Blogue de Lyne Robichaud

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30 septembre 2011

«Oser, risquer, agir»


Les événements survenus cette semaine au Québec donnent le vertige à des centaines de milliers de citoyens. Nous avons l’impression que la province a heurté un iceberg. Seule la pointe est émergée, mais nous pouvons percevoir l’immonde masse cachée. La perte de confiance pourrait causer des dommages encore plus considérables que la corruption.

La publication du rapport explosif de l’Unité anticollusion, dirigée par Jacques Duchesneau, la semaine dernière, a relancé le débat sur les pratiques douteuses de l'industrie de la construction.

Mardi 27 septembre, Jacques Duchesneau était de passage devant les parlementaires de l’Assemblée nationale, pour leur expliquer de long en large ce qui a été mis au jour par son équipe d'enquêteurs. Les élus siégeant à la Commission de l'administration publique (CAP) ont souhaité obtenir des précisions sur le contenu du rapport de M. Duchesneau. Le leader parlementaire adjoint, Henri-François Gautrin, est membre de cette Commission.

Jacques Duchesneau croit en «Oser, risquer, agir.» «Il pense que la sécurité, c'est un peu comme l'éducation, ça devrait être l'affaire de toute la population, pas seulement de la police», rapporte Laurent Lapierre, son biographe.

Ce sont également des valeurs sous-entendues à une philosophie de gouvernement ouvert: par la transparence des données gouvernementales, participation et collaboration avec les citoyens.

Le cabinet du premier ministre Jean Charest n’a pas encore agréé la suggestion d’une commission d’enquête publique, proposée par Jacques Duchesneau.

«Le gouvernement Charest a visiblement peur de voir ce nœud de vipère décortiqué et exposé publiquement. C'est l'intégrité même de l'État et la confiance des Québécois envers leurs institutions qui, entre-temps, se délitent. Il y a urgence à tenir cette grande enquête publique.» (Bernard Descôteaux, «La démocratie québécoise gangrénée par la corruption», Courrier international)

«On est en train de vivre une situation où tout est méfiance, il y a du cynisme envers les élus municipaux. Et ce n'est pas vrai que la totalité des élus municipaux sont des pourris et des mafieux mais en même temps, ceux qui se sont aventurés sur ces terrains là doivent s'assumer.» (Yves Poirier – «La FQM et l’UMQ exigent une enquête publique», TVA Nouvelles, Canoë)

Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, s’est évertué à faire comprendre au premier ministre Charest la nécessité d’une commission d’enquête publique: «Nous avons franchi un point de non-retour pour une enquête publique parce que, là, la gangrène est en train de se généraliser, il faut qu’on y aille maintenant.»

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) et l'Union des municipalités du Québec (UMQ) exigent la tenue d'une enquête publique.

Tout est encore possible
«La situation étant maintenant désespérée, tout est maintenant possible» (John Cage)

La semaine dernière (23 septembre), l’équipe de Henri-François Gautrin, mandaté par le premier ministre Jean Charest en octobre 2010 pour une analyse du potentiel du Web 2.0 (incluant les possibilités offertes par un gouvernement ouvert) rencontrait des représentants du gouvernement de la Colombie-Britannique, pour les questionner sur leur stratégie de gouvernement ouvert. Consultez le billet publié par l’équipe Gautrin: «La Colombie-Britannique et son gouvernement ouvert».

Ce qui s’est dit la semaine dernière lors de cette rencontre, c’était fabuleux. Si seulement le Québec réussissait à en faire autant.

Dans l’entourage de Jean Charest, il y a ce monsieur Gautrin, qui possède des connaissances et une compréhension avancée à propos du gouvernement ouvert. Il a dans ses mains l’argumentaire complet d’un modèle de gouvernance, qui pourrait aider le Québec à se relever de l’actuelle crise (après toutefois avoir accepté qu’ait lieu une commission d’enquête publique).

Le rapport de Henri-François Gautrin est prévu pour le 15 décembre 2011. Je considère que l’équipe Gautrin a déjà complété avec succès son mandat d’analyse. La partie théorique, du moins. Les dernières retouches aux ébauches de recommandations indiquent que l’équipe a bien saisi en quoi consiste la philosophie du gouvernement ouvert. Les stratégies d’implantation n’ont cependant pas encore été présentées par l’équipe.

