Blogue de Lyne Robichaud

03 décembre 2008

Les césariennes et naissances prématurées en hausse au Canada

Photo: Agence Reuters

J'ai accouché de mon premier enfant à 40 ans.

Le Devoir rapporte qu'une étude explique la hausse des césariennes et des naissances prématurées au Canada ainsi:
«Cela pourrait s'expliquer par l'âge plus avancé des femmes qui accouchent et par le fait que c'est pour donner naissance à un premier enfant, une situation qui est plus susceptible de nécessiter une césarienne.»

Mon inquiétude est que lors d'une pandémie, les soins obstétriques soient considérablement compromis si jamais le système de santé ne parvenait pas à tenir le coup sous le fardeau de la crise. Comment feront alors les femmes pour accoucher?

Je serais certainement morte si je n'avais pas eu de césarienne, et mon enfant également.


Il n'y a présentement pas de mesures spéciales prévues - à ma connaissance - pour les femmes enceintes et leurs futurs enfants dans les plans québécois et canadiens.


Les femmes ne cesseront pas d'accoucher pendant une pandémie... Cela me fait penser à un article publié hier sur Facebook par mon ami Michel S.f. Vermeulen, un médecin belge, à propos du manque de soins appropriés aux patients de la pandémie de VIH/Sida en Afrique: «Une solution consiste pratiquement à «euthanasier» toute la population pauvre malade qui ne peut pas payer les soins de santé. Solution qui ne résout rien sauf si on devient cynique comme Lénine en disant que le problème c’est l’homme, parce que, dès qu’il meurt, les problèmes s’arrêtent aussi.» Je vous recommande la lecture de ce texte, qui fait dresser les cheveux sur la tête: Afrique: Pourquoi éviter l’économisme dans la problématique du VIH-SIDA en Afrique subsaharienne?

J'ai répondu hier à Michel: «La lutte contre le sida porte les stigmates du déni. Ce qui me fait faire un parallèle avec une pandémie d'influenza. Ce qui a présentement lieu pour la pandémie de VIH/sida pourrait-t-il se produire à plus grande échelle pour une pandémie d'influenza???»

Pendant une pandémie d'influenza, les femmes enceintes canadiennes et québécoises auront probablement les moyens de se faire soigner. Le problème sera ailleurs. Les femmes auront-elles accès à un système capable d'absorber les nombreuses tâches de soins associés à la naissance? Ce n'est pas en niant la possibilité que ces problèmes émergent lors d'une pandémie que nous allons trouver les solutions. Si les femmes enceintes et leurs foetus meurent en grand nombre pendant une pandémie en raison d'un probable effondrement du système de soins de santé, et si les adultes actifs et si les enfants dont le virus est si friant, meurent aussi en grand nombre, emportés par le virus pandémique, quel genre de société aurons-nous pour la reconstruction, pour l'après-pandémie? Quel avenir nous réserverons-nous?

Le nombre de césariennes et de bébés prématurés en hausse au Canada
Mercredi, 3 décembre 2008 | Par Lisa-Marie Gervais | Le Devoir


À quelques exceptions près, mamans et bébés se portent plutôt bien. Publié hier, le nouveau rapport sur la santé périnatale du Système canadien de surveillance périnatale de Santé Canada a révélé les tendances et les différences observées entre les provinces et territoires pour 29 indicateurs concernant la maternité et les nouveau-nés sur dix ans (1995-2005).

Conclusions? Moins de mortalités maternelle et infantile, mais plus de césariennes et de naissances prématurées au Canada.
Ainsi, selon les statistiques utilisées par l'Agence canadienne de santé publique -- basées notamment sur les données de l'état civil, celles des hôpitaux et de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada --, le quart des naissances survenues à l'hôpital en 2004-05 ont nécessié une césarienne, contre 17% dix ans plus tôt. En revanche, à 22 %, le taux de césariennes chez les Québécoises est légèrement moins élevé.

