Blogue de Lyne Robichaud

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17 avril 2009

Réaliser le potentiel d’un gouvernement connecté: un document de Cisco portant sur le gouvernement 2.0

Paul Johnson

Via le blogue de Paul Johnson, ex-fonctionnaire vivant à Londres, travaillant présentement pour Cisco, à la tête de l’équipe du secteur public européen au sein de IBSC, le bras consultatif de stratégies mondiales de Cisco, voici la version finale d’un document de Cisco intitulé ‘Realizing the Potential of the Connected Republic. Web 2.0 Opportunities in the Public Sector’ (Réaliser le potentiel d’une République connectée. Opportunités Web 2.0 dans le secteur public).

Les auteurs de ce document de Cisco Internet Business Solutions Group (IBSG) sont Paul Johnson, Russell Craig, Martin Stewart-Weeks et Joan McCalla.
[Traduction] «L’adoption d’outils et de valeurs Web 2.0 a beaucoup à offrir au secteur public. Il existe des défis et des barrières, mais il s’agit d’une route que le secteur public a besoin d’emprunter. Non seulement cela peut-il contribuer à l'efficacité, mais cela peut permettre aux organismes du secteur public de fournir davantage d'innovation et de devenir plus souples face à l'imprévisible. Fondamentalement, cela peut transformer la relation entre les citoyens et les institutions publiques, et entre les citoyens et leurs représentants.»

Le document mentionne que trois valeurs sont particulièrement pertinentes:

- Collaboration
- Transparence
- Empowerment

Il s’agit d’un document très bien fait. Je vous invite à en prendre connaissance et à le lire au complet.

J’ai envie d’ajouter que cela devient de plus en plus pénible de tomber sur des contenus de ce genre, sachant pertinemment que les gouvernements du Québec et du Canada ne veulent pas vraiment entendre parler de ces valeurs.

À la longue, à force de voir les autres se développer et nous-mêmes piétiner sur place, cela donne aussi envie de pleurer.

Hier (16 avril), a eu lieu la conférence de presse de Tourisme Mauricie annonçant son nouveau blogue: http://blogue.tourismemauricie.com/. Cela s’est déroulé aux Forges du Saint-Maurice, à quelques kilomètres de chez moi. L’amie Michelle Blanc a été engagée comme consultante pour ce projet. Et je souligne le travail de l'ami Gabriel Raymond, employé de Tourisme Mauricie, un gars sympatique et très dynamique. Je suis persuadée que c'est grâce à son incroyable personnalité que ce projet de blogue a pu avoir eu lieu.

La vie est drôlement faite. Je trouve cela assez cynique que (probablement, à ma connaissance) le premier blogue du gouvernement du Québec survienne en Mauricie, le siège social de Zonegrippeaviaire.com, dont un projet de collaboration, transparence et empowerment a été rejeté en juin 2008 par le gouvernement du Québec. Je devrais me réjouir de cette nouvelle, mais j’en suis plus capable. Il y a trop de goût amer dans la bouche.

Et aussi parce que je considère que le gouvernement choisit un axe prioritaire plutôt facile en débutant par le secteur touristique, pas tellement compromettant. Les efforts en matière 2.0 à déployer dans cette avenue sont beaucoup moindres que ceux démontrés par d’autres nations.

J’ai lu dernièrement [indice de maturité des médias sociaux de John Cass et Jon Garfunkel] que le succès de l'implantation d’un gouvernement 2.0 ne se mesure pas nécessairement aux sommes d’argent investies pour développer des technologies (c'est-à-dire dans la création de blogues et de plate-formes). «La manière dont une entreprise [ou un gouvernement] fait participer le client et la communauté [les citoyens] en utilisant les médias sociaux est plus important que les technologies que l’entreprise [ou le gouvernement] déploie.» [John Cass]

À mes yeux, ce n’est pas parce qu’un blogue a été lancé chez Tourisme Mauricie que nous assistons nécessairement à une transformation du gouvernement du Québec en gouvernement 2.0. À mon avis, il existe une très grande distance et marge de manœuvre entre partager des expériences de voyage et faire mousser le tourisme québécois, et contribuer réellement à la gouvernance dans de nombreux dossiers via une participation publique par l’entremise d’outils 2.0 et l’empowerment des citoyens.

