Blogue de Lyne Robichaud

26 mars 2009

Il est impératif que l'État québécois développe une meilleure vision à long terme


Je reponds à un billet du député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, critique de l'opposition officielle, en matière de santé, intitulé "Un budget sans vision et courage".

Monsieur Dranville, vous soulignez que “toutes les décisions difficiles sont remises à plus tard”. Je suis contente que vous ayiez mentionné cela.

Vous parlez aussi de pots cassé­s. Assurément, si la présente administration n’arrive pas à démontrer une meilleure capacité de vision à LONG TERME, la société québécoise se retrouvera avec de très graves problématiques sur les bras dans un avenir pas si lointain que cela.

Je rappelle de nouveau que le spectre de la pandémie pend toujours comme une épée de Damoclès au-dessus de l’humanité, et que le Québec n’y échappera pas, même si cela ne fait pas l’affaire des dirigeants de l’État. La pandémie d’influenza se produira à un moment ou un autre, et chaque jour qui passe nous rapproche de cette crise sanitaire mondiale. Une pandémie n’attendra pas que le Québec ait eu le temps d’y penser. Les virus ne consultent pas les journaux et ne lisent pas les communiqués de presse. Et ce n’est pas parce qu’elle ne s’est pas encore produite qu’une pandémie n’arrivera jamais.

L’ONU a averti: “Préparez-vous au grand choc écomomique.”

“La plupart de pays se sont concentrés sur la pandémie comme cause potentielle de catastrophe et ont effectué quelque planification. Mais la qualité de leurs plans est inégale et trop peu d’entre eux ont porté attention aux CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES”, a déclaré David Nabarro à BBC radio.

“Les conséquences économiques pourraient s’élever à 2 trillions de dollars américains - jusqu’à 5 pour cent du produit intérieur brut”, a-t-il dit, réitérant des évaluations antérieures de la Banque mondiale et de l’ONU. Je considère que cette évaluation est très conservatrice. Les conséquences d’une pandémie sur notre monde moderne et interconnecté sont quasiment inimaginables.

Avec une dette alourdie, un affaiblissement à moyen terme des infrastructures de santé et d’éducation, des plans de pandémie totalement désuets et planifiant pour le scénario le plus insignifiant, et une population délibérément maintenue dans l’ignorance des enjeux réels, je redoute le pire pour l’avenir du Québec. Il serait grand temps que l’État prenne ses responsabilités.

20 mars 2009

Cette semaine, #gov20 a battu des records de popularité sur Twitter

Adriel Hampton

Le 16 mars 2009, il est arrivé une chose extraordinaire.

[Je brûlais d’envie de vous en parler avant, mais j’ai été accaparée par des visites quotidiennes à l’hôpital, au chevet de mon père, qui est dans un très mauvais état.]

Le 16 mars 2009, pour la première fois dans l’histoire, #gov20 s’est hissé comme tendance de popularité No.1 sur Twitter.com. Le site Twopopular, qui permet de suivre l’évolution des tendances de discussion sur Twitter, a annoncé que ce jour-là, #gov20 a devancé #SxSW, Neil Gaiman, Happy St et AIG. Voir le graphique illustrant cette tendance.

Depuis le 8 mars dernier, nous pouvons observer une montée d’intérêt pour #gov20 sur Twitter. Ce phénomène s’explique probablement par le lancement d’une émission de radio-blogging intitulée «Goverment 2.0», fondée, co-produite et co-animée par l’ami Adriel Hampton, un blogueur américain (de Californie).

@Adrielhampton se décrit ainsi dans son profil biographique: «Leader motivé avec un œil pour le détail et la capacité de prévision et d’envisager l’avenir. Stratège en matière de gouvernement 2.0. Défendeur de développement durable et de technologie verte. Orienté vers les résultats, ce gradué de Cal Berkeley s’est mérité un prix de journalisme et de commentateur d’actualités.»

Sa nouvelle émission de radio-blogging, qu’il co-anime avec l'ami Steve Ressler (dont j’ai parlé plus tôt dans ce billet), sera diffusée dimanche prochain. La première édition (du 16 mars 2009) portait sur Gov20Camp et Citizen 2.0.

J’ai été très impressionnée par la capacité d’improvisation d’Adriel Hampton. Je considère qu'il faut être un véritable as du micro-blogging pour plonger tête la première dans le radio-blogging. Adriel est sympathique, et vite sur ses patins: des atouts de taille, lorsqu’on anime une émission radio en direct, en prenant en plus des appels d’utilisateurs, qui se pointent sur Twitter au cours de l’émission. Cela m'apparaît comme de la haute voltige de blogueur. Un peu comme faire des acrobaties en planche à roulette! Je vais laisser cela aux pros du micro-blogging, et me concentrer plutôt sur l'objectif d'assurer une présence d'information en français concernant #gov20 sur Twitter, et aussi marteler l'absence d'intérêt du gouvernement du Québec pour les questions de #gov20.

Il n’est pas étonnant alors que Adriel Hampton se soit positionné en tant que première personne à atteindre, pour la toute première fois, la première position Alltime top #gov20 trendsetter (dans Twopopular). Le roi du trend #gov20, en quelque sorte...

Mais ce qui est plutôt étonnant, est le fait que moi, @Lyne_Robichaud, me sois retrouvée sur cette liste. J’étais tranquillement en train de consulter Twopopular et de féliciter Adriel, quand j’ai aperçu ma tête dans le Top 40. Quelle surprise! J’arrive en dernière position, mais je suis néanmoins présente. La seule francophone, par ailleurs.

Encore plus surprenant: en cherchant sur le mot clé «goverati» dans Twopopular, j’ai découvert que j’arrive en 7e position. «Goverati» est un terme inventé par l’ami Mark Drapeau (@cheeky_geeky sur Twitter), dont j’ai parlé plus tôt dans ce billet.

D’ici à la fin du mois de mars, je m’attends à d’autres records de popularité concernant #gov20, puisque la seconde édition sur BlogTalkRadio de l’émission d’Adriel Hampton, qui aura lieu le 22 mars à 17 heures, recevra Tim O’Reilly, fondateur et dirigeant de O’Reilly Media. Tim O’Reilly a rédigé cette semaine un excellent billet dans son blogue O’Reilly Radar, portant sur le paradoxe de la transparence, dans le virage 2.0 des États-Unis. [J'ai eu envie de bloguer à ce sujet, mais j’ai été trop occupée à courir à gauche et à droite.]

Un autre événement très attendu est Gov20Camp (@gov20camp), qui se tiendra à la fin du mois de mars.

#gov20 brisera-t-il un autre record de popularité?

16 mars 2009

L’indice de maturité des médias sociaux permettra d'évaluer les performances 2.0

John Cass

Vous le savez sans doute, je suis toujours avec autant d’intérêt mon ami Jay Deragon (et son blogue A Relationship Economy). Ce matin, dans Twitter et Facebook, il pointait vers un article portant sur l’indice de maturité des médias sociaux, publié par John Cass dans Social Computing Magazine.

J’avoue que je trouve cet article des plus intéressants, étant donné qu’il indique que «la manière dont une entreprise [ou un gouvernement] fait participer le client et la communauté [les citoyens] en utilisant les médias sociaux est plus important que les technologies que l’entreprise [ou le gouvernement] déploie.»

Cet indice sera des plus utiles pour évaluer les performances 2.0 d’une entreprise ou d’un gouvernement.

Oh boy!, me suis-je dit. J’ai immédiatement pensé (et c’était prévisible…) à la situation du gouvernement du Québec.

Les lecteurs fidèles de ce blogue doivent être las de m’entendre répéter sans arrêt que depuis le mois de juin 2008, le gouvernement du Québec a rejeté une collaboration avec des membres de la sphère du Flublogia et le site Zonegrippeaviaire, sous prétexte que les «médias sociaux ne sont pas crédibles ni suffisamment matures», et «pour ne pas avoir à reconnaître les autres médias sociaux».

À l’époque, j’avais trouvé cette réponse scandaleuse et aberrante. Et je n’ai toujours pas changé d’avis.

Je suis contente d’avoir fait le perroquet pendant tout ce temps, car plus les mois passent, et plus il devient évident que la décision prise par les autorités gouvernementales le 17 juin 2008, n’était sans doute pas la meilleure option. L’article de John Cass à propos de l’indice de maturité des médias sociaux s’ajoute à ma collection d’évidence.

