Blogue de Lyne Robichaud

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01 octobre 2011

De quoi ou de qui avez-vous peur?


Cette semaine, mon ami Marc Garriga de Barcelone m’a transmis un article en Catalan, qui indique que l’opendata (ou le gouvernement ouvert), ce n’est pas à propos de la technologie, mais c’est de la politique. J’ai des amis formidables situés un peu partout sur la planète, qui m’encouragent dans mes démarches d’opengov advocacy. Sans leur soutien, j'aurais abandonné il y a longtemps. Parce que jour après jour depuis des mois, ce n’est pas facile de continuer de répéter la même affaire et d'écrire lettre après lettre, compte tenu de l'ampleur de la peur du changement chez les décideurs. Suite aux articles de presse de cette semaine à propos de la corruption, les observateurs de l’extérieur comprennent désormais mieux pourquoi le gouvernement du Québec est lent à adopter le gouvernement ouvert.

Quelqu’un de mon entourage s’est écrié dernièrement avec véhémence: «Penses-tu sincèrement que Lyne Robichaud va arriver à changer le gouvernement? Es-tu tombée sur la tête? Pourquoi fais-tu cela? Tu perds ton temps.» J’ai répondu que je fais ce que je fais parce que je me dois de le faire. Si personne ne réagit, si personne n’intervient et ne propose un autre modèle, le gouvernement va continuer à agir comme bon lui semble. Il va rester comme il est. Je fais ce que je fais parce que je me sens responsable.

Je me sens aussi toutefois comme un grain de sable, une goutte d’eau dans l’océan, face au gouvernement. Voir cette caricature de @davidlemelin99 à propos de la collusion et de la demande d’une commission d’enquête publique.

Ce matin, je suis tombée par hasard sur ce gazouillis de @jcbouniol, qui consiste en une énumération de mots. Ces mots, juxtaposés les uns à côté des autres, font réfléchir. «Quelques mots clés: argent, pouvoir, terreur, narcotique, mondialisation, collusion, corruption, blanchiment, paradis fiscal, violence.»

Jeudi 29 septembre à 12h02, l’équipe Gautrin a écrit sur sa page Facebook: «Il faut rester confiant pour la suite des choses.»

Ben voyons.

Bien entendu, en tant que citoyens, nous devrions avoir confiance en les élus et en le gouvernement. C’est ce qui devrait idéalement survenir. Cependant, pour que la confiance règne, celle-ci doit s’appuyer sur quelque chose.

Qu’est-ce que la confiance?

La confiance permet d’établir un autre rapport face à l’avenir, en donnant la possibilité de croire que l’espace des possibles est toujours ouvert: à la différence de la peur qui porte chacun à s’enfermer à l’intérieur d’un univers clos, où rien n’est plus possible, la confiance permet de sortir de la paralysie et de contourner les obstacles.

La confiance peut intervenir pour casser le cercle de la peur, en réintroduisant dans le monde la possibilité de l’espoir, en poussant chacun à parier de nouveau sur soi-même, sur les autres et, plus généralement, sur l’avenir.

Niklas Luhmann, dans La confiance, un mécanisme de réduction de la complexité sociale (Paris, Economica, 2006), indique: «Nous ne pouvons pas, la plupart du temps, contrôler directement la fiabilité des instances et des personnes à qui notre confiance est accordée bien que nous soyons simultanément contraints d’accorder cette confiance.»

Voici une autre définition de la confiance: «Croyance spontanée ou acquise en la valeur morale, affective, professionnelle... d'une autre personne, qui fait que l'on est incapable d'imaginer de sa part tromperie, trahison ou incompétence.»

La classe politique ne contribue guère à donner une image positive d’elle-même ces derniers temps. L’actualité est marquée d’événements révélant que des élus et gestionnaires gouvernementaux pourraient être peu recommandables aux plans éthique et moral. Cette situation contribue fortement à la dégradation du climat politique. Le fossé entre citoyens et élus se creuse. Ces derniers temps, la défiance des Québécois envers leurs élus et dirigeants politiques risque de s’être encore accrue. De nombreuses personnes estiment que les personnalités politiques ne se préoccupent pas de ce que pense la population. Plusieurs personnes pourraient estimer également que la démocratie au Québec ne fonctionne «pas très bien» ou «pas bien du tout». Voir l’article de Bernard Descôteaux intitulé «La démocratie québécoise gangrenée par la corruption».