Même si Tourisme Mauricie a réussi à lancer un blogue, je ne suis pas sous l’impression que le gouvernement du Québec comprend qu’un virage gouvernemental 2.0 doit s’effectuer sur l’ensemble d'une administration. Dans mon billet d’hier portant sur la République française, j’ai indiqué que ce virage complet devient alors une «révolution», et j’ai cité ce passage d’un bulletin du ministère des Affaires étrangères et européennes de la République française:
«Mais on ne pourra parler de révolution «gov 2.0» que lorsque l'action d'évangélisation de Vivek Kundra et les multiples projets de rénovation des outils des agences gouvernementales auront été adoptés par tous, et à tous les niveaux de la pyramide décisionnelle.»

La question que je me pose est la suivante: Le gouvernement du Québec a-t-il réellement l'intention de multiplier les projets 2.0 et de faire adopter ceux-ci à tous les niveaux de la pyramide décisionnelle?

Cela reste à voir.

Entre temps, tant mieux si les États-Unis, et le Royaume-Uni, et l’Australie, et la République française (et probablement d’autres nations) font des progrès en matière d’implantation d’un gouvernement 2.0.

Quand donc cela arrivera-t-il enfin au Canada et au Québec? Je crains que cela ne soit pas pour demain, ni l’année prochaine, ni l’autre année d’après, ni la suivante non plus...

11 mars 2009

Il est temps de modifier les directives adressées au grand public

[George Bernard, bijoutier à Laval, ne manque pas de travail lors du changement d'heure. Photo Luc Laforce]

Ce dimanche 8 mars, toute l'Amérique du Nord a changé d’heure. Nous sommes passés à l’heure avancée, ou heure d'été.

Il serait temps pour les nations du monde de passer à des recommandations avancées. En quelque sorte, d'ajuster nos pendules à l'heure de la pandémie.

Voici comment j’entrevois la situation actuelle.

En novembre dernier, David Nabarro a annoncé qu’il évaluait que l’état de préparation mondial était d’environ 40%. Il a expliqué qu’il basait cette évaluation sur le 35% des nations ayant commencé à tester leurs plans de lutte à une pandémie.

Le mot d’ordre était donné pour encourager les nations à mettre à l’épreuve leurs stratégies de pandémie. Le Quatrième Rapport intérimaire mondial sur la grippe aviaire, publié à la mi-octobre 2008 par l'équipe de David Nabarro, indique à ce sujet: «Il importe maintenant de consolider les réalisations en matière de préparation à la pandémie et de veiller au caractère opérationnel des plans en en faisant la promotion, en les approuvant, en les mettant à l'épreuve et en les examinant systématiquement à l'aide des leçons apprises ainsi qu'en les incorporant aux structures de gestion des catastrophes.» (Synopsis, paragraphe 20)

Ces derniers mois, la crise économique mondiale a accaparé beaucoup d’attention médiatique.

Mais malgré un contexte économique menaçant, quelques nations continuent de peaufiner leurs préparatifs en vue d’une pandémie.

Dernièrement, nous avons entendu parler de simulations de pandémie effectuées au Japon, en lien avec les transports en commun (voir Japan: Social Distancing Test On Commuter Trains). Les Japonais ont tiré des plans pour tenter de trouver des méthodes qui permettraient d’appliquer une règle de 2 mètres de distanciation sociale. Cela a conduit à des révisions de stratégies pour les grands centres urbains, tel que Tokyo, où il a été établi que si seulement 40% de la population se déplaçait et sortait de leur résidence, alors il serait peut-être possible de contrôler le niveau d’infection occasionné par une pandémie. Les Japonais ont évalué que tout pourcentage de population au-dessus de 40% se déplaçant dans des endroits publics occasionnerait un échec de gestion de la part des autorités de ce pays.

Ces conclusions sont intéressantes, et influenceront probablement d’autres nations ayant sur leur territoire des centres urbains à forte densité humaine.

Comme Paris, par exemple, la ville-lumière de la France.

Les mesures pharmaceutiques, en raison du présent contexte économique difficile, et d’autres facteurs exceptionnels (tels que la résistance aux antiviraux et le nombre d'années qu'il faudra pour fabriquer un vaccin de souche pandémique), se dirigent vers une sorte de cul-de-sac. De nombreux plans de lutte ont beaucoup misé sur les mesures pharmaceutiques.

Époque oblige, un changement de stratégie s’impose.

