Blogue de Lyne Robichaud

Aucun message portant le libellé risque pandémique. Afficher tous les messages
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26 novembre 2008

Lendemain de veille: c'est "désespérant"

J'ai essayé d'écouter tant bien que mal le débat des chef télévisé hier soir, à travers les cris d'un enfant qui s'arrange toujours pour tenter d'attirer l'attention lorsque je m'installe devant le téléviseur. Vous devinerez que je n'écoute donc pas très souvent le petit écran.

"Les Québécois ont dû pleurer de désespoir pendant les dernières 30 minutes: chaque chef a ressorti son vieux disque constitutionnel des années 1970, alors que de toutes parts on sonne l'alarme sur la crise économique imminente. C'est désespérant", indique ce matin J. Jacques Samson dans le Journal de Québec.

"C'est désespérant": c'est exactement ainsi que je perçois la situation des préparatifs pandémiques au Québec! Avec des leaders de la sorte, nous ne sommes pas sortis du bois. Si c'est vrai pour la crise économique imminente, je ne vois pas pourquoi cela ne s'appliquerait pas aussi aux préparatifs de pandémie... Il ne surgira pas soudainement d'autres leaders que ceux qui sont là présentement. S'ils ne réussissent pas à identifier des pistes possibles de solution pour la situation économique, seront-ils en mesure de le faire face à la menace de pandémie?

Ma seule consolation (si on peut appeler cela ainsi), est une phrase prononcée par Pauline Marois, dans le contexte de Caisse de dépôt et de placement. Je trouve toutefois que cela s'applique parfaitement bien au dossier de pandémie:


Photo source

«On vit une situation exceptionnelle,
il faut qu'il y ait des informations
qui soient données aux Québécois»

Pauline MAROIS
Chef du Parti Québécois
Gouvernement du Québec

Source: Marois déplore le silence de Charest sur la Caisse, par Alexandre Robillard, La Presse canadienne, 26 novembre 2008

18 novembre 2008

Voilà de quoi je souhaiterais entendre parler pendant la campagne électorale

Paru le vendredi, 7 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Stockbyte, libre de droits, FIO_039

A priori, je ne souhaite entendre parler de rien du tout lors de cette campagne, car la tenue de ces élections générales me rebute. Des élections en ce moment ne sont pas les bienvenues, et de toute évidence inutiles.

La présente campagne électorale ne me semble pas être fondée. Pourquoi des élections? L’avis des citoyens québécois, qui ne souhaitaient apparemment pas d’élections n’a pas été écouté. Qui en effet aurait voulu d’une élection, après avoir dû digérer une campagne électorale fédérale, ainsi qu’une longue et enivrante campagne présidentielle chez nos voisins du sud (alors que nous savons à l’avance que notre campagne québécoise n’aura sans doute qu’un goût insipide)? Des élections, nous en avons soupé! Qu’à cela ne tienne, le premier ministre Jean Charest n’en a fait qu’à sa tête. Il ne s’est pas non plus attardé sur un léger détail: la dépense de 83 millions de dollars, nécessaires pour caresser son rêve d’élection, et ce en pleine crise économique mondiale. Le sociologue Pascal Bruckner dirait sans doute de M. Jean Charest qu’«il fait chaque jour de la démocratie, comme Monsieur Jourdain de la prose». [La Mélancolique démocratie] Une dépense de 83 millions de dollars (correspondant à la tenue de ces élections) est scandaleuse.

L’hypothèse de M. Charest qu’il faille un gouvernement majoritaire pour affronter la présente crise économique ne tient pas tellement la route. Au niveau fédéral, n’avons-nous pas un gouvernement minoritaire? Michel C. Auger écrit dans les Carnets de Radio-Canada: «De toute évidence, ce n'était pas ce que croyait M. Charest quand il a passé le plus clair de l'automne à manoeuvrer de manière à peine voilée pour que Stephen Harper n'obtienne pas sa majorité.»

Le véritable but caché de ces élections semble donc être ailleurs. Peut-être du côté de la personnalité du premier ministre? Davantage de franchise concernant les véritables buts de ces élections aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

LES RÉELLES PRÉOCCUPATIONS
Alors, ce que je souhaiterais entendre le plus lors de cette campagne serait le reflet des réelles préoccupations des Québécoises et des Québécois. Et je sais pertinemment que cela n’arrivera pas.

