant à la tenue de ces élections) est scandaleuse.

L’hypothèse de M. Charest qu’il faille un gouvernement majoritaire pour affronter la présente crise économique ne tient pas tellement la route. Au niveau fédéral, n’avons-nous pas un gouvernement minoritaire? Michel C. Auger écrit dans les Carnets de Radio-Canada: «De toute évidence, ce n'était pas ce que croyait M. Charest quand il a passé le plus clair de l'automne à manoeuvrer de manière à peine voilée pour que Stephen Harper n'obtienne pas sa majorité.»

Le véritable but caché de ces élections semble donc être ailleurs. Peut-être du côté de la personnalité du premier ministre? Davantage de franchise concernant les véritables buts de ces élections aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

LES RÉELLES PRÉOCCUPATIONS
Alors, ce que je souhaiterais entendre le plus lors de cette campagne serait le reflet des réelles préoccupations des Québécoises et des Québécois. Et je sais pertinemment que cela n’arrivera pas.

Pourquoi? Si je me fie à ma propre expérience, les préoccupations des citoyens ne sont pas écoutées ni entendues par le gouvernement du Québec. J’ai pu le constater, en tentant de faire valoir l’apport positif de la participation de la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire.com, dans le dossier des préparatifs pandémiques. Je me suis heurtée à une palissade de déni et d’ignorance. J’ai vu les citoyens monologuer seuls, parce que l’administration Charest a refusé de descendre de sa tour d’ivoire, se mettre au niveau de la population, en entamant un dialogue avec les gens à propos de leurs réelles préoccupations concernant une pandémie. La reconnaissance du rôle des médias sociaux en général, et en particulier en ce qui a trait à la préparation à une pandémie, aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

La tendance et les marchés, qui sont présentement formés [par les médias sociaux], sont les effets de la répression d’une liberté humaine au fil du temps, qui a désormais trouvé les moyens de s’exprimer librement et sans contrainte. Paul Gillin, dans son livre “The New Influencers“, parle de 150 années de répression qui ont pris fin grâce à l’avènement des médias sociaux. Nous pouvons désormais être connectés à n’importe qui et n’importe où sur la planète par le simple clic d’une souris. Nous pouvons désormais nous exprimer librement sans l’influence des institutions. Notre capacité à nous exprimer et à nous connecter a maintenant créé les moyens de discuter et d’être entendus. Nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et authentiques, ce qui a été compromis depuis des décennies.

Il me semble que le gouvernement du Québec aurait dû être plus ouvert à ce mouvement, et qu’il aurait dû faire quelque chose pour démontrer qu’il était capable d'entrer dans l'ère du Web 2.0 et accepter le changement. Encore là, aurait-il fallu qu’il soit à l’écoute des citoyens, ce qui n’est apparemment pas tout à fait dans les cordes du chef. Il semblerait donc que les hauts fonctionnaires du gouvernement du Québec que j’ai rencontrés se sont alignés sur le modèle de leur chef: c’est-à-dire qu’ils se sont enfoncés dans le mutisme et ont coupé les cordons de la communication avec les citoyens. Une oreille plus attentive aux préoccupations exprimées des citoyens aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

Un dialogue véritable avec les citoyens aurait été non seulement le bienvenu, mais de toute évidence essentiel.


L’annonce précipitée, à la veille du déclenchement des élections, d’un investissement dans l’économie sociale, était d’un ridicule confondant. La déclaration suivante, «l'économie sociale au Québec, c'est quelque chose de vital», sonne faux. Le présent plan gouvernemental pour l'entrepreneuriat collectif ne souffle pas mot au sujet des médias sociaux et ne reconnaît pas la contribution «actuelle et potentielle» de la capacité sociale que constitue le développement du Web 2.0. La création d'un programme de développement des secteurs émergents aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

LES RÉELS ENJEUX
Ne pas écouter les préoccupations des citoyens est une chose. Ne pas être au courant de ce qui se passe de par le monde, et de quelle manière le Québec se positionne par rapport aux progrès mondiaux, en est une autre. Pour de nombreux dossiers, il est possible d’observer que le Québec s’enlise dans l’inaction et laisse filer d’innombrables occasions d’innover, d’être à la fine pointe des nouveautés, de se développer et de se positionner en leader mondial.

Dans le dossier des préparatifs pandémiques, je réalise que ma liste de souhaits est tellement longue que je ne sais par quel bout commencer! Aborder les défis des préparatifs pandémiques lors de la campagne électorale aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

En premier lieu, je crois que j’aurais souhaité davantage de leadership. J’aurais souhaité aussi davantage de démonstration de convictions. On sent très bien que le gouvernement du Québec ne semble pas croire qu’une pandémie se déclenchera un jour. Davantage de sensibilité et de leadership auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.


J’aurais souhaité que le Québec reconnaisse que la menace d'une pandémie est demeurée inchangée depuis 2003, et qu'il prenne exemple sur l’Union européenne, en déclarant que la menace pandémique supplante toutes les autres menaces. La reconnaissance qu’une pandémie est la menace No. 1 à la nation aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

Bien entendu, étant donné que je travaille dans le domaine des communications, j’aurais souhaité davantage de communications avec la population sur les enjeux et la menace réelle d’une pandémie. J’aurais souhaité que les gestionnaires chargés des communications soient plus innovants, et que les outils de communication concernant une pandémie soient mieux gérés.

J’aurais souhaité que la coordination interministérielle de gestion de pandémie soit en premier lieu visible, transparente et présente auprès des citoyens.