Il y a peu de temps, j’ai appris - toujours par le biais de l’accès à l’information - que le ministère du Tourisme du gouvernement du Québec investit présentement 550,000$ dans la création de son propre microsite 2.0. Une lettre datée du 17 février 2009 du responsable de l’accès à l’information de ce ministère indique:
«L’approche fonctionnelle consiste en la conception et la mise en ligne d’un microsite pour intégrer les technologies du Web 2.0 à son site Bonjour Québec. Le microsite, du nom de Destination Québec, sera accessible à partir du site touristique officiel Bonjour Québec par l’ajout d’une section «Partagez». Cette nouvelle section permettra de compléter le cycle de vie du voyageur. Ainsi, après avoir découvert la destination, planifié son séjour et effectué ses réservations, l’internaute ayant séjourné dans l’une ou l’autre des régions touristiques pourra partager ses photos, ses vidéos, voter et commenter les contenus déposés par les internautes.»

C’est une chose que de partager de jolies photographies de voyage, mais c’en est une autre de commenter des politiques gouvernementales.

Ce que le ministère du Tourisme est en train de mettre sur pied fera connaître le Québec et aimer encore davantage nos nombreuses destinations touristiques. Mais nous sommes encore très loin d’un dialogue ouvert entre des fonctionnaires et décideurs, et la société civile.

Mais revenons à l’article du Social Computing Magazine. Jon Garfunkel et John Cass ont mis au point un indice de maturité, basé sur cinq éléments.

D’après cet indice de maturité des médias sociaux, mon évaluation est que le gouvernement du Québec, sur une échelle de 1 à 5, se classe bien en-dessous du 1.

Les États-Unis doivent se classer à environ 2, en penchant un peu vers le 3.

À propos de l’auteur, John Cass travaille depuis 1992 dans l’industrie de la technologie. Il a occupé des postes en marketing, médias sociaux et stratégies de relations publiques pour un certain nombre d’entreprises. Présentement, il est membre fondateur et membre du conseil consultatif de la Society of New Communications Research (Société de nouvelles recherches en communications).

«Cet indice peut être utilisé pour déterminer les meilleurs praticiens de l'industrie, quelle que soit la taille de l'entreprise [ou du gouvernement] et, en conséquence, la collectivité peut tirer des enseignements des efforts de leadership.

Je pense que l'indice de maturité devrait se déployer sur une échelle allant de 1 = pas de participation, à 5 = très impliqué avec les clients ou dans le déploiement d’une technologie de participation sociale pour susciter de l'engagement.

[Voici les cinq éléments constituant l’indice]:
1. Écoute
2. Réception de commentaires [feedback]
3. Problématique et innovation de l’intervention
4. Reconnaissance et capacité de démonstration d’action
5. Gestion des connaissances

1 - Écoute - Décrit le niveau de surveillance des médias sociaux effectuée par une entreprise [ou un gouvernement]. Intégré dans un système de surveillance, un système de tri a-t-il été développé par une société [ou un gouvernement], afin de trier et de transmettre des informations au sein de l'entreprise [ou du gouvernement]?
1) Aucune surveillance n’a été effectuée.
2) Une surveillance limitée est effectuée, peut-être au niveau d’outils gratuits tels que Google ou Technorati.
3) Un système formel de contrôle a été développé et déployé. Le système de surveillance alimente un système de triage qui transmet l’information sur les personnes qui répondront à des occasions découvertes au sein de médias sociaux.
5) Des possibilités de routage sophistiquées.

2 - Réception de commentaires – Une entreprise [ou un gouvernement] est prête à recevoir et à accepter les commentaires de clients sur le Web. Ici, les clients utiliseront-ils les mécanismes de rétroaction de l’entreprise [ou du gouvernement] pour transmettre des commentaires?
1) Aucun mécanisme formel n’a été rendu disponible pour que la clientèle puisse fournir des commentaires à l’entreprise.
3) Les commentaires des clients [citoyens] sont accueillis par l’entreprise, mais le mécanisme est primitif. Il y a eu un développement embryonnaire d’un système de rétroaction, et il existe un processus de flux de travail pour ceux qui se prononceront sur la réaction de la clientèle.
5) Des outils Web 2.0 sophistiqués pour les commentaires de la clientèle [citoyens] sont en cours de déploiement, qui permettront de regrouper et de trier les réactions de la clientèle [citoyens].

3. Problématique et innovation de l’intervention - Est-ce qu’une entreprise [ou un gouvernement] tend le bras, via les médias sociaux, pour s’engager auprès de ses clients et de sa communauté?
1. Une entreprise [ou un gouvernement] ne permet pas, ou n’encourage pas, une intervention en utilisant les médias sociaux.
3. L’engagement ne survient que de façon limitée, peut-être à travers le blogue de l’entreprise ou des réseaux de médias sociaux, mais l’entreprise [ou le gouvernement] se comporte encore en 1.0 dans un univers 2.0. Les interventions sont restreintes à l’idée d’un leadership, plutôt qu’à la gestion de l’innovation ou du soutien à la clientèle.
5. Un engagement considérable s’effectue dans les sites de médias sociaux de l’entreprise. L’entreprise [ou le gouvernement] tend considérablement la main à sa communauté, au-delà de l’objectif de leadership ou pour répondre à des questions controversées.

4 – Reconnaissance et capacité de démonstration d’action - Cette cote détermine la mesure dans laquelle une société accuse réception des idées et de la critique, et de quelle manière une entreprise [ou un gouvernement] démontre qu’elle entre en action. Afin d’atteindre un niveau élevé de maturité, une entreprise aura mis à la fois les processus en place pour reconnaître et démontrer la réception des idées, et prendre des mesures, tout en déployant l’infrastructure de l’entreprise pour composer avec la gestion de l’innovation et les questions de soutien à la clientèle.
1) Une entreprise [ou un gouvernement] pourrait être active dans des médias sociaux et répondre aux commentaires de la clientèle, mais il n’y aurait pas encore d’accusation de réception des idées, ni de démonstration des actions qui seront déployées à la suite de commentaires et de suggestions de la clientèle.
2) Le système de mise en œuvre de la gestion de l’innovation est embryonnaire. Il est possible de prendre des mesures basées sur la critique, mais ce mécanisme demeure organique.
5) Un processus a été développé pour recevoir les commentaires. Au besoin, les ressources et personnels nécessaires sont engagés à prendre des mesures. Afin d’accuser réception des commentaires et des idées, et si une décision est prise d’agir ou non, les résultats des décisions sont publiés dans les médias sociaux afin qu’ils soient accessibles au public.

5 – Gestion des connaissances – La gestion des connaissances est le processus de reconnaissance des informations utiles et cela est rendu public, dans un esprit d’ouverture, dans un forum permettant la recherche. Une technologie de médias sociaux est déployée, permettant aux clients et à la communauté de contribuer et de construire une ressource.
1) Aucun processus ou outil n’est utilisé dans le but de construire une connaissance utile.
3) Parmi une brochette d’outils, des outils signets tels que ici.us, ou des wikis, sont utilisés pour recueillir des informations utiles.
5) L’entreprise se dote d’outils personnalisés construits pour la gestion des connaissances, et effectue une gestion active et de modération de ces outils.»

14 mars 2009

Se rendre là où personne n’est encore allé: pousser l’expérience gouv2.0

Steve Ressler

Ces derniers mois, les membres de la sphère du Flublogia ont consolidé leurs liens en expérimentant avec de nouveaux outils de réseautage social, tels que Facebook et Twitter.

En se regroupant, ils ont formé une communauté.

En échangeant des informations, discutant et partageant leurs expériences, ils se sont transformés en communauté de pratique flublogienne. Wikipédia définit une communauté de pratique comme étant le processus d'apprentissage social émergeant lorsque des personnes ayant un centre intérêt commun collaborent mutuellement. Cette collaboration, qui doit se dérouler sur une période de temps notable consiste à partager des idées, trouver des solutions, construire des objets nouveaux.

La communauté de pratique flublogienne a noué des amitiés avec une poignée de hauts gestionnaires gouvernementaux de plusieurs nations.

Très récemment, quelques hauts gestionnaires gouvernementaux se sont mis à bloguer sur Facebook à propos des défis des préparatifs pandémiques. Craig Vanderwagen (des États-Unis) et Thierry Saussez (de la République française) ont ouvert une fenêtre de discussion avec la communauté de pratique flublogienne.