Une autre solution aurait été de renforcer l’infrastructure du système de santé publique. Mais cela s’avère une tâche titanesque, qui exigerait nécessairement des sommes astronomiques, en plus d’un leadership considérable. Le contexte économique actuel n’est pas favorable à cette avenue. Nous assistons plutôt à des annonces de déficits et à des coupures, qui auront pour effet de fragiliser l’infrastructure du système de santé. Revere (d'Effect Measure) a écrit à propos de maintenir l'accent sur la santé publique:
"Nous l'avons dit souvent, mais cela ne peut pas être déclaré trop souvent: si vous voulez vous préparer à une pandémie d'influenza -- ou à n'importe quel choc aigu à un système quelconque -- la meilleure chose à faire est de renforcer le système de santé publique et les services d'infrastructure sociale. Acheter et stocker des vaccins et des antiviraux pourrait -- ou ne pourrait pas -- fonctionner pour l'influenza. Mais un système de santé publique robuste et un système de service social, par contre, cela marcherait pour tout le monde, incluant en période de récession prononcée."

Restent alors les mesures non pharmaceutiques telles que la distanciation sociale et des réserves personnelles en approvisionnement, et l'orchestration d'une participation active de la population. En d’autres mots, l’implantation de réels préparatifs pandémiques sociaux. L’époque où des États se contentaient de créer l’illusion d’un pandémisme de façade est révolue. Les nations qui veulent s’en sortir devront changer leur fusil d’épaule.

Plusieurs éléments jouent en la faveur du développement de mesures non pharmaceutiques:

> leur coût moins élevé (comparativement à des achats coûteux de produits pharmaceutiques);

> le fait que les médias sociaux ont atteint un point de basculement;

> le risque de pandémie, qui augmente en raison d’un relâchement de la surveillance des maladies, occasionné par des coupures aux budgets de pandémies des nations du monde.


C’est dans ce contexte qu’a eu lieu cette semaine une simulation de pandémie dans un supermarché de la région de Lyon, en France.
"Le scénario est simple: 8h30, le magasin n'est pas encore ouvert, que déjà, dehors, près 200 personnes attendent. Les portes coulissent et immédiatement, c'est la ruée. Remplir son chariot devient alors un exercice de haute voltige. Eau, pâtes, riz, farine, huile... les produits de première nécessité sont les plus recherchés. Au bout de quelques minutes à peine certaines denrées sont déjà en rupture de stock.

Très vite, l'exercice montre que, dans un tel contexte, les comportements individualistes prennent le dessus. Les réactions du personnel sont alors fondamentales, d'autant, qu'en raison de la pandémie, l'équipe est sensiblement réduite." (M6Info.fr)


"Le camion vient à peine de se garer à l'arrière du supermarché qu'il est pris d'assaut par une horde de clients portant des masques blancs. Hier, à l'Intermarché de Grigny, le réapprovisionnement du magasin en denrées de première nécessité a failli tourner au cauchemar. «Quand j'ai vu les gens se ruer dessus, j'ai préféré tout mettre en réserve plutôt que déclencher une émeute. Le jour où il y aura une vraie crise, on devra fermer le point de vente pendant la livraison», raconte, épuisé, Christophe Dejob, le PDG de l'Intermarché. Durant 48 heures, son magasin a été le théâtre d'une simulation de pandémie de grippe aviaire organisée par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact).

«Il s'agissait de voir comment une entreprise peut maintenir son activité alors qu'une partie du personnel est malade, que les fournisseurs peinent à approvisionner et que les clients veulent faire le plein de pâtes, d'eau ou de lait pour enfants», explique Jack Bernon, responsable du département santé et travail à l'Anact. Une centaine de figurants, masques sanitaires sur le visage, ont ainsi joué dimanche et hier les clients furieux et angoissés, face à un personnel en sous-effectif pour tester le «plan de continuité d'activité» du magasin. «Il a fallu dès le matin former en 30 minutes des hôtesses de caisse», explique Christophe Dejob, confronté au casse-tête des consignes sanitaires en cas de pandémie. Il est recommandé de se tenir à au moins 2 m de toutes personnes. C'est difficile au moment de payer ses achats. Autant fermer le magasin.» L'intégralité de l'exercice a été filmée et fera l'objet d'une diffusion en DVD auprès des entreprises de la distribution." (20Minutes.fr)

Allumez vos lampions, car cet événement est d’une importance capitale dans l’avancement des préparatifs pandémiques sociaux. Les espérances que cet événement débouche sur de l’innovation sont élevées.

Je considère qu’il s’agit d’un point de basculement mondial, qui pourrait entraîner de nouvelles stratégies.

