Blogue de Lyne Robichaud

18 novembre 2008

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose

C’est le fouillis et la cacophonie pour la crise de la listériose,
et je n’ai pas hâte de voir ce que ce sera pour la prochaine pandémie d'influenza


Paru le samedi, 30 août 2008, dans la Gazette de Zonegrippeaviaire.com


John Arsenault, Photonica. # 6581-000009

Ce n’est pas la première fois que j’affirme que nous sommes les moins bien préparés, parmi les nations développées, à faire face à une pandémie d’influenza. Avec ce que vous avez pu observer au cours des derniers jours concernant la crise de listériose au Canada, me croyez-vous maintenant? Comptons-nous chanceux que les morts emportés par les bactéries (elles semblent toutefois se multiplier à une vitesse folle: listériose, salmonelle et E.coli) ne sortent qu’au compte-goutte pour le moment. Quand il s’agira de milliers de personnes par jour qui mourront au cours d’une prochaine pandémie d'influenza, à voir la présente gestion de cette crise de santé publique, j’envisage le pire, et même encore plus désastreux que tout ce qui pourrait être imaginé.

Nous aurions désespérément besoin de davantage de préparatifs pandémiques à l’échelle du pays, en passant par tous les échelons, du gouvernement fédéral au citoyen canadien. L’avènement du SRAS aurait dû sonner l’alarme, et déclencher un branle-bas de combat de préparatifs de pandémie de grippe aviaire. Certes, le SRAS a laissé des traces, et des mesures ont été mises en œuvre, mais pas en quantités suffisantes. La présente crise de listériose nous démontre clairement que nous avons besoin d’examiner, sous toutes ses coutures, nos systèmes de surveillance, et aussi de passer au peigne fin la manière dont les autorités s’adressent à la population lorsque surviennent des épidémies. L’idéal serait qu’il puisse exister un dialogue véritable avec la population. Mais à la lumière de ce que nous avons pu observer ces derniers jours, je pense que nos décideurs n’en sont qu’à leurs premiers jours de cours de gestion de crise 101, et qu’ils ont encore pas mal de croûtes à manger avant d’atteindre la note de passage qui leur permettrait d’avancer dans le processus des communications de crise, ce qui nous permettrait alors d’avoir confiance en ce qui sortirait de leur bouche.

Je suis persuadée que si les équipes de travail chargées de la planification des épidémies s’étaient penchées de façon sérieuse et constante sur la menace d’une pandémie d’influenza, et que si des simulations de pandémie avaient eu lieu, impliquant à peu près tout ce qui bouge au pays, la performance actuelle des autorités aurait été toute autre que ce déplorable spectacle que nous observons, bouche bée, les bras tombant d’impuissance.

J’effectue des démarches depuis le mois de septembre 2007 auprès des autorités québécoises, afin qu’aient lieu davantage de préparatifs pandémiques. C’est assez honteux à admettre: je n’ai trouvé à ce jour AUCUN intervenant intéressé par mon discours et celui véhiculé par la communauté virtuelle Zonegrippeaviaire. Les personnes que j’ai rencontrées au gouvernement du Québec «semblent» se ficher totalement de ce que je leur ai dit. Pourtant, ce que je raconte à longueur de journée sur le site Zonegrippeaviaire.com devrait les intéresser. La preuve: voyez dans quels beaux draps nous sommes présentement avec la listériose, et autres panoplies d’empoisonnement alimentaire! Et ce ne sont même pas des virus pandémiques mortels virulents.

J’ESPÈRE que cette crise va mettre un peu de plomb dans le coco des planificateurs et des décideurs du gouvernement du Québec. Je ne pense pas que la plupart soient devenus assez prévoyants pour ce genre d’exercice mental: faire le lien entre ce que nous traversons en ce moment et l’épouvantable vision de ce que pourrait représenter une pandémie grave.

Voici un extrait de l’article du Journal de Montréal, «Bolduc sort de son mutisme»:
«Le Ministère va un peu à tâtons, et le ministre n'a pas l'air sûr de lui. Il est hésitant, déplore Bernard Drainville, du PQ. Il doit être présent, rassurant et être certain que l'information qu'il donne est la bonne

«Son travail n'est pas de couper des rubans ou d'annoncer des millions. Sa principale occupation devrait être de rassurer la population», martèle son homologue de l'opposition officielle, Éric Caire.

Il pointe aussi du doigt la transmission de l'information concernant la bactérie au public et entre les divers ordres de gouvernement.

«C'est le fouillis total. Il y a une absence de communication entre les agences, les CSSS et le Ministère», dit-il.

«Je donne toujours l'heure juste», répond le ministre.

Il ajoute ne pas pouvoir être au courant de tous les cas dans un délai de quelques heures.» Je ne regarde pas chaque cas de listériose, ce ne serait pas logique. C'est quand ça devient un grand enjeu comme maintenant qu'on suit ça de plus près.

«La situation est sérieuse. C'est une crise nationale, et chacun doit jouer son rôle. L'important pour la population, c'est de savoir qu'on a pris les cas en main et qu'on tente d'établir un lien entre eux pour en trouver la source
Faites, mon Dieu, qu’il n'y ait jamais de pandémie d'influenza grave au Québec!

Les autorités québécoises persistent à penser – comme elles le font depuis quelques années – qu’elles sont donc bonnes, les meilleures qui soient en fait, parfaitement capables de gérer avec efficacité et de main de maître une pandémie, et préparées de manière des plus appropriées pour y faire face. Cette mentalité erronée, et malheureusement contagieuse à de nombreuses sphères du gouvernement, va persister au sein de l’administration québécoise tant que nous entendrons des déclarations venant de la bouche du plus haut responsable de la santé au Québec, telles que: «Je donne toujours l'heure juste», ou encore «Aucune faute n'a été commise après ce décès lié à la listériose».

Ce sont des démonstrations de suffisance chez une personne, qui nous permettent de deviner qu’il n’y a guère de questionnement, d’analyses, et de transparence possibles. Dans ce contexte, j’envisage que les autorités vont continuer à faire leur gestion de pompier habituelle – c’est-à-dire éteindre les feux – et n’apprendront pas des événements.

C’est bien dommage, car la pandémie nous pend au bout du nez, et ça ne regarde pas bien pour les Québecois.

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