D’autres hauts gestionnaires et leaders gouvernementaux sont invités à suivre les traces de ces deux pionniers, et à participer à l’expérience 2.0. Plus il y aura d’individus impliqués dans la discussion, plus grandes seront les chances que ces échanges conduisent à de l’innovation dans le domaine des préparatifs pandémiques sociaux.

Steve Ressler, un employé de la Sécurité intérieure (Homeland Security) du gouvernement américain, a compris cela il y a plusieurs mois, en lançant (en juin 2008) un site de réseautage social – www.GovLoop.com - conçu et construit exclusivement pour les employés du secteur public (et ouvert au monde entier). Steve Ressler espère positionner ce site comme plaque tournante du secteur public: un endroit où les décideurs et les fonctionnaires échangeront des idées et exploreront de nouvelles opportunités. Ressler est également co-fondateur d’une organisation professionnelle connue sous le nom de Young Government Leaders (Jeunes dirigeants), dont le but est d’aider le gouvernement à évoluer dans l'ère du Web 2.0.

Ce réseau comporte actuellement plus de 7000 membres de plusieurs niveaux de gouvernement: fédéral, des États (ou provincial) et local. Les utilisateurs de GovLoop sont variés: on y compte des CIO (Chief Information Officers), de brillants administrateurs, de même qu’à peu près tous les types de personnel, en provenance des États-Unis, ainsi que du monde entier.

En peu de temps, les utilisateurs ont rédigé des centaines de billets, lancé des centaines de discussions via des groupes, ont affiché des événements, et ont partagé plus de mille photographies et vidéos. Les utilisateurs de GovLoop se réunissent et collaborent de façon à améliorer le gouvernement de l’intérieur. De récentes discussions et blogues ont porté sur des sujets tels que le Gouvernement 2.0, la budgétisation participative, la formation de nouveaux dirigeants, et il existe même un groupe se penchant sur une pandémie.

Meghan Harvey, une utilisatrice de GovLoop, a écrit dans un message intitulé ‘How GovLoop Helps Restore Faith’: «Si les gens situés au cœur d’un gouvernement sont dévoués, passionnés, et intelligents, alors comment le public ne pourrait-il pas avoir la foi dans les directives et mesures d’un pays?»

David Nabarro et son équipe, dans le Quatrième rapport intérimaire mondial sur la gestion de la grippe aviaire, recommandait: «L’instauration d’une relation de confiance entre les populations et les autorités, en particulier en ce qui concerne les mesures de contrôle qu’elles prônent, jouera un rôle crucial pour permettre aux gens de se protéger contre la grippe aviaire pathogène et de limiter les conséquences potentielles de la maladie et d’autres maladies infectieuses émergentes.» (Synopsis, paragraphe 18)

Je suis fière des développements observés ces six derniers mois concernant des tentatives d’apprivoisement entre la société civile et des membres du secteur public, en lien avec les préparatifs pandémiques.

Réjouissons-nous de ces acquis.

Mais poussons également pour que ce bourgeonnement d’échanges se développe en un phénomène mondial, qui pourraient conduire à l’implantation de réels préparatifs pandémiques sociaux.

Mon hypothèse, en présentant l’outil de réseautage GovLoop.com aux gestionnaires de pandémie, est qu’en introduisant des outils de partage d’information favorisant une plus grande expérience 2.0, cela pourrait conduire à un essor 2.0 mondial dans le domaine des préparatifs pandémiques.

J’ai lancé aujourd’hui des invitations à mes amis gestionnaires et décideurs à s’inscrire à GovLoop.com, et à participer à cette expérience de réseautage. J’espère qu’ils répondront à cet appel et que fleurira la pratique 2.0 dans notre milieu. Après tout, nous sommes sur le point de célébrer l'arrivée du printemps. Un peu de nouveauté ferait le plus grand bien.

11 mars 2009

Il est temps de modifier les directives adressées au grand public

[George Bernard, bijoutier à Laval, ne manque pas de travail lors du changement d'heure. Photo Luc Laforce]

Ce dimanche 8 mars, toute l'Amérique du Nord a changé d’heure. Nous sommes passés à l’heure avancée, ou heure d'été.

Il serait temps pour les nations du monde de passer à des recommandations avancées. En quelque sorte, d'ajuster nos pendules à l'heure de la pandémie.

Voici comment j’entrevois la situation actuelle.

En novembre dernier, David Nabarro a annoncé qu’il évaluait que l’état de préparation mondial était d’environ 40%. Il a expliqué qu’il basait cette évaluation sur le 35% des nations ayant commencé à tester leurs plans de lutte à une pandémie.

Le mot d’ordre était donné pour encourager les nations à mettre à l’épreuve leurs stratégies de pandémie. Le Quatrième Rapport intérimaire mondial sur la grippe aviaire, publié à la mi-octobre 2008 par l'équipe de David Nabarro, indique à ce sujet: «Il importe maintenant de consolider les réalisations en matière de préparation à la pandémie et de veiller au caractère opérationnel des plans en en faisant la promotion, en les approuvant, en les mettant à l'épreuve et en les examinant systématiquement à l'aide des leçons apprises ainsi qu'en les incorporant aux structures de gestion des catastrophes.» (Synopsis, paragraphe 20)

Ces derniers mois, la crise économique mondiale a accaparé beaucoup d’attention médiatique.

Mais malgré un contexte économique menaçant, quelques nations continuent de peaufiner leurs préparatifs en vue d’une pandémie.

Dernièrement, nous avons entendu parler de simulations de pandémie effectuées au Japon, en lien avec les transports en commun (voir Japan: Social Distancing Test On Commuter Trains). Les Japonais ont tiré des plans pour tenter de trouver des méthodes qui permettraient d’appliquer une règle de 2 mètres de distanciation sociale. Cela a conduit à des révisions de stratégies pour les grands centres urbains, tel que Tokyo, où il a été établi que si seulement 40% de la population se déplaçait et sortait de leur résidence, alors il serait peut-être possible de contrôler le niveau d’infection occasionné par une pandémie. Les Japonais ont évalué que tout pourcentage de population au-dessus de 40% se déplaçant dans des endroits publics occasionnerait un échec de gestion de la part des autorités de ce pays.

Ces conclusions sont intéressantes, et influenceront probablement d’autres nations ayant sur leur territoire des centres urbains à forte densité humaine.

Comme Paris, par exemple, la ville-lumière de la France.

Les mesures pharmaceutiques, en raison du présent contexte économique difficile, et d’autres facteurs exceptionnels (tels que la résistance aux antiviraux et le nombre d'années qu'il faudra pour fabriquer un vaccin de souche pandémique), se dirigent vers une sorte de cul-de-sac. De nombreux plans de lutte ont beaucoup misé sur les mesures pharmaceutiques.

Époque oblige, un changement de stratégie s’impose.

Une autre solution aurait été de renforcer l’infrastructure du système de santé publique. Mais cela s’avère une tâche titanesque, qui exigerait nécessairement des sommes astronomiques, en plus d’un leadership considérable. Le contexte économique actuel n’est pas favorable à cette avenue. Nous assistons plutôt à des annonces de déficits et à des coupures, qui auront pour effet de fragiliser l’infrastructure du système de santé. Revere (d'Effect Measure) a écrit à propos de maintenir l'accent sur la santé publique:
"Nous l'avons dit souvent, mais cela ne peut pas être déclaré trop souvent: si vous voulez vous préparer à une pandémie d'influenza -- ou à n'importe quel choc aigu à un système quelconque -- la meilleure chose à faire est de renforcer le système de santé publique et les services d'infrastructure sociale. Acheter et stocker des vaccins et des antiviraux pourrait -- ou ne pourrait pas -- fonctionner pour l'influenza. Mais un système de santé publique robuste et un système de service social, par contre, cela marcherait pour tout le monde, incluant en période de récession prononcée."

Restent alors les mesures non pharmaceutiques telles que la distanciation sociale et des réserves personnelles en approvisionnement, et l'orchestration d'une participation active de la population. En d’autres mots, l’implantation de réels préparatifs pandémiques sociaux. L’époque où des États se contentaient de créer l’illusion d’un pandémisme de façade est révolue. Les nations qui veulent s’en sortir devront changer leur fusil d’épaule.

Plusieurs éléments jouent en la faveur du développement de mesures non pharmaceutiques:

> leur coût moins élevé (comparativement à des achats coûteux de produits pharmaceutiques);

> le fait que les médias sociaux ont atteint un point de basculement;

> le risque de pandémie, qui augmente en raison d’un relâchement de la surveillance des maladies, occasionné par des coupures aux budgets de pandémies des nations du monde.


