Blogue de Lyne Robichaud

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03 mars 2011

La Belgique s'engage dans une démarche de données ouvertes. Que décidera le Québec?

Vincent Van Quickenborne, ministre (Belgique)

Après la France, c'est au tour de la Belgique d'annoncer une démarche de libération des données (en anglais 'Open Data'). Fedict, le Service public fédéral belge Technologie de l'Information et de la Communication, prévoit débuter une opération de publication en ligne de données en avril 2011.

Datanews rapporte: «Voilà ce qu’a annoncé Bart Hanssens de Fedict lors du twunch (contraction de lunch et Twitter) organisé par le ministre pour l’Entreprise et la Simplification, Vincent Van Quickenborne. Il espère que d’autres services publics mettront eux aussi à terme leurs banques de données à la disposition de cette initiative.»

Par décret daté du 21 février 2011, la République française a officialisé le projet Etalab, qui s'étendra à toutes les instances gouvernementales, alors que la Belgique démarre par un seul service public, en espérant que cela génèrera un effet domino.

D'autres instances gouvernementales belges y pensent, indique Datanews:
«Des témoignages recueillis au twunch, il est apparu qu’il n’y a pas que Fedict qui soit occupé à proposer des données via internet, mais aussi la Banque-Carrefour de la Sécurité Sociale (le moteur et le coordinateur de l'e-government dans le secteur social). Toutefois, ces données ne sont actuellement pas régulièrement actualisées. Elles ne sont en outre pas faciles à traiter, à explorer ou ne sont disponibles que contre paiement. Tel est notamment le cas de la Banque-Carrefour des Entreprises du SPF Economie, qui vend des licences à 100.000 euros pour des informations actualisées quotidiennement. Il existe en outre encore des problèmes en matière de protection du respect de la vie privée.»
Cela porte donc à DEUX le nombre de pays de la Francophonie qui ont démontré un intérêt et une volonté envers l'ouverture des données publiques.

La société évolue rapidement. Les défis qui en découlent nécessitent des solutions innovantes. Espérons que d'autres pays francophones suivront le pas.

On ne peut pas encore déclarer que le Canada (un pays bilingue, avec deux langues officielles: l'anglais et le français. Les francophones du Québec représentent 19,5% de la population canadienne et 81,2% de la population québécoise.) fasse partie de la liste des pays francophones engagés dans une démarche de libération des données. J'ai parlé dernièrement dans ce billet des efforts déployés par des fonctionnaires canadiens. Mais les fonctionnaires ne sont pas les dirigeants d'un pays. Nous attendons donc encore que ceux d'en haut - au gouvernement fédéral canadien - se décident à faire un pas en avant.

Le Canada comporte quelques municipalités (anglophones) dont les données sont ouvertes. La Ville de Montréal, située dans la province (majoritairement francophone) du Québec, se décidera-t-elle prochainement à faire une annonce officielle dans ce sens? Je tiens à souligner les efforts déployés par le collectif Montréal ouvert, qui effectue un excellent travail de sensibilisation.

Dernièrement, la nouvelle première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, a fait une promesse d'implanter un gouvernement ouvert. Voir mon billet à ce sujet, et celui de Massimo Bergamini.

[En passant, saviez-vous que la Colombie-Britannique est membre de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie? Cela pèsera dans la balance au sein de l'espace francophone, si cette province canadienne parvient à implanter une gouvernance ouverte.]

Le Gouvernement du Québec se décidera-t-il à prendre le virage du Gouvernement ouvert?

Les enjeux économiques pourraient faire en sorte que l'administration Charest s'intéresse à la gouvernance ouverte. Le gouvernement du Québec a adopté un Plan de réductions des dépenses et semble déterminé à atteindre ses objectifs financiers.

Toutefois, un élément me préoccupe considérablement: la question de la transparence. Dans une philosophie de Gouvernement ouvert, la transparence est un des éléments clés.