Cette problématique de perte de confiance n’est pas unique au Québec. Ailleurs, les politiciens rencontrent des problèmes semblables. Sauf qu’au Québec, nous risquons de devoir faire face à un phénomène de perte de confiance plus grave, ce qui signifie que nous devrons déployer des efforts plus considérables pour renverser la vapeur.

«On va dans une politisation négative qui va de pair avec une défiance à l'égard des politiques. Les Français gardent confiance en eux-mêmes et dans le premier cercle les entourant, amis et voisins, selon ce baromètre. Le défi est de transformer cette confiance là en confiance politique», estime Pascal Perrineau. «Là ce n'est pas une mince affaire», observe le politologue.

Ce n’est pas une mince affaire non plus de mettre en place un gouvernement ouvert.

La suite des choses, après avoir déposé le rapport d’analyse (ça, c’est la partie la plus facile), ce serait de transposer ce qui est écrit dans la réalité, en procédant à une déclaration de gouvernement ouvert. La suite des choses, ce serait de progresser vers l’implantation d’un gouvernement ouvert, basé sur la transparence des données gouvernementales, participation et collaboration avec les citoyens.

Or, depuis le début des travaux d’analyse du potentiel du Web 2.0, le premier ministre Jean Charest n’est pas intervenu une seule fois. Depuis un an, si nous avions entendu parler de cette analyse qu’il a commandée, nous aurions sans doute été plus confiants.

Si nous avions pu observer, dans d’autres situations, que le premier ministre avait démontré de l’écoute, avait combattu ses peurs, et que cela s’était traduit par une action éclairée, nous aurions sans doute été plus confiants.

Hier (30 septembre), Vincent Marissal a décrit un climat de «Perte de confiance» chez les élus municipaux dans La Presse:
«Avant de partir pour un voyage de quelques jours en Europe, M. Charest en a toutefois pris plein la tronche, en particulier hier midi devant la Fédération québécoise des municipalités, réunie en congrès à Québec.

Devant plus de 2000 élus municipaux et un premier ministre isolé, M. Généreux a ajouté: «Il est de votre devoir, comme chef d'État, de mettre fin à cette dérive de nos valeurs, d'éradiquer cette gangrène qui menace nos institutions et qui finit par dévaloriser nos fonctions d'élus.»

Les élus municipaux, qui sont aux premières loges des magouilles dans le domaine de la construction et des chantiers routiers, réclament le grand ménage depuis des années, eux aussi.

La réaction tout juste polie des dirigeants municipaux envers le premier ministre et la grogne de leur président démontrent bien que le courant ne passe plus entre Québec et les municipalités. On sent nettement la perte de confiance.»
Des milliers de citoyens ont attendu cette semaine une certaine «illumination» de la part du premier ministre, suite à la présentation du rapport Duchesneau à des membres de l’Assemblée nationale. À mon avis, personne d’autre que Lise Payette a su décrire aussi bien qu'elle cette espérance.
«Mardi soir dernier, en allant dormir, après avoir écouté le plaidoyer de Jacques Duchesneau, je me suis dit que mercredi serait enfin le jour où vous verriez la lumière. Que vous ne pourriez pas être insensible à ses mises en garde et que le diagnostic qu'il portait sur ce que notre société était devenue allait vous pousser dans vos derniers retranchements. Que vous alliez vous comporter comme le grand premier ministre que vous voudriez être et que vous alliez assumer les responsabilités qui vont avec le titre.

Votre totale insensibilité à ce que vivent les Québécois, en attendant une commission d'enquête publique qu'ils réclament depuis un long moment, ne semble même pas vous déranger. Ce peuple qu'on vole et qu'on exploite et qui n'a pas les moyens de se défendre devrait pouvoir compter sur vous pour entreprendre le grand ménage qui s'impose et pour l'aider à retrouver la santé citoyenne une fois que le cancer de la corruption aura été détruit. Il vous appelle au secours et votre répondeur n'arrête pas de répéter qu'il n'y a pas d'abonné au numéro qu'il a composé. De quoi ou de qui avez-vous peur?»
Cela fait plusieurs années, que chaque soir, en allant dormir, je suis dis le gouvernement verra enfin la lumière, et se décidera à marcher vers une politique de gouvernement ouvert. (Pas juste sur le papier d’un rapport. Mais dans la réalité.)