C’est dans ce contexte qu’a eu lieu cette semaine une simulation de pandémie dans un supermarché de la région de Lyon, en France.
"Le scénario est simple: 8h30, le magasin n'est pas encore ouvert, que déjà, dehors, près 200 personnes attendent. Les portes coulissent et immédiatement, c'est la ruée. Remplir son chariot devient alors un exercice de haute voltige. Eau, pâtes, riz, farine, huile... les produits de première nécessité sont les plus recherchés. Au bout de quelques minutes à peine certaines denrées sont déjà en rupture de stock.

Très vite, l'exercice montre que, dans un tel contexte, les comportements individualistes prennent le dessus. Les réactions du personnel sont alors fondamentales, d'autant, qu'en raison de la pandémie, l'équipe est sensiblement réduite." (M6Info.fr)


"Le camion vient à peine de se garer à l'arrière du supermarché qu'il est pris d'assaut par une horde de clients portant des masques blancs. Hier, à l'Intermarché de Grigny, le réapprovisionnement du magasin en denrées de première nécessité a failli tourner au cauchemar. «Quand j'ai vu les gens se ruer dessus, j'ai préféré tout mettre en réserve plutôt que déclencher une émeute. Le jour où il y aura une vraie crise, on devra fermer le point de vente pendant la livraison», raconte, épuisé, Christophe Dejob, le PDG de l'Intermarché. Durant 48 heures, son magasin a été le théâtre d'une simulation de pandémie de grippe aviaire organisée par l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact).

«Il s'agissait de voir comment une entreprise peut maintenir son activité alors qu'une partie du personnel est malade, que les fournisseurs peinent à approvisionner et que les clients veulent faire le plein de pâtes, d'eau ou de lait pour enfants», explique Jack Bernon, responsable du département santé et travail à l'Anact. Une centaine de figurants, masques sanitaires sur le visage, ont ainsi joué dimanche et hier les clients furieux et angoissés, face à un personnel en sous-effectif pour tester le «plan de continuité d'activité» du magasin. «Il a fallu dès le matin former en 30 minutes des hôtesses de caisse», explique Christophe Dejob, confronté au casse-tête des consignes sanitaires en cas de pandémie. Il est recommandé de se tenir à au moins 2 m de toutes personnes. C'est difficile au moment de payer ses achats. Autant fermer le magasin.» L'intégralité de l'exercice a été filmée et fera l'objet d'une diffusion en DVD auprès des entreprises de la distribution." (20Minutes.fr)

Allumez vos lampions, car cet événement est d’une importance capitale dans l’avancement des préparatifs pandémiques sociaux. Les espérances que cet événement débouche sur de l’innovation sont élevées.

Je considère qu’il s’agit d’un point de basculement mondial, qui pourrait entraîner de nouvelles stratégies.

Les nations avec suffisamment de bon sens pour intégrer l’apprentissage issu de tests et de simulations de pandémie, sont celles ayant les plus grandes chances de voir progresser leurs mesures d’urgences et, par conséquent, de probablement mieux s’en tirer que d’autres, lors de l’avènement d’une pandémie.

Il y a quelque temps, la République française a aligné ses recommandations de stockage individuel de vivres et de biens essentiels sur celles des États-Unis, en incitant ses citoyens à prévoir pour deux semaines d’approvisionnement.

L’exercice de simulation de cette semaine ayant eu lieu en sol Français était unique en son genre. À ma connaissance, il s’agissait d’une première.

Nous avons entendu quelques avertissements à propos des dommages collatéraux, surtout de la part du Dr Michael Osterholm, le directeur du CIDRAP (des États-Unis).
"Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle (approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie." ('Little evidence for New York City quarantine in 1918 pandemic', CIDRAP News, 27 novembre 2007)

Il y a par ailleurs eu une excellente étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Sydney intitulé 'A food "lifeboat': food and nutrition considerations in the event of a pandemic or other catastrophe’ (Bouée de sauvetage de vivres), où il a été expliqué pourquoi les vivres viendraient à manquer dès les premières semaines d’une pandémie. Cette étude avertissait également que si les citoyens attendaient à la dernière minute pour se constituer une réserve d’approvisionnement, il n’y aurait pas suffisamment de denrées disponibles en Océanie pour suffire aux besoins de la population.

Il y a eu également d’excellents textes publiés dans le site GetPandemicReady, soutenu par le comté de Nez Perce en Idaho, aux États-Unis. Le collectif de citoyens ayant créé GetPandemicReady a argumenté en faveur de trois mois de réserve personnelle en approvisionnement.

Bien que de plus en plus de gens aient pris conscience ces derniers mois de la nécessité et de l’utilité d’une réserve individuelle considérable, il ne s’est pas encore manifesté de volonté politique de la part d’aucune nation, conduisant à des modifications de recommandations officielles de la part des nations les plus avancées dans ce domaine.

Mais l’exercice de simulation de pandémie dans un supermarché lyonnais qui a eu lieu cette semaine pourrait s’avérer le catalyseur d’une nouvelle approche de la part des stratèges de la République française.

Oseront-ils se positionner comme la toute première nation à recommander aux citoyens d’avoir pour de nombreuses semaines d’approvisionnement dans son garde-manger?

Tôt ou tard, quelqu’un va devoir se décider à avertir la population du réel danger, et des conséquences très probables qu’une pandémie aura sur l’existence des citoyens.

Non seulement les autorités gouvernementales sont-elles en très mauvaise posture pour assurer que des soins de santé aient lieu en temps de pandémie, il est évident qu’aucun gouvernement ne sera en mesure de nourrir une population entière, advenant des ruptures prolongées au système juste-à-temps d’approvisionnement.

Je considère que les autorités gouvernementales sont au pied du mur: elles doivent trouver au plus vite des moyens pour atteindre un état avancé de préparation pandémique sociale. Le défi est colossal, et l’atteinte de l’objectif ne se fera pas du jour au lendemain. Des efforts considérables devront être déployés. C’est dès maintenant que les gouvernements devraient s’atteler au défi de développer et d’implanter des préparatifs pandémiques sociaux.

Les nations qui échoueront dans cette tâche risqueront de disparaître, anéanties sous le fardeau du chaos social, de la famine, d’un nombre élevé de victimes, et de la faillite économique.

Des choses relativement simples, comme dire la vérité, expliquer clairement les enjeux, et répéter, tel un perroquet ou un gramophone, des directives réalistes aux populations, pourraient faire une différence, dans la gueule d’une pandémie mortelle.

05 mars 2009

La montée des goverati

Mark Drapeau

Il y a un mois, via @AndrewPWilson, j’ai découvert Mark Drapeau (qui est ­@cheeky_geeky sur Twitter), un associé de recherche au Centre de la technologie et de la politique de sécurité nationale de la National Defense University de Washington.

Il parlait des goverati dans un article intitulé ‘Government 2.0: The Rise of Goverati’.

Je ne connaissais pas ce mot: goverati.

Pas étonnant, car il a été inventé il y a quelques semaines…

Le fait que Mark Drapeau analyse des éléments de défense nationale est intéressant (d’un point de vue de préparatifs pandémiques) et je vais tenter de le suivre au cours des prochains mois.

Une phrase mentionnée dans son article ‘Government 2.0: A Theory of Social Government’, a retenu mon attention: «Pour quelqu’un qui étudie le lien entre les maladies infectieuses et la sécurité internationale, je réfléchis à l’utilisation des communications sociales en ligne dans le cas d’une pandémie.» Voilà, c’est dit. Il a osé prononcer le grand P. Et vous pouvez être certains que je vais creuser pour trouver d’autres informations, et voir où il en est rendu dans ses réflexions à ce sujet.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos goverati.

Dans Federal Computer Week, Mark Drapeau explique d’où vient ce terme et ce qu’il signifie:
«Dernièrement, il y a eu pas mal de bourdonnement à propos des technologies des médias sociaux à Washington. Des technologies Web 2.0 telles que WordPress, Twitter et Qik sont en train de pousser les communications et les interactions personnelles vers de nouveaux domaines. Mais une tendance locale dans le domaine des logiciels sociaux a largement échappé à l’attention des médias nationaux: la montée des goverati.

Qui sont donc les goverati, me demanderez-vous – et en faites-vous partie? Goverati est un terme que j’ai inventé il y a quelques semaines alors que je participais à un groupe de discussion du Social Media Club DC. Essentiellement, les goverati sont des personnes familières avec le gouvernement et avec la manière dont il fonctionne, et qui comprennent les technologies des médias sociaux. Ces gens veulent se mettre en réseau les uns avec les autres, afin de favoriser de plus en plus de transparence, de participation et de collaboration du gouvernement.