Yves Boisvert, professeur, ENAP

Le mois dernier, Yves Boisvert, professeur à l’École nationale d'administration publique et auteur de plusieurs livres sur la gestion publique, a déclaré que le Québec fait piètre figure en matière de transparence gouvernementale. «L’Ontario et le gouvernement fédéral ont adopté des lois dans les dernières années visant à rendre plus transparente l’administration de l’État. Le gouvernement du Québec traîne encore de la patte et maintient une culture de l’opacité aux plus hauts échelons», a indiqué Jean-François Cloutier.

Yves Boisvert a souligné que le mauvais exemple en matière de transparence viendrait d'en haut de l'échelle, et des élus en premier lieu. «Le gouvernement Charest n’a aucun intérêt politique à devenir plus transparent», rappelant que M. Charest a refusé de déclencher une commission d’enquête sur la construction.

M. Charest semble vouloir repartir à neuf, tel que démontré dans le discours d'ouverture de la seconde partie de la 39e législature, prononcé le 23 février dernier. Un homme neuf? Je n'y crois pas. On ne change pas les gens, ils sont ce qu'ils sont. Il faut les prendre aussi comme ils sont. Le proverbe «Chassez le naturel et il revient au galop» nous rappelle qu'on ne peut lutter contre les penchants naturels, ou tout du moins les supprimer totalement.

Jean Charest, Premier ministre (Québec)

Alain Dubuc dans La Presse a parlé du «second début» de Jean Charest. Il a observé quelque chose d'intéressant à propos de cet homme. Cet élément a attiré mon attention, et me fait espérer qu'il soit possible qu'une gouvernance ouverte voit le jour prochainement au Québec. Alain Dubuc a indiqué: «J'ai écrit à plusieurs reprises qu'on a l'impression qu'il y a deux Jean Charest. Le premier, assez absent, maladroit, qui a du mal à imprimer une cohérence à son équipe. Et le second, énergique et fonceur, qui se manifeste surtout dans l'adversité. L'amorce de cette nouvelle session donnera peut-être l'occasion à cet autre Jean Charest de se manifester

C'est cet «autre Jean Charest»-là qu'il faudrait éveiller aux principes de la gouvernance ouverte. Au cours des prochains mois, les élus d'en haut, les leaders de l'administration Charest, devront manifester suffisamment de volonté pour transcender le passé, et accueillir de bonne foi la transparence, la participation et la collaboration avec les citoyens, s'ils veulent transformer leur administration en Gouvernement ouvert.

26 février 2011

La solution pour le Québec: adopter une gouvernance ouverte

Par décret le 21 février dernier, la France a lancé Etalab, un portail de données brutes ouvertes. Hier, j’ai décrit le projet dans ce billet.

@LiberTIC m’a indiqué ce matin sur Twitter, «héberger leurs données, ce n’est pas exactement de l’accompagnement». Cet organisme sans but lucratif, qui fait la promotion et développe le gouvernement ouvert et les données ouvertes à Nantes en France, veut dire que Etalab est une solution partielle, un premier pas en avant, mais cela ne signifie pas que la France devient un Gouvernement ouvert, parce qu’il n’est pas encore question de participation ni de collaboration. Un souci de transparence vient d’être démontré par la volonté de «mettre librement à la disposition des données brutes dans un format exploitable», rapporte 01Net. Il manque les deux autres composantes pour que l’on puisse parler d’une véritable gouvernance ouverte en France.

Le Gouvernement du Québec ne s’est pas encore lancé dans une aventure de Gouvernement ouvert.

- Le Premier ministre Jean Charest ne cesse de répéter que le Québec se trouve au bon endroit au bon moment. Il l’a dit lors du premier colloque d’une série de quatre du Parti Libéral du Québec, devant 600 délégués réunis à Trois-Rivières. Il l’a dit aussi dans le discours d'ouverture de la seconde session de la 39e législature. «Jamais le Québec n'aura été dans une telle position pour se démarquer

- Dans le discours d'ouverture, Jean Charest a soutenu qu'il a accompli la mission économique pour laquelle il a été élu en 2008 et qu'il compte axer la deuxième moitié de son mandat sur la «relance». Le Premier ministre a réitéré l’engagement de son administration à maintenir le cap de l’équilibre budgétaire. Or le Vérificateur général a déposé dernièrement un rapport indiquant qu’il pourrait y avoir eu dépassement des dépenses prévues.