Pourquoi? Si je me fie à ma propre expérience, les préoccupations des citoyens ne sont pas écoutées ni entendues par le gouvernement du Québec. J’ai pu le constater, en tentant de faire valoir l’apport positif de la participation de la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire.com, dans le dossier des préparatifs pandémiques. Je me suis heurtée à une palissade de déni et d’ignorance. J’ai vu les citoyens monologuer seuls, parce que l’administration Charest a refusé de descendre de sa tour d’ivoire, se mettre au niveau de la population, en entamant un dialogue avec les gens à propos de leurs réelles préoccupations concernant une pandémie. La reconnaissance du rôle des médias sociaux en général, et en particulier en ce qui a trait à la préparation à une pandémie, aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

La tendance et les marchés, qui sont présentement formés [par les médias sociaux], sont les effets de la répression d’une liberté humaine au fil du temps, qui a désormais trouvé les moyens de s’exprimer librement et sans contrainte. Paul Gillin, dans son livre “The New Influencers“, parle de 150 années de répression qui ont pris fin grâce à l’avènement des médias sociaux. Nous pouvons désormais être connectés à n’importe qui et n’importe où sur la planète par le simple clic d’une souris. Nous pouvons désormais nous exprimer librement sans l’influence des institutions. Notre capacité à nous exprimer et à nous connecter a maintenant créé les moyens de discuter et d’être entendus. Nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et authentiques, ce qui a été compromis depuis des décennies.

Il me semble que le gouvernement du Québec aurait dû être plus ouvert à ce mouvement, et qu’il aurait dû faire quelque chose pour démontrer qu’il était capable d'entrer dans l'ère du Web 2.0 et accepter le changement. Encore là, aurait-il fallu qu’il soit à l’écoute des citoyens, ce qui n’est apparemment pas tout à fait dans les cordes du chef. Il semblerait donc que les hauts fonctionnaires du gouvernement du Québec que j’ai rencontrés se sont alignés sur le modèle de leur chef: c’est-à-dire qu’ils se sont enfoncés dans le mutisme et ont coupé les cordons de la communication avec les citoyens. Une oreille plus attentive aux préoccupations exprimées des citoyens aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

Un dialogue véritable avec les citoyens aurait été non seulement le bienvenu, mais de toute évidence essentiel.


L’annonce précipitée, à la veille du déclenchement des élections, d’un investissement dans l’économie sociale, était d’un ridicule confondant. La déclaration suivante, «l'économie sociale au Québec, c'est quelque chose de vital», sonne faux. Le présent plan gouvernemental pour l'entrepreneuriat collectif ne souffle pas mot au sujet des médias sociaux et ne reconnaît pas la contribution «actuelle et potentielle» de la capacité sociale que constitue le développement du Web 2.0. La création d'un programme de développement des secteurs émergents aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

LES RÉELS ENJEUX
Ne pas écouter les préoccupations des citoyens est une chose. Ne pas être au courant de ce qui se passe de par le monde, et de quelle manière le Québec se positionne par rapport aux progrès mondiaux, en est une autre. Pour de nombreux dossiers, il est possible d’observer que le Québec s’enlise dans l’inaction et laisse filer d’innombrables occasions d’innover, d’être à la fine pointe des nouveautés, de se développer et de se positionner en leader mondial.

Dans le dossier des préparatifs pandémiques, je réalise que ma liste de souhaits est tellement longue que je ne sais par quel bout commencer! Aborder les défis des préparatifs pandémiques lors de la campagne électorale aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

En premier lieu, je crois que j’aurais souhaité davantage de leadership. J’aurais souhaité aussi davantage de démonstration de convictions. On sent très bien que le gouvernement du Québec ne semble pas croire qu’une pandémie se déclenchera un jour. Davantage de sensibilité et de leadership auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.