De quoi ou de qui avez-vous peur?

06 août 2011

Le cas de Nantes versus celui de Trois-Rivières

Le pont Laviolette séparant Trois-Rivières de la rive-sud (fleuve Saint-Laurent). Mon père Yves a contruit les pilônes en béton de ce pont.

En France, il y a une longueur d’avance sur le Québec, étant donné que le premier ministre a lancé la mission Étalab en février 2011, en nommant Séverin Naudet à la tête de cette mission (qui relève directement de son cabinet). On parle d’une «révolution» des données ouvertes (open data) en France. Cependant, il n’est pas encore question de gouvernement ouvert (open government), entre autres étant donné une culture du contrôle prononcée.

Toutefois, une collectivité de France se démarque, en raison de facteurs exceptionnels. Le député-maire de Nantes, JEAN-MARC AYRAULT, a embrassé les principes du gouvernement ouvert il y a environ 2 mois. Nantes est ainsi devenue la première ville francophone au monde à emprunter cette voie. Ceci s’est produit grâce à la gestion de proximité du maire, et aux convictions, détermination et persévérance de la talentueuse Claire Gallon, à la tête de l’organisme LiberTIC. La capacité d’écoute du député-maire, sa vision, les fréquents échanges avec Claire Gallon et son équipe, ont conduit à une politique axée sur le citoyen, ouverte, participative, et collaborative.

Avez-vous visionné cette vidéo-entrevue datant du 15 février 2011 du député-maire à propos de la vie numérique et des médias sociaux? (Ce monsieur était pressenti pour devenir premier ministre de la République française il y a quelques années, équipe de Ségolène Royal). Si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous invite à prendre quelques minutes pour l'écouter: http://www.youtube.com/watch?v=ZyfuhcdTvlk&feature=player_embedded#at=244

Il est possible pour une municipalité de prendre des décisions avant-gardistes, sans avoir à rejeter la responsabilité de ses propres décisions dans la cour du gouvernement (palier supérieur). Le projet Gouvernement ouvert et Francophonie que j’ai soumis le 7 juin 2011 à la Ville de Trois-Rivières leur offre la possibilité de se positionner en leader mondial de soutien et de développement de la gouvernance ouverte, en plus de devenir la première municipalité québécoise gouvernement ouvert, et offrir des services de qualité accrue à leurs citoyens.

L’équipe de IDÉtr refuse de me rencontrer. Le directeur général ne comprend pas bien le projet Gouvernement ouvert et Francophonie. Il se ferme, il refuse d’écouter et de faire quelque effort pour essayer de comprendre. Il se DÉRESPONSABILISE en exigeant d’un autre palier gouvernemental supérieur qu’il prenne une décision à sa place (la députée de Trois-Rivières, gouvernement du Québec). Le rôle et la responsabilité de l’équipe de IDÉtr Innovation et développement économique est d’évaluer les projets d’affaires. Est-il acceptable que IDÉtr demande à la députée de faire son travail?

Si Nantes est parvenue à innover et à s’ouvrir à un nouveau type de gouvernance, je ne vois pas pourquoi des décideurs québécois ne pourraient pas le faire aussi. Sommes-nous moins intelligents que d’autres? Sommes-nous des êtres moins qualifiés, avec moins de potentiel? Absolument pas. Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’innover? La peur de l’inconnu. Et sans doute aussi la peur de la perte de contrôle.

Un gouvernement ouvert ne signifie pas une perte de contrôle. Cela signifie simplement que le contrôle se déplace. Un processus souple n'est pas indiscipliné. Le gouvernement modifie sa façon de faire les choses. Il transforme son rôle de producteur en rôle de co-producteur.

Davantage de façons de travailler en co-production / collaboration signifie que les gens au sommet d'une structure de haut en bas perdent (effectivement) du pouvoir, et cette nouvelle réalité doit être confrontée dans l'ensemble du gouvernement. Ce changement est le mieux articulé lorsque des moyens plus transparents et un travail collaboratif signifient que «le peuple» collectivement s'est accordé un sens accru de sa propre puissance (empowerment) - vous obtenez pour les gestionnaires gouvernementaux la confiance pour agir, car vous savez que d'autres personnes pensent la même chose. Cela peut être vrai autant à l'interne qu'à l'externe. Les employés peuvent désormais (dans ce nouveau système de pensée) avoir une idée de ce qu'ils peuvent réaliser et la capacité de s'y mettre et de l'accomplir. Ainsi, l'empowerment individuel et communautaire conduit à l'empowerment institutionnel.