- L’impopularité du gouvernement Charest bat des records dans les sondages. L’équipe déploie une opération visant à regagner la confiance de la population.

- Le Premier ministre a aussi demandé aux députés de l’Assemblée nationale de faire preuve de civisme, lors des travaux de l'Assemblée. Lucien Bouchard a déclaré cette semaine à cet effet: «Comprenez-moi, je suis en empathie avec les politiciens, ils travaillent tout le temps, ils ont des nuits sans sommeil, ils se font attaquer pour chaque décision et ce qu'ils font n'est absolument pas valorisé. Il faut revaloriser le projet politique

La solution qui répondrait à chacun des éléments énumérés ci-dessus, serait de transformer l’appareil gouvernemental actuel en Gouvernement ouvert:

- Aucune nation ni aucun pays francophone n’a encore adopté la philosophie de Gouvernement ouvert. Les villes de Nantes, Rennes et Paris ont ouvert leurs données. La République française a lancé Etalab. Mais le Québec peut se positionner en leader mondial francophone: en donnant l’exemple en devenant la première nation francophone à implanter un Gouvernement ouvert, et en incitant d’autres pays de la Francophonie à suivre ses pas.

- L’optimisation des dépenses et le maintien de l’équilibre budgétaire peut s’effectuer par l’innovation et la «co-production» avec les citoyens et les communautés. Les effets positifs d’une gouvernance ouverte sont notamment l’efficacité et la réduction des dépenses.

- En axant la gouvernance sur la transparence, la participation et la collaboration, le gouvernement du Québec se mettrait à l’écoute des besoins des citoyens. Il consoliderait sa relation avec ceux-ci, et deviendrait un catalyseur de créativité. Le foisonnement des idées, combiné à la sagesse des foules, pourrait assurer une gestion saine.

- Pour arriver à implanter avec succès un nouveau type de gouvernance – cela ne se fait pas en claquant des doigts, il faut se départir d’anciennes habitudes pour adopter le changement - les dirigeants de l’administration actuelle devront laisser derrière eux leur ancienne manière de gouverner. Ils devront apprendre à penser autrement. Ils devront apprendre à se comporter autrement pour valoriser l’autre, mais également valoriser une nouvelle forme de gouvernance.

La France lance Data.gouv.fr, portail de données publiques de l’État français

Au début du mois de février 2011, la Ville de Paris a annoncé un projet de données ouvertes. Consultez le site opendata.paris.fr. Une poignée de collectivités pionnières n'avaient pas attendu l'État pour partager leurs données publiques en ligne comme Brest et Rennes.

Par décret daté du 21 février 2011, la France se lance dans l’aventure d’ouverture de ses données.

L’ex-conseiller du Premier ministre François Fillon, Séverin Naudet, 35 ans (qui avait été nommé le 1er avril 2010 conseiller technique (multimédia) au cabinet du Premier ministre) va diriger la mission Etalab, chargée de la «création d’un portail unique interministériel destiné à rassembler et à mettre à disposition librement l’ensemble des informations publiques de l’État, de ses établissements publics administratifs et, si elles le souhaitent, des collectivités territoriales et des personnes de droit public ou de droit privé chargées d’une mission de service public». Sévérin Naudet a été nommé pour un mandat de trois ans.

Séverin Naudet n'a pas encore formé son équipe, et aucun budget n'est pour l'instant débloqué, l’évaluation financière n’étant pas encore terminée, rapporte Acteurs publics.

Etalab «contribue à répondre aux recommandations du rapport remis par Franck Riester, député de Seine et Marne, en février 2010, sur le thème de l'amélioration de la relation numérique à l'usager», a indiqué TheWebConsulting.

La réutilisation des données publiques représente un potentiel théoriquement infini d'activité économique, de revenus et d'innovation. «Le portail doit permettre d’encourager l’innovation grâce à la mise à disposition de données dans un format exploitable, permettant de créer des services applicatifs», a souligné Séverin Naudet.

Avec Etalab, la France rejoindra d’ici la fin de 2011, le groupe des pays ayant créé leur portail unique d’informations publiques. Le Canada ne fait malheureusement pas encore partie de cette liste.
 
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