J’aurais souhaité que le Québec reconnaisse que la menace d'une pandémie est demeurée inchangée depuis 2003, et qu'il prenne exemple sur l’Union européenne, en déclarant que la menace pandémique supplante toutes les autres menaces. La reconnaissance qu’une pandémie est la menace No. 1 à la nation aurait été non seulement la bienvenue, mais de toute évidence essentielle.

Bien entendu, étant donné que je travaille dans le domaine des communications, j’aurais souhaité davantage de communications avec la population sur les enjeux et la menace réelle d’une pandémie. J’aurais souhaité que les gestionnaires chargés des communications soient plus innovants, et que les outils de communication concernant une pandémie soient mieux gérés.

J’aurais souhaité que la coordination interministérielle de gestion de pandémie soit en premier lieu visible, transparente et présente auprès des citoyens.

J’aurais souhaité un réel effort et un intérêt marqué venant de la part du plus haut niveau du gouvernement envers les questions de préparatifs pandémiques. La nomination d’un tsar de pandémie et la création d’un bureau de pandémie auraient été non seulement les bienvenues, mais de toute évidence essentielles.


J’aurais souhaité que soit développée une réelle collaboration avec les citoyens dans la gestion de pandémie. J’aurais souhaité que le gouvernement estompe la frontière entre l’administration et la population, et que des projets soient développés, incorporant les citoyens dans le processus de planification et de préparation de pandémie. Faire confiance à la sagesse publique collective et à la capacité de la collectivité à résoudre des problèmes dans le dossier des préparatifs pandémiques, aurait été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

Favoriser non seulement la consultation, mais aussi l’engagement de la collectivité à titre de partenaire complémentaire auprès des grandes organisations publiques, tant pour la préparation de la crise que pour la gestion de la crise elle-même, auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

J’aurais souhaité qu’il y ait davantage de femmes impliquées dans des hauts niveaux de décision, en ce qui concerne les préparatifs pandémiques. Le blogueur Jay Deragon (A Relationship Economy) a expliqué: «Il est difficile pour les leaders, principalement les leaders de sexe masculin, à la fois d’admettre et de composer avec efficacité avec les choses ‘intangibles’, parce que les éléments fondamentaux des solutions appropriées sont essentiellement orientés socialement. Le top dix des défis et solutions ‘sociales’ exigent la coopération, la collaboration, le consensus et la gestion des «processus des gens». La plupart des entreprises souffrent aujourd’hui de division sociale, interne et externe, entre les gens, les besoins et les progrès.» Un des plus grands défis des préparatifs pandémiques concernera l'un des nouveaux volets des préparatifs multisectoriels, la planification sociale: «Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18). Davantage de femmes impliquées dans les hautes sphères des préparatifs pandémiques auraient été non seulement bienvenu, mais de toute évidence essentiel.

Réaliser que le Québec est un «suiveux», et non pas un leader mondial, me fait réellement mal au cœur. J’aurais souhaité que les autorités fassent preuve d’innovation, en allant au-devant des nouvelles sur le développement des virus à potentiel pandémique et des maladies émergentes, et qu'il entre en compétition avec les meilleures nations qui se hissent au palmarès des plus avancées en termes de préparatifs pandémiques. Davantage d’audace et de créativité auraient été non seulement les bienvenues, mais de toute évidence essentielles.

Constater que nos plans de pandémie sont désuets et qu’il n’existe ni volonté ni mécanisme pour les mettre à jour, me désole également. Constater que notre planification de pandémie manque gravement de mise en pratique et que le Québec n'effectue pas suffisamment de simulations de pandémie est alarmant. Réaliser que nos vies, en tant que citoyens, sont en danger face à la menace pandémique, en raison du manque actuel de préparatifs pandémiques dans notre société, me révolte. Accepter de baisser les bras, en sachant que les projets et la communauté virtuelle, qui seraient en mesure de faire une différence pour que progressent les préparatifs pandémiques, sont ignorés: cela j’en suis incapable. Davantage de discernement et de vision auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

Mettre à profit des capacités de l’infrastructure civique, implanter l’instauration d’un dialogue structuré entre les autorités publiques et la communauté, permettre l’implication de la communauté dans la résolution des problèmes liés à la préparation et à la gestion de la crise, susciter la participation de la communauté en ce qui concerne des actions posées pour prévenir, gérer et régler la crise que constituera une pandémie, auraient été non seulement les bienvenus, mais de toute évidence essentiels.