Edgeryriders
Alors que le Québec patauge dans les problèmes jusqu’à la racine des cheveux, même s’il a entre les mains toutes les clés qui pourraient le sortir de l’impasse, il émerge en Europe une nouvelle équipe dirigée par le flamboyant Alberto Cottica, pour qui «Oser, risquer, agir» deviendront une réalité. Le Conseil de l’Europe a décidé de prendre les choses en main en mettant sur pied ‘Edgeryriders’, qui s’apprête à identifier tous les évangélistes et iconoclastes de ce monde et à analyser leur «expertise». Consultez l’offre d’emploi publiée le 29 septembre.
"The Edgeryders team needs a person to help us connect with the most creative activists for democracy in Europe and elsewhere. Young people are reinventing new channels for participation, from the Arab Spring to the Icelandic Wiki Constitution; we feel their expertise should be part of the transition of European youth, and of the Edgeryders community."
Vous rendez-vous compte? «Analyser leur expertise»…

Ce qui veut dire que les idées et solutions de celles et ceux qui pensent autrement seront observées à la loupe, décortiquées. Les Edgeryriders baigneront dans une marmite de rêves d’un avenir meilleur et de stratégies pour réinventer les systèmes européens.

Une collaboration est née, mais survivra-t-elle?
La semaine dernière, est née sous mes yeux une collaboration entre la Colombie-Britannique et le Québec. Ce n’est encore qu’un embryon, mais j’y tiens mordicus, à cette espérance de collaboration autour de questions concernant le gouvernement ouvert. Je pâlis au fur et à mesure que s’obstine Jean Charest à agréer une commission d’enquête publique, en voyant s’estomper les promesses d’implantation d’un gouvernement ouvert au Québec.

Une collaboration est née, mais elle risque de vite rendre le dernier souffle, si le Québec n’agit pas dans la bonne direction.

Et si c’est le mauvais chemin que choisira Jean Charest et son équipe, alors les tords causés à la confiance et au délabrement de la démocratie seront tels que pour remettre le Québec debout, la pente pourrait être si abrupte que la tâche serait quasiment insurmontable.

Messieurs Gautrin et Charest, «La situation étant maintenant désespérée, tout est maintenant possible». S’il-vous-plaît, Osez, risquez, agissez.

20 juin 2011

Une population n’est pas un groupe-cible: pourquoi la pensée publicitaire peut nuire à la collaboration entre les gens et le gouvernement

Alberto Cottica

Avec l’autorisation d'Alberto Cottica, il me fait plaisir de traduire en français son billet du 13 juin 2011, intitulé "A people, not a target group: why advertising thinking can damage the collaboration between people and government". Traduire la plume d’Alberto Cottica n’est pas facile. Il écrit dans un style particulier, unique. J’ai fait de mon mieux, en espérant avoir respecté son style.

J'aime ce billet d'Alberto Cottica pour deux raisons: premièrement, il parle d'une COLLABORATION CONSTRUCTIVE (ce qui rejoint mon propre discours); et deuxièmement, il parle de PRISE DE CONSCIENCE (vous le savez sans doute, il s'agit de mon sujet de prédilection).

Ce bout de phrase a attiré mon attention, et c'est ce qui m'a poussée à traduire son billet: "le consommateur (ou un électeur) est considéré comme un idiot, un individu égoïste qui réagit à la stimulation instinctive." Alberto Cottica décrit la situation en Italie, mais ce qu'il propose est universel, et devrait être appliqué dans tous les gouvernements ouverts.

Alberto Cottica décrit dans ce billet ce qui ne devrait pas être fait: il met en garde contre une approche marketing de la relation de co-production co-création entre un gouvernement et des citoyens. Il décrit CE QUE NOUS NE VOULONS PAS. C'est un bon départ, lorsque l'on désire modifier ses pensées et ses comportements, de débuter par l'identification de ce qui ne fonctionne pas.

Suite à l'annonce du départ de Vivek Kundra, John F Moore a publié ce billet, "Open government continues to stall with the departure of Vivek Kundra", que j'ai traduit, "Le gouvernement ouvert continue de stagner avec le départ de Vivek Kundra". John F Moore a déclaré: «Il est mauvais que nous restions orientés sur la technologie, avec des lacunes en organisation et stratégies. Ceci devrait être une bonne chose, à long terme.» «Un gouvernement ouvert demeure principalement un effort axé sur la technologie, avec peu d'attention pour la plus grande image de ce qu'un gouvernement ouvert devrait être.» Qu'est-ce que c'est, John, qu'est-ce qu'un gouvernement ouvert devrait idéalement être?