Selon Catherine McCourt, médecin analyste à l'Agence, l'augmentation du nombre de césariennes au Canada pourrait s'expliquer par l'âge plus avancé des femmes qui accouchent et par le fait que c'est pour donner naissance à un premier enfant, une situation qui est plus susceptible de nécessiter une césarienne. «L'obésité est aussi un important facteur, même s'il n'est pas nécessairement reflété dans les données que nous avons», a-t-elle souligné.
Les changements apportés aux pratiques médicales pourraient également être à la source de cette augmentation, notamment l'utilisation accrue de la surveillance électronique du foetus et le recours à la césarienne pour les présentations par le siège. «Il y a aussi le fait que certaines femmes vont demander elles-mêmes la césarienne.

C'est une tendance, mais qu'il est impossible de quantifier dans cette enquête», a pour sa part précisé Juan Andrés León, également médecin à l'Agence canadienne de santé publique.

(Lire la suite)

02 décembre 2008

Plus de femmes dans les métiers de la santé au Canada

Photo Brand X Picture. Source.

Il paraît qu'il y a désormais davantage de femmes dans les professions du milieu de la santé au Canada. Nous le savons, les femmes ne pensent pas de la même manière que les hommes, et j'ose espérer que leur manière de pratiquer leur métier diffère également.
Ceci provient du Devoir.
Le secteur de la santé se féminise
2 décembre 2008 | Par Marie-Lise Gervais | Le Devoir


Le nombre de Canadiens exerçant l'une des sept grandes professions de la santé augmente tandis que le secteur se féminise de plus en plus. C'est ce qui ressort d'un ensemble de cinq rapports de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) sur les grandes tendances des professionnels de la santé tels que les médecins, ergothérapeutes, physiothérapeutes, pharmaciens et les infirmières, les infirmières auxiliaires et psychiatriques autorisées. Ainsi, selon les données de l'ICIS, bien que les hommes médecins soient toujours en majorité (66,2%), le nombre de femmes exerçant la profession augmente. Par exemple en 2007, elles représentaient 56% des médecins de famille canadiens de moins de 40 ans, une hausse de 6% par rapport à 2003.

Du côté des pharmaciens, les femmes sont en moyenne nettement plus nombreuses (58 %) à pratiquer ce métier qui était traditionnellement masculin. De même, 64% des pharmaciens de moins de 40 ans sont des femmes contre seulement 27% chez les pharmaciens de 60 ans et plus, un calcul excluant par contre le Québec, le Manitoba et le Nunavut, qui n'ont pas pu rendre disponibles leurs données pour cette enquête.

Les données de 2007 font également état d'une augmentation du nombre absolu de Canadiens exerçant l'une des sept grandes professions. Le nombre d'infirmières auxiliaires a crû de 10% depuis 2003 et celui des médecins, est porté à 63 682, un accroissement de 7,1%. «Mais ça ne veut pas dire que c'est suffisant. Tout dépend de l'organisation des soins et du niveau de prise en charge de la population. Le nombre de professionnels n'est qu'un facteur de l'amélioration des soins», a soutenu Claude Lemay, un ancien infirmier devenu porte-parole pour l'ICIS. Pour sa part, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Lina Bonamie, souligne que cette augmentation pour 2007, ne correspond plus à la réalité de 2008-09. Elle dit s'inquiéter davantage du taux d'abandon des jeunes infirmières entre 30 et 39 ans, qui ne cessent d'augmenter. «Si on ne retient pas la jeunesse et que les baby-boomers s'en vont a la retraite, on va avoir un problème», a-t-elle affirmé.

Une nouvelle façon de faire de la politique

Photo: Agence Reuters.
Source Le Devoir, La coalition fonce vers le pouvoir

Les chefs Jack Layton, du NPD, Stéphane Dion, du Parti libéral, et Gilles Duceppe, du Bloc québécois, ont scellé hier à Ottawa un pacte visant à créer un gouvernement de coalition.

Retournement majeur à Ottawa, dans ce qui est désigné comme une «crise politique» par les médias. Une coalition constituée de plusieurs partis, qui gouverneront ensemble, n'a encore jamais été vue au Canada.