J’aurais souhaité un réel effort et un intérêt marqué venant de la part du plus haut niveau du gouvernement envers les questions de préparatifs pandémiques. La nomination d’un tsar de pandémie et la création d’un bureau de pandémie auraient été non seulement les bienvenues, mais de toute évidence essentielles.


J’aurais souhaité que soit développée une réelle collaboration avec les citoyens dans la gestion de pandémie. J’aurais souhaité que le gouvernement estompe la frontière entre l’administration et la population, et que des projets soient développés, incorporant les citoyens dans le processus de planification et de préparation de pandémie. Faire confiance à la sagesse publique collective et à la capacité de la collectivité à résoudre des problèmes dans le dossier des préparatifs pandémiques, aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

Favoriser non seulement la consultation, mais aussi l’engagement de la collectivité à titre de partenaire complémentaire auprès des grandes organisations publiques, tant pour la préparation de la crise que pour la gestion de la crise elle-même, auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

J’aurais souhaité qu’il y ait davantage de femmes impliquées dans des hauts niveaux de décision, en ce qui concerne les préparatifs pandémiques. Le blogueur Jay Deragon (A Relationship Economy) a expliqué: «Il est difficile pour les leaders, principalement les leaders de sexe masculin, à la fois d’admettre et de composer avec efficacité avec les choses ‘intangibles’, parce que les éléments fondamentaux des solutions appropriées sont essentiellement orientés socialement. Le top dix des défis et solutions ‘sociales’ exigent la coopération, la collaboration, le consensus et la gestion des «processus des gens». La plupart des entreprises souffrent aujourd’hui de division sociale, interne et externe, entre les gens, les besoins et les progrès.» Un des plus grands défis des préparatifs pandémiques concernera l'un des nouveaux volets des préparatifs multisectoriels, la planification sociale: «Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18). Davantage de femmes impliquées dans les hautes sphères des préparatifs pandémiques auraient été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

Réaliser que le Québec est un «suiveux», et non pas un leader mondial, me fait réellement mal au cœur. J’aurais souhaité que les autorités fassent preuve d’innovation, en allant au-devant des nouvelles sur le développement des virus à potentiel pandémique et des maladies émergentes, et qu'il entre en compétition avec les meilleures nations qui se hissent au palmarès des plus avancées en termes de préparatifs pandémiques. Davantage d’audace et de créativité auraient été non seulement les bienvenues, mais de toute évidence essentielles.

Constater que nos plans de pandémie sont désuets et qu’il n’existe ni volonté ni mécanisme pour les mettre à jour, me désole également. Constater que notre planification de pandémie manque gravement de mise en pratique et que le Québec n'effectue pas suffisamment de simulations de pandémie est alarmant. Réaliser que nos vies, en tant que citoyens, sont en danger face à la menace pandémique, en raison du manque actuel de préparatifs pandémiques dans notre société, me révolte. Accepter de baisser les bras, en sachant que les projets et la communauté virtuelle, qui seraient en mesure de faire une différence pour que progressent les préparatifs pandémiques, sont ignorés: cela j’en suis incapable. Davantage de discernement et de vision auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

Mettre à profit des capacités de l’infrastructure civique, implanter l’instauration d’un dialogue structuré entre les autorités publiques et la communauté, permettre l’implication de la communauté dans la résolution des problèmes liés à la préparation et à la gestion de la crise, susciter la participation de la communauté en ce qui concerne des actions posées pour prévenir, gérer et régler la crise que constituera une pandémie, auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

À propos du séminaire du 29 octobre organisé par le HHS

Paru le mercredi, 29 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Mike Leavitt. Photo source

Il était très touchant, le résumé du ministre américain de la Santé, à propos des préparatifs de pandémie effectués à ce jour par les États-Unis, 6 jours avant la nomination d’un nouveau président (lors d'un séminaire diffusé sur Internet de la série Webcast du HHS).

Malgré tout le travail accompli, Mike Leavitt a souligné qu’il reste encore beaucoup à faire. «Nous devons résister à la tendance de limiter les préparatifs, en raison des coupure budgétaires. Cela requiert de la détermination, de la ténacité et du CHANGEMENT.» Il lèguera une liste de 4 éléments prioritaires à son successeur.

Le ministre a également beaucoup insisté sur le rôle des INDIVIDUS. «Leur participation est irremplaçable et l’agrégat de leurs actions feront la différence lors d’une situation d’urgence et d'une pandémie.»

J'ai pris des notes, et si j'ai le temps de le faire, peut-être que j'écrirai un billet qui rapportera plus en détails à propos de cet événement.

La France recommande 2 semaines de réserve de nourriture en cas de pandémie

La République française recommande 2 semaines de réserve de nourriture en cas de pandémie, alors que le Canada et le Québec demeurent silencieux à cet effet

Paru le jeudi, 23 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com



Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, en France. Photo source

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Thierry Saussez, délégué interministériel à la communication, directeur du Service d’Information du Gouvernement, et Didier Houssin, délégué interministériel à la lutte contre la grippe aviaire, ont présenté, le 16 octobre dernier, la nouvelle version du site Internet gouvernemental www.Grippeaviaire.gouv.fr. Ce site comporte notamment la nouvelle rubrique "Guide pratique de la vie quotidienne en sitution de pandémie". Avec la mise en ligne de ces nouveaux contenus, la France recommande désormais d'avoir au moins deux semaines de réserve de nourriture en cas de pandémie.