Il serait intéressant, maintenant, qu'Alberto Cottica. John F Moore (et / ou d'autres personnes, et pourquoi pas moi-même) s'efforcent de décrire CE QUE NOUS VOULONS. En quoi devrait consister une relation de co-production co-création entre un gouvernement et des citoyens? Le défi est lancé... Et les réponses, je parie - j'en suis persuadée -, devraient avoir un lien ou rapport avec la conscience.

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UNE POPULATION N’EST PAS UN GROUPE-CIBLE: POURQUOI LA PENSÉE PUBLICITAIRE PEUT NUIRE À LA COLLABORATION ENTRE LES GENS ET LE GOUVERNEMENT

La campagne électorale municipale de Milan de cette année nous a laissé un précieux héritage: la prise de conscience que de nombreux citoyens sont désireux et capables de collaborer avec leurs représentants élus d'une manière constructive. Grâce à un grand nombre de personnes impliquées, (le cumul de) leur grande énergie créative, et leurs outils Internet permettant de coordonner la réalisation d'objectifs communs, le potentiel des citoyens connectés contribuant à un renouveau si criant du pays est sans équivoque. La société civile italienne a réclamé un rôle pour elle-même; il n'y avait pas d'Obama à qui le réclamer. La société s'est avérée au moins aussi avancée que toute autre dans le monde, et peut-être même davantage.

Il appert que cet héritage comporte cependant un côté sombre. Outre les citoyens, les protagonistes de la campagne milanaise étaient des experts en communication Internet, qui ont tendance à avoir un parcours en marketing. L'approche dérivée du marketing fait sens pour les campagnes électorales, parce que le vote a un coût quasi inexistant, des seuils d'accès peu élevés, et surtout cela est souvent dicté par l’irrationnel et des motivations instinctives. Toutes ces caractéristiques fonctionnent lorsqu’il s’agit d'achat de biens de consommation. Par conséquent, des experts en communication politique parlent la langue du marketing et de la publicité: ils racontent des histoires comme Nixon ayant cédé la présidence à Kennedy, car, dans le principal débat télévisé, il était en sueurs. Leur travail ne consiste pas à aider les citoyens à se construire une idée réaliste de ce qui est nécessaire dans le prochain mandat, mais de les amadouer à voter pour un certain candidat, même si ils le font pour des raisons superficielles ou mauvaises. Certes, ce n'est pas particulièrement noble, mais cela fonctionne.

La collaboration entre les citoyens et les pouvoirs publics s’avère très différente de la concurrence au scrutin, et l'analogie avec l'achat de biens de consommation ne s’applique pas. Concevoir et promulguer des politiques s’effectue à un coût élevé. Il s’agit d’une activité prolongée, qui nécessite une argumentation rationnelle, des données, et de la compétence. Dans ce contexte, des techniques de séduction issues de la profession du marketing ne fonctionnent pas bien; qui plus est, celles-ci risquent de faire des dégâts. En particulier, elles risquent de créer des bulles de participation: d'abord leurrant les gens qui s’inscrivent, et qui en cours de route, confrontés à l’épuisante procédure de conception des politiques, se découragent et décrochent en masse – conservant une mauvaise expérience, et laissant à d'autres la corvée de la réorganisation de l'ensemble du processus. Promulguer le gouvernement wiki ne consiste pas à attirer de grandes foules, mais plutôt à permettre à chaque citoyen de choisir de s'engager ou non, tout en lui fournissant des informations honnêtes au sujet des difficultés, le dur labeur, et le risque d'échec élevé associé à cette participation. Les indicateurs, eux aussi, ont une signification différente que dans le marketing. Dans le monde de la publicité, attirer davantage de personnes est toujours préférable, alors que dans le gouvernement wiki, une trop nombreuse participation s’avère problématique (ceci implique la duplication des informations, avec de nombreuses personnes étalant les mêmes arguments, et réduisant ainsi le rapport de signal-bruit, avec les contributions de faible qualité submergeant celles de haute qualité).