Bernard Descôteaux dans Le Devoir indique: «Les trois partis qui s'associent mettent de côté des divergences pour s'entendre sur des priorités qui font consensus.»

Lors de la campagne électorale fédérale, qui s'est déroulée il y a à peine deux mois, je me disais que Stephen Harper avait le beau jeu, puisqu'il profitait à merveille du vieux dicton
«Divisez pour mieux régner».

Je retiens
mon souffle (comme tant d'autres) en attendant que défilent les événements. Ce que la gouverneure générale Michaëlle Jean répondra sera déterminant.

Un vent de renouveau pourrait peut-être finalement éventuellement souffler sur le Canada (et pas uniquement chez nos voisins du sud).

Cela pourrait-il avoir une quelconque incidence sur les urnes du 8 décembre prochain?

Alors que j'avais complètement cessé d'espérer que les problématiques et dossiers qui me préoccupent soient gérés, il se pointe une lueur au bout du tunnel. La tendance à la «société du silence» me faisait craindre le pire.

Margaret Atwood. Photo source.

Ces six dernières semaines, les paroles de Margaret Atwood me hantaient: «Si vous donnez aux «neocons» de Harper un gouvernement majoritaire, vous perdrez beaucoup de choses qui vous tiennent à coeur, vous ne gagnerez rien qui en vaille la peine et vous ne pourrez jamais, jamais vous le pardonner.»

La grande dame de l'art contemporain, Betty Goodwin, s'est éteinte

Betty Goodwin. Photo source

Lors de mes années consacrées à la pratique de l'art contemporain, j'admirais follement Betty Goodwin. Je suis souvent aller regarder longuement ses oeuvres au Musée d'art contemporain de Montréal.

Elle sera beaucoup regrettée. Elle laisse derrière elle une oeuvre monumentale, que beaucoup chériront.

Ce sont ses grands dessins sur des papiers transparents (qui ressemblent aux papiers utilisés par les architectes
- le vellum) et ses personnages translucides, qui m'ont impressionnée. J'adorais sa façon de dessiner, à moitié abstraite, les traits de fusain frottés sur le papier, mélangés à des couleurs de terre, presque rouillées, et la taille gigantesque de certaines de ses oeuvres.

«C'était une femme fragile, mais dont l'oeuvre a une telle force... Pour moi, au Québec, et même au Canada, elle n'a pas d'égal», a indiqué au Devoir Lise Bissonnette, la directrice de Bibliothèque et Archives nationales du Québec .


«La charge émotive» chez Goodwin explique son succès, selon René Blouin (son galeriste depuis de nombreuses années), autant auprès des grandes institutions que du public. «C'est une charge émotive, très oblique, soutient le galeriste. Dans Les Nageurs, on ne sait jamais si ce sont effectivement des nageurs ou des noyés. Elle était douée pour arriver à ce niveau d'abstraction, entre le formel et le narratif.»

Biennale de Montréal. Photo source.

01 décembre 2008

Que murmure Pauline Marois au Père Noël?

© LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Sur cette photographie, publiée le 29 novembre 2008 sur Canoë Infos, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, confie un secret au Père Noël, au Saguenay.

Merci au député Daniel Turp d'avoir publié cette photo sur Facebook.

Je me demande bien ce qu'elle a pu lui raconter... mais nous avons tous une petite idée sur les voeux de Mme Marois. Puisse le Père Noël exister et lui accorder ses désirs...

Moi aussi, j'en avais long à raconter au Père Noël (voir Voilà ce que je souhaiterais entendre parler pendant la campagne électorale). Et vous?

30 novembre 2008

Pas de nouvelle, bonnes nouvelles?

Poulets d'un élevage. Photo Patrick Bernard | Agence France-Presse

Depuis le 27 novembre dernier (lorsque le Dr Henry Niman de Recombinomics) nous a informés que l'Organisation mondiale de la santé avait déployé une équipe à Makassar, en Indonésie, pour surveiller la situation, nous sommes sans nouvelle du groupe de cas composé alors de 19 patients suspectés d'avoir contracté le H5N1.
Quand l'OMS se déplace pour enquêter, c'est qu'il y a potentiellement anguille sous roche... Voir L'OMS surveille le H5N1 à Makassar en Indonésie.