Quand la chance nous sourit: un risque pandémique mi-figue mi-raisin

Paru le dimanche, 2 novembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Avez-vous remarqué qu’un nouveau mot a dernièrement fait son entrée officielle dans le discours des agences internationales concernant le risque de pandémie? La «chance». Un article mentionnant ce mot, signé par Pierre Melquiot dans Actualités News Environnement, a attiré mon attention: «Grippe aviaire, la chance a permis d’éviter une virulente épidémie en 2008?».

Venant de la part d’une institution aussi respectable que la Banque mondiale, il est étonnant de constater que la «chance» se retrouve désormais sur les lèvres de porte-parole associés à la coordination des mesures pour lutter contre la grippe aviaire. Car jusqu’à présent, l’heureux hasard n’était absolument pas de circonstance pour décrire la situation mondiale du risque pandémique. Le discours officiel cherchait surtout à souligner à quel point le virus était sous contrôle, tel qu’on peut encore le lire sur la page d’accueil du site gouvernemental Pandémie Québec (10 septembre 2008): «L'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère présentement que le risque d'éclosion d'une pandémie d'influenza, provoquée par la transmission d'humain à humain du virus H5N1 de la grippe aviaire, demeure important mais qu'il est bien contenu

Le nouveau discours officiel est tout autre, puisque les autorités internationales indiquent maintenant deux possibilités, dont la nouvelle alternative est loin d’être associée à la notion de contrôle: «L’apparente accalmie dans la propagation du virus de la grippe aviaire pourrait être due autant à la chance qu’à l’effort international pour détecter, prévenir et combattre la maladie», ont exprimé les experts de la grippe aviaire, qui se sont réunis en Égypte le week-end dernier à l’occasion de la Sixième Conférence ministérielle internationale sur l'influenza aviaire et l'influenza pandémique.

Cette déclaration me semble être, en langage diplomatique, un compromis acceptable mi-figue mi-raisin (entre l’agréable et le désagréable), qui laisse au lecteur le choix de deviner la réponse à la brûlante question: Pour quelle raison la pandémie ne s’est-elle pas encore déclenchée?

Les personnes qui suivent de près les nouvelles portant sur la grippe aviaire trouveront une mince consolation dans ce nouveau vocabulaire, car elles savent que de nombreux cas d’infection ne sont pas détectés, ou ne sont pas déclarés. L’apparente accalmie, aux yeux de certains, pourrait s’expliquer par un black-out d’information, de nombreux cas passant sous le radar de la détection, le déni de cas, ou encore le fait que d’autres cas pourraient être mal diagnostiqués et imputés à d’autres maladies.

Cela me plaît que le mot «chance» se retrouve en premier lieu dans l’énumération des deux éléments mentionnés par les autorités internationales - dans l'article de Pierre Melquiot du moins - avant même l’effort mondial déployé pour détecter, prévenir et combattre la maladie. Les autorités parlent à mots couverts, mais je suis rassurée que «chance» ait été introduit dans le discours officiel. Cela ouvre la porte à une dimension intangible et impossible à définir, mais dont l’intuition de ceux et celles qui perçoivent les zones grises, entrevoient néanmoins toute la menace de la situation.

«Nous sommes arrivés à un tournant dans la lutte internationale contre les maladies infectieuses», affirme Piers E. Merrick, qui constate que «nous avons certes lutté efficacement contre les grippes aviaire et humaine, mais face à un grand nombre de ces maladies, il faudra adopter un plan d’actions à long terme, plus sophistiqué et plus complet.»

Nous verrons de quelle manière s’articulera une planification des États «plus sophistiquée et plus complète» au fil des prochains mois. D’ici la fin de l’année, l’OMS a annoncé qu’elle déposerait de nouvelles directives axées sur quatre thèmes de développement (d'après Revision of the Pandemic Influenza Preparedness Guidance - An Update on the Drafting Process): 1) emphase sur une préparation soutenue, 2) considérations légales et éthiques, 3) rôle crucial des communications, et 4) approche «société dans son ensemble».