Au Canada, les membres de l’Association internationale des maires francophones (un des vecteurs de l’Organisation internationale de la Francophonie) sont: Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick; Fédération canadienne des municipalités; Gatineau; Lévis; Montréal; Québec; Saguenay; Sherbrooke; TROIS-RIVIÈRES; Union des municipalités du Québec.

Le maire Yves Lévesque et la Ville de Trois-Rivières sont membres de l’AIMF.

En France, les membres de l’AIMF sont: Angoulême; Association des communes et collectivités d'Outre-Mer; Bordeaux; Le Havre; Lille; Lyon; Marseille; Grand Nancy; NANTES; Nice; Paris; Poitiers; Strasbourg; Tours.

Le député-maire Jean-Marc Ayrault et Nantes sont membres de l’AIMF.

19 juin 2011

«Je suis tout le contraire d’un suiveux» - François Legault

François Legault

Gilbert Lavoie, dans Le Soleil, rapporte le 19 juin («Je n'ai pas peur de déplaire...»):
«François Legault reconnaît qu’il peut lui arriver de blesser ses collègues: «Sur des principes importants, je ne fais pas de compromis. Je suis tout le contraire d’un suiveux. Je n’ai pas peur de déplaire si c’est nécessaire même si beaucoup de gens sont contre ce que je pense. Dans ce sens-là, peut-être que c’est vrai que je suis trop franc ou pas assez patient, mais le bon côté des choses, c’est que je dis ce que je pense.[...] Je suis capable d’écouter, mais quand vient le temps de me prononcer, je n’ai pas peur, je suis capable de sortir du rang si je pense que c’est nécessaire.»
Le connu ne génère aucune possibilité d’évolution. La peur confine au connu. L’inconnu est le champ de tous les possibles, ouvert à la création de nouvelles expériences.

Espérons que François Legault est capable de faire face à la chanson, qu'il aura suffisamment de cran pour s'engager dans une démarche vers un gouvernement ouvert. Quelque chose me dit que cela ne devrait pas tarder... Car s'il est vrai qu'il n'a pas peur, alors il n'hésitera pas à agir.

03 juin 2011

L'infaillibilité gouvernementale ne va pas de pair avec un gouvernement ouvert

Jean-Marc Fournier
Le concept d'infaillibilité pontificale me tapait sur les nerfs dès l'âge de 7-8 ans. (Je n'ai jamais compris en quoi ce concept était acceptable.) Il en est de même pour l'infaillibilité gouvernementale, qui ne va pas de pair avec la philosophie de gouvernement ouvert, puisque pour arriver à solutionner des problématiques grâce à la participation et la collaboration des citoyens, il faut d'abord et avant tout qu'un gouvernement soit capable de reconnaître qu'il existe des problématiques. Un gouvernement ne peut faire appel à l'aide des citoyens et transformer des problèmes en défis, s'il y a déni face à des situations ou des problèmes.

Hier, le journaliste politique au Journal de Québec Taïeb Moalla @Moalla, a signé un article intitulé «Hells Angels, 'Pas d'échec de la part du gouvernement'», dans lequel il cite les propos du ministre de la Justice et leader parlementaire du gouvernement du Québec, Jean-Marc Fournier,: «Non. Non. Non, il n’y a pas d’échec de la part du gouvernement.»

@Moalla a d'abord publié les propos du ministre dans un gazouillis, puis l'article est paru quelque temps plus tard. @Normand55 a ajouté ce commentaire au gazouillis: «Pas un échec mais une FAILLITE TOTALE».

Je le répète encore, le déni est une stratégie de défense qui mène à éviter, sinon à nier une réalité. La personne qui pratique le déni conserve le savoir de la réalité tout en lui substituant une perception imaginaire. Cette personne possède alors deux visions incompatibles mais dénuées de tout lien, ce qui permet au moi d'exister sur deux registres différents, avec d’un côté la réalité perçue, et de l’autre côté, la réalité reconnue, contraire à la perception.