Au Canada et au Québec, on en est encore seulement aux 72 heures de réserve alimentaire et autres biens consommables.

Aux États-Unis, les recommandations varient entre 2 semaines à 3 mois de réserve personnelle. Le site Get Pandemic Ready, situé en Idaho, est certainement le site Internet de conseils en préparatifs individuels le plus avancé au monde.

Quand le Canada et le Québec se décideront-ils enfin à en faire autant?

Ce qui démontre, une fois de plus, que le Canada prend du recul dans sa planification de pandémie, et mérite probablement sa réputation de bon dernier, "le moins bien préparé" (selon Amir Attaran), parmi les pays développés pour faire face à la prochaine pandémie.

Zonegrippeaviaire a appris, par le biais de la Loi sur l'accès à l'information, que le gouvernement du Québec prévoit une mise à jour du site Pandémie Québec d'ici la fin de l'année 2008. Le document Guide d'autosoins, qui n'a pas encore été officiellement publié par la gouvernement, recommande aux citoyens de stocker pour 2 semaines de nourriture. Mais malgré le fait que ce document n'ait pas encore été publié officiellement, plusieurs associations de professionnels de la santé l'ont publié sur leur site Internet au moment où l'ex-ministre de la Santé, Philippe Couillard, donnait sa démission. Ce document est prévu pour distribution en 5 millions d'exemplaires auprès des ménages québécois, uniquement au moment où se déclenchera la pandémie.

Or, une école d'affaires de Toronto (Amin Mawani de la Schulich School of Business) évaluait dernièrement qu'en raison de notre système d'économie juste-à-temps, il n'y aurait seulement que 3 jours de réserve dans les magasins d'alimentation au Canada. Amir Mawani prévoit que le 4ième jour d'une pandémie, nous allons tomber en situation de pénurie.

Une étude publié en décembre 2007 par des chercheurs de l'Université de Sydney (A food "lifeboat": Food and nutrition considerations in the event of a pandemic or other catastrophe") a indiqué qu'en Australie, "si la chaîne d'approvisionnements s'arrête, ou s'il n'y a aucune livraison à partir des magasins centraux, les stocks des supermarchés seront épuisés en moins de 2 à 4 semaines. Si les stocks domestiques débutent à cette étape tardive, alors l'épuisement des stocks sera accéléré."

La semaine dernière, le 4ième Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (voir le Synopsis en français), dont les travaux ont été menés par le Dr David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe, était dévoilé. Ce rapport modifie les directives internationales de préparation en vue d'une pandémie, et recommande désormais une approche multisectorielle, c'est-à-dire sociale, économique et politique, en plus du domaine de la santé.

Cette semaine, le bras philanthropique de Google (Google.org) a annoncé un financement de près de 14 millions de dollars à des partenaires situés en Afrique et en Asie, pour le programme "Prédire et prévenir". "L'argent du géant de l'Internet fournira du financement à six projets qui visent à détecter de nouvelles maladies et à comprendre les conditions qui aident à les propager - sauvant potentiellement des millions de vies dans le processus."

"Prévenir" est donc un élément clé de la préparation en vue d'une pandémie.

Au Québec, la Loi sur la sécurité civile (L.R.Q., c. S-2.3) stipule à l'article 5 que "Toute personne doit faire preuve de prévoyance et de prudence à l'égard des risques de sinistre majeur ou mineur qui sont présents dans son environnement et qui lui sont connus", alors que l'article 2 de cette loi inclut dans sa définition de "sinistre majeur" une "pandémie".

De nombreuses autres nations développées à travers le monde font preuve de prévoyance et de prudence dans leur planification de pandémie. Il serait grand temps que le Canada et le Québec modifient leurs recommandations et adressent des messages clairs aux citoyens concernant les réserves individuelles de nourriture et autres biens consommables. La nation devrait par ailleurs s'adapter aux nouvelles directives de gestion de pandémie.

Cet article de Paris-Normandie annonce les nouveaux contenus du site gouvernemental de la République française.

Grippe aviaire: se préparer au pire
Jeudi, 23 octobre 2008 | Paris-normandie.fr

"S’il n’est pas justifié de constituer des stocks de provision importants, faire ses courses pour deux semaines au lieu d’une par exemple sera plus raisonnable. Vous pourrez aussi vous organiser avec des amis ou des voisins pour qu’une seule personne fasse les courses pour plusieurs foyers à la fois. Pensez aussi à rédiger au préalable une liste des achats essentiels (dont un stock de mouchoirs en papier jetables et de savon) pour ne rien oublier et ne pas avoir à retourner sur les lieux d’achat. "

Pas rassurant ? Non, pas rassurant du tout. Mais ce n'est pas l'objet du site gouvernemental sur lequel on trouve ce texte : il est consacré à la grippe aviaire. Utile, voire indispensable, si vous souhaitez savoir comment organiser votre vie quotidienne au cas où la maladie se transmettrait massivement à l'homme, et, pire encore, d'homme à homme.

Le site est construit pour différencier les trois niveaux de risques de l'influenza aviaire à la grippe aviaire, jusqu'à la pandémie grippale. Le "Guide pratique de la vie quotidienne en situtaion de pandémie", disponible en version anglaise, comporte notamment un espace animé destiné à l'information des parents et des enfants.