Il est probable que l’année 2009 sera un bon cru pour les mordus de préparatifs pandémiques!

Mike Leavitt rencontre 27 ministres européens de la santé en France

Mike Leavitt rencontre 27 ministres européens de la santé en France, et déclare que la menace de pandémie est "toujours réelle"

Paru le vendredi, 12 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


Mike Leavitt. Photo source

Le ministre américain de la santé, Mike Leavitt a été invité au début de la semaine, à une rencontre des ministres de la santé des 27 États membres de l'Union européenne, qui s'est déroulée à Angers en France.

Ce n'est pas demain la veille que nous verrons Mike Leavitt être invité au Canada pour venir discuter de la grippe aviaire et de préparatifs pandémiques... Les poules risquent d'avoir des dents avant que cela se produise!

Mais même si nous savons que de telles invitations n'arriveront que dans nos rêves les plus fous, nous sommes toutefois en mesure d'apprécier les organisations et les nations qui ont assez de plomb dans la tête et de professionalisme pour planifier du mieux qu'elles le peuvent en vue d'une pandémie d'influenza.

Il y a quelques semaines, le Royaume-Uni a déclaré qu'une pandémie était désormais considérée comme la menace NUMÉRO 1 de la nation, et supplantait toutes les autres menaces.

Didier Houssin
Photo AFP/JACK GUEZ (source)

La semaine dernière, le délégué interministériel à la Lutte contre la grippe aviaire de l'Union européenne, Didier Houssin, a déclaré quelque chose équivalent à la position des Britanniques: "Une pandémie grippale reste la principale menace qui pèse sur l'Europe en matière de santé".

La rencontre des 27 ministres de la santé permettra sans doute de niveler l'état de préparation de chacun des États membres de l'Union européenne. Cette stratégie assurera au continent européen une force égale de combat face à la menace de pandémie, et évitera que certains pays soient davantage touchés par un virus mortel, et viennent compromettre les mesures et infrastructures des autres pays limitrophes.


Julie Gerberding. Source photo

Il est difficile d'oublier cette citation de Julie Gerberding, experte en maladies infectieuses, directrice du Centre for Disease Control (CDC) aux États-Unis: "Nous sommes seulement aussi forts que notre lien plus faible." L'Union européenne semble apparemment déterminée à appliquer cette stratégie de renforcement et de mitigation de sa communauté d'États membres.

En ce qui concerne le gouvernement du Québec, j'ai pu vérifier lors d'une rencontre ayant eu lieu le 30 mai dernier avec deux hauts fonctionnaires en charge de la planification de pandémie, qu'ils n'ont aucune idée, ni aucun outil, qui leur permettrait de déterminer où en est rendu l'état de préparation de chacune des agences provinciales, et l'ensemble des municipalités du Québec. Le gouvernement du Québec n'a pas d'outil qui lui permette de comparer l'état de préparation des diverses régions administratives de son territoire.

Le gouvernement du Québec ne sait pas non plus où il se situe par rapport aux autres provinces canadiennes, et encore moins par rapport aux autres nations développées du monde entier. Le gouvernement du Québec est convaincu d'être "bon" et plusieurs s'imaginent qu'il figure parmi les meilleurs, et que ses préparatifs en vue d'une pandémie sont excellents. Les fonctionnaires du gouvernement ne cessent de répéter qu'ils reçoivent des louanges pour leurs travaux de planification. On ne sait pas trop d'où proviennent au juste cette pluie de louanges, mais les gens qui ont parti ces rumeurs ont fait du bon travail (mais ceux qui ont parti cela sont des vraiment bons leaders d'opinion), car cette perception erronée de l'avancement des préparatifs du Québec en vue d'une pandémie semble être partagée par de nombreux employés du gouvernement, répartis dans plusieurs ministères de l'appareil gouvernemental.

Aux États-Unis, des fondations (Trust for America’s Health (TFAH) et Infectious Diseases Society of America (IDSA)) travaillent depuis des années à mettre sur pied un système de comparaison entre les divers États qui composent les États-Unis d'Amérique. Les États reçoivent annuellement une note (sur une échelle de 1 à 10) pour leur état général de préparation. Plusieurs éléments sont évalués et les États savent en quoi ils excellent et dans quels domaines ils affichent des lacunes et nécessitent des améliorations.