Étant donné que nous nageons dans le nébuleux, je me dis qu'il est arrivé que des équipes de cette agence se déplacent sur le terrain par le passé, et il ne s'est rien produit de fâcheux. Peut-être ces gens ont-ils des doigts de fée?

Entre temps, il y au la fête de l'Action de grâce célébrée aux États-Unis.

Et bien entendu, les nouvelles ont tendance à être moins nombreuses au cours du week-end.

À la veille du Sommet sur le partage des souches, qui débutera dans quelques jours à Genève (organisé par l'OMS), cette apparente "collaboration" entre l'agence et cette nation conduira peut-être à une heureuse résolution.

Davantage de transparence serait bien accueillie, bien entendu. En autant que le virus soit contenu, c'est l'essentiel. Pour le
reste, je ne suis pas certaine que les choses changent tellement. Mais on ne sait jamais. Par exemple, je pleurais sur la politique canadienne depuis les élections tenues il y a 6 semaines, et on dirait qu'il se pointe beaucoup de changements à l'horizon. Un revirement inattendu pourrait avoir lieu d'ici quelques jours. Une mouche pourrait-elle aussi piquer les agences internationales à un moment donné? Seul l'avenir le dira!

26 novembre 2008

Lendemain de veille: c'est "désespérant"

J'ai essayé d'écouter tant bien que mal le débat des chef télévisé hier soir, à travers les cris d'un enfant qui s'arrange toujours pour tenter d'attirer l'attention lorsque je m'installe devant le téléviseur. Vous devinerez que je n'écoute donc pas très souvent le petit écran.

"Les Québécois ont dû pleurer de désespoir pendant les dernières 30 minutes: chaque chef a ressorti son vieux disque constitutionnel des années 1970, alors que de toutes parts on sonne l'alarme sur la crise économique imminente. C'est désespérant", indique ce matin J. Jacques Samson dans le Journal de Québec.

"C'est désespérant": c'est exactement ainsi que je perçois la situation des préparatifs pandémiques au Québec! Avec des leaders de la sorte, nous ne sommes pas sortis du bois. Si c'est vrai pour la crise économique imminente, je ne vois pas pourquoi cela ne s'appliquerait pas aussi aux préparatifs de pandémie... Il ne surgira pas soudainement d'autres leaders que ceux qui sont là présentement. S'ils ne réussissent pas à identifier des pistes possibles de solution pour la situation économique, seront-ils en mesure de le faire face à la menace de pandémie?

Ma seule consolation (si on peut appeler cela ainsi), est une phrase prononcée par Pauline Marois, dans le contexte de Caisse de dépôt et de placement. Je trouve toutefois que cela s'applique parfaitement bien au dossier de pandémie:


Photo source

«On vit une situation exceptionnelle,
il faut qu'il y ait des informations
qui soient données aux Québécois»

Pauline MAROIS
Chef du Parti Québécois
Gouvernement du Québec

Source: Marois déplore le silence de Charest sur la Caisse, par Alexandre Robillard, La Presse canadienne, 26 novembre 2008

21 novembre 2008

Le succès des stratégies de mouvements sociaux de Marshall Ganz de la campagne de Barack Obama


Marshall Ganz. Photo source

Marshall Ganz, est conférencier sur les politiques publiques à la Harvard Kennedy School. Il écrit à propos du leadership, de l’organisation et des stratégies de mouvements sociaux, d’associations civiles et politiques. Dernièrement, il a conçu les systèmes de formation d’organisateurs et de bénévoles sur le terrain, qui ont eu pour effet de transformer les bénévoles impliqués dans la campagne électorale de Barack Obama en véritables leaders organisationnels.