Toutes les informations pour se préparer sont sur www.grippeaviaire.gouv.fr

Source: www.paris-normandie.fr
Le manque de directives claires venant de la part des autorités canadiennes et québécoises, force les comités locaux de planification de pandémie, à demeurer vagues quant à la durée des réserves individuelles. Cet été, j'ai mis la main sur une superbe affiche au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, préparée par un comité local. Cette affiche est un exemple flagrant que des initiatives locales pourraient effectuer une sensibilisation efficace auprès de la population, mais en raison du manque de leadership fédéral et provincial, le succès du message est compromis...

Les citoyens de la Mauricie qui vont lire cette affiche se diront sans doute "J'ai des sacs de poubelle à la maison, j'ai des conserves, etc." Par contre, est-ce que tout le monde a pour au moins deux semaines d'approvisionnement de ces denrées? Pour trois mois?

Parce que les autorités canadiennes et provinciales NE DISENT PAS pour combien de temps il faut avoir une réserve, les initiatives locales ont les mains liées et sont réduites à produire des publicités ambivalentes. C'est bien dommage.

Le nouveau rapport de l'ONU recommande une planification multisectorielle

Le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire recommande une planification multisectorielle

Paru le dimanche, 19 octobre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com



David Nabarro. Photo Getty Images, source

Il y a un an de cela, en novembre 2007, le Dr David Nabarro, coordonnateur du système des Nations Unies pour la grippe, avertissait déjà qu’il existait une «préoccupation majeure sur la capacité réelle des pays à activer leurs plans en cas de pandémie, sur leur capacité à impliquer d’autres secteurs que les services de santé car une pandémie aurait des implications économiques et sociales.» (Conférence de presse du coordonnateur principal du système des Nations Unies pour la grippe, David Nabarro, 29 novembre 2007)

Cette semaine, nous pouvons constater que ce discours a évolué et a été renforcé dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire [Responses to Avian Influenza and State of Pandemic Readiness: Fourth Global Progress Report]. David Nabarro, l’un des plus grands experts en santé publique, a dirigé l’équipe de l’ONU et de la Banque mondiale qui a produit ce document de 105 pages, dont le synopsis a été publié dans les six langues des Nations Unies (français, arabe, chinois, anglais, russe, espagnol).

Ce document fournit les grandes lignes directrices qui vont permettre aux États du monde entier de peaufiner leurs préparatifs en vue d’une pandémie. En plus du secteur de la santé, les experts recommandent désormais une approche multisectorielle comportant les dimensions sociale, économique et politique.

Ce qui signifie que l’implication de la société civile et du secteur privé – qui était demeurée relativement limitée à ce jour – pourrait enfin prendre sa place dans les processus de planification.

Le rapport insiste pour que toutes les parties unissent leurs efforts: «Il est essentiel que les efforts de préparation nationale à une pandémie soient entrepris conjointement par toutes les parties prenantes – représentants d’organismes du secteur public, entités privées, société civile et Croix-Rouge, organisations du secteur des médias et groupes confessionnels.» (Synopsis, paragraphe 26).

Notez ici l’emploi de l’expression «organisations du secteur des médias», qui est large. On pourrait donc y inclure les médias sociaux. La sphère du Flublogia (les blogues et les forums de discussion portant sur l’influenza et les préparatifs pandémiques) font partie du Web 2.0 et sont considérés comme étant des médias sociaux.

Le rapport souligne aussi l’importance des approches de communications. Le 30 avril dernier, l’OMS a annoncé que les conseils pour aider des pays dans la préparation à la prochaine pandémie seraient révisés et il était prévu que ces directives soient éditées vers la fin de 2008. Nous sommes à la mi-octobre, alors je ne sais pas trop si le Quatrième rapport intérimaire mondial correspond à la révision annoncée au printemps. Lors de l’annonce du mois d’avril, il avait été question d’une révision du rôle des communications au cours d'une pandémie d'influenza. Voici ce qu’indique le Quatrième rapport intérimaire mondial à propos des communications:
«Des approches de la communication à long terme en vue des modifications comportementales sont nécessaires, en particulier des approches adaptées aux contextes sociaux, économiques et culturels de la population. La communication en vue des modifications comportementales est un composant complémentaire essentiel de chaque aspect des activités dans le domaine de la grippe aviaire et humaine. Les populations doivent disposer des connaissances et des moyens nécessaires à la mise en pratique des recommandations. L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes. Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18).
En lisant entre les lignes, on peut voir que ces directives incitent les États à explorer des nouvelles manières de communiquer avec la population, afin de créer un dialogue véritable qui favoriserait la confiance. La dernière phrase est assez révélatrice du prodigieux défi que pose la communication liée à une pandémie. Même si les États émettent de l’information et publient des directives, il n’est pas garanti que la population écoutera et se conformera aux directives officielles.

Voilà pourquoi il importe tant que les États s’efforcent de réduire le fossé existant entre l’administration gouvernementale et la société civile. Autant les citoyens doivent apprendre à faire confiance aux planificateurs de pandémie et aux décideurs, autant ceux qui gouvernent vont devoir apprendre à confier des responsabilités de planification, d’information et de sensibilisation à des leaders d’opinion, leaders communautaires et simples citoyens. L’ère du contrôle Top-Down pourrait faire place au Bottom-Up qui est en train d’émerger, de toute façon, avec le développement du Web 2.0.


Zonegrippeaviaire a approché le gouvernement du Québec au mois de mars 2008. En juin, le gouvernement a décidé de rejeter la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, pour ne pas avoir à reconnaître les médias sociaux (voir le document Les médias sociaux et la communication du risque, obtenu par le biais de la Loi sur l'accès à l'information). Espérons que les décideurs québécois réviseront leur position et intégreront les nouvelles directives proposées dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire.