À ma connaissance, il n'existe pas de système de cette nature au Canada, qui permettrait d'avoir un portrait global de l'avancement de l'état de préparation des provinces et territoires canadiens.


Les trois chef d'États nord-américains. Photo source

Le Canada fait partie d'un regroupement continental (nord-américain), et des accords ont été conclus avec les États-Unis et le Mexique à propos des préparatifs en vue d'une pandémie. Le partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité comporte des clauses de coopération portant sur la grippe aviaire. Mais depuis le sommet du mois d'août dernier, qui s'est déroulé à Montebello, au Québec, il n'y a pas eu à ma connaissance d'information récente publiée dans les médias à propos de ce qu'il est advenu de cet accord. Le communiqué officiel du PSP datant du mois d'août 2007 a mentionné que "beaucoup de progrès ont été réalisés pour relever les défis auxquels font face nos trois pays nord-américains". Je trouve qu'il est difficile d'évaluer en quoi consiste exactement l'expresssion "beaucoup de progrès", et si "beaucoup de progrès" dans ce dossier a eu lieu ou non depuis un an.

Voici un article du Figaro, qui rapporte les propos de Mike Leavitt lors de sa visite en France. Le ministre de la santé a rappelé que la menace de la grippe aviaire pesait toujours, et que l'épée de Damoclès pend encore au-dessus de nos têtes, même si nous n'en entendons pas vraiment parler dans l'actualité...
Grippe aviaire: menace "toujours réelle"
9 septembre 2008 | AFP, Le Figaro

Le secrétaire américain à la Santé, Michaël Leavitt, a estimé aujourd'hui que la menace d'une pandémie liée au risque de mutation du virus de la grippe aviaire H5N1 était "toujours aussi réelle", même si elle suscite moins d'intérêt qu'au moment de son apparition en 2003.

"Le virus continue de se répandre dans le monde, il ne suit pas le gré des médias et la menace est toujours aussi réelle qu'il y a quelques années", a déclaré le ministre à l'usine Sanofi-Pasteur de Val-de-Reuil (Eure).

Il a notamment visité une unité en cours de qualification qui pourrait être mobilisée pour fabriquer en grande quantité des vaccins en cas de pandémie.

Le secrétaire à la Santé a souligné que les actions de préparation comme celles menées par Sanofi en France ou aux États-Unis ne visaient pas que le virus H5N1 mais les pandémies "en général".

Source: www.lefigaro.fr

Saviez-vous que «chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque»?

Paru le mardi, 9 septembre 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


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On dirait qu’il existe une profonde contradiction entre deux tendances actuelles: un mouvement s’en allant vers une autre Grande Noirceur, appelée «société du silence» par Pierre Noreau, et l’explosion d’une liberté d’expression associée aux médias sociaux. Peut-être que ces deux tendances ne sont pas aussi contradictoires et que l’une influence l’autre.

Le silence et l’obscurantisme
Ce n’est pas la première fois que j’aborde la question de la «société du silence». Voir mes billets Plusieurs jugent que le premier ministre Stephen Harper se comporte en Big Brother. Quel impact cela a-t-il sur la planification de pandémie au Canada? et Les médias sociaux pourraient-ils aider à renverser la tendance à la «société du silence»?

Le journaliste Fabien Deglise a publié aujourd’hui dans le Devoir un article absolument étonnant, «Le nouvel obscurantisme». Il y explique que la société du silence n’est pas simplement une tendance observée au Canada, mais qu’elle s’appliquerait également à l’ensemble du monde occidental:
«Elle [la tentation du secret et la montée récente de l'obscurantisme] n'est aussi pas seulement locale mais aussi «globalisée», ajoute Pierre Noreau en évoquant les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne comme autres terreaux fertiles à l'obscurantisme. Des terreaux sur lesquels les appareils gouvernementaux cultivent la noirceur, mais tout comme le secteur privé, les universités, les citoyens lambda... «Aujourd'hui, chercher à comprendre le monde est devenu une activité à risque», dit-il.»
Si jamais cette tendance s’incrustait et se généralisait, je devrais pratiquement envisager de changer de planète... Où les penseurs et les artistes seront-ils à l’aise et auront-ils droit à leur place au soleil si la libre circulation des idées est gravement compromise dans notre monde?