Voici un extrait d’une interview de Marshal Ganz à On the Media, où il mentionne qu’il faut laisser les gens dire leur propre récit, leur permettre de dire pourquoi elles aiment (tel politicien, telle cause), au lieu de les obliger à chanter la même chanson officielle imposée par un parti, un gouvernement, ou une corporation:
«Ce que nous les avons aidés à comprendre est que la première chose qu'elles doivent apprendre est comment articuler leur propre histoire, en d'autres termes, ce qui les a motivées à se déplacer pour s’impliquer et s’engager, parce que c’est grâce à leur propre histoire qu'elles vont pouvoir engager le plus effectivement d'autres personnes. Alors lorsque les personnes s’en vont [sur le terrain], elles sont outillées pour le faire. Cela est en quelque sorte la pièce maîtresse [de la stratégie].

Et dans la série initiale que nous avons fait en Californie, nous avons formé 200 équipes dans un intervalle de deux week-ends, avec le soutien de quatre employés. Nous avons érigé une opération massive, au point où il pourrait s’effectuer jusqu’à 100,000 appels téléphoniques par jour. Cela ressemble à un investissement dans des capitaux «civils» et dans des communautés locales, qu’aucune campagne politique n’a déployé depuis des années.

La droite a tiré bénéfice de l’enracinement dans les mouvements sociaux. C’est ce que les mouvements sociaux font. Ils traduisent les valeurs en actions; ils poussent les gens à travailler ensemble.

Tout le monde s’est mis à faire du marketing de leur cause, de leurs candidats, comme s’il s’agissait d’une autre marque de barre de savon, transformant les gens, de citoyens en consommateurs.

Ce que nous avons fait est que nous avons ramené la citoyenneté et que nous avons redonné du pouvoir aux gens, en plaçant les outils dans leurs mains.»
Empowerment. C’est le mot qui me vient à l’esprit.

Si on applique ces stratégies gagnantes à des préparatifs pandémiques multisectoriels (sociaux, économiques et politiques), il faudrait d'abord que les gouvernements fassent davantage confiance aux gens, et qu’ils cessent de tout vouloir contrôler.

Contrôler l’information, contrôler la manière dont doit être diffusé le message, contrôler la manière dont doit s’articuler les politiques de mesures d’urgence, contrôler des projets. Il faudrait que les autorités cessent de tout vouloir contrôler, si nous voulons avoir une chance de traverser une pandémie en limitant les dégâts. Un jour où l’autre, les États vont devoir accepter de collaborer avec la population, et de confier des responsabilités et des projets à des communautés.

On dirait qu'on est rendus là dans les préparatifs pandémiques mondiaux. David Nabarro de l'ONU, et la Banque mondiale, avec le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, recommandent maintenant d'ajouter plusieurs nouveaux éléments, dont un volet SOCIAL à la préparation en vue d'une pandémie. Nous ne savons pas trop exactement ce que SOCIAL signifie aux yeux des agences onusiennes. Il est probable qu'en 2009, les recommandations seront mieux définies et que des outils seront proposés aux États membres.

L’exemple du succès des stratégies déployées par Marshall Ganz pourrait être retenu. Ces systèmes gagnants pourraient sans doute s’appliquer aux préparatifs pandémiques multisectoriels.

20 novembre 2008

Des exercices de simulation de pandémie risquent de soulever de nombreuses problématiques


Jamie Grill, Tetra image, libre de droits, #82137051

Jusqu’à présent, la majorité des nations du monde se sont contentées de rédiger des plans de lutte à une pandémie, sans pousser trop en avant la réflexion. Le 4e Rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire (voir Synopsis en français), piloté par David Nabarro, coordonnateur du système des Nations unies pour la grippe, a indiqué que seulement 35% des nations avaient amorcé des simulations pour mettre à l’épreuve leur planification.

David Nabaro a déclaré le 13 novembre dernier, lors d’une conférence prononcée au Centre for Strategic and International Studies, qu’il évaluait l’état de préparation mondial de pandémie à 40% de l’objectif global. Il a précisé qu’il est en mesure de défendre cette estimation, qui s’appuie sur les travaux réalisés dans le cadre 4e Rapport intérimaire mondial. Je vous invite à consulter mon billet à ce sujet.