Il existe une différence fondamentale dans la façon dont la décision de participer est modélisée. Dans la collaboration de style wiki, les participants se choisissent eux-mêmes, alors que dans le marketing, des experts en communication sélectionnent une cible d'une manière «top-down». Dans le premier cas, le participant est considéré comme un adulte pensant, qui doit être impliqué et informé afin que cette personne puisse prendre la bonne décision. Dans le second cas, le consommateur (ou un électeur) est considéré comme un idiot, un individu égoïste qui réagit à la stimulation instinctive, et qui doit être dirigé à faire ce que nous savons qu'il faut faire. Le résultat de la collaboration, quand elle est bien conçue, est ouvert et imprévisible, alors que l’issue du marketing, quand celui-ci est bien conçu, est l’atteinte d’un objectif fixé a priori.

Dans l'ensemble, une évolution du discours sur la collaboration vers le marketing serait une erreur. Une augmentation du nombre de participants à un processus unique ne signifie pas automatiquement une amélioration. Un maire n'est pas une marque. Une volonté d'aider n'est pas une tendance à être exploitée sur le court terme (et si c’est le cas, nous n'avons pas d'utilisation pour cela, puisque la collaboration génère des résultats de rendements de politiques sur le moyen et le long terme). Et surtout, les citoyens ne sont pas une cible, car ils n'ont pas besoin d'être convaincus. Ils ont besoin d’être en mesure de faire ce qu'ils veulent faire. Il est clair que les Italiens sont désireux de tenter une collaboration avec des autorités publiques à peu près décentes. Cette collaboration a besoin d'espace et de patience pour croître sainement et se renforcer, à l'abri du battage publicitaire et d’attentes irréalistes. J'espère que les dirigeants des autorités italiennes - à commencer par le nouveau maire de Milan, Giuliano Pisapia – le leader qui symbolise mieux la phase actuelle – résisteront à la tentation d'encadrer la collaboration comme s’il s’agissait d’une campagne [électorale], les citoyens en tant qu'électeurs, la conversation rationnelle comme moyen dissimulé de persuasion. Céder à ceci voudrait dire se tirer une balle dans le pied, et gaspiller une occasion que le pays ne peut pas se permettre de manquer.

Alberto Cottica est un économiste, musicien, et citoyen, dans aucun ordre particulier. Expert en politiques au Conseil de l'Europe. Auteur couvrant les frontières de la collaboration entre les citoyens et leurs gouvernements. Il blogue en anglais et en italien.

25 avril 2011

Données ouvertes en Italie: a) OpenSpending; b) disparus d'Argentine

L'économiste et blogueur Alberto Cottica a annoncé avec beaucoup d'émoi dans les pages de Government in the Lab, le 23 avril dernier, le lancement de OpenSpending Italy - la première contribution italienne à la plate-forme OpenSpending. Ce lancement a eu lieu le 21 avril 2011.

Alberto Cottica a indiqué qu'un pas en avant a été franchi en matière d'accessibilité aux données.

Il conclut dans son billet intitulé "Against all odds: open data in Italy make a breakthrough" (Contre toute attente: les données ouvertes en Italie font une percée), par ces paroles d'espoir: «Ensemble, fonctionnaires, geeks et simples curieux - des gens engagés -, nous démontrons que nous pouvons réaliser un changement pour le meilleur ici et maintenant, avec les ressources et les compétences disponibles, sans avoir à attendre un changement global ou une singularité culturelle. Puisse cette attitude se propager ailleurs dans la sphère publique. Dieu sait que nous en avons besoin.»

Je vous invite à lire son billet au complet.

Par ailleurs, bien qu'il ne s'agisse pas de libération de données en lien avec une plate-forme particulière, l'Italie a effectué une autre annonce ce mois-ci, concernant l'accès à des archives. Il s'agit quand même d'une sorte d'ouverture de données gouvernementales, dont le but est le partage et l'entraide, qui soulageront le deuil de dizaine de milliers de familles et de citoyens.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, a annoncé le 2 avril 2011 que l'Italie ouvrira les archives de ses consultats en Argentine pour aider à la recherche des quelque 30,000 personnes disparues sous la dernière dictature (1976-1983).

«Au cours de la visite de la présidente (Cristina) Kirchner en Italie en juin, nous signerons un accord pour l'ouverture des archives des consulats en Argentine afin de collaborer à la recherche des disparus», a déclaré Frattini. «Toutes les données seront disponibles», a-t-il indiqué.

L'article du Figaro ne précise pas sous quel format.
 
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