Doubles strates de silence dans le cas des préparatifs pandémiques
J’ai remarqué (c’est difficile à louper!) que la grippe aviaire n’est pas un sujet tellement à la mode. Il s’agit même d’un sujet que l’on pourrait classer parmi les tabous. Les gens ont peur d’entendre parler de la grippe aviaire pour une foule de raisons, allant de l’apathie, au refus de considérer le fait qu’ils pourraient mourir, à l’optimisme irréel, à l’indifférence, au déni total et à l’ignorance. Le Dr Peter M. Sandman, un communicateur de risque de renom, a prévenu: «Les dangers les plus sérieux qui menacent notre santé sont typiquement caractérisés par la sous-réaction du public – c’est-à-dire, par l’apathie, plutôt que la panique

Au départ, il existe donc une profonde gêne au sujet de la grippe aviaire, qui fait que les gens se replient volontairement dans le silence, au lieu de l’évoquer.

Et à cela, se rajoute une autre strate de silence: des problèmes engendrés par un contrôle critique de l’information par les autorités gouvernementales. Me Michel Drapeau, avocat, enseignant à l’Université d’Ottawa, ancien militaire à la retraite, très respecté dans le milieu de l'accès à l'information, a indiqué en juillet dernier: «Le gouvernement ne fait pas confiance aux gens. Il pense que chaque information va lui nuire et que les citoyens ne sont pas assez intelligents pour faire la part des choses.»

J’ai pu personnellement vérifier cela au début de l’année, lors d’une conversation téléphonique avec Marc Nolin, coordonnateur de l’information et des mesures d’urgences de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui m’a dit textuellement: «Nous autres, on ne met pas d’information scientifique [dans nos communiqués ou sur nos sites] parce que les gens ne comprennent rien. Nous vulgarisons les données avant de les présenter à la population

Remarquez aussi la manière dont les autorités gouvernementales présentent les cas d’infection de listériose au Canada. C’est souvent «le premier cas confirmé» par ci, et un autre cas par là. Il faut avoir une véritable âme de Sherlock Holmes pour arriver à saisir le portrait général du nombre total des cas survenus sur l’ensemble du territoire.

L’obscurantisme à propos des préparatifs québécois en vue d’une pandémie
J’ai identifié au cours des derniers mois des exemples concrets de tendance à l’obscurantisme concernant les préparatifs pandémiques au Québec.

LA FRÉQUENCE DE LA MENTION DU DOSSIER EST PEU ÉLEVÉE
Les autorités gouvernementales québécoises ne parlent quasiment jamais à la population des préparatifs en vue d’une pandémie.

En 28 mois, il y a eu 8 communiqués de presse concernant le Québec affichés sur le site Pandémie Québec. Le dernier communiqué remonte au mois de novembre 2007.

Pourtant, une pandémie est considérée comme la menace No. 1 par le Royaume-Uni, et maintenant aussi par l’ensemble des pays membres de l’Union européenne. Les mêmes dangers craints par 27 pays européens s’appliquent également au Canada et au Québec… Alors comment est-ce possible que la menace No. 1 ne soit même pas mentionnée du bout des lèvres? Comment se fait-il que nous n’en entendions si peu parler? Ce n’est pas normal que ce qui occupe la position No. 1 en haut de l’échelle des menaces ne soit pas présent dans nos esprits, dans les débats, etc.

LES ANNONCES IMPORTANTES NE SONT PAS PUBLIÉES SUR LES SITES DU GOUVERNEMENT
Une annonce survenue le 11 août dernier d’un investissement de 50 millions de dollars en stockage d’antibiotiques pour le traitement des infections secondaires n’a pas été affichée sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux, ni sur le site Pandémie Québec. La nouvelle est sortie sous forme d’entrevue avec un journaliste du quotidien Le Soleil. Cela m’a été confirmé au téléphone par Pierre Laflamme, coordonnateur du comité du MSSS sur la pandémie.