Effectuons ensemble un petit exercice mental. Imaginez une situation où surviendrait un déni gouvernemental lors de discussions avec des citoyens sur des plates-formes de médias sociaux. Pensez-vous que les gens vont discuter longtemps, que les échanges seront plaisants, et que la relation qui s'établira, entre le gouvernement et les citoyens, sera positive et constructive? Si les intervenants gouvernementaux existent sur deux registres différents, les citoyens le détecteront intuitivement. Ils remarqueront que les intervenants ne sont pas sincères, authentiques et transparents.

J'ai reçu hier une invitation sur Facebook de Alain Destexhe, un homme politique belge libéral. «Rejoignez-moi sur ma page Facebook le 12 juin de 20h à 23h», propose-t-il.

Effectuons ensemble un second exercice mental. Imaginez que ce soit le ministre de la Justice du gouvernement du Québec, Jean-Marc Fournier, qui lance cette invitation pour le dimanche 5 juin. Êtes-vous en mesure d'anticiper quels seront les commentaires des participants/usagers de Facebook?

Les réponses que formulent présentement les députés, dans les débats à l'Assemblée nationale, différeront-elles de celles que ces députés publieront dans les médias sociaux?

Il y a présentement sur la table un mandat d'analyse du potentiel du Web2.0, piloté par le leader parlementaire adjoint, Henri-François Gautrin.

Étudier et analyser le potentiel du Web 2.0, scruter ce que peuvent accomplir les nouvelles technologies, proposer des avenues par le biais des médias sociaux, c'est passionnant, n'est-ce pas? Il faudrait aussi que les acteurs gouvernementaux s'écoutent parler, observent comment ils se comportent actuellement, afin d'être en mesure de proposer des solutions pour modifier leur approche, et l'adapter au contexte du Web2.0.

Le déni qui se traduirait dans les actes, dans un contexte Web 2.0, ne permettrait pas l'amélioration de la relation entre le gouvernement et les citoyens.

Le déni ne peut coexister dans un contexte de gouvernement ouvert. Dans le déni, tout échec est intolérable: il conduirait à un bouleversement de la façon de vivre. La peur de la déchéance résultant d’une défaite constitue le motif principal de l’évitement. Or, un gouvernement ouvert est en constante transformation, le changement via l'innovation et le recours aux nouvelles technologies est le moteur de cette façon de gérer une administration ou un gouvernement. Les problèmes (évitements, échecs, défaites) sont transmués en réussite.

Admettre ses limites, y faire face concrètement et renoncer par conséquent aux illusions de toute-puissance qui aident à maintenir l'équilibre, voilà le genre d'implications existentielles qui devraient être analysées dans le mandat sur le potentiel du Web 2.0.

La peur de la défaite ou de l'échec peut prendre la forme d’un manque de confiance en soi. C'est pourquoi je le répète encore, pour cheminer vers une transformation vers le Web2.0 (et ultimement, espérons-le, vers un gouvernement ouvert), il est nécessaire d'inclure des plans de formation axés sur l'empowerment individuel, communautaire et organisationnel, et s'assurer que la valorisation soit au cœur des processus.

La personne qui sera nommée «tsar de gouvernement ouvert» ― si jamais un jour le gouvernement du Québec faisait le choix d'effectuer cette transformation ― devra aviser l'ensemble des intervenants du gouvernement, élus et employés gouvernementaux, qu'un changement d'attitude est nécessaire pour faire en sorte que réussisse n'importe quelle initiative en lien avec le Web 2.0 et/ou des plates-formes de données ouvertes et de gouvernement ouvert. Si le Québec n'évolue pas vers un gouvernement ouvert, même en ce qui concerne des initiatives de Web 2.0, ce changement d'attitude serait souhaitable.

22 mai 2011

Le discours de la crainte ne mène à rien, surtout pas au gouvernement ouvert

Comme ces réactionnaires qui souhaitaient aux jeunesses une bonne guerre pour les calmer, cela vous traverse-t-il parfois l’esprit de souhaiter qu’ait lieu une bonne révolution via les médias sociaux, pour fouetter les décideurs, et les sortir de leur torpeur, en espérant que nous touchions le fond pour enfin les éveiller?