Le président Barack Obama a émis dernièrement un mémo qui remet en cause le gouvernement pour accomplir cet objectif au cours de son mandat. Étant donné que les outils 2.0 ont donné de l’empowerment aux personnes et leur ont permis de communiquer les unes avec les autres, d’une manière plus efficace et plus ouverte, les gens demandent également à avoir accès à leur gouvernement. La bonne nouvelle est que cela est en train de se produire [aux États-Unis]. Les applications sociales feront partie d’une stratégie globale impliquant le directeur technique national (qui n’a pas encore été nommé), le Bureau de la gestion et du budget, ainsi que les Services d’administration générale. De plus, le directeur des nouveaux médias de la Maison Blanche, Macon Phillips, saura sans doute conseiller le président sur les progrès réalisés, pousser le long de ce processus et le tenir intelligemment informé.

Tout comme les goverati exercent des pressions pour qu’ait lieu un gouvernement plus transparent, participant et collaboratif, ils utilisent simultanément les applications de réseautage social, pour lesquelles ils sont passionnés, pour réseauter les uns avec les autres, et pour devenir une force collective plus puissante que la somme de ses parties individuelles.

Par exemple, un employé du ministère de la Sécurité intérieure a développé un réseau social informel appelé ‘GovLoop’ dans ses temps libres, et en seulement quelques semaines, les adhésions ont grimpé à plus de 5,000 membres. Intelink, la communauté du renseignement de sécurité du réseau pour l'échange d'informations, est à fleur d'eau dans les blogs et autres communications sur des sujets pertinents.Et les goverati peuvent être trouvés en train de réseauter sur à peu près n’importe quel outil commercial existant, incluant des réseaux d’affaires tels que LinkedIn, Facebook et d’autres sites Internet.

Mike Leavitt

Ce mouvement n’est pas limité qu’aux employés de la Génération Y, aux stagiaires collégiaux, et aux geeks. L’ex-ministre de la Santé et des Services sociaux [Mike Leavitt] a édité son propre blogue à propos de l’influenza. Le commandant de la Garde côtière utilise YouTube et Facebook. Et ce mouvement n’est pas uniquement limité qu’aux initiés de Washington: Craig Newmark, fondateur de Craiglist, a parlé de la nécessité d’ouvrir le gouvernement au cours d’une récente discussion.

Les goverati utilisent également leurs réseaux sociaux pour planifier des événements informels qui les aident à échanger des idées et apporter de nouvelles personnes dans la bergerie. Un de ces événements à venir est le Government 2.0 Camp, qui se tiendra à Washington les 27-28 mars prochain, où des gens du gouvernement, de l’éducation et de l’industrie partageront leurs informations, formeront de nouvelles collaborations, et discuteront d’un futur gouvernement transparent, participant et collaborateur par, et pour le peuple. Il est encore temps pour vous de rejoindre les rangs des goverati.»

Vous imaginez un peu que je serais aux anges si ce contexte de transparence, participation et collaboration pouvait exister au Québec!

Au lieu de cela, nous nous faisons dire que les gens qui s’intéressent à la fois aux médias sociaux et au gouvernement sont des crétins. Difficile d'oublier la décision du gouvernement du Québec du 17 juin 2008, de ne pas collaborer avec des membres de la sphère du Flublogia, et le site Zonegrippeaviaire.com, parce que les médias sociaux «ne sont pas assez crédibles ni suffisamment matures», et pour ne pas avoir à reconnaître le reste des médias sociaux.

Au lieu de montée des goverati, nous assistons plutôt à l’étouffement de ceux-ci au Québec. Dommage. Nous manquons une fois de plus le bateau.

Si vous êtes à Washington, il y a des chances que vous puissiez faire partie de la montée des goverati. Mais si vous vous trouvez ailleurs...

Le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook franchit le cap des 100 premières personnes

Il n'est pas facile de rallier des gens derrière ces deux mots «grippe aviaire».

Combinez cela à l'idée qu'il faudrait déployer davantage de préparatifs pandémiques, et vous aurez un aperçu des difficultés de mobilisation pour un groupe comportant ces deux éléments dans Facebook.

Après six mois de présence sur Facebook, le groupe [Zonegrippeaviaire] en faveur de plus de préparatifs en vue d’une pandémie, créé (curieusement) un 11 septembre (2008), a enfin atteint le 5 mars 2009 le cap des 100 premières personnes à avoir rejoint ce groupe.

Ce nombre de personnes est plutôt restreint, pour Facebook, où nous sommes habitués à voir des groupes constitués de milliers de personnes, voir même de centaines de milliers de personnes.

Zonegrippeaviaire a atteint presque le double de personnes, à comparé au groupe (créé par des Américains) intitulé Public Health Early Warning and Preparedness, qui a attiré à ce jour 57 personnes sur Facebook.

Ces résultats démontrent à quel point le phénomène mondial connu sous le nom de la «flu fatigue» a fait son œuvre, détruisant tout intérêt pour les questions de pandémie. Pour en savoir plus sur la «flu fatigue», consultez ce billet du blogueur canadien Crawford Kilian: Branswell, «Cinq ans de lassitude à propos de l’influenza», et celui du journaliste du Monde, Jean-Yves Nau, «Michel Setbon, Le public croit de moins en moins en une pandémie».

Bien entendu, le fait que les autorités québécoises aient refusé de collaborer avec des membres de la sphère du Flublogia et de reconnaître le site Zonegrippeaviaire.com, pour ne pas avoir à reconnaître le reste des médias sociaux, ne joue pas en la faveur de la popularité de ce groupe.

En décembre 2008, David Nabarro, coordonnateur senior de l’influenza humain et aviaire aux Nations Unies, a rejoint ce groupe. Voir mon billet à ce sujet.

Deux mois plus tard, Craig Vanderwagen, secrétaire adjoint à la préparation et à l'intervention dans le cadre de la requalification de l'Office de la santé publique d'urgence des États-Unis, est devenu le premier haut gestionnaire de pandémie d’une nation à rejoindre ce groupe. Voir mon billet à ce sujet.

Ces derniers jours, nous pouvons noter que les personnes suivantes se sont jointes aux rang du groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook:

Bernard Motulsky

BERNARD MOTULSKY, professeur au Département de communication sociale et publique, est le nouveau titulaire de la Chaire de relations publiques et communications marketing de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Fondée en 2002 par Danielle Maisonneuve, la Chaire de relations publiques et communication marketing contribue au développement de la profession de communicateur à travers ses recherches, ses publications et ses activités de rayonnement.

Bernard Motulsky possède une expérience de plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication et des relations publiques. Il a débuté sa carrière comme rédacteur et journaliste avant de devenir professeur de communication à l'Université Laval. Il a occupé par la suite plusieurs postes, en particulier au sein du Groupe Cossette, au gouvernement du Québec, à la Bourse de Montréal et à l'Université de Montréal où il a été directeur général des communications jusqu’en 2006. Détenteur d’une maîtrise et d'un doctorat (Ph.D.) en philosophie, il agit également comme consultant.

ANDREW P. WILSON fait partie de l’équipe des médias sociaux du ministère américain de la Santé et des Services sociaux (HHS). Le HHS vient tout juste de dévoiler son nouveau site des médias sociaux, le tout premier site de cette nature au monde, un petit bijou qui a de quoi rendre jaloux les citoyens non-Américains, qui, j'en suis persuadée, meurent d'envie d'avoir des AndrewPWilsons dans les rangs de leurs autorités gouvernementales respectives. Vous pouvez consulter le billet du blogueur Michael P. Coston à ce sujet: HHS Unveils New Media Website.

Pete Blackshaw, de Advertizing Age, l’a interviewé Andrew P. Wilson le 5 février 2009, et à dit à propos de lui: «Il s’avère qu’Andrew, officiellement responsable de l’Internet au HHS, est le vrai ‘deal’. Alors que je l’ai suivi pendant plusieurs jours (et vice versa), j’ai senti qu’une nouvelle approche était en train d’émerger dans la manière dont le gouvernement utilise les outils Web 2.0 pour se rapprocher des consommateurs et des principales parties prenantes. Il placote, tisse des liens et intervient. Il aide les gens avec des questions et préoccupations au sujet de la salmonelle.»