Nous pouvons entrevoir que la prochaine étape de préparation en vue d’une pandémie sera donc de multiplier les tests et exercices de simulation, et de dégager des conclusions de ces activités. Le plus grand défi sera ensuite d’intégrer les apprentissages dans la planification, de réécrire et modifier les plans de lutte. C’est une chose d’identifier des problématiques, mais c’en est une autre de trouver des solutions…

Je remercie Anne d’avoir publié des notes dans Facebook à propos de deux études récentes en lien avec des exercices de simulations de pandémie. Ces études ont révélé des problématiques concernant les équipements de protection personnelle (PPE) et des guides de contrôle de l’infection.

Dans la pratique, il s’avère difficile d’intégrer ces éléments aux diverses tâches quotidiennes des professionnels de soins de santé. Les conclusions de ses deux études semblent défier certaines des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, et remettent même en question la manière dont les soins et services sont actuellement délivrés.

Ces études mettent le doigt sur quelque chose d’assez inquiétant. Comment s’articuleront les pistes de solutions? J’ai bien hâte de voir la suite, et j’espère que nous (humanité) réussirons à solutionner ces problématiques.

Personal protective equipment in an influenza pandemic: a UK simulation exercise
[Équipement de protection personnelle dans une pandémie d’influenza: un exercice de simulation au Royaume-Uni]

N.F. Phina, A.J. Rylandsb, J. Allanb, C. Edwardsb, J.E. Enstonec and J.S. Nguyen-Van-Tamd

Sommaire

[TRADUCTION] L’expérience demeure limitée quant aux impacts financiers et opérationnels que l’adoption d’un guide de contrôle de l’infection de l’influenza pandémie au Royaume-Uni aura sur l’utilisation d’équipement de protection personnelle (PPE), les patients et le personnel. Nous avons tenté de cerner ces questions lors d’un exercice réel survenu dans un hôpital du nord-est de l’Angleterre.

Lors de cette simulation de 24 heures, tout le personnel d’une unité de soins généraux graves a porté des PPE et a adopté les procédures décrites dans le guide de contrôle de l’infection d’influenza pandémique du Royaume-Uni. Des équipes d’infirmière de contrôle de l’infection ont observé et noté le comportement du personnel et leurs pratiques pendant la simulation, incluant l’attitude du personnel à propos de l’utilisation des PPE.

Quoique les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé sur la probable utilisation de PPE de haut calibre (masques FFP3) se sont avérées excessives, davantage de gants et de masques chirurgicaux que prévus ont été utilisés. En dépit de formation pré-simulation, plusieurs employés manquaient de confiance dans l’utilisation des PPE et concernant la marche à suivre des mesures de contrôle de l’infection. Ils ont découvert que les PPE étaient inconfortables, et que même les tâches les plus élémentaires prenaient plus de temps à être effectuées.

De grandes quantités de rebus cliniques ont été générées: 12 sacs additionnels (soit 570 litres) de plus par jour.

Les estimations d’utilisation de PPE réalisées lors de cette simulation défient les évaluations que de grandes quantités de PPE de haut niveau sont requises, avec de considérables implications des budgets de soins de santé. Un programme d’éducation continue de contrôle de l’infection est nécessaire.

Les soins de santé, en situation de pandémie, ne consistent pas simplement à appliquer un guide de contrôle de l’infection de l’influenza pandémique à la pratique courante; les hôpitaux auraient besoin de considérer changer la manière dont les soins et les services sont délivrés.
La seconde étude pointée par Anne dans Facebook est celle-ci (mais je n’ai pas traduit le texte, que je vous invite à consulter en anglais):
Respirator-Fit Testing: Does It Ensure the Protection of Healthcare Workers Against Respirable Particles Carrying Pathogens?

Les conclusions de ces études démontrent qu'il est nécessaire de tester les plans d'urgence, qui pourraient ne pas tenir la route si les États ne trouvent pas le moyen de les ajuster et d'y intégrer les apprentissages résultant des exercices de simulation (ce que David Nabarro ne cesse de répéter, d'ailleurs).

Je me demande ce que la dernière phrase de l'étude britannique signifie exactement, et quelles en sont les implications: «Les hôpitaux auraient besoin de considérer changer la manière dont les soins et les services sont délivrés».