Les nations avec suffisamment de bon sens pour intégrer l’apprentissage issu de tests et de simulations de pandémie, sont celles ayant les plus grandes chances de voir progresser leurs mesures d’urgences et, par conséquent, de probablement mieux s’en tirer que d’autres, lors de l’avènement d’une pandémie.

Il y a quelque temps, la République française a aligné ses recommandations de stockage individuel de vivres et de biens essentiels sur celles des États-Unis, en incitant ses citoyens à prévoir pour deux semaines d’approvisionnement.

L’exercice de simulation de cette semaine ayant eu lieu en sol Français était unique en son genre. À ma connaissance, il s’agissait d’une première.

Nous avons entendu quelques avertissements à propos des dommages collatéraux, surtout de la part du Dr Michael Osterholm, le directeur du CIDRAP (des États-Unis).
"Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie." ('Little evidence for New York City quarantine in 1918 pandemic', CIDRAP News, 27 novembre 2007)

Il y a par ailleurs eu une excellente étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Sydney intitulé 'A food "lifeboat': food and nutrition considerations in the event of a pandemic or other catastrophe’ (Bouée de sauvetage de vivres), où il a été expliqué pourquoi les vivres viendraient à manquer dès les premières semaines d’une pandémie. Cette étude avertissait également que si les citoyens attendaient à la dernière minute pour se constituer une réserve d’approvisionnement, il n’y aurait pas suffisamment de denrées disponibles en Océanie pour suffire aux besoins de la population.

Il y a eu également d’excellents textes publiés dans le site GetPandemicReady, soutenu par le comté de Nez Perce en Idaho, aux États-Unis. Le collectif de citoyens ayant créé GetPandemicReady a argumenté en faveur de trois mois de réserve personnelle en approvisionnement.

Bien que de plus en plus de gens aient pris conscience ces derniers mois de la nécessité et de l’utilité d’une réserve individuelle considérable, il ne s’est pas encore manifesté de volonté politique de la part d’aucune nation, conduisant à des modifications de recommandations officielles de la part des nations les plus avancées dans ce domaine.

Mais l’exercice de simulation de pandémie dans un supermarché lyonnais qui a eu lieu cette semaine pourrait s’avérer le catalyseur d’une nouvelle approche de la part des stratèges de la République française.

Oseront-ils se positionner comme la toute première nation à recommander aux citoyens d’avoir pour de nombreuses semaines d’approvisionnement dans son garde-manger?

Tôt ou tard, quelqu’un va devoir se décider à avertir la population du réel danger, et des conséquences très probables qu’une pandémie aura sur l’existence des citoyens.

Non seulement les autorités gouvernementales sont-elles en très mauvaise posture pour assurer que des soins de santé aient lieu en temps de pandémie, il est évident qu’aucun gouvernement ne sera en mesure de nourrir une population entière, advenant des ruptures prolongées au système juste-à-temps d’approvisionnement.

Je considère que les autorités gouvernementales sont au pied du mur: elles doivent trouver au plus vite des moyens pour atteindre un état avancé de préparation pandémique sociale. Le défi est colossal, et l’atteinte de l’objectif ne se fera pas du jour au lendemain. Des efforts considérables devront être déployés. C’est dès maintenant que les gouvernements devraient s’atteler au défi de développer et d’implanter des préparatifs pandémiques sociaux.

Les nations qui échoueront dans cette tâche risqueront de disparaître, anéanties sous le fardeau du chaos social, de la famine, d’un nombre élevé de victimes, et de la faillite économique.

Des choses relativement simples, comme dire la vérité, expliquer clairement les enjeux, et répéter, tel un perroquet ou un gramophone, des directives réalistes aux populations, pourraient faire une différence, dans la gueule d’une pandémie mortelle.

01 mars 2009

Thierry Saussez se positionne comme premier haut gestionnaire francophone à initier un dialogue 2.0 à propos de la grippe aviaire

Thierry Saussez

Les idées pour bloguer ne me manquent pas cette semaine, toutefois, c’est le temps qui me fait défaut. J’ai effectué deux ballades en ambulance ces derniers jours (j’accompagnais deux différents membres de ma famille à l’urgence). La seconde personne est dans un état grave, et les prochaines semaines seront certainement occupées et éprouvantes pour toute ma famille.

Je prends toutefois quelques minutes pour vous informer d’une bonne nouvelle.

Il y a quelques jours, je vous ai avisés que Craig Vanderwagen était devenu le tout premier haut gestionnaire de pandémie d’une nation à ouvrir sur Facebook une fenêtre de dialogue avec la communauté de pratique flublogienne. Voir mon billet à ce sujet.