Andrew P. Wilson a déclaré dans cette entrevue: «Mon impression est que le président Obama comprend la valeur des médias sociaux. Non pas comme un outil, mais comme un moyen de dialoguer avec le public. De mon expérience personnelle, je vois des gens qui travaillent très, très fort pour faire une différence. Nous espérons que ces nouveaux outils pourront aider à élargir la portée.» Vous êtes invités à le suivre sur Twitter (vous verrez à quel point il est formidable): @AndrewPWilson

GUY THERRIEN est conseiller aux communications à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il est propriétaire de Guy Therrien Communication. Auparavant, il a été responsable des communications à l’Association québécoise de prévention du suicide. Son blogue s’intitule Nomade sur mon divan.

Pour avoir échangé plusieurs fois avec Guy Therrien, j’ai remarqué qu’il est très au fait des stratégies gouvernementales de préparation de pandémie du gouvernement du Québec. Guy Therrien est sur Twitter lui aussi. Vous pouvez le suivre à @Gtherrien.

Je vous en prie, faites comme ces gens, et joignez-vous au groupe [Zonegrippeaviaire] en faveur de plus de préparatifs en vue d’une pandémie.

04 mars 2009

L’implantation de préparatifs pandémiques sociaux repose sur la capacité d’innovation des structures de gouvernance

Nous sommes à l’aube – du moins, c’est ce que je pense et espère – du lancement de préparatifs pandémiques sociaux. Ce vœux de David Nabarro, formulé dans le rapport de l’ONU et de la Banque mondial qu’il a piloté (Quatrième Rapport intérimaire mondial sur la grippe aviaire), demeurera-t-il à jamais du domaine de la théorie, ou finira-t-il par voir le jour?

Jusqu’à présent, nous ne pouvons pas dire que société civile a été impliquée très activement dans l’effort de préparation en vue d’une pandémie.

Donc, pour que des préparatifs sociaux aient lieu, il faudrait que de nouvelles stratégies soient établies et que de nouveaux plans d’action et de communication soient déployés.

Le Rapport de David Nabarro a été dévoilé à la mi-octobre 2008. Mais aucune directive aux nations, détaillant de manière plus précise comment celles-ci pourraient s’y prendre pour développer des préparatifs sociaux, n’a encore (à ma connaissance) été publiée.

Dans ce cas, les nations sont libres d’innover et de faire comme bon leur semblera et du mieux qu’elles pourront pour atteindre l'objectif d'état de préparation sociale fixé il y a cinq mois par l’ONU et la Banque mondiale. Quelques semaines après la publication de son Rapport, David Nabarro a indiqué qu'il évaluait que l'état de préparation mondial (des nations) était d'environ 40 pour cent. Il a indiqué qu'il souhaitait que l'état de préparation augmente à 60, voire 70 pour cent d'ici 2010. Ce chiffre - mettons 60% - s'il s'agit d'un niveau souhaitable pour les préparatifs pandémiques des gouvernements, alors je pense que nous pourrions en souhaiter autant pour les préparatifs sociaux.

Comment s’y prendre pour atteindre 60% d'état de préparation de la société civile? Est-ce faisable?

Je pense que oui. Mais cela ne se fera pas par enchantement.

Commençons d’abord par évaluer de quelle manière les autorités gouvernementales ont entrevu la question jusqu'à présent.

Le sociologue Michel Setbon résume bien la problématique de la perception du rôle du citoyen par les autorités au journaliste Jean-Yves Nau du Monde, «J'estime que l'erreur des pouvoirs publics réside dans leur croyance récurrente selon laquelle la population va être l'objet passif des mesures décidées, alors même qu'elle en sera le sujet, c'est-à-dire l'acteur central et imprévisible. C'est un décalage conceptuel qui est loin d'être anecdotique.»

Donc si les citoyens sont perçus comme des «objets passifs» par les autorités, il est difficilement imaginable qu'il puisse être possible que 60% de ces «objets passifs» arrivent à un jour à se préparer (passivement) en vue d'une pandémie.

J’ai noté sur Facebook cette semaine des commentaires allant dans ce sens, de Michel S.f. Vermeulen, qui a été très franc dans sa réponse à un article intitulé «À propos de la grippe aviaire» publié par Thierry Saussez, délégué interministériel à la Communication et directeur du Service d’information du gouvernement de la République française. Concernant le Guide pratique de la vie quotidienne en pandémie, il a indiqué: «Une magnifique initiative d'information de la population, permettant d'éviter la panique, rendant inopérante toute planification. (…) La population sera rendue active et solidaire, en n'étant pas un spectateur passif et victime d'une calamité, mais un acteur conscient de son rôle participatif avec les intervenants professionnels.»

S’il ne s’agit pas d’une erreur (l’emploi du mot «inopérante»), alors j’interprète les commentaires du médecin et blogueur belge Michel Vermeulen comme allant dans le sens de ceux du sociologue français Michel Setbon.

Alors que Michel Setbon parle «d’acteur imprévisible», Michel Vermeulen envisage plutôt un «acteur conscient de son rôle participatif.»

Je pense que Michel Vermeulen vient de mettre le doigt sur l’élément clé d’une stratégie de préparatifs pandémiques sociaux (qui aurait des chances de conduire à la mitigation de sociétés). Mais ce sentier - non battu - sera-t-il emprunté par des instances gouvernementales?

La conjoncture mondiale actuelle m’apparaît comme un terrain mûr pour qu’aient lieu des préparatifs pandémiques (dans certaines nations qui oseront les développer).

Nous avons pu observer de timides tentatives de rapprochement de hauts gestionnaires gouvernementaux avec des membres de la communauté de pratique flublogienne. Au cours du mois de février 2009, Craig Vanderwagen (États-Unis) et Thierry Saussez (France), ont publié des éléments de réflexion et d'information sur Facebook. Il y a par ailleurs eu beaucoup de travail effectué ces dernières semaines par les agences américaines pour diffuser en simultané de l'information sur les préparatifs d'urgence (pas uniquement de pandémie) via des outils de réseautage social.

Mais, entendons-nous. Nous sommes encore TRÈS LOIN du but.

Les hauts gestionnaires vont devoir transformer radicalement leur approche, s’ils souhaitent atteindre un état de préparation social significatif, c'est-à-dire le 60-70% mentionné par David Nabarro.

Actuellement, très peu de citoyens ont entrepris des préparatifs individuels SPÉCIFIQUEMENT en vue d'une pandémie. En raison du phénomène connu sous le nom de «flu fatigue», j’évalue que cela doit être de l’ordre de moins d’un pour cent de la population. Ma conception d'une préparation individuelle inclut une réserve de TROIS MOIS de nourriture, eau, médicaments, et biens essentiels tel que recommandé par GetPandemicReady - soutenu par le comté Nez Perce en Idaho aux États-Unis (avec en périphérie, une panoplie d'autres éléments à préparer). Donc je pense qu'il est réaliste d'évaluer que moins d'un pour cent de la population a effectué cela. Pour traverser une pandémie sans trop sombrer dans le chaos social, l’état de préparation social devrait à mon avis atteindre un minimum de 50% de la population. Vu que seulement environ 10% des citoyens répondent présentement à des directives de préparatifs pandémiques (comme ce fut notamment le cas en Suisse, où 1 citoyen sur 10 s’est procuré les masques recommandés), il va donc falloir déployer ÉNERGIE ET MOBILISATION CONSIDÉRABLES afin de préparer la société civile.

J’ai de gros doutes sur les actuelles capacités des nations à déployer des préparatifs pandémiques sociaux.

Pour qu’une importante préparation sociale ait lieu, il va falloir démontrer davantage de leadership, transparence, volonté, et courage.

La clé du succès passe par l’innovation.

Et pour ce faire, il ne faudra pas avoir froid aux yeux.

J’ai découvert il y a quelques mois le site Harvard Business Publishing. La section intitulée ‘The Big Shift’ est gérée par John Hagel III, John Seely Brown et Lang Davison, des auteurs connus ayant publié plusieurs ouvrages. Lang Davison est entre autres l’ancien éditeur en chef de la fameuse publication McKinsey Quarterly (dont j’ai parlé dernièrement de leur article considéré par plusieurs comme un point de basculement. Voir mon billet «6 éléments de gestion Web 2.0 qui ont du succès, d’après McKinsley»).