Quant au grand nombre de déchets produits, ce genre d'information est intéressant. Il pourrait y avoir des interruptions de services de gestion des déchets en temps de pandémie. En fait, cette étude est des plus intéressantes, et j'espère que d'autres planificateurs (en dehors de ceux du Royaume-Uni), en prendront connaissance. Y compris des gens du Canada et Québec!

Repenser totalement la manière dont les soins sont délivrés... Je n'arrive toujours pas à visualiser cela dans ma tête... Je retiens que la manière actuelle est trop compliquée. A priori, gérer un virus mortel ultra contagieux ne sera pas simple. Revoir de A à Z nos systèmes modernes de santé n'est pas une mince tâche!

Autre question: Si des simulations indiquent que le type de planification proposé par l'OMS comporte des failles, combien d'années cela prendra-t-il avant que cette réalité ne soit intégrée dans les directives globales?


Si les gens oublient ce qu'ils apprennent en formation au bout de 6 mois, cela n'est pas de bon augure. Je croyais les médecins et infirmières particulièrement bons avec leur mémoire (ces gens ne doivent-ils pas retenir des milliers de données?) Au Québec, les infirmières ont demandé au ministre de la Santé de mettre sur pied une formation particulière pour les infirmières en soins de maladies infectieuses: ce programme collégial a été refusé... (voir
L'Ordre revient à la charge - Les infirmières veulent développer une spécialité en infectiologie - Le Devoir, 4 novembre 2008).

En réfléchissant à cette histoire d'oubli des formations qui concernent une pandémie, j'ai pensé que mon cerveau (je parle pour le mien évidemment!) a une fâcheuse tendance à oublier ce qui n'est ni nécessaire ni important.

Peut-être que les personnes formées ne considèrent pas l'information relative à une pandémie suffisamment importante pour s'en rappeler? Je me demande si l'attitude des autorités gouvernementales joue sur ce tableau. Par exemple, quand on ne CROIT PAS qu'une chose puisse nous arriver, pourquoi faudrait-il se RAPPELER de protocoles nouveaux et compliqués? Si des professionnels de la santé ne pensent pas que ces formations leur seront utiles, alors je peux comprendre pourquoi leur mémoire leur joue des tours.

Nabarro: Les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables qu’ils valent la peine d’être cités en exemple


David Nabarro. Source Getty Images, Daylife

Le mois de novembre s’achèvera dans quelques jours, et en décembre, la ville de Genève sera de nouveau le théâtre du Sommet mondial sur partage des souches du virus de l’influenza aviaire.

L’an dernier, à pareille époque, les nations ne sont pas parvenues à un accord à ce sujet. Reuters a rapporté:
«Les autorités de la santé n’ont pas réussi à conclure un accord de nouveau système pour assurer les pays en voie de développement de partager les virus de grippe aviaire employés pour développer des vaccins, a déclaré vendredi l’Organisation mondiale de la santé. «Personne n’est à blâme de ne pas avoir essayé... Nous étions si près, mais pourtant si loin», a déclaré la directrice générale de l’OMS Margaret Chan, lors de la session finale de quatre jours.»
L’Indonésie a demandé que les découvertes bénéficiant à l'ensemble des êtres humains ne puissent être brevetées. «L'Indonésie considère que, si les bénéfices tirés des échantillons [de virus] ne sont pas mis en commun, le dispositif actuel de partage des virus de la grippe n'est pas juste vis-à-vis des pays en voie de développement».

Les États-Unis ont demandé à tous les pays de partager leurs échantillons de virus de grippe aviaire «sans condition préalable».

Quant à la flamboyante ministre indonésienne de la Santé, Siti Fadilah Supari, elle ne s'est pas gênée pour faire la pluie et le beau temps au cours de la dernière année. [Vous pouvez consulter son dossier à cette adresse.]

Le monde entier retient son souffle, alors que les États membres se préparent à participer au sommet de Genève. Les nations réussiront-elles à s’entendre cette fois-ci? Combien d’échecs devront-nous essuyer avant qu’un accord acceptable pour toutes les parties soit rédigé et entériné?