Le Québec pourrait remonter la pente avec les actions suivantes: réviser ses positions, admettre l’importance de l’implication de la société civile dans une planification multisectorielle (Synopsis, paragraphe 22), inviter les organisations du secteur des médias à sa table de planification de pandémie (Synopsis, paragraphe 26), proposer des mécanismes de financement approprié, (Synopsis, recommandation 3) et innover en recherchant un cadre d’actions qui ferait en sorte que la prise de conscience et de la connaissance se traduise par une modification efficace du comportement de la population (Synopsis, paragraphe 18).

Le phénomène des médias sociaux pourrait ébranler la théorie des 6 degrés de séparation

Le phénomène des médias sociaux pourrait ébranler la théorie des 6 degrés de séparation. Quel impact cela pourrait-il avoir sur la planification d'une pandémie?

Paru le lundi, 8 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Hans Neleman, Digital Vision, #200530210-001. Libre de droits

Un billet de Nicolas G. paru dans PCInpact.com rapporte qu’une récente étude portant sur les médias sociaux, réalisée par le Groupe O2, une société paneuropéenne de télécommunications du domaine de la téléphonie, a révélé que la théorie des six degrés de séparation entre toute personne [Stanley Milgram et Jeffrey Travers, 1969] est ébranlée par l’intégration des médias sociaux dans notre existence.
D’après les travaux de Jeff Rodrigues du Groupe O2, «Il existe trois réseaux essentiels: la famille, les amis et le travail. Sur les réseaux sociaux, cependant, on partage des éléments de notre vie qui sont axés sur les loisirs, le quartier où l'on vit, la religion, la sexualité et la politique. Ainsi, la chaîne des six degrés par les échanges de point de vue sur ces cinq éléments tend à s'amoindrir et se résume à trois niveaux de séparation.

[…]

Quarante-cinq ans après l'étude de Stanley Migram, les résultats tendent à montrer que la manière dont nous interagissons désormais n'a jamais été aussi simple pour lier contact et nous construire des réseaux».
Je trouve que les conclusions de cette étude sont vraiment emballantes. Dans un contexte de préparatifs en vue d’une pandémie, le fait de savoir que les degrés de séparation entre les personnes sont réduits par les médias sociaux pourrait peut-être aider les planificateurs de mesures d’urgence et les gestionnaires de crise à convaincre un plus grand nombre de personnes à se préparer en vue d’une pandémie.

Peut-être avez-vous remarqué qu’il existe un seuil d’environ 10% de réponse à des campagnes de prévention de mesures d’urgence.

En ce moment, nous traversons une crise de listériose au Canada. Les autorités québécoises ont publié le 6 septembre dernier un communiqué de presse pour réitérer à la population que «la listériose est une maladie sérieuse, qui entraîne fréquemment une hospitalisation, et parfois des décès. Le ministère de la Santé et des Services sociaux rappelle l'importance de prendre certaines précautions pour éviter cette maladie.»

Je n’ai pas en main les statistiques concernant le degré de prise au sérieux de la situation et de conformité aux directives gouvernementales de la population depuis le début de la crise de listériose, mais en me basant sur les commentaires publiés dans des sites Internet de grands quotidiens, j’en déduis que ma théorie du 10% pourrait s’appliquer à la présente situation.



Lorsque le gouvernement suisse a recommandé à sa population de stocker 50 masques par personne en vue d’une pandémie, un sondage réalisé au début de 2008 par le Bureau fédéral de la santé a révélé que «seulement un Suisse sur dix s'est donné la peine de stocker des masques de protection pour être utilisés en cas de pandémie de grippe.» C’est ce qu’a indiqué Michael Coston dans son billet Des trous dans le plan pandémique suisse.

Par ailleurs, un autre billet de Michael Coston, datant de la même époque (février 2008) et intitulé L’intérêt pour la pandémie est peu élevé, révèle un sondage canadien, parle aussi de 10% de gens sensibilisés: «Seulement un sur 10 a élaboré en quelque sorte au plan de secours, que ce soit sur la manière dont leur famille y ferait face, si jamais une pandémie devait se produire.»

Je vais le répéter ENCORE UNE FOIS: le fait d’avoir rejeté la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire n’était vraiment pas une décision stratégique. M. Yves Pépin, directeur de la coordination de l’information et des mesures d’urgence, le 17 juin dernier, a décidé qu'il ne serait pas reconnus par le gouvernement du Québec, «parce qu’il ne voulait pas avoir à reconnaître les autres médias sociaux». Cette décision s’est appuyée sur le document de Services Québec «Les médias sociaux et la communication du risque».

Pourtant, à la lumière des conclusions de l’étude réalisée par le Groupe O2, et les pourcentages de participation des citoyens répondant aux directives de divers États, je suis bercée par l’espoir que les médias sociaux pourraient peut-être venir à bout des obstacles qui empêchent les gens de se conformer aux directives de prévention et de préparation en vue d’une pandémie.

Il y a tellement de facteurs qui empêchent les gens d’écouter (apathie, indifférence, perte de confiance dans les autorités gouvernementales, peur de la grippe aviaire, peu de disposition pour la prévoyance et la vision à long terme, etc.), que je me dis que toutes les chances et solutions permettant d’augmenter le pourcentage de participation de la population aux directives de santé publique devraient être considérées par les autorités gouvernementales. Y compris les médias sociaux, qui réduisent apparemment de moitié les six degrés de séparation, et qui donc (selon ma logique) devraient augmenter de 50% la participation citoyenne aux mesures d’urgence…

Au lieu de 10% de participation, en utilisant le levier des médias sociaux, on arriverait peut-être à convaincre 20%, ou peut-être même davantage de gens. Face à la menace d’une pandémie, où des millions de personnes pourraient être emportées par le virus à travers le monde, ce sont des facteurs non négligeables qui devraient être intégrés dans les stratégies de planification.