Lorsque le discours de la crainte a raison du changement, la séduction du statu quo est une douce chanson qui apaise, telle une berceuse. «Je ne leur en parle pas (de données ouvertes, de gouvernement ouvert), pour ne pas les effrayer». Chez nous, l'aversion au risque et au changement a pris une telle ampleur que nous vivons l'entrelacement de l'épopée mondiale comme une menace permanente.

Pourquoi ne pas se prélasser en niant la réalité, en attendant le déluge? Quant aux solutions suggérées, elles semblent inférieures à la gravité du mal. En les taisant le plus longtemps possible, l’inertie est réconfortante. Pourtant, ceux qui dirigent savent très bien ce que proposent les courants de la mouvance du gouvernement ouvert.

Pour échapper à l'incertitude, s’accrocher au passé permet de se reposer, peinards, dans les douceurs de l’état actuel des choses.

«L'affolement, la paranoïa ont toujours été les outils favoris des dictatures avides de déposséder les citoyens de tout moyen d'action». (Pascal Bruckner, La séduction du désastre, 2011)

«La peur ne tue pas, elle empêche de vivre.» (Pascal Bruckner, Le divin enfant – 1992)

«L'Internet est le nouvel esprit planétaire. Ce n'est pas seulement la connectivité. C'est ce qui permet d’entretenir des relations», a déclaré Deepak Chopra. D’après cet auteur et penseur de renommée mondiale, les nouvelles technologies et les médias sociaux, tels que LinkedIn, ont le potentiel de guérir la planète de nombreuses façons, par le foisonnement des relations.

Réciproquement, il est possible de trouver des solutions à des problématiques gouvernementales dans une culture de gouvernement ouvert, en misant sur la créativité pour faire jaillir la magie de la sagesse des foules. Transparence, participation et collaboration sont le fondement du gouvernement ouvert.

Deepak Chopra a rappelé que selon Gallup, 20 pour cent de la population active américaine est activement désengagée et coûte à l'économie des États-Unis environ 380 milliards de dollars par année. Si vous travaillez dans un environnement où votre collègue ou votre supérieur vous ignore, vos chances d’être désengagé augmentent de 45 pour cent. Mais si un collègue souligne vos qualités, votre désengagement chute apparemment à moins de 1 pour cent. L'antonyme de désengagement est engagement et responsabilisation. La solution, indique Chopra, est de valoriser ses collègues. Et les connexions dans les médias sociaux permettent d’être valorisé et de mettre en valeur les autres.

Dans une culture de gouvernement ouvert, la relation entre le gouvernement et les citoyens est positive, puisqu’il s’agit d’une relation de co-création / co-production. La valorisation est le moteur qui pousse les participants à collaborer.

Si ma pensée peut parfois déplaire, ce n’est jamais parce que je le souhaite, mais parce que je veux convaincre. Les décideurs devraient avoir des convictions suffisamment fortes pour vouloir les défendre, envers et contre tout. Les solutions de gouvernement ouvert existent, elles ont été mises à l’épreuve et ont récolté des succès dans de nombreux pays. Il y a un énorme besoin de courage politique, de visions ambitieuses, afin de forcer l'implémentation des solutions qui existent et sont disponibles, par des politiques incitatives ambitieuses.

«Avec des convictions, de l'inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables. Nos visions peuvent être réalisées, nos problèmes peuvent être résolus.» (K. R. Sridhar, ex-directeur du laboratoire des technologies spatiales à la NASA, co-fondateur et CEO de Bloom Energy)

30 novembre 2010

‘Disruptive technology’ et gov2.0: Pouquoi cette connotation négative?


Cette semaine, Gov20Radio recevait Lovisa Williams, et je me faisais une joie de l’écouter parler. Lorsque le titre de l’émission a été annoncé, j’ai trouvé cela fort étrange: ‘Disruptive technology’. De quoi s’agissait-il?

Tout d’abord, attardons-nous sur des synonymes de ‘disruptive’: disorderly, distracting, disturbing, off-base, out-of-line, out-of-order, rowdy, troublemaking, troublesome, unsettling, upsetting. En français, ce mot se traduit par «perturbateur». Il s’agit d’un mot à connotation extrêmement négative.