Le 13 novembre dernier, le premier leader des préparatifs pandémiques a été invité à prendre la parole au Centre for Strategic and International Studies. À propos de l’impasse diplomatique concernant le partage des souches, il a tout d’abord annoncé qu’il y avait eu du «progrès» dans ce dossier, mais il a laissé le soin à l’ambassadeur John Lange de fournir des détails à ce sujet.

Mais John Lange n’a rien déclaré de bien substantiel, à part répéter la position des États-Unis, et faire une brève allusion à une résolution, qui stipulerait de «poursuivre le partage des souches, tout en offrant un éventail de bénéfices.» L’ambassadeur a indiqué que les résultats de cette proposition sont attendus en décembre. Toutefois, il n’a pu s’empêcher d'ajouter: «C’est frustrant. La souveraineté virale n’est pas appropriée pour le partage des virus. Nous sommes confiants que nous serons en mesure de faire adopter une résolution en décembre prochain

À la toute fin de la conférence, alors que le temps tirait à sa fin, et qu’il était prié par son hôte du CSIS de conclure, David Nabarro a déclaré, de manière posée, en pesant bien chaque mot:
«Nous ne disposons pas [aux Nations unies] d’instruments simples pour indiquer aux États comment révéler de l’information. Nous nous appuyons sur des positions volontaires. Les pouvoirs disponibles à l’OMS sont toutefois remarquablement puissants. Nous avons besoin de persuader grâce au dialogue. Mais cela est davantage le mandat de la Dre Margaret Chan, et je ne m’étendrai pas davantage à ce sujet.

Il n’existe pas actuellement de système de gouvernance mondial, alors c’est par la volonté commune qu’il y a engagement mutuel. Nous progressons. Et les préparatifs pandémiques mondiaux accomplis sont si admirables valent la peine d’être cités en exemple, pour la gestion de défis semblables. Ce succès repose sur un leadership fort.»
La recette de ce succès de coopération mondiale pourrait-elle être appliquée à d'autres problématiques internationales?

Répondant à une question portant sur les communications, David Nabarro a indiqué:
«Aucun travail de préparatifs pandémiques ne peut avoir du succès sans la pleine implication des communautés. Si les gens ne deviennent pas des partenaires, les États vont échouer. S'il y a absence de collaboration, s'installera alors la méfiance. Celui qui reçoit l'information officiel [le citoyen] ne vaut pas moins que son expéditeur [l’État].»
Ces sages paroles de Nabarro m'ont impressionnée. Peut-être est-ce très courant dans le langage diplomatique de parler ainsi... Toutefois, je ne peux m'empêcher de remarquer une notable progression dans les déclarations du premier leader en matière de préparatifs pandémiques. Depuis octobre dernier, il s'est fait plus présent dans l'actualité. À peine deux semaines après la tenue de la 6e Conférence ministérielle qui s'est tenue en Égypte, il a présenté son plan d'action au CSIS.

Celles et ceux qui sont préoccupés par l'avènement d'une pandémie d'influenza n'ont guère d'espoirs auxquels s'accrocher. Il faudra attendre avec patience le déroulement des événements pour observer l'impact qu'aura le discours de David Nabarro sur le développement des préparatifs pandémiques mondiaux.

J'ose espérer qu'en 2009, avec la nouvelle ronde de préparatifs multisectoriels que l'ONU et la Banque mondiale souhaiteraient voir se déployer, les choses iront mieux pour nous, les «gens du Flublogia», ainsi que pour les communautés et membres de la société civile qui s’intéressent aux préparatifs pandémiques, et qui souhaiteraient y mettre la main à la pâte.

J'ose également espérer que la
«pleine implication des communautés» dont parle David Nabarro se réalisera, y compris au Canada et au Québec.

VOIR AUSSI MES AUTRES BILLETS
> David Nabarro évalue l'état de préparation mondial de pandémie à 40% de l'objectif global

> Nabarro: Le contrôle du H5N1 endémique nécessite d'adopter une approche élargie du système alimentaire
 
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