Ce qui est fait depuis longtemps aux États-Unis, alors qu’au Canada, même avec un très gros marteau, il n’y aurait peut-être pas moyen de faire rentrer cela dans la caboche de n’importe quel décideur ou planificateur de pandémie!

En Mauricie [Québec], on nous recommande de ne pas nous «faire prendre les culottes baissées»

En Mauricie [Québec], on nous recommande de ne pas nous «faire prendre les culottes baissées»… mais on ne nous précise pas pour combien de temps il faut stocker une réserve de vivres et de matériel!

Paru le vendredi, 5 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com

Je devrais visiter les toilettes des salles d’urgence d’hôpitaux plus souvent... À part des germes potentiels, virus et autres microbes, et beaucoup de papier de toilette jonchant le plancher, on y trouve parfois des choses intéressantes... Je suis ainsi tombée par hasard sur une très belle affichette qui recommande de stocker des vivres et des biens essentiels en cas de situation d’urgence. Mon enfant a bouchonnée l’affichette en petite boule, le temps d’une minute de distraction, alors je m’excuse pour la mauvaise qualité de reproduction de cet outil de communication.



Observez que sur cette affichette, la pandémie de grippe arrive en Numéro 1 (tiens donc!) de l’énumération de ce qu’est une situation d’urgence: pandémie de grippe, inondation, verglas, panne d’électricité prolongée). Certaines sections des autorités gouvernementales québécoises auraient-elles donc compris que la pandémie de grippe est la menace No. 1 de la nation? C’est ce qu’ont pourtant affirmé publiquement le gouvernement britannique, de même que l’Union européenne.

Il s’agit d’une bien jolie affichette, mais le problème principal avec cette publicité, c’est qu’elle ne dit absolument pas pour combien de temps il faut stocker des vivres et des biens essentiels. Ce que je trouve extrêmement curieux. On ne retrouve pas les 72 heures habituellement recommandées par les autorités gouvernementales canadiennes. On ne retrouve pas non plus les 2 semaines recommandées dans le futur Guide d’autosoins en cas de pandémie d’influenza, pas encore publié par le gouvernement du Québec, et prévu pour distribution en 5 millions d’exemplaires au moment du déclenchement d’une pandémie.

Aux États-Unis, on peut lire des recommandations officielles publiques variant entre 2 semaines à 3 mois. Le site Internet géré par Nez Perce County, en Idaho, Get Pandemic Ready, recommande 3 mois de stockage de nourriture et autres biens essentiels.

Par ailleurs, des chercheurs de l’Université de Sydney ont expliqué pour quelles raisons il est préférable de stocker des denrées et autres produits avant le déclenchement d’une pandémie, et ils ont prédit que l’Australie allait manquer de tout en moins de 2 semaines après le déclenchement d’une pandémie, étant donné que le marché agro-alimentaire est contrôlé par des entreprises ayant le monopole de la fabrication et de la distribution. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, en lien avec notre situation canadienne? Comme Maple Leaf Foods et la présente crise de listériose, par exemple?

L’expert en influenza, le directeur du CIDRAP de l’Université du Minnesota, Dr Michael Osterholm, a prédit pour sa part que nous manquerions de tout DÈS LES PREMIERS JOURS d’une pandémie:
«Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie «juste-à-temps» [just-in-time], qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie».
Je ne sais pas à quelle date cette affichette jouant sur la métaphore des «culottes baissées» a été produite. Il n’y a pas de petit texte écrit en minuscule indiquant la date, ou encore comme pour les règlements d’annonces de voitures, de descriptions qu’il faut lire avec une loupe donnant des détails de l’offre. À l’exception de la mention du design graphique effectué par Julie Plamondon, et de 7 logos affichés en bas de la publicité, je n’ai trouvé aucun autre indice à propos de la date de création de l’affiche ou encore du nombre de jours de stockage de vivres et autres biens. Les 7 logos démontrent qu’il s’agit d’une publicité LOCALE destinée au public-cible de la région administrative de la Mauricie et du Centre-du-Québec:
- Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec
- Centre de services en déficience intellectuelle de la Mauricie et du Centre-du-Québec
- Domrémy Mauricie / Centre du Québec, centre de réadaptation en dépendance
- Centre hospitalier régional de Trois-Rivières
- Centre de santé et de services sociaux de l’Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec
Je trouve qu'avoir pensé et pris le temps de produire cette affichette est une excellente initiative, et que l’image choisie pour illustrer le texte permet de comprendre le message en un quart de seconde. J’espère que nous verrons de nombreux autres outils de ce genre, plein de fraîcheur, de couleurs vives et attrayants à consulter. Il s’agit d'un bon travail de graphisme et de publicité. Le seul GROS problème, à mon avis, c’est que cette affichette n’indique pas le nombre de jours de réserve stratégique individuelle. Et malheureusement, pour cette raison, malgré tous les autres aspects positifs que j'ai identifiés, je dois vous indiquer que je pense que c’est un flop.