Craig Vanderwagen s’est également distingué cette semaine en rejoignant le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook. Il a suivi les pas de David Nabarro, coordonnateur senior pour l’influenza humain et aviaire aux Nations Unies, qui s’était joint à ce groupe au début de décembre 2008. Voir mon billet à ce sujet.

Le 28 février 2009, soit deux semaines – jour pour jour – après que Craig Vanderwagen ait innové en commençant à partager des éléments de réflexion et d’information sur Facebook, c’est maintenant au tour de Thierry Saussez de se lancer dans une exploration expérimentale en passant par une plate-forme sociale. Il a publié une note intitulée «À propos de la grippe aviaire», dans laquelle il explique que le Service qu’il chapeaute comporte un «département dédié aux situations d’urgence.»

Thierry Saussez a été nommé, le 16 avril 2008, par le Conseil des ministres, aux postes de Délégué Interministériel à la Communication et Directeur du Service d’information du Gouvernement (République française). Il est chargé de veiller à la coordination des actions d’information et de communication de ce gouvernement.

Le Service d’information du Gouvernement (SIG) est chargé d’analyser l’évolution de l’opinion publique et le contenu des médias; de diffuser aux élus, à la presse et au public des informations sur l’action gouvernementale; de coordonner la politique de communication, en particulier en matière de campagnes d’information et d’études d’opinion.

Le Figaro indiquait en avril 2008 à propos de Thierry Saussez qu’un «communicant» avait été nommé pour éviter les «couacs», et soulignait que Thierry Saussez «est souvent cité parmi les membres du «premier cercle» des proches de Nicolas Sarkozy, dont il fut l'un des mentors. À son actif, la stratégie de forte présence médiatique déployée par l'actuel chef de l'État lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, entre 2002 et 2007

Récapitulons.

Nous observons que deux hauts gestionnaires, de deux nations (États-Unis et République française), de deux continents (Amérique et Europe), s’exprimant avec deux langues différentes (l’anglais et le français), et ayant à leur actif une grande expérience dans deux domaines respectifs (la planification de mesures d’urgences et les communications gouvernementales), ont déployé des efforts de rapprochement avec les communautés virtuelles actives sur Facebook.

Ces deux leaders ont débuté leur expérience 2.0 à deux semaines d’intervalle.

Il s’agit d’une bonne chose pour le rayonnement de l’information dans la francophonie en général, que le virtuose des communications de la République française ait initié un balbutiement d’échanges à propos de la grippe aviaire sur une plate-forme de réseautage social.

Bien entendu, vous devinerez que j’aurais souhaité que des hauts gestionnaires du gouvernement du Québec soient parmi les premiers à marcher sur de nouveaux sentiers 2.0 en lien avec les préparatifs pandémiques. Je me réjouis des premiers pas de la République française, mais cela ne se fait pas sans un pincement au cœur, en raison de l’absence d’intérêt ces douze derniers mois de la part des instances québécoises pour le projet Zonegrippeaviaire.com, pourtant basé au Québec. Zonegrippeaviaire est le seul forum en lien avec les préparatifs pandémiques à avoir initié à ce jour une présence sur Facebook, et à avoir contribué à consolider des liens sociaux entre des individus de plusieurs pays et de différents milieux sur cette plate-forme sociale.

Les hauts gestionnaires d’autres nations sont invités à la table de discussion, à joindre leur voix dans le flux des conversations, qui créeront au fil du temps un maillage complexe d'actions entre des acteurs issus de nombreux milieux.

Je pense que Craig Vanderwagen et Thierry Saussez devaient devenir des amis sur Facebook. Ils pourraient ainsi mettre en commun leurs informations et mieux surveiller le fil des conversations.

Je suis très emballée par ce qui se passe et j’ai hâte de voir de quelle manière évoluera l’expérience participative de ces deux spécialistes de la gestion gouvernementale. Observons bien ce qu’ils feront et décideront au cours des prochains mois. Car ces deux leaders sont en train de poser les premières pierres de préparatifs pandémiques sociaux, avec comme catalyseur les médias sociaux. Se prêteront-ils au jeu? Effectueront-ils une sorte de danse, en se répondant l’un l’autre, en partageant leurs préoccupations et leurs défis respectifs? Miseront-ils sur la vitalité des communautés? Parviendront-ils à mettre à profit les forces de la solidarité?