Hier, les 3 éditeurs de Big Shift ont publié un article portant sur l’innovation institutionnelle. Je vous en souligne des extraits ici, car je pense qu’il y a là matière à réflexion, et que ces éléments devraient être considérés par les gestionnaires de préparatifs pandémiques.

Cet article de Big Shift porte sur la différence entre les ‘push-based organizations’ (axées sur le contrôle) et les ‘pull-based organizations’ (axées sur le partage des forces).
«Le passé appartient aux institutions 'push' (pousser), mais le futur appartient aux institutions 'pull' (tirer).

Une véritable ‘pull-based organization’ reste encore à être vue en nature.

Notez qu’un basculement de dispositions s’avère nécessaire, alors que nous progressons d’institutions ‘push’ à ‘pull’. Les institutions ‘push’ sont typiquement centralisées, bureaucratiques, et en mode commande-et-contrôle, et les dispositions qui prévalent parmi leurs dirigeants sont les mêmes: ceux-ci tiennent solidement les rennes de la propriété intellectuelle (ce qui se traduit par mettre la foi dans les actions plutôt que dans les flux de connaissances). Ces institutions approchent la collaboration avec prudence, et uniquement avec une poignée de partenaires sélectionnés soigneusement, partageant les mêmes dispositions.

Les institutions ‘pull’, en revanche, tendent vers la décentralisation, le modulaire et les liens détendus de collaboration, ainsi que vers ce qui est émergent. Les dispositions qui prévalent penchent davantage vers la collaboration que vers le contrôle. Les dirigeants orientés en mode ‘pull’ reconnaissent que la puissance des formes de collaboration sont très évolutives, et ils mobilisent un grand nombre de participants offrant diverses spécialisations poussées.

Les institutions ‘pull’ investissent MASSIVEMENT dans l’accès aux talents, peut importe où celui-ci réside, et dans la construction de relations pour motiver ce talent. Ces «talents distribués», soutiennent par la suite les initiatives de l’organisation, indépendamment de savoir s’ils choisissent de s’affilier officiellement à l’institution. [Un bon exemple de cela: le succès des stratégies de mouvements sociaux de Marshall Ganz de la campagne de Barack Obama. Voir mon billet à ce sujet.]

Il est évident que nos institutions existantes, solidement ancrées dans le monde en mode ‘push’, devront considérablement se redéfinir de vue d’exploiter de manière efficace le potentiel du mode ‘pull’. L’innovation institutionnelle – la refonte des rôles, des relations et des structures de gouvernance nécessaires pour amener les participants vers des efforts de production – sera une condition essentielle.

Les institutions ‘pull’ auront besoin de complètement se réorienter en ce qui concerne le talent, alors que nous ré-imaginons les corporations et les autres institutions comme des lieux où des individus talentueux expérimenteront, apprendront, performeront, et prospéreront.

Ceci exigera de profonds changements de stratégie, d’organisation, d’opérations, et de technologie.»

03 mars 2009

Une communauté est totalement dépendante des marginaux ou innovateurs

Mark Granovetter

Sans la marginalisation ou l'innovation, n’importe quelle communauté n’a aucune possibilité pour l'organisation ou à la régénération, d’après Mark Granovetter, un sociologue américain.

Ceci a des conséquences décisives.

En appliquant cette théorie au contexte des préparatifs pandémiques, il devient possible de comprendre à quel point la communauté de pratique flublogienne joue un rôle déterminant dans l’implantation de préparatifs en vue d’une pandémie.

Supprimez la communauté de pratique flublogienne, et vous éliminez du même coup l’espérance que de réels préparatifs pandémiques sociaux voient le jour.

Par contre, soutenez et favorisez les actions de la communauté de pratique flublogienne, et vos probabilités que l’organisation et la régénération en vue d’une pandémie aient lieu, augmentent de beaucoup.

Mark Granovetter est considéré comme l'un des principaux représentants de la sociologie des réseaux sociaux et l’un des principaux acteurs du renouveau de la sociologie économique. Il est professeur de sociologie à l'Université Stanford. L'un de ses apports les plus connus à la recherche est sa théorie de la diffusion de l’information dans une communauté, connue sous le nom de la «force des liens faibles» (Strength of weak ties, 1973).

Nous avons souvent entendu parler de liens faibles de la part de gestionnaires de pandémie, mais ces liens étaient généralement perçus comme nuisant à l’ensemble des préparatifs pandémiques. Par exemple, l’ex-directrice du CDC américain, Julia Gerberding, a dit en 2006: «Nous sommes seulement aussi forts que notre lien le plus faible.» Le blogueur américain Michael P. Coston a rédigé un billet en avril 2008 intitulé «Le maillon le plus faible» [The Weakest Link].

Toutefois, dans un contexte de réseaux sociaux, les liens faibles sont positifs.

C'est ce que j'ai appris, grâce à l'ami Joseph Thornley (chef de la direction de Thornley Fallis), qui a publié un lien dans Facebook pointant sur un billet de Gavin Heaton, un stratège en développement des affaires de la région de Sydney en Australie. Son blogue s’intitule Servants of Chaos. Gavin Heaton cite dans son billet un article de Mark Granovetter, qui ne date pas d’hier. Celui-ci a été publié il y a 36 ans dans l’American Journal of Sociology (vol 78, édition 6). La théorie concoctée par ce sociologue s’enfile comme un gant au contexte actuel des médias sociaux.

Mark Granovetter a souligné le fait que dans un réseau social, les liens les plus faibles s’avèrent les plus puissants en termes de diffusion de l’information. Nous pourrions être portés à penser l’inverse, que ce sont les liens les plus forts qui sont les plus importants. Granovetter explique que non.

Voici un extrait du billet de Gavin Heaton:
Les premiers adopteurs et les adopteurs précoces
«L’article souligne la différence entre les premiers adopteurs [first adopters] et les adopteurs précoces [early adopters]. Les premiers adopteurs sont des innovateurs. Ils sont marginaux, isolés, avec de très petits réseaux sociaux. Une des caractéristiques de ces innovateurs est qu’ils ont des relations en tête-à-tête ou des ponts avec plusieurs personnes qui font partie de groupes à portée de main [at arm's length]. Il est également important de noter que le pont consiste uniquement en un «lien faible».

Les adopteurs précoces, en comparaison, ont la «réputation» de protéger. Ils ne sont pas des innovateurs, mais ils se situent près d’eux. Ceci signifie que pour qu’une idée se propage à travers un réseau social, il doit exister un lien faible entre le premier adopteur et l’adopteur précoce. Les premiers adopteurs les plus efficaces sont ceux qui possèdent un certain nombre de ponts entre eux-mêmes et d’autres réseaux:
«Intuitivement, ceci signifie que ce qui est diffusé peut toucher un plus grand nombre de personnes, et parcourir une plus grande distance sociale, lorsque l’information passe par un lien faible plutôt que par un lien solide.» (page 1366)

Les liens faibles stimulent l’action
L'un des résultats surprenants de cette analyse est le lien entre la faiblesse des liens et de l'action:
«Des études sociales et de communication de masse ont démontré que les personnes agissent rarement en fonction d’information émanant de médias de masse, à moins que l’information ne soit également transmise par l’entremise d’un lien personnel.» (page 1374)

La communauté est ABSOLUMENT dépendante de la marginalisation
Mais sans doute que l’élément le plus important est le besoin absolu de l’aliénation et de la marginalisation au sein d’une communauté. Encore une fois, ceci pourrait paraître contre le bon sens, mais l’analyse - et plus important encore, les tests - le prouvent. Sans les marginalisés ou les innovateurs, n’importe quelle communauté n’a aucune possibilité pour l’organisation ou la régénération:
«Des liens solides, favorisant une cohésion locale, conduisent à une fragmentation globale.» (page 1378) Et si vous y pensez bien, cela a du sens. Ce serait comme avoir un petit bassin de gènes CONVERSATIONNELS: vous avez besoin de nouvelles idées, sinon vous finirez toujours par parler de la même chose, encore et encore.»

D’un point de vue marketing, les premiers adopteurs sont toujours en avance d’une mode. En les observant vivre, il est possible de voir émerger les tendances de demain. Ces personnes sont de formidables boîtes à idées, qui peuvent aider à élaborer, modifier ou valider des éléments de marketing avant un lancement de nouveau produit. Les premiers adopteurs forment un public très averti et même un peu cynique, ce qui est idéal pour tester une stratégie. Ces gens influencent directement les jeunes et les moins jeunes.