Si vous étiez n’importe quel employé gouvernemental, et qu’on vous présentait cette expression de «technologie perturbatrice», quelle serait votre réaction initiale? Vous reculeriez sur votre chaise. Vous auriez peur. Vous seriez rébarbatif à tout ce qui se dirait à ce sujet par la suite, et il s’inscrirait dans votre esprit une attitude rebutante face à cette nouveauté. Quelle idée épouvantable d’appeler les médias sociaux et une façon de penser de cette manière!

Cela m’étonne que cette expression se retrouve dans le vocabulaire courant d’une équipe diplomatique aussi qualifiée et influente que celle du U.S. Department of State's Public Diplomacy and Public Affairs Bureau. Hier, j’ai parlé de leur approche (constructive) de communications adaptée aux contextes sociaux, qui s’avère une stratégie gagnante.

Ce n’est qu’une apparente question de mauvais vocabulaire, et non pas un sérieux problème de fond. Car Lovisa Williams a expliqué qu’au-delà des ‘tweeting diplomats’, ‘disruptive technology’ signifiait «tout ce qui perturbe la façon dont vous pensez et comment vous travaillez».

Renversons cela en positif, et on obtient: «Tout ce qui contribue à percevoir différemment, enlever les limitations et modifier la manière dont vous travaillez».

Madame Williams a donné en exemple la messagerie texte, les vidéos ainsi que les outils multimédia. «Repenser notre façon de concevoir le travail que nous faisons, les processus, ainsi que notre mission. Perturber la nature même de la façon dont les gens font ce travail.»

Cela va donc au-delà des médias sociaux. On entre dans une forme différente de pensée. La pensée iconoclaste. Il y aurait lieu de modifier cette expression, pour valoriser davantage les efforts du U.S. Department of State.

Car ce n’est pas très courant qu’un gouvernement intègre des éléments iconoclastes dans ses processus. Habituellement, c’est le contraire: tout est une procédure, et n’importe quelle action ou projet doit s’inscrire dans cette structure rigide.

Avec la volonté d’implanter une gouvernance 2.0, on dit adieu à l’ancienne forme verticale monolithique de gestion gouvernementale. Il faut couper le plancher sous nos pieds et réinventer la manière dont s’effectue le travail et les relations avec les gens.

Le neuroscientifique Gregory Berns, dans son livre Iconoclasts, explique en quoi consiste penser différemment. Il est possible d’entraîner son cerveau à entrevoir les choses différemment et cela a un effet libérateur sur la créativité.

«Les iconoclastes sont en mesure de faire des choses que les autres disent ne peut être faites, parce que les iconoclastes perçoivent les choses différemment des autres. Cette différence de perception joue un rôle crucial dans les premières étapes d'une idée. Cela influe sur la façon dont les iconoclastes gèrent leurs craintes, et cela se manifeste dans la façon dont ils présentent leurs idées aux masses de non-iconoclastes», indique Berns.

Comment les gens différents pensent et se comportent peut s’expliquer par la façon dont fonctionne les connections dans leur cerveau. Par conséquent, alors que la plupart d'entre nous pensent que les iconoclastes sont des gens qui sont différents des autres parce qu’ils disent que des choses différentes peuvent être accomplies, Gregory Berns est plus spécifique. Il dit que le cerveau de l'iconoclaste est différent - de trois manières différentes: la perception, la réaction à la peur, et L'INTELLIGENCE SOCIALE.

Par conséquent, une pensée iconoclaste dans un contexte de gouvernement 2.0 est un atout de taille.

À la question «Avez-vous une description de tâches d’un gestionnaire de communautés?», la réponse fut entièrement de style iconoclaste. «Non. Nous ne nous limitons pas à une description en particulier. Nous essayons de ne pas mettre trop de restrictions en ce qui a trait aux personnes qui devraient être responsables d’une communauté. Il pourrait même s’agir d’une équipe de personnes, mandatées pour gérer une communauté.»

Une réponse qui démontre qu’il existe une équipe iconoclaste implantée au sein du U.S. Department of State, car selon le Dr Gregory Berns, «peu de gens possèdent les trois traits (caractéristiques d’un iconoclaste), mais par la diversification, des équipes de travail peuvent arriver à atteindre toutes les facettes (de cette façon différente de penser)».

Chassez au plus vite cette très vilaine expression de ‘disruptive technology’ de votre vocabulaire!
 
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