Ces leaders ne seront pas à court de défis.

Si ces deux hommes deviennent amis prochainement (et partagent ensuite plusieurs amitiés), il pourrait se créer un heureux mariage entre la planification de pandémie et les communications gouvernementales. Cela pourrait donner lieu à de nombreux échanges d’idées et de connaissances, et éventuellement, même porter fruit.

08 février 2009

Québec a des atouts en main, sauf qu’il joue mal son jeu


Le 2 février 2009, Pandémie Québec a publié le «Coffre à outils des gestionnaires».

Étant donné que j’ai l’impression qu’il s’agit d’un remâchage de vieilles stratégies qui datent de plusieurs années, je n’ai pas encore pris le temps de lire ces documents au complet.

J’en ai lu quelques-uns et certaines phrases – qui m'apparaissent comme de véritables tentatives de lavage de cerveau collectif – (notamment dans la fiche «Pandémie, source de stress?») m’ont tellement déplu que je n’ai même pas eu la tentation ni l’envie d’en lire davantage. Par exemple, le gouvernement voudrait que l'on «mentionne à ses proches que, contrairement à ce qui a été le cas pour les précédentes pandémies, les autorités ont pu, cette fois-ci, bien se préparer.» La notion d'être bien préparé ou pas, c'est plutôt relatif, en plus de ne pas être tellement politically à la mode ces jours-ci, puisque la plupart des États les mieux préparés disent qu'ils ne sont pas préparés... Cet argument, que le gouvernement espère que nous dirons à nos personnes les plus chères pour les rassurer, n'a rien pour me rassurer, moi. Je ne suis pas d'accord de diffuser le message «assis-toi sur tes lauriers, ne pense à rien, parce que le gouvernement pense à ta place». Je suis désolée, mais ce genre de discours-là, je trouve cela totalement inapproprié dans un contexte où il faudrait plutôt responsabiliser chacun des citoyens, tout mettre en oeuvre pour augmenter l'empowerment des individus. Cette phrase-là dit exactement le contraire. J'ai été tellement choquée que je n'ai pas poursuivi ma lecture.

J’essaierai de regarder tout cela à tête reposée, une journée où je serai vraiment de très bonne humeur.

La publication du «Coffre à outils» n’a pas eu lieu en page d’accueil du site Pandémie Québec. Cela est paru uniquement dans la section réservée aux professionnels de la santé.

Une question que je me pose constamment, est pour quelle raison le gouvernement du Québec ne rend-il pas public son fameux «Guide autosoins», qui est destiné au grand public? La plupart des milieux ont eu droit à l’accès à l’information: le gouvernement a publié plusieurs guides spécifiques à divers secteurs de la société. Mais pas le guide pour les citoyens.

Ayant déjà eu connaissance du contenu du «Guide autosoins», qui a été publié à l’été 2008 par plusieurs groupes professionnels, comme par hasard quelques jours avant la démission de l’ex-ministre de la Santé Philippe Couillard, je sais que le Québec recommande dans ce document-là d’avoir 2 semaines de réserve en approvisionnement de nourriture, eau et autres biens de consommation.

Ceci correspond à la recommandation actuelle du gouvernement fédéral des États-Unis, et de la République française. Les recommandations varient d’un État américain à l’autre, ou d’un gouvernement local à l’autre, allant de 2 semaines jusqu’à 3 mois de réserve (le comté Nez Percé en Idaho, qui héberge le site GetPandemicReady, le site le plus avancé au monde en termes de conseils en préparatifs individuels).

Une amie m’a fait remarquer que dans le site Pandémie Québec, section «Ma Santé», dans l'onglet vert «Je prends soin de moi et je garde le moral», on trouve sous l'onglet orange «Je m'organise», les conseils suivants:
«Une bonne organisation permet de réduire les obligations de dernière minute, dévoreuses d'énergie et sources de stress:

- Je me tiens constamment informé de l'état de la situation et des consignes de santé publique en vigueur, par exemple en ce qui a trait aux écoles et aux garderies, et des meilleurs conseils en matière de santé physique. Pour ce faire, plusieurs sources fiables d'information sont à ma disposition.
- Je dispose d'une réserve suffisante de biens essentiels (eau et nourriture de base, matériel d'usage quotidien, médicaments…) comblant mes besoins en termes de confort et de santé POUR AU MOINS DEUX SEMAINES. Ainsi, je suis prêt à faire face à de possibles retards d'approvisionnement dans les commerces, et je ne m'épuise pas alors que j'ai peut-être d'autres priorités.
- Je limite mes déplacements en privilégiant les transactions et les achats par téléphone ou par Internet, lorsque ces transactions sont sécurisées.
- J'évite les lieux publics de grande affluence ou je réduis mon temps passé en ces lieux au strict minimum.»