Et j’ai l’impression que c’est délibéré. Cela cache-t-il une situation inconfortable entre deux chaises qu’occupe l’agence régionale de la Mauricie / Centre-du-Québec? Le 72 heures de réserve n’est pas suffisant pour répondre aux situations d’urgence mentionnées dans l’affichette. Donc les planificateurs ne l’ont pas mentionné. Les 2 semaines de réserve (qui correspondent au Guide d’autosoins), étant donné que le gouvernement du Québec n’a pas été encore suffisamment stratégique pour le recommander aux citoyens Québécois, les agences régionales qui souhaiteraient agir quand même auprès de leur population afin de mieux préparer les gens aux situations d’urgence se retrouvent dans de beaux draps, avec les mains liées.

On assiste alors à la création d’outils de communication vagues et beaucoup moins efficaces que ce qu’ils pourraient l’être, s’ils osaient recommander des vrais chiffres. C’est notamment le cas pour cette affichette, qui n’ose pas déclarer à combien de jours la réserve individuelle devrait correspondre. À mon avis, c’est encore un autre exemple de «gaspillage de temps et d’argent» pour produire des outils incomplets qui ne veulent pas dire grand-chose pour le commun des mortels. Ce genre d'outils n’aura probablement aucun impact de protection efficace et de réelle mitigation des communautés visées, étant donné qu’il échoue à fournir les informations les plus importantes, les données vitales qui pourraient faire toute la différence en situation d’urgence, entre un certain état de confort relatif et la panique, et peut-être même entre la vie et la mort.

Goûterons-nous aussi aux galettes de boue?

Goûterons-nous aussi aux galettes de boue, si l’impact d’une pandémie sur les chaînes d’approvisionnement n’est pas mieux compris?

Paru le lundi, 25 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


The Guardian. Photo source

J’ai déjà imaginé qu’il se pourrait que nous soyons forcés de manger beaucoup de galettes de farine pendant une pandémie, si jamais l’interruption des chaînes d’approvisionnement et des pénuries d’énergie faisaient en sorte que s’effondre notre système d’économie juste-à-temps. J’ai aussi tenté de comptabiliser mentalement à combien s’élève la réserve de farine (si elle existe) de l’armée du pays, et de quelle manière il faudrait s’y prendre pour la distribuer à la population, si jamais il ne restait plus rien sur les tablettes des magasins d’alimentation.

Mais mon imagination n’avait encore jamais considéré la possibilité des «gâteaux de boue». En fait, pour être franche avec vous, je ne pensais pas qu’il soit possible d’avaler de la boue! J’ai certainement dû y goûter quand j’étais petite. Quel enfant ne se met pas une poignée de sable dans la bouche un jour ou l’autre? Mais, comme tout le monde, je me suis vite rendu compte que la terre, le sable, et la boue, ça ne se mange pas. Donc dans mes scénarios de préparatifs de pandémie les plus graves, non, j’avoue que je n'ai encore jamais pensé à m’informer de la recette des galettes de boue, au cas où j’aurais à en préparer pour nourrir mes proches ainsi que moi-même, en désespoir de cause.

Je parie que vous non plus, n’avez pas encore pensé aux «gâteaux de boue», et ne les avez pas intégrés dans votre liste de préparatifs individuels.

Alors, quand je lis que la moitié des habitants d’Haïti sont réduits à devoir manger des galettes de boue comme étant le seul aliment qu’ils peuvent se payer, c’est plutôt difficile à imaginer. Pourtant, c’est bel et bien réel. Haïti, un pays de 8,5 millions d’habitants – une population presque identique à celle du Québec – n’arrive plus se nourrir. La moitié de ces gens meurent de faim. Cela équivaut à plus de 4 millions de personnes.
«Haïti - Les gâteaux de boue sont devenus le régime de base de nombreuses familles pour qui la nourriture, dont les prix montent en flèche, est hors de portée. Avec la pauvreté et les prix des produits d’importation qui explosent, la moitié de la population meurt de faim.

«Les gâteaux de boue stoppent la sensation de faim», indique Marie-Carmelle Baptiste, 35 ans, une productrice, en regardant son stock disposé en rangées. Elle n’a aucune illusion sur leurs attraits: « vous en mangez quand vous ne pouvez pas faire autrement».

Et ces temps-ci justement, beaucoup de gens ne peuvent pas faire autrement. La crise pétrolière et alimentaire mondiale a touché Haïti plus durement peut-être que les autres pays, poussant une population déjà engluée dans une extrême pauvreté, vers la famine et la révolte.»

L’Organisation de l’Alimentation et de l’Agriculture des Nations Unies (FAO) a prédit que la facture de la nourriture importée va grimper de 80% cette année pour Haïti, la plus rapide au monde. «La nourriture est disponible mais les gens ne peuvent pas se permettre de l’acheter. Si la situation empire, nous pourrions rentrer dans une période de famine dans les 6 à 12 mois», a déclaré Prospery Raymond, le directeur de l’association britannique Christian Aid, dans le pays. (The Guardian)

The Guardian. Photo source

La crise alimentaire mondiale frappe dur, et cela ne fait que commencer. Des tragédies comme celles d’Haïti, j’ai l’impression que nous n’avons pas fini d’en entendre parler.

Si et quand la prochaine pandémie d’influenza se déclenchera, alors la crise alimentaire pourrait se transformer en épouvantable fléau mondial. Et même les pays développés pourraient être gravement touchés. Les pays développés qui n’auront pas bien compris l’effet d’une pandémie sur les chaînes d’approvisionnement pourraient eux aussi se retrouver avec de graves problèmes de famine.