D’après l'étude intitulée Leadership d’opinion et communautés virtuelles: un état de l’art, de Younss Fejlaoui, du Centre de recherche en gestion, Institut d’administration des entreprises, Université des sciences sociales de Toulouse, en France, l’intégration du concept de leader d’opinion dans les stratégies marketing et de communication constitue le moyen incontournable d'approche des communautés virtuelles, qui s’avèrent être une nouvelle forme de communication avec un incontestable contre-pouvoir viral. Les décideurs marketing NE DOIVENT EN AUCUN CAS LES DÉLAISSER. Ils doivent également tout faire pour mettre en œuvre des stratégies de communications qui leur seront adaptées.

Cette étude indique que des chercheurs ont fourni la confirmation que l’information diffusée par bouche-à-oreille aurait un impact plus grand sur la décision [d’achat – dans un contexte marketing] que les autres sources d’information classiques, comme la publicité (Urbany et al. 1989).

Dans l’hypothèse qu’un gouvernement souhaiterait communiquer des messages à sa population lors d’une situation donnée, mettons une pandémie, si on applique les résultats de recherche d’Urbany et al. au contexte de crise pandémique, il se pourrait donc que des communautés virtuelles telles que la communauté de pratique flublogienne puisse être efficace, étant donné que l’information diffusée par bouche-à-oreille pourrait avoir un impact plus grand sur les comportements des citoyens que les messages de nature gouvernementale.

Younss Fejlaoui indique que Tsang et Zhou (2005) suggèrent, comme étape préliminaire pour entrer en contact avec les communautés virtuelles, une recherche de permission des participants leaders d’opinion afin de les contacter, dans le but de leur fournir des informations en avant-première et de leur proposer des articles promotionnels exclusifs.

L’étape suivante est celle qui permet de forger une relation à long terme avec les leaders d’opinion au sein de ces communautés, en les invitant à être des membres d’honneur dans leurs panels, ou des bêta-testeurs des nouveaux produits (ou dans notre cas, des politiques et des mesures d’urgence).

Dans le contexte de préparatifs pandémiques, les États-Unis ont intégré les principaux membres de la sphère du Flublogia dans les nombreux comités de travail.

Le gouvernement du Québec, quant à lui, a refusé de collaborer avec des membres de la sphère du Flublogia. Ce qui s'avère ne pas être une stratégie gagnante.

Tsang et Zhou (2005) avancent également que si ces stratégies sont menées correctement, les leaders d’opinion peuvent se transformer et devenir des transporteurs d’une information positive, et par conséquent, influencer les autres consommateurs [dans notre cas, les autres citoyens] composant la communauté.

En se basant sur la théorie de la «force des liens faibles» de Mark Granovetter, et les conclusions d’Urbany et al. ainsi que de Tsang et Zhou, les gouvernements qui souhaitent agir avec efficacité dans le domaine des préparatifs pandémiques, devraient soutenir et encourager les activités des membres - marginaux et innovateurs - de la communauté de pratique flublogienne.

01 mars 2009

Thierry Saussez se positionne comme premier haut gestionnaire francophone à initier un dialogue 2.0 à propos de la grippe aviaire

Thierry Saussez

Les idées pour bloguer ne me manquent pas cette semaine, toutefois, c’est le temps qui me fait défaut. J’ai effectué deux ballades en ambulance ces derniers jours (j’accompagnais deux différents membres de ma famille à l’urgence). La seconde personne est dans un état grave, et les prochaines semaines seront certainement occupées et éprouvantes pour toute ma famille.

Je prends toutefois quelques minutes pour vous informer d’une bonne nouvelle.

Il y a quelques jours, je vous ai avisés que Craig Vanderwagen était devenu le tout premier haut gestionnaire de pandémie d’une nation à ouvrir sur Facebook une fenêtre de dialogue avec la communauté de pratique flublogienne. Voir mon billet à ce sujet.

Craig Vanderwagen s’est également distingué cette semaine en rejoignant le groupe Zonegrippeaviaire sur Facebook. Il a suivi les pas de David Nabarro, coordonnateur senior pour l’influenza humain et aviaire aux Nations Unies, qui s’était joint à ce groupe au début de décembre 2008. Voir mon billet à ce sujet.

Le 28 février 2009, soit deux semaines – jour pour jour – après que Craig Vanderwagen ait innové en commençant à partager des éléments de réflexion et d’information sur Facebook, c’est maintenant au tour de Thierry Saussez de se lancer dans une exploration expérimentale en passant par une plate-forme sociale. Il a publié une note intitulée «À propos de la grippe aviaire», dans laquelle il explique que le Service qu’il chapeaute comporte un «département dédié aux situations d’urgence.»

Thierry Saussez a été nommé, le 16 avril 2008, par le Conseil des ministres, aux postes de Délégué Interministériel à la Communication et Directeur du Service d’information du Gouvernement (République française). Il est chargé de veiller à la coordination des actions d’information et de communication de ce gouvernement.

Le Service d’information du Gouvernement (SIG) est chargé d’analyser l’évolution de l’opinion publique et le contenu des médias; de diffuser aux élus, à la presse et au public des informations sur l’action gouvernementale; de coordonner la politique de communication, en particulier en matière de campagnes d’information et d’études d’opinion.

Le Figaro indiquait en avril 2008 à propos de Thierry Saussez qu’un «communicant» avait été nommé pour éviter les «couacs», et soulignait que Thierry Saussez «est souvent cité parmi les membres du «premier cercle» des proches de Nicolas Sarkozy, dont il fut l'un des mentors. À son actif, la stratégie de forte présence médiatique déployée par l'actuel chef de l'État lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, entre 2002 et 2007.»

Récapitulons.

Nous observons que deux hauts gestionnaires, de deux nations (États-Unis et République française), de deux continents (Amérique et Europe), s’exprimant avec deux langues différentes (l’anglais et le français), et ayant à leur actif une grande expérience dans deux domaines respectifs (la planification de mesures d’urgences et les communications gouvernementales), ont déployé des efforts de rapprochement avec les communautés virtuelles actives sur Facebook.

Ces deux leaders ont débuté leur expérience 2.0 à deux semaines d’intervalle.

Il s’agit d’une bonne chose pour le rayonnement de l’information dans la francophonie en général, que le virtuose des communications de la République française ait initié un balbutiement d’échanges à propos de la grippe aviaire sur une plate-forme de réseautage social.

Bien entendu, vous devinerez que j’aurais souhaité que des hauts gestionnaires du gouvernement du Québec soient parmi les premiers à marcher sur de nouveaux sentiers 2.0 en lien avec les préparatifs pandémiques. Je me réjouis des premiers pas de la République française, mais cela ne se fait pas sans un pincement au cœur, en raison de l’absence d’intérêt ces douze derniers mois de la part des instances québécoises pour le projet Zonegrippeaviaire.com, pourtant basé au Québec. Zonegrippeaviaire est le seul forum en lien avec les préparatifs pandémiques à avoir initié à ce jour une présence sur Facebook, et à avoir contribué à consolider des liens sociaux entre des individus de plusieurs pays et de différents milieux sur cette plate-forme sociale.

Les hauts gestionnaires d’autres nations sont invités à la table de discussion, à joindre leur voix dans le flux des conversations, qui créeront au fil du temps un maillage complexe d'actions entre des acteurs issus de nombreux milieux.

Je pense que Craig Vanderwagen et Thierry Saussez devaient devenir des amis sur Facebook. Ils pourraient ainsi mettre en commun leurs informations et mieux surveiller le fil des conversations.

Je suis très emballée par ce qui se passe et j’ai hâte de voir de quelle manière évoluera l’expérience participative de ces deux spécialistes de la gestion gouvernementale. Observons bien ce qu’ils feront et décideront au cours des prochains mois. Car ces deux leaders sont en train de poser les premières pierres de préparatifs pandémiques sociaux, avec comme catalyseur les médias sociaux. Se prêteront-ils au jeu? Effectueront-ils une sorte de danse, en se répondant l’un l’autre, en partageant leurs préoccupations et leurs défis respectifs? Miseront-ils sur la vitalité des communautés? Parviendront-ils à mettre à profit les forces de la solidarité?

Ces leaders ne seront pas à court de défis.

Si ces deux hommes deviennent amis prochainement (et partagent ensuite plusieurs amitiés), il pourrait se créer un heureux mariage entre la planification de pandémie et les communications gouvernementales. Cela pourrait donner lieu à de nombreux échanges d’idées et de connaissances, et éventuellement, même porter fruit.
 
TwitterCounter for @Lyne_Robichaud