Bon!!!!!!!! Voilà ce qu’on voulait entendre!!!!!!!!!!!!!

Mon amie a fait remarquer «qu'il faut chercher longtemps sur le site pour trouver cette information. Le gouvernement ne semble pas vouloir demander aux citoyens de faire leurs deux semaines de réserves tout de suite!»

C’est ça le problème: la stratégie du camouflage-par-en-arrière de l’information. Expliquez-moi à quoi ça sert de NE PAS marteler des informations cruciales qui pourraient servir à aider des gens, AVANT le déclenchement d’une pandémie. Expliquez-moi aussi à quoi ça sert de ne pas mettre ces informations bien en évidence, puisque lorsque surviendra le début d’une pandémie, cela a été largement démontré par de nombreux experts de renommée mondiale, qu’il pourrait très certainement y avoir une pénurie de denrées et interruption des chaînes d’approvisionnement dès les PREMIERS jours d’une pandémie. Comment voulez-vous que les citoyens stockent une réserve de 2 semaines de vivres en plein chaos et pénurie de denrées?

La panique, cette chère panique que nos autorités craignent tant, elle risquerait d'être très considérablement amplifiée si les denrées s’épuisent rapidement comme glace au soleil quelques jours après le début du déclenchement d’une pandémie.

À moins qu'on nous joue la même carte que ce qui se passe en ce moment avec la Caisse de dépôt et de placement du Québec? Les informations concernant des pertes considérables de 38 milliards de dollars ont été retenues pendant des mois. Radio-Canada a rapporté que "Québec ne commente pas". Mario Dumont (chef de l'Action démocratique du Québec) croit que les chiffres du déficit de la Caisse auraient dû être dévoilés avant les élections de novembre/décembre 2008. Questionné sur l'authenticité du montant du déficit publié dans la La Presse, il a répondu que «si les chiffres étaient erronés, le gouvernement aurait déjà émis un communiqué».

Les chiffres auraient dû être dévoilés aux citoyens AVANT les élections.

Je pense que c'est un peu la même chose avec la question de la réserve individuelle. Cette directive devrait être répétée aux citoyens AVANT le déclenchement d'une pandémie.

Le gouvernement du Québec a peut-être prévu l’équivalent des recommandations américaines et françaises en matière de réserve individuelle, sauf qu’à peu près personne n’est au courant. Alors je considère que ce genre de planification-là, cela ne vaut pas grand-chose.

Tant que le grand public ne recevra pas des directives claires et répétées des douzaines de fois, afin que le message rentre dans la tête des gens, je considère que la planification échoue.

On s’en fiche pas mal de ce qui est écrit dans les plans du gouvernement du Québec. Ce qui compte, ce n'est pas tant le plan comme tel, mais la résultante de la planification, c'est-à-dire par exemple ce qu’il y a d’accumulé dans les garde-manger des ménages québécois. C’est la capacité qu'aura ou non chacun des individus, à se comporter de telle sorte que les infections du virus pandémique ne se répandront pas comme de la poudre à canon dévastatrice à travers la société québécoise.

Ne perdons pas non plus de vue cette phrase du 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de pandémie: «Des études ont confirmé que la traduction de la prise de conscience et de la connaissance sous la forme d’une modification efficace du comportement reste un défi.» (Synopsis, paragraphe 18). Rien ne prouve que les gens vont écouter le gouvernement quand le gouvernement voudra qu'il les écoute...

En ce moment, je considère qu’il y a peu de mitigation parmi la société québécoise, parce que les gens n’ont pas été informés suffisamment à propos des choses concrètes qu’ils devraient faire AVANT le déclenchement d’une pandémie.

Le gouvernement du Québec pourrait se positionner parmi les leaders en matière de planification de pandémie. Il a des atouts en main, sauf qu’il joue mal son jeu.

30 janvier 2009

Comment s’y prendre pour réduire les variantes dans l’état de préparation d’une région géographique?

Renold Zergat, Stone. Libre de droits. Source

Avoir un portrait global est nécessaire pour consolider l’état de préparation en vue d’une pandémie d’une région géographique donnée.