Malheureusement, les problèmes d’approvisionnement ne semblent pas être très bien saisis par plusieurs pays développés, y compris naturellement le Canada – puisque nous sommes les moins bien préparés à faire face à une pandémie.

Le dernier bulletin datant du 21 août dernier de Michael Osterholm, directeur du CIDRAP aux États-Unis, débute avec une citation de Henry Kissenger: «Il ne peut pas survenir de crise la semaine prochaine. Mon agenda est rempli.» [There can not be a crisis next week. My schedule is full.] Michael Osterholm analyse dans cette infolettre le Registre national des risques [National Security Strategy Report] du Royaume-Uni, et il s’étonne que les experts britanniques aient, en grande partie, passé à côté de l'impact réel de la prochaine pandémie et de sa probabilité. Le Royaume-Uni a pourtant compris et déclaré qu’une pandémie se situe désormais en première position des menaces de la nation. Michael Osterholm a indiqué:
«Le rapport a complètement manqué un point et a perdu la perspective sur les autres.

Le rapport n’offre pas une seule mention des chaînes d'approvisionnements perturbées par des interruptions graves de commerce international et de voyage, ou de main-d'oeuvre compromise dans d'autres pays qui fournissent les produits critiques et les services au Royaume-Uni.

Le manque de médicaments critiques de survie pour les situations de non influenza et la nourriture, l'eau, et les coupures potentielles d'électricité pourraient conduire à autant de décès que ceux causés par le virus de la grippe.

Les dommages collatéraux économiques et sur la santé qu'une pandémie pourrait provoquer quand le commerce et le transport sont compromis sont substantiels et ne peuvent pas être ignorés.»
Il n’y a pas qu’au Royaume-Uni que les dommages collatéraux d’une pandémie ne sont pas compris, ou ignorés.

Le Canada et le Québec ne brillent pas non plus d’une exceptionnelle compréhension de ces questions. Le document «Pandémie d’influenza, avancement des travaux» de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec est intéressant, car il est très récent (2-6 juin 2008) et il donne des pistes de démarches effectuées par le gouvernement. Nous qui sommes si peu habitués à être informés de ce que trame le gouvernement, sautons donc sur le peu d’informations comme s’il s’agissait d’une mine d’or…

À la page 10 du document de la FIQ, on peut lire que le gouvernement du Canada a constitué une «réserve de produits critiques pour subvenir aux besoins des provinces les plus touchées. Par ailleurs, le gouvernement du Québec constitue sa propre réserve et a mis sur pied le Comité de sécurité de l’entreposage et de la distribution des médicaments. Le MSSS a défini une stratégie d’approvisionnement des médicaments, des fournitures et des équipements requis lors d’une pandémie d’influenza. Cette stratégie prévoit des activités visant le maintien des activités du réseau.»

Les autorités du pays ont donc l’air d’avoir compris une partie du problème, et limitent leur compréhension uniquement au domaine de la santé. Où se situe la logique, dans cette stratégie limitée, d’appliquer la possibilité de pénuries d’approvisionnement uniquement aux hôpitaux et autres lieux de soins de santé? S’il doit y avoir des pénuries d’approvisionnement, pensez-vous que ce sera uniquement dans les hôpitaux? Le même phénomène sera probablement observé ailleurs, dans tous les autres secteurs de l’économie, y compris les épiceries.

Il y a donc quelque chose qui ne tourne définitivement pas rond dans la stratégie de planification des autorités canadiennes. Le gouvernement du Québec prévoit distribuer son Guide d’autosoins (en 5 millions d’exemplaires aux citoyens québécois) qu’au moment du déclenchement de la pandémie. Ce guide recommande de stocker pour l’équivalent de deux semaines de vivres et de biens essentiels.

Mais il sera déjà trop tard, à ce moment-là, pour que les citoyens québécois constituent leurs réserves. Des chercheurs de l’Université de Sydney ont analysé ce scénario de dernière minute – où des millions de personnes se rueraient en même temps sur les magasins d’alimentation. Ils ont conclu qu’en moins de 2 semaines (maximum 4 semaines), il ne resterait plus aucune denrée alimentaire disponible dans les épiceries. Le phénomène de pénurie s’accentuera si la majorité de la population n’a pas prévu d’effectuer ses préparatifs personnels.


Michael Osterholm. Photo source

Michael Osterholm martèle cela depuis des années: dès les premiers jours de la pandémie, nous allons manquer de tout. Y compris de la nourriture.
«Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie.»
Alors, où allons-nous trouver la nourriture, pendant la première vague d’une pandémie? La plupart des gens n’ont pas plus de 72 heures d’approvisionnement. C’est ce qui est présentement recommandé, c’est la norme canadienne. Où voulez-vous aller avec 3 jours de vivres, quand on sait qu’une vague de pandémie pourrait durer jusqu’à 3 mois, et qu’une pandémie elle-même pourrait durer jusqu’à 2 ans?

Les galettes de farine, c’est peut-être encore trop luxueux, comme repas de pandémie. Les galettes de boue, par contre, il se pourrait que plusieurs d’entre nous soient forcés d’en avaler plus souvent qu’envisagé.

Gardons donc la «Bouée de sauvetage en cas de pandémie» à portée de la main. Parlons-en à nos proches, même si ce n’est pas un sujet très réjouissant. Non, ce genre de bouée de sauvetage n’est pas très sexy dans une conversation, mais cela pourrait faire toute la différence lors de la prochaine pandémie. Et moins de galettes de boue en perspective…
 
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