LE SITE OFFICIEL PANDÉMIE QUÉBEC N’OFFRE PAS DE POSSIBILITÉ D’INTERACTION AVEC LE PUBLIC
Zonegrippeaviaire a appris par le biais de l’accès à l’information que le gouvernement prépare une mise à jour du site Pandémie Québec, la porte d’entrée de l’information dédiée à la pandémie, le point de convergence et de référence de l’activité communicationnelle du gouvernement. La mise à jour de ce site est prévue pour décembre 2008.

Mais nous savons aussi à l’avance que la nouvelle version du site ne comportera pas d’applications Web 2.0. Ce qui signifie par conséquent que le gouvernement du Québec échoue à instaurer un mécanisme de rétroinformation mentionné dans le Plan de communication du gouvernement du Québec en cas de pandémie d’influenza:
2.1.1 La relation au risque – «La menace que fait peser la pandémie sur la vie et la santé, son injustice, son caractère irréversible et sa dimension planétaire sont susceptibles d’effrayer la population. Pour le communicateur, il est essentiel de reconnaître à temps cet état d’angoisse et de répondre à l’émotion du public: rester sensible, ouvert, attentif à l’évolution des sentiments, se tenir à l’écoute du citoyen et le rassurer. Une telle attitude nécessite l’instauration d’un dialogue avec la population, principalement à travers les réseaux de proximité et d’entraide. Elle requiert l’établissement de procédures exhaustives de rétroinformation afin que le message gouvernemental demeure en tout temps approprié.»
Il n’y aura pas d’outil exhaustif de rétroinformation intégré dans le site Pandémie Québec.

LE GOUVERNEMENT CHOISIT DÉLIBÉRÉMENT D’IGNORER LES MÉDIAS SOCIAUX
Le gouvernement du Québec a refusé d’établir une collaboration avec la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, sous prétexte de ne pas souhaiter reconnaître les autres [médias sociaux]. Le gouvernement ne juge pas opportun de se mettre à la portée des gens et de dialoguer avec eux par l’entremise de technologies du Web 2.0.

Zonegrippeaviaire a obtenu (également par le biais de l’accès à l’information) un document où le gouvernement du Québec conclut qu’il ne vaut pas la peine d’investir ni temps ni argent dans les médias sociaux (voir «Les médias sociaux et la communication du risque»).


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Le silence règne-t-il aussi dans les médias sociaux?
Les médias sociaux sont censés être des espaces libres où les individus sont libérés de l’influence des institutions. Grâce à ces technologies, il a été dit par Jay Deragon que nous avons finalement trouvé la voie qui nous permet d’avoir des conversations ouvertes et honnêtes, ce qui a été compromis depuis des décennies. Voir mon billet «Les médias sociaux ont conduit à la création d’un nouveau mot, «socialutions», d’après un spécialiste américain des TI.»

Toutefois, l’article du Devoir «Le nouvel obscurantisme» indique qu’il ne faut pas «chercher à comprendre le monde». Environ seulement 11% des quelque 60 millions de blogues qui existent présentement portent sur la politique.

Les réflexions des individus engendrées par le biais des médias sociaux seront-elles compromises par la tendance à la société du silence?

Ou serait-ce l’inverse? La tendance à la société du silence sera-t-elle amoindrie par une participation massive d’individus dans les médias sociaux?

L’article du Devoir (Le nouvel obscurantisme) se termine avec une conclusion du politicologue Louis Côté, qui croit que les signes actuels d'une certaine résurgence de l'obscurantisme ne devraient pas être perçus comme un retour en arrière, mais plutôt motiver un mouvement collectif vers l'avant. «Quand on s'attaque à la libre circulation des idées, c'est le projet démocratique que l'on met finalement en péril, dit-il. Or, la démocratie, c'est un processus, pas un état stationnaire et, pour continuer à avancer, il lui faut plus de transparence et de débats ouverts.»

Ce qui me fait espérer en un momentum, ou une impulsion de forces vives des conversations collectives qui faciliteront la créativité, l’imagination, et qui favoriseront la démocratie ainsi qu’une connaissance approfondie de la manière dont fonctionnent les choses, à des niveaux encore jamais imaginés.
 
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