Comme l’a indiqué Julie Gerberding, l’ex-directrice du Centre for Disease Control (CDC) des États-Unis, «nous sommes seulement aussi forts que notre lien le plus faible».

Les nations ont intérêt à avoir recours à un leadership fort au niveau fédéral, afin de s’assurer que le développement des préparatifs pandémiques s’effectuent de manière uniforme aux niveaux régional et local. Qu’il s’agisse de provinces, de préfectures, de cantons ou de gouvernorats, chacune des nations compose avec les sous-infrastructures gouvernementales qui lui sont propres.

Le même processus devrait également être appliqué à une plus grande échelle régionale, entre nations d’une même région géographique, d'un même continent.

À l'échelle mondiale, les Nations unies émettent des directives à leurs États membres. Le plus récent rapport a été publié en octobre 2008: le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (synopsis).

Hier, dans mon billet intitulé Existe-t-il un «AmériqueduNordgrippe»?, j’ai mentionné l’annonce du projet «Eurogrippe», qui vise à «identifier les écarts qui peuvent exister entre les différents États en matière de lutte contre une éventuelle pandémie grippale et de proposer un programme de travail européen visant à les atténuer

À ma connaissance, je ne crois pas que ce genre de travaux existe encore en Amérique du Nord. Il y doit certainement avoir des discussions entre les équipes diplomatiques et de décideurs des États-Unis, du Mexique et du Canada, mais je n’ai pas lu à propos de mécanismes officiels ayant été créés dans ce but sur le continent nord-Américain.

Les planificateurs québécois m’ont confirmé au printemps 2008 qu’ils n’avaient pas de portrait général de l’avancement des travaux de préparation en vue d’une pandémie, d’une région administrative à l’autre.

À ma connaissance, je ne pense pas qu’il existe un système d’analyse et de pointage de l’avancement des préparatifs, comme cela se fait aux États-Unis, et qui permet de comparer les travaux effectués d’un État à un autre. Le Trust for America's Health (TFAH) en est à sa sixième publication d'un rapport annuel, comparant la performance des États américains. Voir l'édition de décembre 2008, Ready or not? Protecting the Public's Health from Disease, Disasters, and Bioterrorism.

Malheureusement, peu d’information a été publiée à propos de l'avancement du projet «Eurogrippe», annoncé à l’automne 2008.

Il est utile de se documenter sur ce que d'autres nations (notamment francophones) prévoient en cas de pandémie. Cela permet de mieux situer les stratégies de nos propres autorités gouvernementales (en particulier, dans le cas du Québec, celle concernant la "continuité des opérations" dans les écoles et les établissements de garde).

La République française est certainement un leader européen en matière de préparatifs pandémiques.

J'ai beaucoup apprécié son plan de travail, qui annonçait en détail ce que chacune des ses agences développerait. Cette documentation des processus permet de suivre la progression des réflexions et des travaux. «Perspectives pour 2008. République française, année 2007 (Rapport interministériel concernant le plan gouvernemental «Pandémie grippale»)». J'aurais souhaité que de semblables méthodologies de travail soient adoptées ici (Québec), et que des informations de cette nature soient rendues disponibles au public.

S'il est question, avec le projet «Eurogrippe», de réduire les variantes entre les pays membres de l'Union européenne, alors nous pourrions nous attendre à ce que des stratégies semblables à celle de la République française (concernant notamment les écoles et les établissements de garde, ainsi que les recommandations de stockage de vivres aux individus - au moins 2 semaines, comme pour les États-Unis) puissent être étendues à d'autres nations européennes. J'espère que le nivellement de l'état de préparation s'effectuera à partir des stratégies les plus développées. Le contraire serait décevant. Le Royaume-Uni est des plus actifs, lui aussi. Des simulations britanniques effectuées dernièrement ont révélé de nombreux éléments, qui permettront à des nations de pousser leurs réflexions. Les pays scandinaves ont également développé de de bons éléments de stratégie.

Quant à savoir de quelle manière les nations nord-Américaines vont s’y prendre pour atténuer les variantes dans leurs préparatifs, encore faudrait-il que les nations elles-mêmes se dotent de systèmes d’analyse pour être en mesure de fournir un portrait global aux nations voisines. Les États-Unis ont mis sur pied des mécanismes d'évaluation. Mais qu'en est-il du Mexique et du Canada?

Cela aide, de savoir où on en est soi-même rendu, lorsque vient le temps de se concerter à la table avec ses voisins, afin de planifier à une plus vaste échelle.
 
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